Tract du CCI Seule la solidarité entre les travailleurs dans la lutte peut repousser les attaques !

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Pacte pour l’emploi qui généralise la flexibilité, assainissement de la Sécu, Plan Marshall wallon, dégraissage de la fonction publique, rationalisations dans les entreprises privées, … Après la signature du dernier-né des plans d’attaque contre les conditions de vie des travailleurs, le “contrat de solidarité entre les générations”, concocté par les ministres PS/SPa et libéraux et avalisé par deux syndicats, des milliers d’ouvriers se sont mis en grève et sont descendus dans la rue pour crier leur colère : NON au chômage ! NON à l’allongement du nombre d’années requis ! NON au report de l’âge minimal pour les préretraites ! En un mot : Ras-le-bol de la spirale infernale d’austérité et de sacrifices, ras-le-bol de la “solidarité” avec un système capitaliste qui nous propose de plus en plus clairement comme seule perspective : crève-toi d’abord au travail et crève tout court ensuite !

Les multiples débrayages spontanés ainsi que la volonté de manifester ensemble dans la rue le mécontentement et la colère montrent que la véritable solidarité ouvrière est à l’opposé de celle que veut nous imposer la bourgeoisie et qui se résume à faire payer la crise du système capitaliste par les travailleurs.

Le pacte entre générations révèle la faillite du capitalisme et de son "Etat social"

Le “pacte entre générations” appelle “les vieux” à travailler plus longtemps par “solidarité” avec “les jeunes” car, nous explique-t-on la main sur le coeur, l’augmentation de l’espérance de vie et le vieillissement de la population menaceraient d’entraîner les caisses de retraite vers la faillite et hypothèqueraient de la sorte le futur de la jeunesse. Il y a quelques années encore, la bourgeoisie nous affirmait avec la même hypocrisie qu’il fallait travailler moins pour donner des emplois aux jeunes. Le cynisme de la bourgeoisie est sans bornes !Ce qu’elle tente de cacher ainsi, c’est que cette nécessité absolue de s’attaquer aux retraites et préretraites des salariés découle de l’ampleur du chômage, qui lui-même est le produit de la crise: il est évident que lorsque le chômage explose et que des dizaines de milliers d’emplois sont supprimés, l’assiette des cotisants se trouve singulièrement rétrécie et le système des retraites s’effondre.

Face à sa crise, la bourgeoisie cherche à réduire toujours plus drastiquement la part des dépenses improductives comme le sont, de son point de vue, les retraites, les allocations chômage ou l’assurance maladie. Son objectif majeur avec le “contrat entre générations” est donc bien d’allonger la vie active afin de réduire au maximum le montant des pensions à payer.

La question des retraites anticipées ne révèle donc pas un “manque de solidarité” entre travailleurs mais bien plus fondamentalement la faillite du capitalisme et de son “Etat social”, qui n’est plus capable d’intégrer la population dans le salariat, qui rejette les masses croissantes de chômeurs dans la misère et poursuit le démantèlement du régime des pensions (rappelons nous que la bourgeoisie avait déjà rallongé de cinq années l’obtention de la pension pour les travailleuses !).

Aggravation de la crise et développement des attaques : tous les travailleurs sont visés

Ces attaques ne sont limitées ni à tel ou tel type de gouvernement ni à tel ou tel pays. En France ou en Autriche en 2003, en Allemagne et en Hollande en 2004, en Grande-Bretagne aujourd’hui, des mesures similaires ont été appliquées ou sont en voie de l’être. La crise s’aggrave et la bourgeoisie doit cogner de plus en plus fort. Dès lors, la remise en cause du régime des préretraites n’est que le début d’une nouvelle série d’attaques massives et frontales en préparation.

Pendant des années, la bourgeoisie a essayé démasquer l’ampleur du phénomène du chômage. Elle a employé tour à tour la manipulation des statistiques en éliminant toute une série de catégories, ainsi que le système des pré-pensions afin d’éviter le développement du mécontentement social. Mais aujourd’hui, avec la crise économique qui s’aggrave, elle ne peut plus utiliser ces expédients, c’est pourquoi elle a mis en place une chasse aux chômeurs visant à les exclure du bénéfice de leurs allocations et commence maintenant à remettre en cause le système des prépensions. Après une dure vie de labeur, les travailleurs n’ont plus aucunes certitudes d’obtenir une retraite bien méritée.

Les patrons avaient même très souvent utilisé l’argument de la possibilité des pré-pensions pour plus facilement faire accepter des sacrifices sur le plan des salaires ou de la flexibilité et, les ouvriers, contraints et forcés, les avaient subis en sachant qu’une retraite anticipée était quasi certaine. Aujourd’hui la bourgeoisie n’a plus que du sang et des larmes à nous promettre : d’abord pour les ouvriers au travail, pressurés de plus en plus pour des salaires de misère, ensuite pour les ouvriers au chômage, qui voient leurs allocations diminuer et se voient exclus en masse, et enfin pour les futurs pensionnés qui atteindront ce seuil de plus en plus difficilement et sans certitude d’une pension décente.

Cette agression concerne donc tous les salariés et requiert une riposte déterminée afin d’arrêter la continuelle paupérisation et dégradation des conditions de travail que veut nous imposer la bourgeoisie. Et notre riposte d’aujourd’hui doit s’inscrire dans un combat plus général contre un système qui n’a plus rien à nous offrir si ce n’est que plus de souffrances et de misères.

Gouvernement et syndicats magouillent pour faire passer les mesures

Même Verhofstadt qui, jusqu’il y a peu, prétendait que “tout va bien en Belgique” est obligé de reconnaître la réalité de la récession. La bourgeoisie arrive de moins en moins à masquer la gravité de la crise et n’a d’autre choix que d’aller toujours plus loin dans ses attaques anti-ouvrières. Son souci principal est aujourd’hui: comment faire passer les attaques ? Comment désamorcer l’inévitable colère ouvrière ? Depuis des mois, elle a répandu un énorme brouillard afin de déboussoler la classe ouvrière. Dans des négociations interminables, gouvernement, patronat et syndicats ont déplacé des points et des virgules, fait des déclarations musclées, annonçant le pire pour, après négociation, trouver un “texte de compromis honorable pour tous”.

Le gouvernement comptait faire passer son “contrat” sans trop de réactions incontrôlées, s’appuyant sur ses fidèles serviteurs – les syndicats – pour étouffer et canaliser toute contestation. Ceux-ci ont d’abord organisé la division des travailleurs par un astucieux partage des tâches : le 7 octobre, la FGTB lançait une grève générale, tandis que la CSC menait une vaste campagne médiatique sur les “dix bonnes raisons de ne pas faire grève”. De toute façon, la FGTB prenait soin d’éviter les rassemblements ou les manifestations empêchant ainsi les ouvriers des différents secteurs de se rencontrer, de sentir qu’ils représentent une même force et surtout d’entamer un début de réflexion sur la gravité de la situation.

Si aujourd’hui tous les syndicats appellent à la grève générale et à la manifestation nationale … à la veille d’un long week-end, c’est pour récupérer la colère ouvrière et l’orienter vers un soutien aux organisations syndicales pour négocier “un meilleur pacte entre générations”, c’est-à-dire faire passer l’essentiel des mesures avec quelques adaptations superficielles. Aussi, il ne faut pas se laisser prendre par les discours musclés actuels des syndicats, aidés qu’ils sont en cela par les déclarations provocatrices des ministres ou du patronat et par le refus affiché du gouvernement de renégocier l’accord. Le rôle des syndicats – comme des ministres socialistes d’ailleurs, qui prétendent imposer ces mesures pour sauvegarder “le meilleur système de protection sociale du monde” – consiste à faire accepter la logique de gestion du capital, de défense de l’Etat bourgeois, qui implique d’accepter d’emblée les licenciements, la diminution du salaire social, pour ne pas affaiblir le capital national face à la concurrence internationale.

Seule la solidarité dans la lutte entre tous les travailleurs peut imposer un rapport de force en notre faveur

L’enjeu ne se réduit donc pas à la question des préretraites. Les mesures gouvernementales représentent une attaque contre toute la classe ouvrière: les vieux comme les jeunes, les actifs comme les chômeurs, les travailleurs de toutes les régions et toutes les communautés. Face aux attaques, il n’y a pas d’autres alternatives que de lutter pour défendre ses conditions de vie et de travail. Et l’actualité sociale montre que le prolétariat est bien vivant et qu’il n’a pas d’autre choix que de développer son combat partout dans le monde. C’est déjà ce qu’ont montré, face à des attaques du même ordre, les travailleurs de la fonction publique en France et en Autriche en 2003, les manifestations en Allemagne ou encore les trois cent mille manifestants contre les plans du gouvernement Balkenende aux Pays-Bas en 2004. Les ouvriers savent très bien qu’ils doivent imposer un rapport de force en leur faveur et que les négociations syndicales ne servent qu’à avaliser les mesures scélérates et confirmer les défaites. Ce n’est que dans la lutte que la classe ouvrière peut faire reculer la bourgeoisie.

Contre les discours syndicaux affirmant que “cela ne concerne pas un tel et un tel”, contre le régionalisme et le sectorialisme, contre le dévoiement des luttes par les syndicats vers la capitulation par rapport aux mesures de la bourgeoisie, les travailleurs doivent mettre en avant la solidarité entre eux, la recherche de l’unité, la mise en avant de l’intérêt général contre la mise en avant par les syndicats des spécificités. Cette solidarité de classe s’exprime avec de plus en plus de vigueur en Europe ces derniers temps, dépassant les divisions syndicales et sectorielles :

– à Daimler-Benz en 2004 en Allemagne, les travailleurs des autres sièges de l’entreprise se sont mis en grève en solidarité avec un siège qu’on voulait fermer ;

– à Heathrow en Grande-Bretagne récemment, un millier de travailleurs de l’aéroport se sont mis spontanément en grève par solidarité avec les 670 ouvriers de l’entreprise de restauration dès l’annonce de leur licenciement ;

– aux Etats-Unis, lors de la grève de 18 500 mécaniciens de Boeing, les ouvriers ont refusé tout net la manoeuvre de division entre “nouveaux” et “anciens”, jeunes et vieux. Ils se sont également opposés à une tentative de la direction au cours de la négociation d’opposer les intérêts des ouvriers entre eux avec la proposition d’introduire des mesures différentes entre 3 grandes usines de production.

La crise contraint toutes les bourgeoisies nationales à prendre les mêmes mesures plus brutalement, plus massivement. L’uniformisation de ces attaques au niveau mondial, révèle les contradictions du système, la faillite du capitalisme et son impasse historique. Elle doit stimuler l’émergence chez les travailleurs d’un questionnement sur les perspectives d’avenir réelles pour la société qu’offre la bourgeoisie.

OUI à la solidarité de classe dans la lutte contre les attaques !

OUI au combat pour la construction d’une société basée sur les besoins humains et non pas sur le profit !

Internationalisme, 27.10.05

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