Soumis par RevueInternationale le 5 mai, 2005 - 11:56.
A côté
des courants bourgeois déclarés (comme les partis de droite traditionnels) ou
« gestionnaires » de la société bourgeoise avec un langage
« ouvrier » (tels les partis de gauche, « social
démocrates » ou même « communistes »), l’ordre capitaliste peut
s’appuyer également sur les organisations d’extrême gauche qui n’hésitent pas à
afficher une perspective « révolutionnaire ». Il en est ainsi des
différentes variantes du courant trotskiste dont le langage « radical »
n’a pas d’autre objet que de ramener sur un terrain bourgeois (comme celui des
élections et du syndicalisme) les éléments les plus combatifs de la classe
ouvrière qui commencent à comprendre le rôle anti-ouvrier de ces partis de
gauche. De même, à côté des arguments employés par la bourgeoisie
« officielle » pour justifier la participation à la guerre
impérialiste (tels la « lutte contre le terrorisme », pour « la
défense des droits de l’homme » ou pour le « respect du droit
international ») on trouve ceux mis en avant par les groupes trotskistes
visant un même résultat : embrigader les prolétaires dans l’un ou l’autre
camp des guerres impérialistes, ou bien à les conduire dans l’impasse du
pacifisme a-classiste qui les paralyse face aux menées guerrières de la classe
dominante. Au sein de ces organisations, certains éléments commencent à
percevoir le rôle d’obstacle qu’elles jouent face au développement des luttes
de la classe ouvrière et à la prise de conscience de celle-ci. Cependant,
beaucoup de ces éléments sont incapables de comprendre que ce n’est pas en se
revendiquant d’un « véritable trotskisme » qu’ils pourront rejoindre
le camp du prolétariat. Il en est ainsi parce que le courant trotskiste, comme
un tout, à rejoint le camp bourgeois au cours de la seconde guerre mondiale en
participant à celle-ci au nom de la « lutte contre le fascisme » ou
pour la « défense de l’URSS » présentée comme un « État
ouvrier ».
Depuis cette époque, l’ensemble
des variantes du courant trotskiste a régulièrement appelé les prolétaires à
s’aligner (de façon « inconditionnelle » ou « critique »)
sur tel ou tel camp des guerres impérialistes, notamment au nom du soutien aux
« luttes de libération nationale » contre « l’impérialisme »
qui est présenté comme une application des positions des bolcheviks et de
Lénine sur la question nationale. Ce fut notamment le cas lors de la guerre du
Vietnam dans les années 60-70 ou dans le conflit du Proche-Orient. Plus
récemment, la guerre en Irak a constitué une nouvelle occasion pour la plupart
des groupes trotskistes de démontrer leur nature bourgeoise en appelant à
soutenir la « résistance » contre l’intervention
américano-britannique dans ce pays. Le texte que nous publions ci-dessous est
basé sur un document rédigé à l’origine en polémique avec un groupe en rupture,
au nom d’un « vrai trotskisme » et de la « tradition
léniniste », avec une organisation trotskiste en France ([1]).
Nous y mettons en évidence, en nous appuyant sur de nombreuses citations de
Lénine lui-même, que les positions sur la guerre défendues aujourd’hui par le
trotskisme (qu’il soit « vrai » ou « faux ») n’ont
strictement rien à voir avec celles de Lénine. Les erreurs que ce dernier a pu
commettre sur la question nationale ne l’ont pas empêché de défendre une position
internationaliste intransigeante au cours de la première guerre mondiale. Bien
plus, il a réglé leur compte par avance à tous les « arguments » des
trotskistes actuels qui essaient de s’appuyer sur ses positions erronées pour
faire passer en contrebande leur marchandise bourgeoise. Et si Lénine a pu
anticiper ainsi ce que les trotskistes allaient raconter par la suite, c’est
tout simplement que les arguments qu’ils emploient sont fondamentalement de
même nature que ceux des social-chauvins de la première guerre mondiale,
c’est-à-dire de ces secteurs de la Social-démocratie, « socialistes en
paroles et chauvins dans les actes » qui ont apporté une aide précieuse à
la bourgeoisie pour embrigader le prolétariat dans la boucherie impérialiste.
L’histoire
du 20e siècle a amplement démontré que le critère essentiel qui
détermine l’appartenance de classe véritable d’une organisation qui se réclame
du prolétariat est l’internationalisme. Ce n’est pas un hasard si ce sont les
mêmes courants qui s’étaient clairement prononcés contre la guerre impérialiste
en 1914 et qui avaient impulsé les conférences de Zimmerwald et Khiental
(particulièrement les bolcheviks et les spartakistes) que l’on a retrouvés par
la suite à la tête de la révolution, alors que les courants social chauvins ou
même centristes (Ebert-Scheidemann, ou les mencheviks) ont constitué le fer de
lance de la
contre-révolution. Ce n’est pas un hasard non plus si c’est
le mot d’ordre “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !” qui
conclut non seulement le Manifeste communiste de 1848, mais aussi l’Adresse
inaugurale de l’AIT en 1864.
Aujourd’hui,
alors que les guerres ne cessent de ravager telle ou telle partie du monde, la
défense de l’internationalisme continue de constituer le critère décisif
d’appartenance d’une organisation au camp de la classe ouvrière. Face à ces
guerres, la seule attitude conforme aux intérêts de cette dernière consiste à
rejeter toute participation dans l’un ou l’autre des camps en présence, à
dénoncer toutes les forces bourgeoises qui appellent les prolétaires, sous
quelque prétexte que ce soit, à donner leur vie pour un de ces camps
capitalistes, à mettre en avant, comme l’ont fait les bolcheviks en 1914, la
seule perspective possible : la lutte de classe intransigeante en vue du
renversement du capitalisme.
L’adoption
de tout autre attitude, notamment celle conduisant à demander aux prolétaires
de s’aligner sur l’un des camps militaires en présence revient à se transformer
en sergent recruteur de la guerre capitaliste, en complice de la bourgeoisie et
donc en traître. Ce n’est pas différemment que Lénine et les bolcheviks
considéraient les social-démocrates qui, au nom de la lutte contre le
“militarisme prussien” pour les uns ou au nom de la lutte contre “l’oppression
tsariste” pour les autres, ont appelé les ouvriers à s’étriper mutuellement en
1914. C’est exactement cette politique nationaliste que dénonçait Lénine qui
est adoptée face à la guerre en Irak par le trotskisme en général malgré toutes
les bonnes intentions que peuvent afficher certains de ses courants.
Le soutien à “la résistance irakienne” : un
mot d’ordre bourgeois
Le mot
d’ordre de soutien “inconditionnel à la résistance armée du peuple irakien
face à l’envahisseur”, revient en réalité à appeler les prolétaires d’Irak
à se transformer en chair à canon au service de tel secteur de leur bourgeoisie
nationale qui conçoit aujourd’hui la défense de ses intérêts capitalistes et
impérialistes en dehors et contre l’alliance avec les États-Unis (alors que
d’autres secteurs bourgeois estiment préférable de s’allier aux États-Unis dans
la défense de leurs intérêts). Il faut d’ailleurs noter que les secteurs
dominants de la bourgeoisie irakienne (qui, pendant des décennies, se sont
rangés derrière Saddam Hussein) ont pu, suivant les circonstances, être les
meilleurs alliés des États-Unis (particulièrement dans la guerre contre l’Iran
au cours des années 1980) ou appartenir à “l’axe du mal” censé vouloir la perte
de cette même puissance.
Des
courants au sein du trotskisme invoquent, pour justifier leur politique de
soutien à un des secteurs de la bourgeoisie irakienne, la position défendue par
Lénine au cours de la première guerre mondiale lorsque, dans “Le socialisme et
la guerre”, il écrivait par exemple : “… si demain le Maroc déclarait
la guerre à la France, l’Inde à l’Angleterre, la Perse ou la Chine à la Russie,
etc. (…) tout socialiste appellerait de ses vœux la victoire des États
opprimés, dépendants, lésés dans leurs droits, sur les ‘grandes’ puissances
oppressives, esclavagistes, spoliatrices.” (Chapitre 1, Les principes du
socialisme et la guerre de 1914-1915)
Cependant,
ce qui est souvent oublié (voire délibérément occulté), c’est justement qu’un
des axes essentiels de cet écrit fondamental de Lénine (comme du reste de ses
principaux textes écrits à cette époque) consiste à dénoncer férocement les
prétextes invoqués par les courants social-chauvins pour justifier leur soutien
à la guerre impérialiste et basés sur “l’indépendance nationale” de tel ou tel
pays ou nationalité.
Ainsi,
Lénine affirme d’un côté que : “En réalité, la bourgeoisie allemande a
entrepris une guerre de rapine contre la Serbie pour la soumettre et étouffer
la révolution nationale des Slaves du Sud…” (La guerre et la
social-démocratie russe). Il écrit de même que : “L’élément
national dans la guerre actuelle est représenté seulement par la guerre de la
Serbie contre l’Autriche (…). C’est seulement en Serbie et parmi les serbes
qu’il existe un mouvement de libération nationale datant de longues années, embrassant
des millions d’individus parmi les “masses populaires”, et dont le
“prolongement” est la guerre de la Serbie contre l’Autriche. Si cette guerre
était isolée, c’est-à-dire si elle n’était pas liée à la guerre européenne
générale, aux visées égoïstes et spoliatrices de l’Angleterre, de la Russie,
etc., tous les socialistes seraient tenus de souhaiter le succès de la
bourgeoisie serbe - c’est là la seule conclusion juste et absolument nécessaire
que l’on doive tirer du facteur national dans la guerre actuelle.”
Cependant, il poursuit : “La dialectique de Marx, dernier mot de
la méthode évolutionniste scientifique, interdit justement l’examen isolé,
c’est-à-dire unilatéral et déformé, de l’objet étudié. Le facteur national dans
la guerre serbo-autrichienne n’a et ne peut avoir aucune importance sérieuse
dans la guerre européenne générale. Si l’Allemagne triomphe, elle étouffera la
Belgique, encore une partie de la Pologne, peut-être une partie de la France,
etc. Si la Russie remporte la victoire, elle étouffera la Galicie, encore une
partie de la Pologne, l’Arménie, etc. Si le résultat est “nul”, l’ancienne
oppression nationale demeurera. Pour la Serbie, c’est-à-dire pour environ un
centième des participants à la guerre actuelle, celle-ci est le “prolongement
de la politique” du mouvement de libération bourgeois. Pour 99 pour cent, la
guerre est le prolongement de la politique de la bourgeoisie impérialiste,
c’est-à-dire caduque, capable de dépraver des nations, mais non de les affranchir.
L’Entente, en “libérant” la Serbie, vend les intérêts de la liberté serbe à
l’impérialisme italien en échange de son appui dans le pillage de l’Autriche.
Tout cela, qui est de notoriété publique, a été déformé sans scrupule par
Kautsky afin de justifier les opportunistes.” (La faillite de la 2e
Internationale, Chapitre 6).
Notons à
propos de la Serbie en 1914 que le Parti socialiste de ce pays (et il fut salué
pour cela par tous les internationalistes de cette époque) a refusé
catégoriquement et a dénoncé la “résistance du peuple serbe contre
l’envahisseur autrichien” alors même que ce dernier était en train de
bombarder la population civile de Belgrade.
Pour en
revenir à aujourd’hui, “il est de notoriété publique” (et on pourrait ajouter
que ceux qui ne le reconnaissent pas ne font que “déformer sans scrupule la
réalité”) que la guerre menée par les États-Unis et la Grande-Bretagne contre
l’Irak en 2003 (au même titre que la guerre déclenchée en août 1914 par
l’Autriche et l’Allemagne contre la “petite Serbie”) a des implications
impérialistes qui dépassent de loin ce pays. Concrètement, face aux pays de la
“coalition”, nous avons un groupe de pays, comme la France et l’Allemagne, dont
les intérêts impérialistes sont antagoniques des premiers. C’est pour cela que
ces deux derniers pays ont tout fait pour empêcher l’intervention américaine en
Irak, qu’ils se sont refusés depuis d’envoyer la moindre troupe dans ce pays.
Et le fait qu’ils aient voté aux Nations Unies en 2004 une résolution présentée
par les États-Unis et la Grande-Bretagne ne signifie pas autre chose que les
accords diplomatiques, au même titre que les disputes, ne sont qu’un moment de
la guerre larvée que se livrent les grandes puissances.
Malgré toutes les déclarations d’amitié,
claironnées notamment au moment de la célébration du débarquement du 6 juin
1944, l’impérialisme français trouve un avantage dans les difficultés que
peuvent rencontrer les États-Unis en Irak. En fin de compte, à quoi aboutit le
soutien à la “résistance du peuple irakien” : à faire le jeu de la
bourgeoisie des pays aux intérêts antagoniques à ceux des Etats-Unis. Et là, il
n’est pas possible pour un trotskiste français ou allemand d’invoquer Lénine
pour justifier cette politique puisque, pour sa part, il appelait à “…
combattre au premier chef le chauvinisme de ‘sa propre’ bourgeoisie” (La
situation et les tâches de l’Internationale Socialiste, 1/11/1914).
Quiconque
souhaite suivre l’exemple de Lénine dans la défense de l’internationalisme doit
se rendre à l’évidence et cesser de se raconter des fables : le soutien à
la “résistance du peuple irakien contre l’envahisseur” est une trahison
pure et simple de l’internationalisme et donc une politique chauvine
anti-prolétarienne. C’est contre une telle politique que Lénine écrit : “Les
social chauvins reprennent à leur compte la mystification du peuple par la
bourgeoisie, selon laquelle la guerre serait menée pour la défense de la
liberté et de l’existence des nations, et se rangent ainsi aux côtés de la
bourgeoisie contre le prolétariat.” (Le socialisme et la guerre, Chapitre
1)
Cela dit,
le soutien à la “résistance du peuple irakien”, c’est-à-dire aux secteurs
anti-américains de la bourgeoisie irakienne, n’est pas une trahison de
l’internationalisme du seul point de vue de l’enjeu que représente l’Irak dans
les antagonismes entre grandes puissances impérialistes. En d’autres termes, ce
n’est pas une trahison de l’internationalisme seulement à l’adresse des
prolétaires de ces puissances. C’est également un trahison de
l’internationalisme vis-à-vis des prolétaires irakiens à qui on veut faire
prendre des vessies pour des lanternes et qu’on appelle à se faire tuer pour la
défense des intérêts impérialistes de leur bourgeoisie. Car il ne faut pas se
raconter d’histoires : l’État irakien est impérialiste. En fait, dans le
monde actuel, tous les États sont impérialistes, du plus puissant au plus
petit. Ainsi, la “petite Serbie”, dont l’histoire a fait une des proies
favorites des appétits impérialistes de puissances plus grandes comme
l’Allemagne ou la Russie (en passant par la France) s’est comportée au cours
des années 90 en État impérialiste modèle à coups de massacres et “d’épurations
ethniques” afin de constituer la “Grande Serbie” au détriment des autres
nationalités de l’ex-Yougoslavie. Tout cela, évidemment, dans un contexte
européen dominé par l’antagonisme entre les différentes puissances qui
“défendaient” soit la Croatie (comme l’Allemagne et l’Autriche), soit la Bosnie
(comme les États-Unis), soit la Serbie (comme la France et la Grande-Bretagne).
L’État
irakien n’est en rien une exception à cette réalité du monde actuel. Loin de
là. C’en est au contraire une illustration édifiante.
En effet,
depuis son indépendance de la sphère britannique après la seconde guerre
mondiale, cet État, du fait de sa localisation et de ses ressources
pétrolières, n’a cessé d’être un enjeu dans les rivalités entre grandes
puissances. “Client” pendant un temps de l’URSS, il a basculé vers l’alliance
occidentale (notamment à travers un rapprochement spectaculaire avec
l’Allemagne et surtout avec la France) au cours des années 70 lorsque
l’influence soviétique a reculé au Moyen-Orient. Entre 1980 et 1988, dans une
des guerres les plus longues et meurtrières (1 200 000 morts)
depuis 1945, l’Irak se fait le fer de lance de l’offensive des pays occidentaux
contre l’Iran de Khomeiny qui a appelé à la guerre sainte contre le “Grand
Satan” américain. Les puissances occidentales, et particulièrement les
États-Unis apportent un soutien sans faille à l’Irak, notamment à partir de
l’été 1987 par l’envoi d’une flotte considérable dans le Golfe persique qui
s’affronte quotidiennement aux forces de l’Iran et va obliger ce pays à
accepter la cessation des hostilités au cours de l’été 1988 alors qu’auparavant
il avait infligé des défaites cuisantes à l’Irak.
Il est
clair que ce n’est pas simplement pour les beaux yeux de l’Amérique que Saddam
Hussein a envoyé des centaines de milliers de prolétaires et de paysans en
uniforme se faire tuer sur le front iranien à partir de septembre 1980 (et
qu’il a massacré au passage 5000 civils kurdes dans la seule journée du 16 mars
1988 à Halabja). En fait, la bourgeoisie irakienne poursuivait ses propres buts
de guerre en se lançant dans ce conflit. Outre que de mettre au pas par la
terreur les populations kurdes et shiites, elle avait notamment comme objectif
de mettre la main sur le Chatt al-Arab (l’estuaire du Tigre et de l’Euphrate)
contrôlé par l’Iran. En outre, cette guerre devait permettre à l’Irak et à
Saddam Hussein de prendre le leadership du monde Arabe. En somme, cette guerre
était de nature parfaitement impérialiste.
Pour sa
part, la guerre de 1990-91 était de même nature. Les visées impérialistes des
États-Unis et de leurs alliés de l’époque dans l’opération “Tempête du désert”
ont été amplement mises en évidence et dénoncées. Cependant, l’événement qui a
servi de prétexte à la croisade contre l’Irak a été l’invasion du Koweït par ce
pays au cours de l’été 1990. Évidemment, il ne s’agit pas pour les marxistes
d’entrer dans des considérations sur qui était “l’agresseur” ou “l’agressé”, ni
de prendre la défense du Cheik Jaber et de son compte en banque ou de ses
réserves pétrolières. Cela dit, l’opération militaire d’août 1990 de l’Irak
contre le Koweït était bien celle d’un brigand impérialiste contre un autre
brigand impérialiste (pour employer le terme qu’affectionnait Lénine). Le fait
qu’il s’agisse de petits brigands ne change rien à la nature profonde de leur
politique ni à celle que doit avoir le prolétariat envers ce type de conflits.
Un dernier
commentaire à propos de la nature impérialiste des États du monde actuel. Un
argument qui est souvent donné pour appuyer l’idée qu’un État comme l’Irak ne
serait pas impérialiste c’est qu’il n’exporte pas des capitaux. Cet argument se
veut conforme à l’analyse développée par Lénine dans son ouvrage
“L’impérialisme, stade suprême du capitalisme” qui porte une insistance toute
particulière sur cet aspect de la politique impérialiste. En réalité,
l’exploitation par les épigones de cette vision unilatérale de l’impérialisme
dans le but de justifier les trahisons de l’internationalisme est du même type
que l’exploitation qu’on faite les staliniens d’une phrase (d’ailleurs
totalement coupée de son contexte) dans un article écrit par Lénine au cours de
la première guerre mondiale.
“L’inégalité
du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il
s’ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit
nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste pris à part.
Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et
organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du
monde capitaliste en attirant à lui les classe opprimées des autres pays, en les
poussant à s’insurger contre les capitalistes, en employant même, en cas de
nécessité, la force militaire contre les classes exploiteuses et leurs États.” (A propos du mot d’ordre des États-Unis d’Europe)
Pour les
staliniens (qui en général laissaient de côté la dernière phrase de cette
citation) “C’était la plus grande découverte de notre époque. Elle devint le
principe directeur de toute l’action du Parti communiste dans sa lutte pour la
victoire de la révolution socialiste et la construction du socialisme dans
notre pays. La théorie de Lénine sur la possibilité de la victoire du
socialisme dans un seul pays traça au prolétariat la claire perspective de la
lutte, donna libre cours à l’énergie et à l’initiative des prolétaires de
chaque pays pour marcher contre leur bourgeoisie nationale, inspira au parti
communiste et à la classe ouvrière la ferme confiance en la victoire.”
(Institut du marxisme-léninisme près le C.C. du P.C.U.S., Préface aux Œuvres
choisies de Lénine, Moscou, 1975).
Le trotskisme, c’est l’extrême-gauche du capital
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