Explosion à la raffinerie de Chevron : le capitalisme est dangereux pour la classe ouvrière

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Dans la soirée du 2 juin, une explosion à la raffinerie de pétrole Chevron sur le quai Pembroke au Pays de Galles a tué quatre ouvriers et un autre est à l'hôpital avec des blessures graves. Le temps qu'il a fallu pour identifier les ouvriers indique que les malheureux ont été réduits en cendres. La nuit suivante, la BBC a fait état d'un « énorme » incendie à l'usine Eco de stockage de pétrole près de la centrale électrique de Kingsnorth dans le Kent. Le moment où ont eu lieu les deux accidents indique que la majorité des travailleurs, 1400 à Chevron, n'étaient pas sur le site. Un porte-parole de la police a d'abord qualifié l'explosion de Pembroke de « tragique accident industriel», formule qui a ensuite été remplacée par celle de « tragique incident industriel », et une nouvelle déclaration ajoutait: « bien que ne présentant pas une menace » (de contamination). Incident ou accident, une chose est sûre, en Grande-Bretagne, comme ailleurs, le capitalisme est de plus en plus une menace mortelle pour les travailleurs ainsi que pour la population ouvrière vivant à proximité des installations industrielles. Un certain nombre de facteurs permettent cela : le premier est que le capitalisme met systématiquement le profit avant les vies humaines et notamment avant les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière. Ensuite, avec le développement inexorable de sa crise économique la classe dirigeante réduit de plus en plus les mesures de sécurité, les inspections de sécurité, l'entretien et le remplacement des usines vétustes et dangereuses. Et les catastrophes se succèdent, invariablement accompagnées des écœurantes déclarations d'usage à propos de 'condoléances', de 'fatalité des accidents' et 'des leçons seront tirées'.
L'explosion et l'incendie, avec la contamination qui en ont résulté, à la raffinerie comme au dépôt de Coryton et dans un autre dépôt dans l'Essex en 2007, nous montrent comment le vent souffle. Ici, 20 ordonnances de conformité par rapport à la santé et à la sécurité sont toujours en suspens depuis l'événement, avec un projet de sécurisation extrêmement important qui est toujours dans sa phase de conception, qui ne sera réalisé qu'en décembre 2012, d'après ce que dit la Thurrock Gazette du 13/05/2011. Avec cette non-conformité persistante, il y a eu d'autres incidents graves dans les raffineries, comme cela a été enregistré en janvier de cette année. Dans une analyse de 2006 des catastrophes dans le milieu du travail, intitulée Catastrophes au travail, Dave Whyte parle de «l'idéologie de collusion qui domine le paysage réglementaire ».
Coryton a fait suite à l'explosion de l'installation pétrolière Total à Buncefield, dans le Hertfordshire en décembre 2005, qui avait été appelée «le plus grand incendie d'Europe en temps de paix» (Wikipedia). Cela a été une explosion air-combustible et les effets de la contamination et les dommages environnementaux demeurent toujours inconnus, cinq ans plus tard. Tout comme dans de nombreux autres cas, l'Etat a contourné le problème de la contamination initiale des eaux souterraines en relevant simplement les doses limites permises de produits contaminants autorisées pour l'eau potable (Hemel Hempstead Today, mai 2006). L'explosion, aux effets similaires aux bombes air-combustible utilisées au cours de la première guerre en Irak, enregistrée sur l'échelle de Richter s'est produite tôt le dimanche matin. Si c'était arrivé pendant que l'usine était entièrement occupée, le bilan du nombre de victimes aurait été bien pire que les 42 blessés constatés. Un an plus tard, toutes les casernes de pompiers qui avaient été les premières à réagir par rapport à l'incendie de Buncefield (qui avaient à l'époque reçu l'éloge de Tony Blair comme un 'grands corps de fonctionnaires') ont été menacées de fermeture et de réduction des effectifs (The Guardian, 05/12/2006).
Une explosion similaire, air-carburant, s'est produite à l'usine chimique près de Scunthorpe Flixborough en 1974. Encore une fois, l'accident a eu lieu le week-end et il a tué 18 ouvriers. Si c'était était arrivé un jour de semaine, la plupart, sinon la totalité, des 500 travailleurs auraient été calcinés.
Et tout ceci est arrivé après qu'on nous a dit que les ‘leçons avaient été tirées' de l'affaire toujours bouleversante de l'explosion de Piper Alpha sur une plate-forme pétrolière en Mer du Nord, où 167 des 226 travailleurs à bord avaient été tués dans les circonstances les plus horribles, au cours de l'été 1988. Ici encore, les remarques de HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement) concernant la mise en application et l'amélioration ont été à nouveau ignorées, alors que des dizaines de travailleurs ont été tués dans l'industrie pétrolière de la Mer du Nord au cours des 20 années suivantes et les travailleurs sont intimidés ou congédiés et sont mis à l'index comme 'fauteurs de troubles', s'ils font la moindre récrimination sur les questions de sécurité. Et comme dit ci-dessus Whyte, «l'idéologie de collusion » traverse les entreprises, HSE et les syndicats. Vingt ans après Piper Alpha, HSE a détecté que 50% de plates-formes avaient de 'pauvres' conditions de sécurité et qu'il y avait un arriéré de 15 000 heures de travaux sur des 'problèmes critiques de sécurité'.
Le gouvernement de coalition a montré qu'il suivra la politique des Travaillistes et des Conservateurs par rapport aux menaces qui pèsent sur la vie des ouvriers et qu'il donnera le feu vert aux procédures qui ne respectent pas la sécurité pour tenir son programme de réduction des coûts. Des compressions budgétaires récentes montrent que les 98 inspecteurs sur les plateformes en Mer du Nord ont été réduits à 83 à la fin de cette année (Hasards n° 113). Les carnets de bord des procédures de sécurité des compagnies doivent rester secrets et nul, à l'exception des cadres supérieurs, ne peut avoir un accès complet à ces dossiers. Dans toute l'industrie pétrolière, au fur et à mesure que la tuyauterie s'oxyde, elle reste en l'état ; alors que les soupapes et les connexions deviennent plus vulnérables aux dysfonctionnements et aux dégradations, leur contrôle d'entretien est supprimé, les mesures de sécurité sont de moins en moins prises en compte, des composants essentiels sont négligés, et tandis que les avocats des entreprises et des syndicats s'enrichissent à coups de procédures et en réclamant une nouvelle juridiction, les vies des travailleurs sont de plus en plus mises en danger. Les compressions budgétaires à venir ainsi que la priorité déjà accordée aux bénéfices des entreprises par rapport aux préoccupations des conditions de travail et à la vie-même des travailleurs impliquent que ces terribles risques qui menacent la classe ouvrière deviendront de plus en plus grands.

Baboon (7 juin 2011)