Grève des électriciens en Grande-Bretagne : la solidarité entre ouvriers de toutes les industries est la solution

See also :

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Nous publions ci-dessous un article de World Revolution, organe presse du CCI en Grande-bretagne.

 Il n’y a aucun doute à avoir sur le niveau des attaques contre les emplois des électriciens, leur salaire et les conditions de travail qu’implique la fin de la convention du Joint Industry Board (JIB) , qui va conduire à des baisses de salaires allant jusqu’à 35 % et à un reclassement de beaucoup d’emplois en semi-qualifiés ou sans qualification. Allez à n’importe laquelle de leur manifestation hebdomadaire devant les différents sites de construction, ou lisez leur forum de discussion, et vous verrez comment tout cela va être désastreux pour des travailleurs qui font déjà de longues heures supplémentaires pour atteindre un salaire décent. « Pensezr que nous pouvons dire au revoir à nos maisons, nos voitures, notre vie de famille, etc. », « Il n’y aura plus de vacances ou de football ou de tours au pub. Il va falloir se battre pour que nos enfants aient de nouvelles chaussures à se mettre. »1 Quand 8 grandes entreprises d’électricité travaillant sur des projets de constructions ont annoncé qu’elles prévoyaient de se sortir de la convention JIB et d’imposer de plus mauvaises conditions (Balfour Beatty a ainsi envoyé à ses employés un avertissement pour qu'ils acceptent un changement de contrat dans les 90 jours !), il y a eu un silence assourdissant du syndicat Unite. L’indignation des travailleurs était évidente : « Je pense que les syndicats trempent là dedans jusqu'au cou », « les syndicats ont été très tranquilles là-dessus, çà pue un peu. »2

 La difficulté de développer une lutte

 Demandez leur quelle a été la riposte : les ouvriers ont souvent été exaspérés parce que rien ne semble se passer. Unite a tout retardé et certains craignent que d’autres flammes n’aient plus l’ardeur de mener une lutte. Les rassemblements chaque matin de 300 à 400 ouvriers devant les sites de construction, l’effort pour persuader les ouvriers de la nécessité de se joindre à la lutte, l’occasion de discuter et de faire des blocages temporaires aux entrées des sites, chaque semaine pendant trois mois, tout cela n'est pas insignifiant, mais les électriciens n’ont aucune illusion sur le fait que cela va repousser l’attaque.

Les électriciens font clairement face à d’importantes difficultés pour développer leur lutte. Rentrer en lutte aujourd’hui, dans un contexte de crise économique, avec un chômage élevé, des salaires gelés ou en baisse, avec l’inflation qui grignote les conditions de vie, demande du courage aux ouvriers dans toutes les industries. Dans la construction, avec les divisions entre ceux qui sont employés directement par les boîtes et les sous-traitants, et avec les listes noires des ouvriers combatifs, il y a des difficultés particulières. Il est important de revenir sur les expériences de lutte dans les années 1970 et 1980 : « J’ai passé un an de ma vie à votre âge à faire une grève qui a été perdue et vous faites la même chose. Une épreuve dont vous ne connaissez pas la signification, j’ai vu des hommes pleurer parce qu’ils ne pouvaient plus nourrir leurs enfants, et qui se demandaient comment ils allaient survivre… Nous avons mené notre combat et nous avons perdu… », « ce qu’il y avait dans les années 70 et 80, c’était des membres qui étaient prêts à accepter les votes majoritaires ou à main levée, mais même alors, personne ne se montrait dans les piquets, et je n’ai jamais vu un officiel du syndicat dans les piquets où je suis allé un peu partout dans le pays. ..Aussi, si les soudeurs et les monteurs manifestaient, nous y allions aussi, et vice versa ! » Pour mener une lutte aujourd’hui, on doit se confronter aux défaites du passé et en tirer les leçons, et aussi bien, revenir aux expériences positives de ce que représente une lutte de la classe ouvrière. Une grève longue, confinée à une seule industrie, a vraiment été un piège qui mène à des défaites amères, comme celle des mineurs en 1984 ou des imprimeurs à Wapping. Il y a eu des moments où tout le monde ne manifestait pas ensemble, même quand différents secteurs se battaient au même moment – en 1984, les dockers et les ouvriers de l’automobile étaient en grève alors que les mineurs avaient arrêté le travail – et ils n’ont pas réussi à se rejoindre.

 Développer la solidarité

Une action sauvage avait commencé l’été dernier quand l’attaque a été annoncée et elle a continué avec des rassemblements tôt le matin devant les sites de construction gérés par les employeurs de la BESNA (ceux qui voulaient abandonner la convention JIB), surtout à Londres, Manchester et Newcastle. Ces rassemblements étaient l’occasion pour les travailleurs de se retrouver, de discuter de leur lutte, avec un micro ouvert à tous, et les ouvriers qui écoutaient ce qui se disait. Les travailleurs des autres industries, les retraités ou les étudiants et quelques manifestants anticapitalistes pouvaient venir et témoigner leur solidarité – quand un groupe de Occupy London est venu avec une banderole qu’ils avaient faite, ils ont été accueillis avec des cris d’approbation. Ces rassemblements étaient une occasion pour ceux qui étaient convaincus de la nécessité de lutter, de discuter et de persuader d’autres travailleurs de les rejoindre et souvent avec succès. A Londres, les personnels en lutte ont souvent été d’un site à l’autre – de Blackfriars à Cannon Street, par exemple. Plusieurs de ceux qui ont refusé de revenir au travail ont été persécutés. Cela a aussi été l’occasion de bloquer temporairement les entrées des sites.

Mais la solidarité avec qui ? Pour Unite, il faudrait faire pression sur le parlement, pour chercher la solidarité des grands et des bons contre « les employeurs voyous » (tract de Unite de la manifestation du 9 novembre). D’ailleurs, Jeremy Corbyn s’était pointé à Blackfriars le 12 octobre pour nous parler d’une motion tôt le matin. Est-ce qu’on attend sérieusement de nous qu’on croie qu’en pleine crise économique, avec des travailleurs dans le secteur public – y compris dans le NHS et dans l’éducation – qui sont confrontés à des attaques, que c’est juste une question d’employeurs voyous qui ont besoin d’être rappelés à l’ordre par le gouvernement ?

Unite n’ignore pas cette aspiration à la solidarité mais sa méthode est de se mettre à la remorque du général député secrétaire-adjoint général du PCS (syndicat des services publics et commerciaux), Chris Baugh, pour assurer les ouvriers qu’ils ont la solidarité de son syndicat et de proposer que le secteur public et le secteur privé mènent une action ensemble le 30 novembre. Et pourtant ni Unite, ni le PCS, et pas un seul autre syndicat, n’ont fait quoi que ce soit pour lutter contre le black-out des medias sur les attaques ou sur la lutte. Qu’est ce que les ouvriers du secteur public peuvent bien savoir des attaques contre les électriciens et des efforts qu’ils font pour résister ? Les travailleurs ont besoin d’agir ensemble maintenant et de créer des liens sans passer par l’intermédiaire de dirigeants syndicaux et de leurs discours creux qui peuvent, et sont vraisemblablement faits pour, donner l’impression que quelqu’un d’autre peut le faire pour eux.

Pour Siteworker, qui se décrit lui même comme un journal pour les ouvriers sur les sites et les syndicalistes, il est clair que ce n’est pas simplement l’affaire de 7 ou 8 patrons voyous : « Nous serions naïfs de penser que les compagnies géantes de construction qui dirigent et contrôlent totalement l’industrie, n'ont pas donné leur accord à ce groupe qui s’est individualisé… » et donc, « nous ne pouvons réussir que si d’autres ouvriers du bâtiment viennent renforcer nos rangs, se mettre à nos côtés en solidarité avec la classe ouvrière industrielle, syndiquée ou non, pour un but et une cause commune. » Il est vital de comprendre qu'il faut s’unir au-delà des divisions pour que la lutte puisse se développer, mais ici, ce n’est vu qu’en termes d'union des travailleurs de l’industrie du bâtiment, alors que c’est toute la classe ouvrière qui est attaquée et qui doit lutter ensemble.

Un numéro spécial actualisé de Siteworkers, notant que les rassemblements tôt le matin ne suffisent pas, a proposé : « arrêter la production est ce qui amènera les grandes firmes à la table des négociations » mais jusque-là, les blocages doivent continuer – leur site jibelectrician.blogspot.com note ce que les différentes firmes ont perdu du fait des perturbations dues aux blocages. En même temps, après 3 mois de manifestations régulières, Unite commence juste à voter pour une action dans l’industrie – mais seulement chez les électriciens à Balfour Beatty, couramment considérés comme les suppôts des patrons. On est encore en train de créer une autre division entre les ouvriers appelés à lutter et les autres. Faire grève pour « obliger » les employeurs à négocier avec les dirigeants syndicaux, c’est comme demander que les patrons aillent négocier avec une autre bande de patrons, ou avec le gouvernement, et s’attendre à ne rien gagner d’autre qu’une autre trahison « comme c’est arrivé dans le passé » (Siteworkers).

Si fortes que soient les illusions restantes sur Unite, ou au moins dans ses méthodes de lutte, ces étincelles ont montré une réelle combativité et une réelle détermination. On a pu le voir dans l’effort de discuter aux rassemblements de protestation, l’effort de convaincre les autres travailleurs, et les tentatives d’aller chercher la solidarité dans et au-delà de l’industrie du bâtiment- les appels aux étudiants et aux travailleurs du secteur public à rejoindre la lutte, l’accueil des autres travailleurs qui manifestaient leur solidarité, et en rentrant en contact le 18 octobre avec Occupy à Saint Paul. Ce n’est que la solidarité du reste de la classe ouvrière et pas les députés ou les bureaucrates syndicaux, qui fera peur aux patrons et leur fera retirer leurs attaques.

Alex (5 novembre)

 

1 Interventions faites sur le forum des électriciens en lutte : http://www.electriciansforum.co.uk

2 Idem.

See also :