Peut-on et doit-on démocratiser le capitalisme ? Non, le capitalisme a vécu !

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La volonté de changer le capitalisme s’est propagée à toute vitesse ces derniers mois dans le monde, en particulier dans la jeunesse, à travers le mouvement des Indignés et des Occupy. Face à la violence de la crise économique et à la dégradation brutale des conditions de vie, ce mouvement de contestation exprime aux quatre coins du globe une même angoisse face à l’avenir à travers ses discussions. Mais que faire ? Comment lutter ? Contre qui ? La finance ? La droite ? Les dirigeants ? Et un autre monde est-il possible ? Une des réponses avancée est la nécessité de réformer, de “démocratiser” le capitalisme. Les médias, les intellectuels, la gauche et jusqu’aux organisations altermondialistes orientent le mouvement vers un combat pour “plus de démocratie”.

Le “printemps arabe” en Tunisie, Egypte, Syrie, Libye avait mis en évidence que les cliques au pouvoir spoliaient depuis des décennies les populations, maintenant leur domination par la crainte et la répression. Ces révoltes, aiguillonnées par la montée de la misère, ont été un immense encouragement pour les exploités du monde entier. En Europe, berceau de la démocratie occidentale, les mœurs de voyous d’une “élite dirigeante” incapable, malhonnête mais riche engendrent indignation et dégoût. C’est en Espagne que ce rejet des élites a pris la tournure la plus politique. A l’origine du mouvement des Indignés, un fait a été particulièrement frappant?: en pleine campagne électorale, période traditionnellement attentiste et morne pour la lutte, un large mouvement de contestation s’est développé. Alors que les médias et les responsables politiques se centraient sur le pouvoir des urnes, les rues étaient effervescentes d’AG et de discussions en tout genre. Une idée était particulièrement répandue?: “droite et gauche, la même merde”. A même parfois retenti “tout le pouvoir aux assemblées!”.

En effet, qu’ont changé les élections démocratiques en Egypte et en Espagne? Et le départ de Berlusconi ou de Papandréou en Italie et en Grèce ? Rien ! Les plans d’austérité se sont durcis et sont devenus encore plus insupportables. Elections ou pas, la société est dirigée par une minorité dominante qui maintient ses privilèges sur le dos de la majorité. Il y a une volonté croissante de ne plus se laisser faire, de prendre les choses en main, une réelle aspiration, à travers le “tout le pouvoir aux AG”, de construire une société où une minorité ne dicte plus nos vies. Mais, cette nouvelle société passe-t-elle par un combat pour “démocratiser le capitalisme” ?

Le capitalisme, dictatorial ou démocratique, demeure un système d’exploitation

Certes, c’est à “nous” de prendre en main nos vies. Mais qui c’est, ce “nous” ? Dans la réponse donnée majoritairement par les mouvements actuels, “nous” c’est “tout le monde”. “Tout le monde” devrait diriger la société actuelle, c’est-à-dire le capitalisme, via une démocratie réelle. Mais le capitalisme n’appartient-il pas aux capitalistes ? Ce système d’exploitation ne constitue-t-il pas l’essence même du capitalisme ? Allons au bout du raisonnement, imaginons un instant une société capitaliste animée d’une démocratie parfaite et idéale où “tout le monde” déciderait de tout collectivement. Gérer une société d’exploitation ne signifie pas supprimer cette exploitation. Dans les années 1970, beaucoup d’ouvriers ont mis en avant une revendication autogestionnaire à laquelle ils croyaient fortement?: “Plus de patrons, on produit nous-mêmes et on se paie !” Les ouvriers de Lip en France l’ont appris à leurs dépens?: ils ont géré collectivement et de façon égalitaire “leur” entreprise. En suivant les lois incontournables du capitalisme, ils en sont venus dans la logique du marché à accepter l’auto-licenciement et ce de façon très “libre” et très “démocratique”. Aujourd’hui, dans le capitalisme, la démocratie la plus parfaite ne changerait rien pour construite une nouvelle société. La démocratie, dans le capitalisme, n’est pas un organe du pouvoir de conquête du prolétariat ou d’abolition du capitalisme c’est un mode politique de gestion du capitalisme ! Pour mettre fin à l’exploitation, il n’y a qu’une seule solution, la révolution.

Qui peut changer le monde ? Qui peut faire la révolution ?

Nous sommes de plus en plus nombreux à rêver d’une société où l’humanité prendrait sa vie en main, où elle serait maîtresse de ses décisions, où elle ne serait pas divisée entre exploiteurs et exploités, mais unie et égalitaire. Mais qui peut construire ce monde ? Qui permettra que demain l’humanité prenne en main la société ? “Tout le monde” ? Eh bien, non ! Car “tout le monde” n’a pas intérêt à la fin du capitalisme. La grande bourgeoisie luttera toujours bec et ongles pour maintenir son système et sa position dominante, quitte à verser en abondance le sang, y compris dans les “grandes démocraties”. Dans “tout le monde”, il y a aussi les artisans, les notables, les propriétaires terriens, bref la petite-bourgeoise qui soit veut conserver le train de vie que lui offre cette société, soit rêve d’un passé idéalisé. La fin de la propriété privée ne fait certainement pas partie de ses projets.

Pour devenir maître de sa propre vie, l’humanité doit sortir du capitalisme. Or, seul le prolétariat peut renverser ce système. La classe ouvrière regroupe les salariés d’usines et de bureaux, du privé et du public, les retraités et les jeunes travailleurs, les chômeurs et les précaires. Ce prolétariat forme la première classe de l’histoire à la fois exploitée et révolutionnaire. Précédemment, avec la noblesse ou la bourgeoisie un système d’exploitation a été chassé et remplacé par un nouveau système d’exploitation. Aujourd’hui, enfin, ce sont les exploités eux-mêmes, à travers la classe ouvrière, qui peuvent abattre le système dominant et construire ainsi un monde sans classes et sans frontières. Dès 1848, la classe ouvrière s’est d’ailleurs dotée de ce cri de ralliement?: “Les prolétaires n’ont pas de patrie. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !”.

Malgré leur impact international, les mouvements de ces derniers mois ont aussi une grande faiblesse : la force vive des exploités, la classe ouvrière, n’y a pas encore conscience d’elle-même, de son existence, de sa force, de sa capacité à s’organiser comme classe. De ce fait, elle se noie dans le “tout le monde” et elle est encore victime du piège de la lutte “pour un capitalisme plus démocratique”. Pour faire triompher la révolution internationale et bâtir une nouvelle société, la classe ouvrière doit développer SA lutte, SON unité, SA solidarité et surtout SA conscience de classe. Pour cela, elle doit parvenir à organiser en son sein le débat, les discussions les plus larges, les plus vivantes possibles, ouverts à tous ceux qui veulent essayer de répondre aux multiples questions qui se posent aux exploités?: comment développer la lutte ? Comment nous organiser ? Comment faire face à la répression, afin de développer sa compréhension du monde, de ce système, de la nature de son combat.

Le mouvement des Indignés et OWS sont une expression de cette volonté de débattre, de l’effervescence incroyable, de cette créativité des masses en action qui caractérisent notre classe quand elle lutte, comme on a pu le voir, par exemple, en mai 68, où l’on discutait à tous les coins de rue. Mais sa force créatrice est aujourd’hui diluée, paralysée par son incapacité à exclure de sa lutte et de ses débats ceux qui travaillent en réalité corps et âme à la survie du système actuel, en orientant les mouvements vers une “démocratisation du capitalisme”, ces chantres d’un “capitalisme plus humain” n

CCI/28.01.2012