XIXe congrès de Révolution Internationale : La confiance dans l’avenir

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Au printemps dernier s’est tenu le 19e Congrès de RI. Cette assemblée plénière de la section du CCI en France fut un moment très riche de débats fraternels et chaleureux auxquels des délégations d’autres sections du CCI et les sympathisants invités ont pu assister.

Les travaux de ce Congrès ont été centrés autour de quatre axes principaux  :

- l’évolution de la crise économique mondiale  ;

- ses perspectives pour le développement de la lutte de classe  ;

- la dynamique actuelle des contacts du CCI  ;

- le lien entre le marxisme et les sciences.

Concernant la crise économique, le rapport présenté par l’organe central de RI et les débats qui ont suivi ont souligné l’impasse dans laquelle est acculée la classe dominante et son incapacité à juguler le fléau de l’endettement. Malgré tous ses discours mystificateurs sur la prétendue “reprise” économique, la bourgeoisie mondiale n’a pas d’autre solution à l’endettement que de poursuivre sa politique d’endettement des États. Un débat s’est développé, et doit se poursuivre dans le CCI, autour des limites objectives de cet endettement.

Le Congrès a pu s’homogénéiser sur les perspectives de la crise économique  : aucun retour vers une quelconque période de prospérité n’est désormais possible. La marge de manœuvre de la bourgeoise est extrêmement étroite et ne peut que la conduire à imposer partout des plans d’austérité draconiens.

Face à l’incapacité de la bourgeoisie de trouver le moindre remède à la faillite de son système, qui frappe maintenant de plein fouet les États européens (Grèce, Portugal, Espagne, etc.), la bourgeoisie ne peut apporter qu’une seule réponse  : attaquer toujours plus violemment les conditions de vie de la classe exploitée, comme cela vient de se passer en Grèce.

Ces attaques massives vont se solder par une aggravation sans précédent du chômage avec des licenciements dans tous les secteurs, une baisse drastique des salaires, une précarité croissante de l’emploi pour les jeunes générations, la poursuite des attaques contre les pensions de retraites, un démantèlement de l’État Providence, etc.

C’est donc dans le contexte de la plongée de l’économie mondiale dans une crise de plus en plus profonde et insurmontable que va s’aiguiser la confrontation entre la bourgeoisie et le prolétariat.

Les débats sur la dynamique actuelle de la lutte de classe et ses perspectives pour les deux années à venir ont mis en évidence les difficultés auxquelles est confrontée la classe ouvrière des pays d’Europe occidentale, notamment la France.

Le fait qu’aujourd’hui les luttes ouvrières ne puissent se hisser à la hauteur de la violence des attaques a donné lieu à un débat très riche qui a permis au Congrès de mieux cerner et analyser les causes d’un tel décalage.

Comme nous l’avions mis en évidence au dernier Congrès du CCI, la classe ouvrière, malgré son énorme mécontentement, éprouve une hésitation à s’engager dans des luttes massives. Ce relatif déboussolement est dû au coup de massue qu’elle subit et qui, dans un premier temps, ne peut que renforcer ses hésitations à engager le combat pour la défense de ses conditions de vie.

Le chômage, et la peur des licenciements, constituent un facteur de paralysie qui ne peut être surmonté immédiatement et nécessite que le prolétariat retrouve progressivement son identité de classe et sa confiance en lui-même.

Un processus de maturation est donc indispensable pour que puissent surgir des luttes massives. Cette maturation s’exprime déjà par les luttes ouvrières qui se sont développées récemment, notamment celles des travailleurs de Tekel en Turquie, particulièrement significatives de la dynamique de la lutte de classe à l’échelle internationale (à propos de la grève de Tekel, voir les articles publiés sur notre site en février et juin 2010).

Les débats du Congrès ont également mis en évidence que la bourgeoisie des pays industrialisés et, notamment la bourgeoisie française, redoute le surgissement de ces luttes massives. En France, la classe dominante ne peut se permettre de prendre le risque d’une situation sociale identique à celle qui a explosé en Grèce, suite au plan d’austérité destiné à juguler la faillite de l’État.

Le Congrès a également développé une discussion sur la différence entre grève de masse et luttes massives. Il a mis en évidence que même si la perspective du surgissement de luttes massives est devant nous, cela ne signifie nullement que nous soyons entrés dans une période historique de grève de masse, laquelle nécessite un certain niveau de politisation des luttes.

C’est dans le cadre de l’analyse du CCI sur la dynamique de la lutte de classe à l’échelle mondiale, mis en évidence à notre dernier Congrès international, que s’est déroulé le débat sur la situation sociale en France.

La discussion a souligné que le prolétariat en France détient une longue expérience de lutte ancrée dans sa mémoire collective  : la Commune de Paris, Mai 68 et, plus récemment, la lutte des jeunes générations contre le CPE qui a obligé le gouvernement Villepin à reculer.

Le spectre des luttes massives hante la bourgeoisie. Une bourgeoisie affaiblie par les bourdes successives et de plus en plus impopulaires de Sarkozy. C’est la raison pour laquelle la classe dominante marche sur des œufs  : elle tente de masquer autant que possible la profondeur de ses attaques (notamment celle sur les retraites) et compte sur les syndicats pour saboter les explosions de mécontentement de la classe ouvrière.

Les débats du Congrès ont ainsi mis en évidence que la poursuite de l’attaque sur les retraites en France va constituer un test très important permettant de mesurer le rapport de forces entre les classes.

La discussion a permis également de mieux cerner l’impact actuel de l’encadrement syndical sur la classe ouvrière. Bien que cette dernière ne soit pas encore en mesure de se dégager de l’emprise des syndicats et de l’idéologie syndicaliste pour prendre elle-même ses luttes en main, le débat à fait ressortir qu’il existe, dans les rangs ouvriers, peu d’illusions sur le rôle et l’efficacité des méthodes de luttes préconisées par les syndicats.

Si, malgré cette désillusion, la classe ouvrière n’est pas encore à même aujourd’hui de se mobiliser en dehors et contre les syndicats, c’est essentiellement du fait de sa difficulté à retrouver confiance en ses propres forces.

La classe ouvrière ressent de plus en plus le besoin de se battre contre les attaques du gouvernement et du patronat, mais ne sait pas comment lutter sans passer par les syndicats. Cette difficulté est liée au poids de l’idéologie démocratique qui pèse encore très fortement sur la conscience de la classe exploitée. Celle-ci ne peut concevoir de se mobiliser massivement en dehors du cadre de la “légalité” de l’État démocratique. La question syndicale constitue donc un enjeu majeur dans la dynamique future vers les affrontements de classe massifs.

Les travaux du Congrès se sont penchés également sur la dynamique actuelle de notre milieu de contacts en France.

Sur le plan de l’affluence de nouveaux contacts, nous avons pu constater un certain décalage entre les pays d’Europe occidentale et les zones de la périphérie (notamment l’Amérique latine).

Le Congrès n’a pas dégagé une totale homogénéité dans l’analyse des causes de ce décalage et s’est donné comme objectif la poursuite du débat dans toutes les sections du CCI.

En particulier, une analyse a été avancée et mérite une réflexion plus approfondie  : l’Europe occidentale a été le théâtre de deux guerres mondiales et de la contre révolution la plus profonde de l’histoire avec l’écrasement sanglant de la révolution en Allemagne au début des années 1920. Ces événements tragiques ont provoqué un profond traumatisme dont les séquelles marquent encore aujourd’hui le prolétariat des pays d’Europe occidentale. C’est ce qui pourrait expliquer le poids très fort des illusions démocratiques dans cette région du monde, de même que la méfiance à l’égard des groupes se réclamant de la révolution d’Octobre 1917 en Russie. C’est également dans cette partie de la planète que les campagnes anti communistes, consécutives à l’effondrement de l’URSS et des régimes staliniens, ont eu le plus grand impact. Les organisations révolutionnaires appartenant au courant de la Gauche communiste inspirent donc encore une certaine méfiance.

Néanmoins, avec la faillite de plus en plus évidente du capitalisme, un nombre croissant d’éléments à la recherche d’une perspective historique, tend à se tourner vers des groupes tels que le CCI. Ainsi, en France, comme dans tous les pays d’Europe, nous avons pu constater un accroissement du nombre de nos contacts et sympathisants. Et surtout une volonté de débattre, de confronter et clarifier les divergences dans un climat de fraternité et de confiance mutuelle, y compris dans nos relations avec des groupes et éléments internationalistes appartenant au courant anarchiste (tel la CNT-AIT).

Les travaux du Congrès ont également développé une discussion sur un texte d’orientation élaboré par l’organe central du CCI  : “Marxisme et sciences”. Suite aux discussions que nous avons menées au cours de l’année Darwin, le CCI a en effet ressenti le besoin de se réapproprier la démarche du mouvement ouvrier relative au lien entre le marxisme et les sciences.

Dans la mesure où le marxisme est avant tout une méthode scientifique d’analyse de la réalité sociale, le CCI se devait de se pencher sur les fondements de toute méthode scientifique.

Les marxistes se sont toujours intéressés aux sciences, à leurs découvertes qui sont partie intégrante du développement des forces productives de la société.

Le prolétariat ne pourra construire la société communiste du futur qu’avec le développement de la recherche scientifique.

Bien évidemment les marxistes ne sont pas des spécialistes des sciences, et le débat que nous avons mené au Congrès portait essentiellement sur la méthode. Un certain nombre de divergences sont apparues, notamment autour de la question “qu’est-ce qu’une science  ?”. De même, il n’existe pas de position officielle, pas d’homogénéité en notre sein à propos des apports de Freud à la science. La discussion a également mis en lumière l’intérêt particulier que les marxistes doivent porter aux sciences de l’homme, afin de mieux comprendre ce qu’est la “nature humaine”.

Les débats sur ces questions doivent encore se poursuivre en notre sein mais également à l’extérieur du CCI.

Pour conclure, toutes les délégations du CCI et les camarades invités à ce Congrès ont salué ses travaux, la richesse des discussions et le climat très fraternel dans lequel elles se sont déroulées.

Cette fraternité s’est manifestée non seulement dans la tenue des débats, mais également par l’organisation d’une soirée conviviale au cours de laquelle tous les participants ont pu partager un moment de détente festive où la solidarité et la chaleur humaine étaient au rendez-vous.

Cette confiance mutuelle et cette solidarité doit continuer à nous servir de phare pour la poursuite de notre activité et de notre combat pour l’unification de l’humanité et la construction d’une nouvelle société sans pénurie, sans guerre et sans exploitation.

Nous savons que le chemin est encore long et parsemé d’embûches, mais notre conviction de l’impasse du capitalisme et notre confiance dans la classe porteuse du communisme est infaillible. C’est cette confiance dans l’avenir que portent les futurs combats de la classe ouvrière qui constitue la principale force du CCI.

Sofiane (20 août 2010)