Le scandale NSA: l’espionnage étatique

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Nous publions ci-dessous la traduction d'un court article rédigé par notre section aux Etats-Unis sur la surveillance à grande échelle de l'internet par le gouvernement américain. Si l'affaire Prism fait scandale, il n'y a aucune illusion à se faire sur la probité des gouvernements d'Europe qui se félicitent pourtant de protéger les "libertés individuelles". En France, par exemple, une enquête du Monde et les déclarations du directeur technique de la DGSE en personne, Bernard Barbier, ont révélé l'existence d'un dispositif similaire de surveillance. Ce "Big Brother français" n'est qu'un élément parmi d'autres (écoutes téléphoniques, caméras de surveillances, etc.) d'un espionnage permanent de la population. Un article plus complet sur le scandale Prism est disponible en langue anglaise sur notre site : NSA Spying Scandal: The Democratic State Shows Its Teeth.

Les révélations sur l’étendue de la cyber-surveillance de la part de l’État capitaliste – résultat de la dénonciation de l’ex-opérateur de l’Agence Nationale de Sécurité (NSA), Edward Snowden – se sont multipliées au cours des dernières semaines. Tous les grands serveurs Internet, les moteurs de recherche et les programmes de communication – Windows, Google, Yahoo, Skype, etc. etc. – sont tous plus que volontaires pour fournir à la NSA ou à d’autres organes étatiques de surveillance toute information demandée par l’État. Les e-mails, les appels téléphoniques, les codes de cryptage – rien de tout cela n’est privé et la technologie au service de la surveillance est si sophistiquée que, même sans l’accord de ces opérateurs, l’État américain peut exploiter presque toutes les formes de communication électronique, quand et où il le veut.

La surveillance peut viser tout citoyen, qu’il soit ou non impliqué dans des activités subversives ou illégales. Pas seulement les citoyens américains d’ailleurs : le scandale a dévoilé la coopération très étroite entre la NSA et le GCHQ britannique (Government Communications Headquarters, GCHQ , littéralement « quartier-général des communications du gouvernement ») , et Snowden a affirmé que la NSA couche avec un bon nombre d’autres États occidentaux. Mais cela ne confère pas d’immunité à ces États contre le fait d’être espionnés eux-mêmes : les Etats-Unis utilisent les mêmes techniques de surveillance de masse pour espionner d’autres États, y compris ceux naguère supposés être ses alliés, comme l’Allemagne et la France.

Le développement foudroyant de la communication électronique dans les dernières décennies a bien sûr porté les capacités techniques de telles agences d’espionnage à un niveau jamais atteint jusque là. Mais il n’y a rien de nouveau là-dedans et ce phénomène n’est certainement pas limité aux États-Unis.

L’État anglais, le premier, était le leader dans le domaine de la technologie d’espionnage industriel. Quand l’Angleterre était le pays capitaliste le plus puissant, elle était le centre du réseau international des lignes télégraphiques, position similaire à celle des États-Unis par rapport à Internet. Durant la Première guerre mondiale, l’impérialisme britannique utilisait cette position pour se brancher sur les réseaux de communication internationaux de l’impérialisme allemand. Il avait coupé les principaux câbles reliant l’Allemagne et les Etats-Unis, mais il a été capable de surveiller les autres réseaux que devait utiliser l’Allemagne. Il a aussi mis la main sur les installations des postes et de télécommunications sans fil pour contrôler les communications télégraphiques allemandes. Cela s’est fait dans le domaine de la marine militaire par la Chambre 40 de la Navy Intelligence dans l’immeuble-même de l’amirauté. Après la guerre, il a continué à utiliser et à développer ces capacités. Aujourd’hui, bien que n’étant plus une superpuissance, l’impérialisme anglais peut se servir de son expérience d’espionnage dans les communications vieille de cent ans pour jouer encore dans la cour des grands, sur la scène de l’espionnage.

En ce qui concerne la France qui a protesté haut et fort contre la violation de sa souveraineté par la NSA, le journal français Le Monde a publié récemment des informations sur les opérations de collecte en grand de données et de surveillance électronique menées par les services nationaux de la sécurité, la DGSE. La république française est presque aussi hypocrite que la Russie de Poutine qui est régulièrement suspectée d’assassiner des journalistes qui posent trop de questions embarrassantes, tout en se posant en défenseur des libertés et en réfléchissant à l’éventualité d’offrir l’asile politique au fugitif Snowden.

En somme : ils trempent tous plus que jamais dans le même bain ! Ils espionnent leurs propres concitoyens parce que leur domination est fragile, sapée par ses propres contradictions sociales et économiques, et parce qu’ils vivent dans la peur constante d’un danger de révolte de ceux d’en bas. Ils s’espionnent aussi les uns les autres parce que ces mêmes contradictions poussent chaque État-nation à des guerres incessantes avec ses rivaux, et dans cette guerre de chacun contre tous, l’allié d’aujourd’hui peut être l’ennemi de demain. Il n’y a qu’un organe qui soit capable d’organiser l’espionnage et la surveillance à une échelle aussi gigantesque : l’État capitaliste, qui à l’époque du capitalisme décadent est vraiment devenu un monstre froid et inhumain qui tend de plus en plus à engloutir la société civile qu’il est censé protéger.

Amos/Phil, 13 juillet