“La liberté d’expression” et “de la presse”: l’illusion entretenue par le capital

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La bourgeoisie a profité de la grande manifestation du 11 janvier dernier, suite aux attentats à Paris, pour nous marteler l’idée qu’il fallait “défendre la liberté d’expression”. Or, aujourd’hui, l’expression est totalement monopolisée par les medias de masse pour un matraquage permanent, un bourrage de crâne, un lavage de cerveau continuel en défense de la démocratie bourgeoise. Et Internet n’a fait que renforcer encore cette emprise, en permettant tout particulièrement de fliquer informatiquement et systématiquement tous ses utilisateurs.

 Entièrement chapeauté par la réalité du capitalisme d’État, la “liberté d’expression” ou “de la presse” reste plus que jamais celle de la voix et de la propriété exclusive du capital. Une situation qui a toujours été dénoncée par les révolutionnaires. Nous publions, ci-contre quelques extraits dénonçant ce mensonge de “liberté de la presse” au temps de la Troisième Internationale (1919). Ces extraits, même s’ils peuvent paraître aujourd’hui un peu datés au regard de l’évolution des moyens de propagande, montrent clairement que la presse ne pouvait être que vendue au capital, au propre comme au figuré.

Thèses sur la démocratie bourgeoise et la dictature prolétarienne
Lénine, 4 mars 1919

“La liberté de la presse est également une des grandes devises de la démocratie pure. Encore une fois, les ouvriers savent que les socialistes de tous les pays ont reconnu des millions de fois que cette liberté est un mensonge, tant que les meilleures imprimeries et les plus gros stocks de papier sont accaparés par les capitalistes, tant que subsiste le pouvoir du capital dans le monde entier avec d’autant plus de clarté, de netteté et de cynisme que le régime démocratique et républicain est plus développé, comme par exemple en Amérique. Afin de conquérir la véritable égalité et la vraie démocratie dans l’intérêt des travailleurs, des ouvriers et des paysans, il faut commencer par enlever au capital la faculté de louer les écrivains, d’acheter et de corrompre des journaux et des maisons d’édition, et pour cela il faut renverser le joug du capital, renverser les exploiteurs, briser leur résistance. Les capitalistes appellent liberté de la presse la faculté pour les riches de corrompre la presse, la faculté d’utiliser leurs richesses pour fabriquer et pour soutenir la soi-disant opinion publique. Les défenseurs de la “démocratie pure” sont en réalité une fois de plus des défenseurs du système vil et corrompu de la domination des riches sur l’instruction des masses ; ils sont ceux qui trompent le peuple et le détournent avec de belles phrases mensongères, de cette nécessité historique d’affranchir la presse de son assujettissement au capital.”

La théorie de la dictature du prolétariat
N.I. Boukharine

“Toutes les “libertés démocratiques” sont de caractère formel, purement déclaratif. Telle est, par exemple, «l’égalité démocratique de tous devant la loi». Cette “égalité” prend merveilleusement corps dans “l’égalité” formelle de l’ouvrier vendeur de sa force de travail, et de celui qui l’achète : le capitaliste. Egalité hypocrite, qui masque un asservissement de fait. En l’espèce, l’égalité est proclamée, mais au fond l’inégalité réelle, économique, fait de l’égalité formelle un fantôme. La liberté de la presse, etc., que la démocratie bourgeoise donne aux ouvriers ne vaut guère mieux. Elle est en l’occurrence proclamée, mais les ouvriers sont dans l’incapacité de l’exercer : le monopole de fait du papier, de l’imprimerie, des machines, etc., qu’exerce la classe des capitalistes, réduit pratiquement à néant la presse de la classe ouvrière. Cela rappelle les procédés de la censure américaine : souvent, “tout simplement”, elle interdit à la poste de les distribuer. De cette façon, la “liberté de la presse” formelle revient à l’étrangler totalement.”