Projet de loi “anti-fake news”: le premier producteur de fausses-nouvelles, c’est l’État !

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Le 3 janvier, Emmanuel Macron a annoncé un projet de loi “anti-fake news” afin de lutter contre la prolifération d’informations délibérément fausses sur le Web. Le but est double : renforcer toujours plus la mainmise de l’État sur l’information, tout en faisant croire que celui-ci est neutre, objectif, garant de la vérité. Voilà la plus grande fake-new qui soit !

La gauche et l’extrême-gauche, défenseurs zélés de l’État

Derrière leurs cris faussement scandalisés et leurs prétendues critiques, la gauche et l’extrême-gauche cachent le même mensonge, la même défense de l’État et du capitalisme. Pour le Front de gauche et Jean-Luc Mélenchon : “On peut (...) entendre le président quand il pointe du doigt que d’une façon générale, le délabrement moral de l’information dite de “service public” est un problème grave pour la dignité des citoyens qui le financent. (…) On ne peut que le rejoindre quand il parle de ceux qui ne visent qu’à salir à n’importe quel prix dans le but de faire marcher la pompe à clic qui est surtout une pompe à fric. (...) La plupart des médias privés, audiovisuels ou papier appartiennent à quelques grands groupes de presse, eux-mêmes possédés par un petit nombre d’actionnaires qui sont aussi propriétaires des plus grandes entreprises du CAC 40. (…) Emmanuel Macron a raison : il y a un problème pour la démocratie avec la sphère médiatique. Nous avons proposé pour y remédier de créer un “conseil de déontologie des médias””. Voilà le message du Front de gauche : les grands médias mentent à cause du CAC 40 et l’État doit agir. Pour le NPA : “La propagation de “fausses informations” est le symptôme d'une distorsion du débat public provoquée par la surveillance économique des grandes plateformes (…) C'est le modèle économique des grands réseaux sociaux qui, de lui-même, favorise la propagation (gratuite) d'informations qui distordent le débat public, dont les fake-news (…) La qualité du débat public exige un espace neutre, où le tissu des opinions n'est pas déchiré par des considérations marchandes”. Bref, le même discours : les fake news sont le produit des grands groupes économiques, il faut se battre pour “un espace neutre” et protégé des “considérations marchandes”. Quant à Lutte Ouvrière, l’organisation classée officiellement la plus à gauche sur l’échiquier politique de la bourgeoisie, elle proclame  : “Le monde de l’information, sur Internet ou pas, est plein de fausses nouvelles et de demi-mensonges, à commencer par ceux que propagent les gouvernements comme celui de Macron. Pour les travailleurs et la population, mieux vaut s’exercer à discerner par eux-mêmes le vrai du faux que de se fier à des vérités établies par le pouvoir ou ses proches”. Voilà une plus grande radicalité... apparemment. Car à y regarder de plus près, ce n’est toujours pas l’État qui ment, mais “les gouvernements comme celui de Macron”. Autrement dit, l’État (et même le capitalisme) peut être honnête et humain si les gouvernements sont d’extrême-gauche. Les ouvriers qui ont vécu sous le stalinisme, le castrisme, le chavisme, etc... pourront apprécier pour en avoir fait l’expérience amère, le goût de ces régimes pour la vérité !

Les États et le capitalisme se fondent sur le mensonge

Les révolutionnaires communistes ont toujours mis en évidence, depuis l’expérience de la Commune de Paris de 1871, le rôle non pas neutre et objectif mais au contraire viscéralement anti-prolétarien de l’État : L’État moderne, quelle qu’en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : l’État des capitalistes, le capitaliste collectif idéal. Plus il fait passer de forces productives dans sa propriété, et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n’est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble (F. Engels en 1878, dans son Anti-Duhring).

Pour asseoir cette domination de la bourgeoisie sur le prolétariat, l’État n’use pas seulement de la terreur qu’il inspire par ses forces de répression (armée, police, justice) mais aussi de sa capacité à mentir et manipuler. “La manipulation habile et consciente des habitudes et des opinions des masses est une composante majeure de la société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme secret de la société constituent un gouvernement invisible qui est la véritable puissance dirigeante de notre société”. (Edward Bernays, Propaganda, 1928). Ceci est d’autant plus vrai depuis 1914. La Première Guerre mondiale a en effet marqué le moment où l’État capitaliste a pris pour la première fois le contrôle massif et totalitaire de l’information, à travers la propagande et la censure, dans un but unique : la victoire dans la guerre totale. Lorsque George Orwell écrivit 1984 en 1948 (d’où son titre), il imaginait un avenir dans lequel tous les citoyens auraient l’obligation d’installer chez eux un écran au moyen duquel ils seraient tous soumis à la propagande étatique : soixante-dix ans plus tard, les gens achètent eux-mêmes leurs télévisions, ordinateurs et smartphones et se divertissent de leur propre chef avec des produits dont la sophistication éclipse le Ministère de la Vérité (1) de Big Brother.

Les fake news étatiques sont ainsi légions. Parfois de simple mot sont même immédiatement associés à d’immenses mensonges d’État : Tchernobyl, le Rainbow Warrior, les armes chimiques en Irak, etc. Mais il ne s’agit là que des scandales les plus connus et médiatiques. La propagande de tous les États est en réalité bien plus quotidienne, subtile et donc insidieuse. Leurs fausses nouvelles incessantes entrent dans les têtes et distordent notre capacité à comprendre le monde.

Plus profondément : le capitalisme est une société d’exploitation, comme l’esclavagisme et le féodalisme avant lui. Mais sa légitimité ne repose pas sur un ordre divin, elle se fonde sur un autre mensonge : celui que les hommes sont libres et égaux. L’État a pour rôle de maintenir cette exploitation et donc ce mensonge, d’où sa prétendue neutralité.

La décomposition et l’irrationalité

Un problème demeure : la propagation des fausses nouvelles sur le Web, souvent invraisemblables et pourtant partagées et propagées par des millions de clics sur les réseaux sociaux, est une réalité. Pourquoi ?

En fait, le capitalisme est un système social en décomposition. Il n’a aucun avenir à offrir à l’humanité. Face à lui, le prolétariat a les plus grandes peines à développer sa lutte et sa conscience, il est encore très loin de pouvoir incarner un espoir aux yeux des masses. En un mot, l’espoir d’un autre monde est aujourd’hui en sommeil. Privé de perceptive, de futur, l’humanité plonge dans le nihilisme, la peur de l’avenir et de l’autre, le repli sur soi, et donc dans l’irrationnel (2). Voilà ce que représente la prolifération des fake news : l’aggravation de l’obscurantisme sur le terreau fertile du capitalisme décadent et décomposé.

Le développement de la lutte révolutionnaire est le seul remède. Seul le prolétariat a un autre monde à offrir à l’humanité. Ce combat, il le mènera justement en cherchant la vérité, en se dressant contre les mensonges de la bourgeoisie et de ses États. Ce n’est pas un hasard si le journal du Parti bolchevique s’appelait justement la Pravda (La Vérité). “Le prolétariat n’a pas besoin d’illusions morales et il déteste l’hypocrisie. Son intérêt est de débarrasser la morale de toutes les illusions et de tous les préjugés. En tant que première classe de la société ayant une compréhension scientifique de celle-ci, le prolétariat est le seul qui puisse faire valoir cette haute préoccupation de la morale qu’est la vérité. Face au capitalisme le but du prolétariat est de faire apparaître la vérité comme le moyen indispensable de sa propre libération (3).

Sosso, 14 février 2018

 

1 Au travers de ce ministère imaginé, George Orwell souligne que plus un État parle de vérité, plus il ment.

2 Pour comprendre les racines de ce phénomène, nous renvoyons nos lecteurs à nos thèses “La décomposition, phase ultime de la décadence du capitalisme” (disponible sur notre site Internet).

 

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Situation en France