Débat ouvert entre internationalistes sur la nature de classe de la Révolution russe

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"Ces dernières années, les communistes de gauche du Courant Communiste International (CCI) ont beaucoup écrit sur l’anarchisme. Nous nous concentrons ici sur le courant dont fait partie aussi De Vrije Communist: l’anarchisme internationaliste.

"Il apparaît clairement que l’anarchisme constitue un lieu où s’affrontent des positions ouvertement bourgeoises et nationalistes et des positions prolétariennes internationalistes." (Les anarchistes et la guerre (4e partie), L’internationalisme, une question cruciale).

Le CCI a écrit deux séries d’articles sur l’anarchisme. La première série traitait de l’anarchisme et la guerre. La deuxième série portait sur la Gauche Communiste et l’anarchisme internationaliste. Le CCI fait une distinction entre les différents courants anarchistes.

A juste titre, le CCI pointe les convergences avec l’anarchisme internationaliste. Il s’agit essentiellement de deux terrains de convergence: le rejet des élections et celui de la guerre. En effet, les anarchistes internationalistes ne prennent pas position en faveur de l’un ou l’autre camp de la classe dominante.

Le CCI énumère aussi les différences les plus importantes entre le CCI et l’anarchisme internationaliste: le CCI est centraliste, matérialiste, pour une période de transition de l’Etat et pour la prise de pouvoir de Lénine en Russie en octobre 1917. L’anarchisme internationaliste est fédéraliste (pour une organisation partant de la base), idéaliste, pour une suppression immédiate de l’Etat et contre la prise de pouvoir de Lénine en Russie en octobre 1917.

Les anarchistes internationalistes ont une tout autre forme d’organisation que les communistes de gauche. Et les anarchistes internationalistes rejettent toute survie "momentanée" de la dictature pendant une soi-disant période de transition. Cela ne pourrait pas mener vers une autre société. On ne se défait plus d’une telle dictature "momentanée". Les nombreuses dictatures marxistes du vingtième siècle l’ont amplement démontré.

Une autre différence entre les communistes de gauche et les anarchistes internationalistes est peut-être aussi que les anarchistes internationalistes ont un terrain d’intérêt plus large et se consacrent plus souvent à des sujets qui ne sont pas complètement réductibles à la lutte de classe.

Les communistes de gauche veulent engager la discussion avec les anarchistes internationalistes et collaborer avec eux. Entre temps, aux Pays-Bas, on a vu un début d’une telle collaboration. Les Kritische Studenten Utrecht (KSU)[Etudiants critiques d’Utrecht], le Anarcho-Syndicalistische Bond (ASB)[La ligue Anarcho-Syndicaliste] et le Courant Communiste International (CCI) ont fait une déclaration commune sur les actions contre les coupes salariales chez le Viva ! Zorggroep [Groupe de soignants Viva]."

De Vrije Communist

 

(1)De Vrije Communist, à commander chez "Woorden van Rebellen", Amsterdam, n° du compte 87.12.25.115.

 


 

 

Nous saluons la publication de l’article ci-dessus dans le Vrije Communist. Il constitue une contribution sérieuse au développement du débat entre organisations qui se situent sur le caractère internationaliste de la lutte et qui réfutent la voie parlementaire de réforme durable, fondamentale à l’intérieur du capitalisme comme une illusion. Car au-delà de nos divergences, parfois importantes, nous partageons en effet des positions révolutionnaires essentielles: l’internationalisme, le rejet de toute collaboration et de tout compromis avec des forces politiques bourgeoises, la défense de “la prise en main des luttes par les ouvriers eux-mêmes”. Mais comme nous l’avons exprimé dans la série d’articles dans la presse, il existe aujourd’hui encore, de part et d’autre certaines craintes à débattre et à collaborer. Pour dépasser ces difficultés, il faut être persuadé d’appartenir bel et bien au même camp, celui de la révolution et du prolétariat, malgré les divergences. Mais cela ne peut suffire. Nous devons aussi faire un effort conscient pour cultiver la qualité de nos débats. Et l’article dans le Vrije Communist en est un bon exemple. (2)

L’article pose effectivement de façon claire, et selon nous c’est aujourd’hui de loin le plus important, que la Gauche communiste et l’anarchisme internationaliste aient une base commune. L’article développe également quelques points de divergence. Nous espérons que notre réaction peut contribuer au prolongement d’une discussion fructueuse entre anarchistes internationalistes et communistes de gauche où que ce soit. Ceci malgré le fait, et nous en sommes pleinement conscients, que les premiers ont une toute autre conception de l’Etat de transition, de la révolution Russe et sur d’autres points.

Avec cette courte réaction nous aimerions déjà aborder quelques points concernant les divergences mentionnées.

Est-ce que la Gauche communiste est, comme le dit le texte ci-dessus: " pour la prise de pouvoir de Lénine en Russie en octobre 1917" ? ou encore "Et les anarchistes internationalistes rejettent toute survie "momentanée" de la dictature pendant une soi-disant période de transition. Cela ne pourrait pas mener vers une autre société. On ne se défait plus d’une telle dictature "momentanée ". Les nombreuses dictatures marxistes du vingtième siècle l’ont amplement démontré."

Nous comprenons très bien que c’est le point de divergence qui est développé en premier lieu dans le texte. Si nous relisons le " jeune " Marx d’avant la Commune de Paris, le social-démocrate Kautsky ou même divers écrits de Lénine ou Trotski, alors il y a matière à douter de la validité de certaines positions marxistes. En vue d’approfondissements complémentaires de ces questions, il est justement important de savoir de quel type d’expérience il s’agit. La Révolution russe a t’elle été une révolution ouvrière? Ou bien a t’elle été un coup d’Etat, fomenté par un parti bourgeois particulièrement habile dans la manipulation des masses? Le stalinisme a t’il été le produit "naturel" de cette révolution ou bien en a t’il été le bourreau? Suivant la réponse que l’on donne à ces questions élémentaires, les enseignements que l’on tirera seront évidemment radicalement opposés.

"Les idéologies staliniennes "reconnaissent" une nature prolétarienne (ils préfèrent en général parler de "populaire"), à la révolution d’Octobre. Mais la version totalement défigurée qu’ils en donnent n’a d’autre objectif que de faire oublier l’effroyable répression à laquelle le stalinisme s’est livré contre les ouvriers et les bolcheviks qui en avaient été les protagonistes; de tenter de justifier ce qui restera comme un des plus grands mensonges de l’histoire: l’assimilation du capitalisme d’Etat comme synonyme de "commu-nisme".(…) D’autres se contentent de parler de mouvement nationaliste en vue de moderniser le capitalisme russe. (…) En somme une révolution bourgeoise (…). D’autres parlent de "révolution ouvrière" pour Octobre 1917 et s’accordent avec les staliniens pour considérer l’Union Soviétique comme un pays " communiste ", mais ce n’est que pour mieux décrire les horreurs du stalinisme en en déduisant: "c’est à cela, et seulement à cela que peuvent conduire des mouvements révolutionnaires à notre époque".

"C’est lorsque le prolétariat mondial se trouvera devant la tâche d’organiser collectivement une insurrection armée qu’ils ressentiront massivement le besoin de posséder les leçons d’octobre 1917. C’est lorsqu’ils seront confrontés à des questions telles que: savoir qui exerce le pouvoir; ou bien: quels rapports doit il y avoir entre le prolétariat en armes et l’institution étatique qui surgira au lendemain des premières insurrections victorieuses; ou bien encore: comment réagir face aux divergences entre secteurs importants du prolétariat; qu’ils comprendront les véritables erreurs commises par les bolcheviks (en particulier dans la tragédie de Kronstadt en 1921)." (De l’introduction de la brochure sur la Révolution Russe)

 

Finalement un passage d’un texte ultérieur qui traite également un des aspects que le Vrije Communist soulève: "C’est en fait de l’intérieur, (…), que surgit la contre-révolution et que se reconstitua le pouvoir de la bourgeoisie du fait du processus d’absorption du parti bolchévik par l’Etat. Gangrené (…), le parti bolchevik tendit de plus en plus à substituer la défense des intérêts de l’Etat soviétique au détriment des principes de l’internationalisme prolétarien. Après la mort de Lénine en 1924, Staline, principal représentant de cette tendance vers l’abandon de l’internationalisme, aida la contre-révolution à s’installer (…). Le bastion prolétarien russe s’effondra de l’intérieur et la chasse aux révolutionnaires internationalistes fut ouverte dans le parti. (…).. L’URSS devenait un pays capitaliste à part entière où le prolétariat était soumis, le fusil dans le dos, aux intérêts du capital national, au nom de la défense de la “patrie socialiste”. (Internationalisme n° 234, octobre 1997) n

 Wereldrevolutie/Internationalisme / 27.09.2011

 

(2)Notons aussi l’initiative prise par le AKG (Collectif Anarchiste Gand) à organiser ensemble avec le CCI, les " Lege Portemonnees " et le Catholic Workers des débats sur la perspective de la lute contre le capitalisme et sur comment unir nos forces.