Commémorations de la Libération: l’internationalisme face à l’hystérie chauvine

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Après les anniversaires pompeux du D-Day et du Débarquement en Provence, les médias ont poursuivi durant le mois d’août leur campagne idéologique nationaliste encensant l’impérialisme et la démocratie bourgeoise autour du thème de la Résistance et de la Libération de Paris en août 1944.

 Face à ce poison idéologique, nous publions ci-dessous un tract de la Fraction française de la Gauche communiste () qui a été collé sur les murs de Paris en août 1944 pour s’opposer à l’ordre de mobilisation générale lancé par les F.F.I. le 18 août. Nous publions également l’article paru en première page de L’Etincelle, journal du même groupe, paru en août 1944. Ces documents, malgré une surestimation du potentiel de la lutte ouvrière, dans un contexte de défaite ouvrière où les partis communistes et groupes trotskistes avaient trahi, ont le très grand mérite de relever dignement la tête en refusant l’hystérie chauvine symbolisée par l’agitation fiévreuse des drapeaux tricolores. Face à la nostalgie des médias pour cette période sombre du mouvement ouvrier, nous répondons par le souffle révolutionnaire de ceux qui, avant nous, s’opposaient courageusement en appelant les ouvriers à déserter l’encadrement des “partisans” pour la véritable lutte de classe, malgré les filets de la Gestapo, de la police de Vichy, des réseaux gaullistes et des “tueurs” staliniens.

RI


OUVRIERS !

Les troupes anglo-américaines viennent remplacer le gendarme allemand dans l’œuvre de répression de la classe ouvrière et de sa réintégration dans la guerre impérialiste.

La Résistance vous pousse à l’insurrection, mais sous sa direction et pour des buts capitalistes.

Le Parti communiste abandonnant la cause du prolétariat a sombré dans le patriotisme funeste à la classe ouvrière.

– Ne répondez pas à l’insurrection qui se fera avec votre sang pour le plus grand bien du capitalisme international.

– Agissez en tant que prolétaires et non en tant que Français revanchards.

– Refusez d’être réintégrés dans la guerre impérialiste.

OUVRIERS !

Organisez vos comités d’action et quand les conditions le permettront, vous suivrez l’exemple des ouvriers italiens.

Plus que jamais votre arme demeure la lutte de classe sans considération de frontières et de nations.

Plus que jamais votre place n’est à côté, ni du fascisme, ni de la démocratie bourgeoise.

Plus que jamais le capitalisme anglo-américain, russe et allemand sont les exploiteurs de la classe ouvrière.

La grève qui s’est déclenchée a été provoquée par la bourgeoisie et pour ses intérêts.

Demain pour lutter contre le chômage qu’elle ne peut résoudre, vous serez mobilisés et envoyés sur le front impérialiste.

Le capitalisme international ne peut plus vivre
que dans la guerre.

Les armées anglo-américaines
vous le feront comprendre
comme vous l’a fait sentir l’armée allemande !

Vous ne sortirez de la guerre impérialiste
que par la guerre civile !

Prolétariat contre capitalisme !

Gauche communiste française
août 1944


L’Etincelle, août 1944

Fraction française de la Gauche communiste

Le monde va changer de base,
Nous ne sommes rien, soyons tout !”

Ouvriers,

Après 5 ans de guerre, avec sa longue suite de misère, de morts et de carnages, la bourgeoisie faiblit sous les coups d’une crise qui ouvre les portes de la guerre civile. L’Europe demain sera un vaste champ en éruption où les armées contre-révolutionnaires anglaises, américaines et russes, implacablement, essayeront d’étouffer les mouvements révolutionnaires de la classe ouvrière.

La tâche de répression entre les belligérants est déjà répartie. L’Italie, vaste champ d’expérience, a enseigné au capitalisme le danger de laisser subsister sur les chemins de la guerre des concentrations ouvrières susceptibles toujours de réapparaître comme classe indépendante, comme les ouvriers italiens l’ont prouvé.

Voilà pourquoi depuis deux ans l’Allemagne vous entrepose dans ses immenses usines où, côte à côte, les prolétaires européens s’échinent et se crèvent à fabriquer des armes pour la guerre impérialiste. Voilà pourquoi depuis deux ans les patriotards à la solde du capitalisme vous poussent vers le maquis pour vous faire perdre votre conscience de classe en vous transformant en revanchards. Tous les centres industriels importants de la France sont vides de plus en plus pour amoindrir les risques de la guerre civile et permettre la réduction des foyers révolutionnaires qui jailliront de cette guerre.

Le drainage de toutes les énergies ouvrières s’est fait dans l’esprit politique de vous affaiblir dans votre conscience et de vous parquer comme des animaux pour vous fouetter et vous abattre dès vos premiers murmures.

La guerre actuellement ne se joue pas entre les impérialistes belligérants, mais entre le capitalisme conscient de sa volonté de demeurer au pouvoir malgré l’impossibilité que l’Histoire lui impose et le prolétariat aveuglé par la démagogie qui jaillira spontanément des cadres du système bourgeois.

Les armes démagogiques et répressives du capitalisme sont déjà à pied d’œuvre.

Au camp de concentration, au maquis, à l’exploitation forcenée de tous les ouvriers en Allemagne viennent s’ajouter les bombardements des villes, surtout là où des mouvements de grèves éclatent, comme à Milan, à Naples, à Marseille. Par radio, la tromperie bourgeoise emprunte une tenue et un langage qui s’auréole de la révolution d’Octobre, et qui depuis 1933, date de la mort de l’Internationale communiste, vous a conduit de défaites en défaites à la guerre impérialiste.

L’Armée rouge, usurpatrice d’un nom qui s’est couvert de gloire parce qu’elle fut une armée ouvrière luttant révolutionnairement pour la dictature du prolétariat, viendra continuer l’œuvre de mort du fascisme, avec ses étiquettes de “soviets” pour déguiser sous une unanimité à coups de crosse l’exploitation capitaliste.

De Gaulle, “ce négrier” comme l’appelaient avant 1941 les staliniens, dans une accolade anglo-américaine et russe vous étouffera sous l’habit kaki de votre nouvelle mobilisation.

L’Europe est mûre pour la guerre civile, le capitalisme est prêt à réagir pour vous conduire vers la guerre impérialiste.

Ouvriers, chaque arme du capitalisme contient en elle une arme dangereuse pour lui.

A la réduction des foyers révolutionnaires, la situation répond par une concentration plus dense de la classe ouvrière dans un point névralgique du capitalisme.

A la politique patriotarde, la solidarité prolétarienne s’est créée dans les usines allemandes et se fortifiera par la nécessité inéluctable pour les ouvriers de se défendre en tant qu’ouvriers dans une Europe livrée demain à la famine et au chômage.

La crise qui déferlera au lendemain de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile n’épargnera pas les armées impérialistes des soubresauts sociaux de leurs arrières, ainsi que de la contamination révolutionnaire venant des insurrections du prolétariat européen qu’elles auront à mater. La cause du prolétariat français est irrémédiablement soudée à la cause du prolétariat européen après quatre années de centralisation et de concentration économique. Les ennemis les plus dangereux pour la classe ouvrière européenne et mondiale sont les capitalismes anglo-américain et russe qui n’entendent pas se laisser déposséder.

Ouvriers, quel que soit le nom que vous donnerez à vos organismes unitaires, l’exemple des Soviets russes de la Révolution d’octobre 1917 doit vous enseigner le chemin, sans compromis ni opportunisme, du pouvoir.

Ni la démocratie, ni le stalinisme avec leur démagogie de “Pain, Paix et Liberté” ne pourront vous libérer de l’oppression et de la famine qui pointent, dans un monde où le capitalisme ne peut apporter que la guerre.

La société est dans une impasse infranchissable sans la Révolution prolétarienne.

Le premier pas à faire, c’est de briser d’avec la guerre impérialiste par une claire conscience de classe qui proclame avant tout la lutte de classe partout et toujours. La crise dans la bourgeoisie mondiale, qui s’est ouverte en Italie et en Allemagne, forge les conditions et les armes favorables à la guerre civile, début spontané de la Révolution.

Ouvriers ! Brisez d’avec toute anglofolie, americanofolie et russofolie,

Rejetez tout patriotisme dont le capitalisme lui même ne sait que faire,

Proclamez votre solidarité de classe et organisez-la pour pouvoir résister victorieusement le jour de la Révolution.

Coupez court d’avec tous les partis traîtres à la cause ouvrière qui vous ont conduits à cette guerre impérialiste et qui tentent de vous y faire rester. Le gaullisme, la social-démocratie, le stalinisme, le trotskisme, voilà les paravents derrière lesquels l’ennemi de classe tentera de pénétrer dans vos rangs pour vous abattre.

Ouvriers ! Le salut ne peut venir que de vous parce que l’Histoire vous a donné toutes les possibilités de comprendre votre mission historique et les armes pour les accomplir.

En avant pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile !

Les ouvriers italiens vous ont montré la voie, à vous de répondre coup pour coup à la contre-révolution qui se camoufle dans vos rangs !

La F.F.G.C.

() Voir notre brochure : La Gauche communiste de France.