Expulsion des Roms : des boucs émissaires et un faux-fuyant à la politique d’austérité

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Décidément, Sarkozy n’en a pas fini de régler ses comptes avec l’immigration. Après le “nettoyage de la France au Kärcher”, France qu’il faut “débarrasser de la racaille”, le président français s’est lancé, effets de menton habituels à l’appui, dans la mise en œuvre d’une politique répressive aggravée vis-à-vis de la communauté “rom”.

Une centaine de camps de “gens du voyage” ont ainsi été évacués manu militari, et leurs occupants dépouillés de leurs caravanes ou roulottes puis jetés à la rue, traités pire que du bétail, le fusil dans le dos. Avec plus d’un millier de “roms” expulsés de France depuis fin juillet, le ministre de l’Intérieur Hortefeux espère bien dépasser le chiffre des 9875 expulsions réalisées en 2009 vers la Bulgarie et la Roumanie de ces indésirables roms dont plus de 8000 ont déjà été virés du territoire depuis janvier 2010. Pourtant, même au sein de l’establishment politique français, de nombreuses “pointures” de tous bords ont souligné leur opposition à cette politique tellement énorme aux relents de xénophobie la plus crapuleuse, une politique de pogroms. Il n’y a guère eu que Marine Le Pen pour saluer ces positions de Sarkozy comme celles que son parti défend depuis trente ans, et outre les sarkozystes du premier cercle, tel Estrosi,… Kouchner. En effet, le chef de la diplomatie française, avec pour une fois un sac de rires sur le dos, a déclaré, en réponse à une seconde mise en garde de l’ONU dont il stigmatise les “caricatures” et les “amalgames” (1) : “Jamais le Président de la République n’a stigmatisé une minorité en fonction de son origine” (!).

Ainsi Villepin, qui en tant que ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre de la présidence Chirac, avait mis en œuvre de nombreuses mesures anti-immigrés, s’est-il élevé avec vigueur contre cette politique trop grossière parlant de “tâche sur le drapeau français”. Bernard Debré, député UMP de Paris, se dit “choqué” et souligne de son côté “le risque de dérapage vers la xénophobie et le racisme”. Sortez vos mouchoirs !

Le PS, tout en dénonçant cette opération, comme Rocard déclarant qu’on n’avait “pas vu cela depuis les nazis”, a critiqué Sarkozy, mais pour l’engager à poursuivre son effort. En effet, dans un communiqué daté du 18 août, il critique le projet du gouvernement de supprimer 3 500 postes de policiers dans les trois prochaines années, et déclare : “Jamais il n’y a eu autant de distance entre les paroles et les actes d’un gouvernement. Si le PS critique le gouvernement, ce n’est pas parce qu’il en ferait trop sur la sécurité, c’est, au contraire, parce qu’il n’agit pas réellement.” Il est vrai que le PS, depuis Joxe, Cresson et le même Rocard, en connaît un rayon, puisque c’est lui qui a mis en œuvre les premiers charters musclés dans les années 1980.

Cependant, malgré ces critiques qui fusent de partout, qu’il s‘agisse du pape ou de l’ONU, en passant par l’Union européenne, et malgré l’opposition grandissante dans la population française devant cette écœurante politique discriminatoire, Sarkozy et son ministre de l’Immigration, l’ “ex”-socialiste Éric Besson, ont annoncé mercredi 24 août une “accélération des reconduites de ressortissants bulgares et roumains” dont les départs bien hypocritement présentés comme “volontaires” signifie un “retour” dans des pays où cette frange de la population est souvent persécutée. Et pour dissuader ces “profiteurs” et “délinquants” de revenir pour toucher à nouveau leurs 300 euros de “prime à l’expulsion”, ce dernier va instituer des fichiers biométriques en direction des possibles contrevenants pour leur interdire l’accès aux frontières de l’Hexagone.

En fait, ce discours gouvernemental et cette politique particulièrement répressive à l’égard des roms servent plusieurs objectifs aux yeux de Sarkozy. Le plus important est de se focaliser sur une population très marginalisée, souvent arriérée et analphabète, formant une communauté fermée et peu communicative, et que de ce fait il est facile de criminaliser, afin d’en faire à bon compte le bouc émissaire de la crise économique et d’une justification de la politique générale de répression que mène l’État français. Le plus répugnant, c’est que cette “ethnie” déjà reléguée à une survie dans de véritables cloaques et des dépotoirs de la société, se retrouve facilement exposée à l’instrumentalisation. L’attaque de Sarkozy contre les roms ne pouvait provoquer au mieux, dans la période actuelle, que de la compassion mais pas de mouvement actif de solidarité en leur défense au sein de la classe ouvrière ; d’autant que la plupart des évacuations ont eu lieu pendant les vacances d’été. En-dehors des déclarations emphatiques et hypocrites des politicards et de certains groupes politiques, rien ne s’y est opposé.

Un autre volet de ce battage médiatique intensif est de faire du bruit pour faire diversion aux tensions sociales qui se précisent dès cette “rentrée”. Cette propagande sert aussi par son vernis sécuritaire à donner des moyens juridiques de perpétrer des arrestations massives, ou d’autres visant à imposer de fortes amendes aux familles immigrées dont les jeunes ont des démêlés avec la police. Les parents seront tenus pour légalement responsables des actes de leur enfant mineur, lorsque celui-ci a été poursuivi ou condamné pour une infraction et qu’il viole les interdictions et les obligations auxquels il est soumis. Ces parents pourraient se voir infliger jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende alors que c’est le chômage, la précarité, la misère qui les a brisés et rendus incapables d’assumer leur rôle éducatif.

Un des pompons des nouvelles mesures sécuritaires proposées par Sarkozy est la “déchéance de la nationalité française”. Un des arguments avancés par certains laudateurs de cette mesure est que “Être français se mérite”, c’est-à-dire les mêmes mots employés par Raphaël Alibert, Garde des Sceaux de Pétain, en juillet 1940, afin de justifier une loi portant création d’une “Commission de révision des naturalisations” laquelle procéda à la “dénaturalisation” de centaines de milliers de français, principalement des juifs (2).

Du point de vue de l’efficacité et de l’impact que cette mesure pourrait avoir dans la pratique aujourd’hui, elle n’a rien à voir avec celle de 1940. C’est un simple gadget. Mais elle présente l’avantage de tenter d’accroitre la division de la classe ouvrière entre travailleurs français et travailleurs immigrés, de plus ou moins fraîche date. Elle permet une focalisation médiatique sur un faux problème, totalement étranger aux intérêts des exploités, celui de leur “nationalité”.

Non, aucune nationalité ne se mérite et les ouvriers n’en ont que faire. Comme disait le Manifeste communiste de 1848 : “Les prolétaires n’ont pas de patrie”. Et c’est tous ensemble, quelle que soit leur couleur de peau ou leur origine ethnique ou nationale qu’ils devront se battre contre cette société qui leur impose à tous des conditions de vie et un avenir catastrophiques.

Wilma (27 août)

1) Et son copain Sarkozy, lui, n’a pas fait d’amalgame en mettant dans le même sac roms, “gens du voyage” de nationalité française depuis des générations, immigrés et délinquants !

2) Sarkozy, pour sa part, et contrairement à Le Pen dont il essaie de récupérer les électeurs, ne s’en prend pas aux juifs. D’ailleurs, selon la tradition juive, il est juif lui-même puisque sa mère est juive. Mais fondamentalement, après ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, cela ferait “désordre” aujourd’hui de la part d’un Président de la République.