La bourgeoisie accuse le poignard pour épargner l’assassin

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Au début du mois de février, l’Europe a subi une vague de froid de 13 jours particulièrement meurtrière. Le bilan de la catastrophe s’élève, officiellement, à plus de 600 morts. Bien que personne n’ignore que les chiffres officiels sont largement sous-evalués, une nouvelle fois, la classe dominante a fait en la circonstance la démonstration de son cynisme le plus répugnant.

Évidemment, les personnes sans-logis sont les principales « victimes du froid ». Quand les foyers d’accueils existent, les places sont bien souvent insuffisantes et à ce point répugnantes ou insécures que de nombreux sans-abris préfèrent encore dormir dehors. Dans tous les pays, les actions telles que «l es maraudes »1 sont invariablement dérisoires au vu des besoins. En France, par exemple, des mesures conséquentes étaient enfin adoptées alors que les thermomètres indiquaient déjà -20°C dans de nombreuses régions. Mais la bassesse de la classe dominante n’a pas de fond ; le défunt président Pompidou face aux manifestations de mai 1968 avait déclaré  : « passé les bornes, il n’y a plus de limites ». Mais la bourgeoisie, elle, sait toujours dépasser celles de l’indécence et nous surprendre par son ignominie illimitée. Tandis que ceux qui sont rejetés à la rue par le capitalisme crevaient, dans l’indifférence des puissants bien au chaud dans le confort de leurs riches demeures, les « pouvoirs publics » déployaient des trésors d’ingéniosité pour tenter de déneiger les routes. En Italie, où le froid a fait 45 victimes, la seule ville de Rome a distribué 10 000 pelles, et déployé 700 camions chasse-neige. Plusieurs centaines de morts dans les rangs des ouvriers « improductifs » ne préoccuperont jamais nos bourgeois, mais il fallait que les salariés soient en mesure de se déplacer jusqu’à leurs lieux de travail pour s’y faire exploiter.

Les prolétaires savent que la barrière qui les sépare de la rue est chaque jour plus mince. Il fallait donc en profiter pour souffler le froid et le chaud dans la population en « rassurant » par des « exemples » de pays comme l’Ukraine, où le froid a été le plus meurtrier. « Regardez, c’est bien pire ailleurs ! »

En même temps,, le problème des victimes était noyé au milieu des témoignages de ménagères effrayées par le verglas, des reportages sur la qualité des opérations de déneigement et de tout le battage sur les prétendues consommations « records » d’électricité, histoire de faire rentrer dans les têtes la nécessité du nucléaire. Surtout, il fallait expliquer, de mille et une façons possibles, que c’est le froid qui tue, pas le capitalisme : « Le bilan du froid s'alourdit avec plus de 600 victimes en Europe2 », « La vague de froid, qui doit se poursuivre dans les prochains jours, a fait au moins 12 morts en France3 », « La vague de froid tue encore en Europe de l'Est4 », etc.

Mais depuis quand le froid est responsable du nombre croissant d’ouvriers jeté à la rue ? Le système capitaliste agonisant n’est simplement plus en mesure d’apporter des solutions au chômage, à l’exclusion et à la misère qui se développent à un rythme infernal. Le caractère massif de la catastrophe a fait sensation, mais chaque jour, de très nombreux ouvriers sans-abris meurent de froid, de malnutrition ou de l’absence de soins médicaux au cœur des pays les plus développés, où de plus en plus de prolétaires sont plongés dans une misère et un dénuement croissants c’est-à-dire rien qui s’apparente de près ou de loin à une malheureuse fatalité..

V (16 février)

 

1 En France, une maraude est un passage en véhicule Croix-Rouge dans les rues où vivent des personnes défavorisées, dans le but de leur distribuer une soupe chaude, un petit sac de denrées alimentaire ou simplement un peu de réconfort.

2 LeMonde.fr, le 13/02/2012.

3 Reuters, le 10/02/2012.

4 L’express, le 12/02/2012