Prise de position du KRASS (Russie) sur la guerre en Géorgie

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Nous publions ci-dessous une
prise de position diffusée dès le début des affrontements en Géorgie de l'été
2008 par les camarades du KRASS, un petit groupe de la mouvance
anarcho-syndicaliste basé principalement en Russie. Bien qu'il existe des désaccords
sur un certain nombre de questions entre nos deux organisations, le CCI
entretient des rapports politiques fraternels avec le KRASS, des rapports
cimentés par les positions internationalistes que nous partageons. Comme le
lecteur pourra s'en rende compte, cette prise de position vient illustrer, une
fois de plus après des prises de position précédentes, notamment lors des
conflits en Tchétchénie, la position parfaitement internationaliste défendue
par le KRASS:

- dénonciation des visées
uniquement capitalistes et impérialistes des différents gouvernements nationaux
et stigmatisation de leur rapacité, notamment celle des grandes puissances;

- aucun soutien à l'un ou
l'autre des camps en présence dans la guerre capitaliste et impérialiste;

-appel des travailleurs de tous
les pays belligérants à manifester leur solidarité de classe par dessus les
frontières et à mener le combat contre leurs exploiteurs respectifs.

C'est pour cela que nous
apportons notre plein soutien à l'essentiel de cette prise de position.

Nous voulons toutefois préciser
que les mots d'ordre adressés aux soldats qui figurent à la fin du document
(désobéir aux ordres des commandants, retourner les armes contre eux, etc.),
s'ils sont parfaitement justes du point de vue d'une perspective historique (et
ils ont été mis en pratique lors des révolutions russe en 1917 et allemande en
1918) ne sauraient être immédiatement d'actualité, alors qu'il n'existe pas,
tant dans la région qu'à l'échelle internationale, ni une puissance ni une
maturité suffisantes des combats de la classe ouvrière. Dans le contexte
actuel, une attitude de ce type de la part des soldats les expose à la pire des
répressions sans qu'ils puissent compter sur la solidarité de leurs frères de
classe.

Cela dit, nous tenons ici à
saluer les camarades du KRASS pour leur défense intransigeante de
l'internationalisme et pour le courage politique dont ils font preuve depuis
des années dans des conditions particulièrement difficiles, tant du point de
vue de la répression policière que du poids des mystifications, notamment
nationalistes, qui continuent à s'exercer sur la conscience des prolétaires du
fait de la chape de plomb de la contre-révolution stalinienne qui a régné dans
leur pays pendant des décennies. 

Le
CCI / 25.08.2008

NON À LA
NOUVELLE GUERRE CAUCASIENNE !

L'éruption
de nouvelles actions militaires entre la Géorgie et l'Ossétie du Sud menace de
se développer en une guerre plus large entre la Géorgie soutenue par l'OTAN
d'un côté et l'État russe de l'autre. Des milliers de personnes ont déjà été
tuées ou blessées, principalement des civils paisibles. Des villes entières et
de nombreuses infrastructures ont été rayées de la carte. La société a été
emportée par le torrent boueux du nationalisme et de l'hystérie chauvine.

Comme
toujours et partout dans les conflits entre états, il n'y a pas et il ne peut y
avoir quoi que ce soit de juste dans cette nouvelle guerre caucasienne ; tous
sont coupables. Les braises sur lesquelles on a soufflé pendant des années ont
finalement entraîné un embrasement militaire. Le régime de Saakashvili a plongé
deux tiers de la population géorgienne dans une misère profonde, et plus
montait dans le pays la colère contre cette situation, plus ce régime cherchait
une échappatoire à cette impasse sous la forme d'une « petite guerre
victorieuse » dans l'espoir que cela pourrait tout effacer. Le gouvernement
russe est totalement déterminé à conserver son hégémonie dans le Caucase.
Aujourd'hui il prétend défendre les faibles, mais son hypocrisie est tout à
fait claire : en fait, Saakashvili ne fait que refaire ce que la soldatesque
poutinienne a fait en Tchétchénie depuis neuf ans. Les cercles dirigeants
d'Ossétie et d'Abkhazie aspirent à renforcer leur rôle d'alliés exclusifs de la
Russie dans la région, et en même temps à rallier les populations paupérisées
autour de la flamme de "l'idée nationale et du "secours au
peuple". Les dirigeants des États-Unis, des États européens et de l'OTAN,
au contraire, cherchent à affaiblir autant que possible l'influence de leur
rival russe dans le Caucase afin de leur permettre de prendre le contrôle des
ressources pétrolières et de leur acheminement. Ainsi sommes nous témoins et
victimes du nouveau point de fixation de l'antagonisme mondial dans la lutte
pour l'énergie, le pétrole et le gaz.

Ces
combats n'apporteront rien aux travailleurs, qu'ils soient Géorgiens, Ossètes,
Abkhazes ou Russes, rien d'autre que du sang et des larmes, d'incalculables désastres
et privations. Nous exprimons notre profonde sympathie à tous les amis et
parents des victimes, à ceux qui n'ont plus de toit sur leur tête ni de moyens
de subsistance à cause de cette guerre.

Nous ne
devons pas tomber sous l'influence de la démagogie nationaliste qui nous
demande l'unité avec "notre" gouvernement et déploie le drapeau de la
"défense de la patrie". L'ennemi principal des gens simples n'est pas
le frère ou la sœur de l'autre côté de la frontière ou d'une autre nationalité.
L'ennemi, c'est les dirigeants, les patrons de tout poil, les présidents et
ministres, les hommes d'affaire et les généraux, tous ceux qui provoquent les
guerres pour sauvegarder leur pouvoir et leurs richesses. Nous appelons les
travailleurs en Russie, Ossétie, Abkhazie et Géorgie à rejeter le joug du
nationalisme et du patriotisme pour retourner leur colère contre les dirigeants
et les riches, de quelque côté de la frontière qu'ils se trouvent.

Soldats
russes, géorgiens, ossètes et abkhazes ! N'obéissez pas aux ordres de vos
commandants! Retournez vos armes contre tous ceux qui vous envoient à la
guerre! Ne tirez pas sur les soldats "ennemis", fraternisez avec eux!
Plantez les baïonnettes en terre!

Travailleurs
de l'arrière ! Sabotez l'effort militaire, quittez le travail pour aller aux
réunions et manifestations contre la guerre, organisez-vous et mettez-vous en
grève!

Non à la
guerre et à ses organisateurs - dirigeants et riches! Oui à la solidarité des
ouvriers au-delà des frontières et des lignes de front!

Fédération
pour l'Éducation, la Science et les ouvriers techniques, CRAS-IWA