Travail dominical: la bourgeoisie remplace les cathédrales par les supermarchés

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Avec les immondes campagnes anti-immigrés, le populisme sans bornes des politiciens et les mensonges ultra-formatés des experts de la télévision, une atmosphère nauséabonde semble envahir les rues et les esprits. Mais, comme l'illustre l'inénarrable "débat" sur le travail nocturne et dominical – débat comme seule la bourgeoisie sait les cultiver : "pile, je gagne ; face, tu perds" – cette ambiance oppressante de division est aussi en partie une mise en scène soigneusement orchestrée par la classe dominante.
Un beau matin d'octobre, nous dit-on, les tribunaux interdirent à plusieurs enseignes de la distribution d'ouvrir leurs portes le dimanche et la nuit. Comme si l'épée de Damoclès venait de s'abattre sur leur tiroir-caisse, les "entrepreneurs" lésés se levèrent comme un seul homme pour "défendre les emplois" et "braver la Justice", aussitôt suivis par des salariés en colère de voir l'État "empêcher les honnêtes gens de travailler et de les appauvrir". Puis, avec la spontanéité naïve de la victime, quelques centaines de ces "honnêtes travailleurs" créèrent un comité sur les réseaux sociaux et sortirent dans la rue, avec banderoles, T-shirts et casquettes, pour des manifestations relayées à qui mieux mieux par la presse. Sur l’air de « La France d'en bas veut travailler ! » ou de « Laissez les étudiants ramasser un peu de monnaie ! »

Tout cela est très émouvant, mais c'est une grossière mise en scène destinée à faire passer le travail dominical pour une réforme désirée par la "vraie France", la masse silencieuse et laborieuse. Non seulement les banderoles et autres T-shirts imprimés étaient financés par les patrons des "manifestants spontanés" en question qui avaient, pour l'occasion, l'autorisation exceptionnelle de distribuer des tracts aux clients, non seulement au moins l'une des deux uniques "manifestantes spontanées" interviewées par la presse était une militante de l'UMP, mais, pour faire bonne mesure, le fameux "comité spontané" existait déjà depuis décembre 2012. Et que dire du savoureux témoignage d'un des "manifestants spontanés" qui a révélé avoir suivi avec ses "spontanés camarades de lutte" une authentique "formation" (!) financée par ses employeurs pour préparer la manifestation, sinon que décidément, la bourgeoisie cherche à manipuler activement la classe ouvrière en donnant une image mensongère de l'état de "l'opinion" ? Comme si, "spontanément" quelqu'un pouvait souhaiter sacrifier au travail et à la consommation le seul jour de la semaine où il est possible de rassembler sa famille et ses amis ou se promener dans la nature !

La vérité est que l'ouverture des magasins le dimanche et la nuit est déjà la norme dans bien des villes et que, loin de créer des emplois et de dynamiser l'économie, ces pratiques sont le résultat direct de la crise et de la concurrence acharnée que se livrent les enseignes pour tenter de prendre des parts de marché aux autres commerces !

El Generico (24/10/2013)