Conférence internationale extraordinaire du CCI: la “nouvelle” de notre disparition est grandement exagérée !

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La seconde partie de cet article, qui sera publiée dans le prochain numéro de ce journal, montrera plus particulièrement en quoi cette Conférence extraordinaire a été un moment important du combat pour la défense des principes moraux du marxisme et pour le futur.

 L’intégralité de cet article est d’ores et déjà disponible sur notre site Internet, sous la rubrique Revue internationale.

 En mai dernier, le CCI a tenu une conférence internationale extraordinaire. Une crise s’était développée depuis un certain temps dont l’épicentre s’est situé dans notre plus vieille section, la section en France. La convocation d’une conférence extraordinaire, en plus des congrès internationaux réguliers du CCI, a été jugée nécessaire face au besoin vital de comprendre pleinement la nature de cette crise et de développer les moyens de la surmonter. Le CCI a déjà convoqué des conférences internationales extraordinaires dans le passé, en 1982 et en 2002, en accord avec nos Statuts qui prévoient leur tenue lorsque les principes fondamentaux du CCI sont dangereusement mis en question (1).

 Toutes les sections internationales du CCI ont envoyé des délégations à cette troisième Conférence extraordinaire et ont participé très activement aux débats. Les sections qui n’ont pu s’y rendre (du fait de la forteresse Schengen) ont adressé à la Conférence des prises de positions sur les différents rapports et résolutions soumis à la discussion.

Les crises ne sont pas nécessairement mortelles1

Nos contacts et sympathisants peuvent être alarmés par cette nouvelle ; de même les ennemis du CCI auront certainement un frisson de jubilation. Certains d’entre eux sont déjà convaincus que cette crise est notre crise “ultime” et le signe annonciateur de notre disparition. Mais ce genre de prédictions avait déjà été fait lors de précédentes crises de notre organisation. Au lendemain de la crise de 1981-82 – il y a 32 ans – nous avions répondu à nos détracteurs, comme nous le faisons aujourd’hui, en rappelant ces mots de Mark Twain : “La nouvelle de notre mort est grandement exagérée !”

Les crises ne sont pas nécessairement le signe d’un effondrement ou d’un échec imminent ou irrémédiable. Au contraire, l’existence de crises peut être l’expression d’une saine résistance à un processus sous-jacent qui s’était paisiblement et insidieusement développé jusque-là et qui, laissé à son libre cours, risquait de mener au naufrage. Ainsi, les crises peuvent être le signe d’une réaction face au danger et de la lutte contre de graves faiblesses conduisant à l’effondrement. Une crise peut aussi être salutaire. Elle peut constituer un moment crucial, une opportunité d’aller à la racine de graves difficultés, d’en identifier les causes profondes pour pouvoir les surmonter. Ce qui permettra, en fin de compte, à l’organisation de se renforcer et de tremper ses militants pour les batailles à venir.

Dans la Deuxième Internationale (1889-1914), le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) était connu pour avoir traversé une série de crises et de scissions et, pour cette raison, était considéré avec mépris par les partis plus importants de l’Internationale, comme le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) qui semblait voler de succès en succès et dont le nombre de membres ainsi que les résultats électoraux s’amplifiaient régulièrement. Cependant, les crises du parti russe et la lutte pour surmonter ces crises et en tirer les leçons menée par l’aile bolchevique, ont renforcé la minorité révolutionnaire et l’ont préparée à se dresser contre la guerre impérialiste en 1914 et à se porter à l’avant-garde de la révolution d’octobre en 1917. En revanche, l’unité de façade et le “calme” au sein du SPD (qui n’étaient remis en question que par des troublions comme Rosa Luxemburg) a conduit ce parti à s’écrouler complètement et irrévocablement en 1914 avec la trahison totale de ses principes internationalistes face à la Première Guerre mondiale.

En 1982, le CCI a identifié sa propre crise (provoquée par un développement de confusions gauchistes et activistes qui avait permis à l’élément Chénier de faire des dégâts considérables dans notre section en Grande-Bretagne) et en a tiré des leçons pour rétablir plus profondément ses principes concernant sa fonction et son fonctionnement (voir la Revue internationale n 29 : “Rapport sur la fonction de l’organisation révolutionnaire” et la Revue noo 33 : “Rapport sur la structure et le fonctionnement de l’organisation révolutionnaire”). C’est d’ailleurs à l’issue de cette crise que le CCI a adopté ses Statuts actuels.

Le Parti communiste international “bordiguiste” (Programme communiste) qui était à l’époque le groupe le plus important de la Gauche communiste a connu, de façon plus grave encore, des difficultés similaires, mais ce groupe n’a pas été en mesure d’en tirer les leçons et a fini par s’effondrer comme un château de cartes avec la perte de la presque totalité de ses sections et de ses membres (Voir la Revue internationale no 32 : “Convulsions dans le milieu révolutionnaire”).

En plus d’identifier ses propres crises, le CCI s’est appuyé sur un autre principe enseigné par l’expérience bolchevique : faire connaître les circonstances et les leçons de ses crises internes afin de contribuer à la clarification la plus large (contrairement aux autres groupes révolutionnaires qui cachent au prolétariat l’existence de leurs crises internes). Nous sommes convaincus que les combats pour surmonter les crises internes des organisations révolutionnaires permettent de faire ressortir plus clairement des vérités et des principes généraux concernant la lutte pour le communisme.

Dans la Préface de Un pas en avant, deux pas en arrière, en 1904, Lénine écrivait :[Nos adversaires] exultent et grimacent à la vue de nos discussions : évidemment, ils s’efforceront, pour les faire servir à leurs fins, de brandir tels passages de ma brochure consacrée aux défauts et aux lacunes de notre Parti. Les sociaux-démocrates russes sont déjà suffisamment rompus aux batailles pour ne pas se laisser troubler par ces coups d’épingle, pour poursuivre, en dépit de tout, leur travail d’autocritique et continuer à dévoiler sans ménagement leurs propres lacunes qui seront comblées nécessairement et sans faute par la croissance du mouvement ouvrier. Que messieurs nos adversaires essaient donc de nous offrir, de la situation véritable de leurs propres “partis”, une image qui ressemblerait même de loin à celle que présentent les procès-verbaux de notre Deuxième Congrès !” ()

A l’instar de Lénine, nous pensons que malgré le plaisir superficiel que nos ennemis éprouvent face à nos difficultés (en les interprétant avec leurs propres lunettes déformantes), les révolutionnaires authentiques apprendront de leurs erreurs et en ressortiront renforcés.

C’est pourquoi nous publions ici, même brièvement, une présentation de l’évolution de cette crise dans le CCI et du rôle qu’a joué notre Conférence extraordinaire pour y faire face.

La nature de la crise actuelle du CCI

L’épicentre de la crise actuelle du CCI a été l’existence au sein de sa section en France de la résurgence d’une campagne de dénigrement, dissimulée à l’ensemble de l’organisation, d’une camarade qui a été diabolisée (à tel point qu’un militant considérait même que sa présence dans l’organisation constituait une entrave au développement de celle-ci). Évidemment, l’existence d’une telle pratique de stigmatisation d’un bouc-émissaire – censé porter la responsabilité de tous les problèmes rencontrés par l’ensemble de l’organisation – est absolument intolérable dans une organisation communiste qui se doit de rejeter le harcèlement endémique existant dans la société capitaliste et résultant de la morale bourgeoise du chacun pour soi et Dieu pour tous. Les difficultés de l’organisation sont de la responsabilité de toute l’organisation. La campagne dissimulée d’ostracisme envers un membre de l’organisation met en question le principe même de solidarité communiste sur lequel le CCI est fondé.

Nous ne pouvions nous contenter de mettre un terme à cette campagne une fois qu’elle était apparue au grand jour suite à sa mise en évidence par l’organe central du CCI.

Ce n’était pas le genre de fait qu’on pouvait balayer comme quelque chose de simplement malencontreux. Il nous fallait aller à la racine et expliquer pourquoi et comment un tel fléau, une remise en cause si flagrante d’un des principes communistes fondamentaux, avait pu se développer de nouveau dans nos rangs. La tâche de la Conférence extraordinaire était de dégager un accord commun sur cette explication et de développer des perspectives pour éradiquer de telles pratiques dans l’avenir.

L’une des tâches de la Conférence extraordinaire était d’entendre et de se prononcer sur le rapport final du Jury d’honneur qui avait été demandé début 2013 par la camarade diffamée à son insu. Il ne suffisait pas que chacun soit d’accord sur le fait que des calomnies et des méthodes de stigmatisation aient été employées contre la camarade ; il fallait le prouver dans les faits. Il fallait examiner de façon minutieuse la totalité des accusations portées contre cette camarade et identifier leur origine. Les allégations et les dénigrements devaient être dévoilés à l’ensemble de l’organisation afin d’éliminer toute ambiguïté et d’empêcher toute répétition des calomnies à l’avenir. Après un an de travail, le Jury d’honneur (composé de militants de quatre sections du CCI) a réfuté systématiquement, comme dénuées de tout fondement, toutes les accusations (et particulièrement certaines calomnies honteuses développées par un militant) (). Le Jury a pu mettre en évidence que cette campagne d’ostracisme était, en réalité, fondée sur l’infiltration dans l’organisation de préjugés obscurantistes véhiculés par l’esprit de cercle (et par une certaine “culture du ragot” héritée du passé et dont certains militants ne s’étaient pas encore débarrassés). En dédiant des forces à ce Jury, le CCI mettait en application une autre leçon du mouvement révolutionnaire : tout militant faisant l’objet de soupçons, d’accusations non fondées ou de calomnies a le devoir de faire appel à un Jury d’honneur. Refuser de faire cette démarche conduit à reconnaître implicitement la validité des accusations.

Le Jury d’honneur est un moyen aussi de “préserver la santé morale des organisations révolutionnaires” (comme l’affirmait Victor Serge) () puisque la méfiance entre ses membres est un poison qui peut rapidement détruire une organisation révolutionnaire.

C’est d’ailleurs quelque chose de bien connu par la police qui, comme le révèle l’histoire du mouvement ouvrier, a utilisé de façon privilégiée la méthode consistant à entretenir ou provoquer la méfiance pour tenter de détruire de l’intérieur les organisations révolutionnaires. On l’a vu, notamment dans les années 1930 avec les agissements de la Guépéou de Staline contre le mouvement trotskiste, en France et ailleurs. En fait, cibler des militants pour les soumettre à des campagnes de dénigrement et à la calomnie a constitué une arme de premier plan de l’ensemble de la bourgeoisie pour fomenter la méfiance envers le mouvement révolutionnaire et en son sein.

C’est pourquoi les marxistes révolutionnaires ont toujours dédié tous leurs efforts pour démasquer de telles attaques contre les organisations communistes.

À l’époque des procès de Moscou dans les années 1930, Léon Trotski en exil a demandé un Jury d’honneur (connu sous le nom de Commission Dewey) pour réfuter les calomnies répugnantes portées contre lui par le procureur Vychinski dans ces procès  (). Marx a interrompu ses travaux sur Le Capital pendant un an, en 1860, pour préparer un livre entier de réfutation systématique des calomnies portées contre lui par Herr Vogt.

En même temps qu’étaient menés les travaux du Jury d’honneur, l’organisation a cherché les racines profondes de la crise en s’armant d’un cadre théorique. Après la crise du CCI de 2001-2002, nous avions déjà engagé un effort théorique prolongé pour comprendre comment avait pu apparaître au sein de l’organisation une prétendue fraction qui s’était distinguée par des comportements de voyous et de mouchards : circulation secrète de rumeurs accusant une de nos militantes d’être un agent de l’État, vol de l’argent et du matériel de l’organisation (notamment le fichier d’adresses de nos militants et de nos abonnés), chantage, menaces de mort à l’égard d’un de nos militants, publication vers l’extérieur d’informations internes favorisant délibérément le travail de la police, etc. Cette ignoble fraction aux mœurs politiques de gangsters (rappelant celles de la tendance Chénier lors de notre crise de 1981) est connue sous le nom de FICCI (Fraction interne du CCI) ().

À la suite de cette expérience, le CCI a commencé à examiner sous un angle historique et théorique le problème de la morale. Dans les Revue internationale n 111 et 112, nous avons publié le “Texte d’orientation sur la confiance et la solidarité dans la lutte du prolétariat”, et dans les Revue nosos 127 et 128 a été publié un autre texte sur “Marxisme et éthique”. En lien avec ces réflexions théoriques, notre organisation a mené une recherche historique sur le phénomène social du pogromisme – cette antithèse totale des valeurs communistes qui était au cœur de la mentalité de la FICCI dans ses basses œuvres en vue de détruire le CCI. C’est sur la base de ces premiers textes et du travail théorique sur des aspects de la morale communiste que l’organisation a élaboré sa compréhension des causes profondes de la crise actuelle. La superficialité, les dérives opportunistes et “ouvriéristes”, le manque de réflexion et de discussions théoriques au profit de l’intervention activiste et gauchisante dans les luttes immédiates, l’impatience et la tendance à perdre de vue notre activité sur le long terme, ont favorisé cette crise au sein du CCI. Cette crise a donc été identifiée comme une crise “intellectuelle et morale” et a été accompagnée par une perte de vue et une transgression des Statuts du CCI ().

CCI

1) Comme lors de la conférence extraordinaire de 2002 (voir notre article de la Revue internationale no 110 “Conférence extraordinaire du CCI : Le combat pour la défense des principes organisationnels” [http ://fr.internationalism.org/french/rint/110_conference.html]), celle de 2014 s’est tenue en remplacement partiel du congrès régulier de notre section en France. Ainsi certaines séances ont été consacrées à la conférence internationale extraordinaire et d’autres au congrès de la section en France dont notre journal Révolution internationale rendra compte ultérieurement.

() http ://www.marxists.org/francais/lenin/works/1904/05/vil19040500_pref.htm

() Parallèlement à cette campagne, s’était développés aussi, dans des discussions informelles au sein de la section en France, des ragots colportés par certains militants de la “vieille” génération dénigrant de façon scandaleuse notre camarade Marc Chirik, membre fondateur du CCI et sans lequel notre organisation n’existerait pas. Ces ragots ont été identifiés comme une manifestation du poids de l’esprit de cercle et de l’influence de la petite-bourgeoisie décomposée qui avait profondément marqué la génération issue du mouvement estudiantin de Mai 68 (avec toutes ses idéologies anarcho-moderniste et gauchisantes).

() Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression.

() Le Jury d’honneur du CCI s’est appuyé sur la méthode scientifique d’investigation et de vérification des faits de la Commission Dewey. L’ensemble de ses travaux (documents, procès-verbaux, enregistrements d’entretiens et de témoignages, etc.) est précieusement conservé dans les archives du CCI.

() Voir notamment à ce sujet nos articles XVe Congrès du CCI, “Renforcer l’organisation face aux enjeux de la période” dans la Revue internationale no 114 (http ://fr.internationalism.org/french/rint/114_xv_congress.html), “Les méthodes policières de la FICCI” dans Révolution internationale n° 330 (http ://fr.internationalism.org/ri330/ficci.html) et “Calomnie et mouchardage, les deux mamelles de la politique de la FICCI envers le CCI” (http ://fr.internationalism.org/icconline/2006_ficci)

() L’organe central du CCI (de même que le Jury d’honneur) a clairement démontré que ce n’est pas la camarade ostracisée qui n’avait pas respecté les Statuts du CCI, mais au contraire les militants qui se sont engagés dans cette campagne de dénigrement.