Accident minier en Turquie: le capitalisme sème la mort, solidarité avec nos frères de classe !

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Plus de 300 morts et des dizaines de blessés graves, parfois des gamins d’à peine 16 ans, ensevelis dans les décombres ! L’explosion qui a ravagé la mine de Soma, à l’Ouest de la Turquie, est la catastrophe industrielle la plus meurtrière de l’histoire du pays. Il ne s’agit nullement d’un “accident”, d’un caprice du hasard ou d’une triste fatalité devant laquelle, impuissants, nous ne pourrions que nous incliner avec résignation. Il s’agit d’un crime ! Un crime du capital !

Parmi les morts, il y avait de nombreux réfugiés de la guerre civile en Syrie et la grande majorité de ces victimes avait entre 16 et 20 ans.

Après l’effondrement de la mine, par milliers, les travailleurs et leurs enfants étudiants sont spontanément sortis dans la rue non seulement à Soma et Izmir (ville portuaire proche de Soma) mais aussi dans les grandes villes turques, Ankara et Istanbul, et dans les régions kurdes. Depuis, bravant la répression féroce, les grenades lacrymogènes et les coups de matraques, les manifestants descendent sur le pavé chaque jour plus nombreux, près d’un an après le grand mouvement social de défense du parc Gezi d’Istanbul.

Cette colère, la bourgeoisie turque et ses médias aux ordres l’occultent totalement. Sur toutes les chaînes de télévision, les seules images qui défilent en boucle, ce sont celles des familles en deuil pleurant et priant pour leurs morts, alternant avec les discours de Ergdogan et du ministre de l’Energie qui promettent de les indemniser (comme si cette aumône pouvaient soulager leur douleur ou ranimer les morts !). Et pour calmer la tension sociale, désamorcer la colère des mineurs, on leur promet aussi de leur donner un autre emploi après la fermeture de la mine.

Le black-out des médias sur les manifestations de rue et les assemblées d’étudiants occupant les universités s’accompagne d’un quadrillage policier de toute la population. Aucune information ne filtre de ce qui se passe à Soma, mises à part les prières et les pleurs des familles. Le gouvernement a mobilisé tous ses imams et ses curés pour tenter d’intoxiquer la colère des ouvriers dans l’opium de la mystification religieuse afin de leur faire courber l’échine, les enfoncer dans un sentiment d’impuissance, de résignation et de docilité à l’ordre capitaliste.

Dans les manifestations, la solidarité avec les familles des victimes et l’indignation face à l’incurie du gouvernement et du patronat se heurtent à la répression brutale de l’État policier.

La photographie de cette jeune femme brandissant une pancarte où est écrit : “Ceci n’est pas un accident, c’est un meurtre. Le gouvernement est responsable” est très significative de la profondeur de la colère et du mécontentement social.

A l’heure où nous écrivons cet article, des assemblées générales ouvertes à tous s’organisent entre étudiant et travailleurs dans les universités d’Istambul et d’Ankara, suite à la répression des manifestions de rue.

Les élections sont un piège pour la classe ouvrière !

A côté des curés et des imams, la bourgeoisie turque mobilise également toutes ses forces démocratiques d’“opposition” pour endiguer tout risque d’explosion sociale. Derrière la focalisation sur la responsabilité du gouvernement se dissimule le slogan démocratique qui s’est répandu dans tous les cortèges : “Gouvernement démission !”. Les forces du “progrès” démocratiques (partis de gauche, d’extrême gauche et syndicats) jouent donc leur propre partition pour le maintien de l’ordre capitaliste et de l’union nationale, de l’union sacrée des prolétaires avec leurs propres exploiteurs. Leurs discours “radicaux” contre le gouvernement Erdogan ne visent qu’un seul objectif : désamorcer la bombe sociale en dévoyant la colère des travailleurs et des étudiants dans le piège électoral. Les curés appellent les prolétaires à s’agenouiller et à prier, les forces d’opposition les appellent à se disperser dans les isoloirs électoraux, c’est-à-dire à revendiquer une meilleure gestion du capital national par une clique bourgeoise plus “compétente” !

En effet, l’élection présidentielle aura lieu en août prochain, pour la première fois au suffrage universel. D’ici là, toutes les trompettes démocratiques vont retentir pour transformer les exploités en simples “citoyens”. Ce n’est pas par hasard si les opposants d’Erdogan insistent à ce point sur “la carence du contrôle des lieux de travail par les pouvoirs publics”, en parti­culier dans les mines. Et ce n’est pas une coïncidence non plus si les syndicats ont proclamé une journée de grève générale afin de “protester contre les négligences et le laxisme des autorités”. Les syndicats et l’opposition marchent main dans la main pour focaliser l’attention sur M. Erdogan, c’est-à-dire pour semer l’illusion qu’un autre dirigeant, qu’une autre clique d’exploiteurs au gouvernement, pourrait gérer plus “humainement” l’exploitation des prolétaires et donc pour empêcher toute réflexion sur les causes réelles et le vrai responsable de cette catastrophe : le système capitaliste comme un tout !

Évidemment, les déclarations provocatrices du Premier ministre ne peuvent que contribuer à renforcer ce sentiment de rejet de ce triste sire au cynisme sans borne. Quand M. Erdogan déclare froidement que “les accidents sont dans la nature même des mines” devant les familles, les voisins, les amis, les frères de classe des victimes, il ne peut que susciter encore plus d’indignation et de colère. Et quand on le voit gifler des manifestants tenus par des flics et qu’un de ses assistants assène des coups de pieds à un autre manifestant à terre, cela frise la provocation !

L’arrogance, la brutalité et le cynisme d’Erdogan montrent le vrai visage de toute la classe bourgeoise, une classe mondiale d’exploiteurs et d’assassins. Le capitalisme à “visage humain” est une pure mystification car la bourgeoisie, quelle que soit la clique au gouvernement, de droite comme de gauche, se moque royalement des vies humaines. Sa seule préoccupation, c’est le profit. Et qu’il soit laïc ou pas, l’État bourgeois, c’est toujours l’État policier, comme on le voit dans les pays démocratiques les plus développés où les manifestations sont toujours bien encadrées d’un côté par les partis d’opposition, les syndicats (et leur “service d’ordre”), de l’autre par les forces de répression.

Le capitalisme : un système d’exploitation qui sème la mort

Akin Celik, le directeur d’exploitation de Soma Kömür Isletmeleri, avait déclaré en 2012, dans un entretien à un journal turc, être parvenu à réduire les coûts de production à 24 dollars la tonne contre 130 dollars avant la privatisation de la mine. Comment a-t-il réalisé un tel prodige ? Évidemment en rognant partout où il le pouvait, en particulier sur la sécurité et avec la bénédiction de ces syndicats qui aujourd’hui dénoncent l’incurie gouvernementale. “Il n’y a aucune sécurité dans cette mine. Les syndicats ne sont que des pantins et la direction ne pense qu’à l’argent”, on ne pourrait être plus clair que ce mineur de Soma ().

Mais l’avidité et la cupidité patronale n’est pas la cause fondamentale des catastrophes industrielles et “accidents” de travail. Si les coûts doivent être sans cesse rognés, c’est afin de préserver la productivité de l’entreprise, sa compétitivité. Autrement dit, la nature même du fonctionnement du mode de production capitaliste, basé sur la concurrence, sur le marché mondial, la production pour le profit, poussent inexorablement les patrons, même les moins “inhumains”, à mettre en danger la vie de ceux qu’ils exploitent. Pour la classe bourgeoise, le prolétaire, le travailleur salarié, n’est rien d’autre qu’une marchandise à qui elle achète la force de travail au plus bas prix. Et pour faire baisser les coûts de production, la bourgeoisie rogne de plus en plus et fait des économies sur les conditions de sécurité sur les lieux de travail. Les exploiteurs n’ont que faire de la vie, de la santé, de la sécurité des exploités. La seule chose qui compte, c’est le chiffre d’affaire, le taux de plus-value, les carnets de commande de leurs clients, etc.

Selon le rapport publié en 2003 par l’Organisation internationale du travail (OIT), chaque année dans le monde, 270 millions de salariés sont victimes d’accidents du travail et 160 millions contractent des maladies professionnelles. L’étude révèle que le nombre de travailleurs morts dans l’exercice de leur métier dépasse, par an, les deux millions... Chaque jour, donc, le travail tue 5000 personnes !

Et cette horreur n’est pas l’apanage du tiers-monde. En France, chaque année, selon la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM), 780 salariés sont également tués par leur travail (plus de 2 par jour !). Il y a 1 350 000 accidents du travail environ, ce qui correspond à 3700 victimes par jour, soit, pour une journée de huit heures, à 8 blessés par minute...

Que l’on traverse les frontières ou les âges, l’exploitation capitaliste sème partout et toujours la mort. Comme le mettait déjà en évidence Engels en 1845 dans son étude sur La situation de la classe laborieuse en Angleterre :

La mine est le théâtre d’une foule d’accidents horribles et précisément ceux-là doivent être portés directement au compte de l’égoïsme de la bourgeoisie. L’hydrogène carburé, qui s’y dégage si souvent, forme en se mélangeant à l’air atmosphérique un composé gazeux explosif qui s’enflamme facilement au contact d’une flamme et tue quiconque se trouve à proximité. Des explosions de ce genre surviennent presque chaque jour ici ou là ; le 28 septembre 1844, il y en eut une à Haswell Colliery (Durham) qui causa la mort de 96 personnes. L’oxyde de carbone qui s’y dégage aussi en grandes quantités se dépose dans les parties profondes de la mine en une couche qui dépasse parfois la taille d’un homme, asphyxiant quiconque y pénètre. (…) On pourrait éviter parfaitement les effets funestes de ces deux gaz à condition d’assurer une bonne ventilation des mines au moyen de puits d’aération, mais le bourgeois ne veut pas y consacrer son argent et il préfère ordonner à ses ouvriers de se servir simplement de la lampe Davy, celle-ci leur est souvent tout à fait inutile en raison de la pâle lueur qu’elle diffuse ; et c’est pourquoi ils préfèrent la remplacer par une simple bougie. Si une explosion se produit alors, c’est la négligence des ouvriers qui en est cause, alors que si le bourgeois avait installé une bonne ventilation, toute explosion aurait été presque impossible. De plus, à chaque instant une portion de galerie ou une galerie entière s’effondre, ensevelissant ou écrasant des ouvriers ; la bourgeoisie a intérêt à ce que les veines de charbon soient exploitées au maximum, d’où ce genre d’accidents.”

Le capitalisme, voilà le meurtrier ! Voilà l’ennemi !

Une seule solidarité avec les victimes de Soma : lutter partout contre nos propres exploiteurs !

Les morts de Soma, ce sont nos morts ! Ce sont nos frères de classe qui ont été tués par le capitalisme. Ce sont nos frères de classe qui sont réprimés et matraqués aujourd’hui dans les manifestations en Turquie ! Les exploités de tous les pays doivent se sentir concernés par cette catastrophe. Car la vraie catastrophe, c’est le système capitaliste !

Face à la barbarie de ce système qui sème la mort non seulement dans les conflits guerriers mais de plus en plus en temps de “paix” sur les lieux de travail, les exploités de tous les pays doivent refuser de faire cause commune avec leurs exploiteurs. La seule solidarité qu’ils doivent manifester aux familles endeuillées de Soma, c’est la lutte sur leur propre terrain de classe. Partout sur les lieux de travail, dans les lycées et universités, dans les assemblées, il faut discuter des causes véritables de cette tragédie. Il faut déjouer les pièges de tous les réformistes et chiens de garde de l’ordre bourgeois qui agitent l’épouvantail Erdogan pour masquer le vrai coupable : le capitalisme mondial.

Aux mots d’ordre des curés “Ne luttez pas, priez !”, aux mots d’ordre des forces d’opposition démocratiques “Ne luttez pas, votez !”, il faut riposter :

Solidarité avec nos frères de classe en Turquie. A bas le capitalisme ! Engageons le combat contre tous les exploiteurs de tous les pays !”.

RI,16 mai 2014