Solidarité avec les lycéens en lutte contre la répression policière (témoignage d'un lecteur)

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Nous publions ci-dessous le court témoignage d’un camarade du sud de la France qui a assisté à une interpellation policière musclée d’un jeune lors de la manifestation du 12 octobre et, surtout, à la réaction spontanée et solidaire de manifestants qui se sont interposés à cette interpellation violente.

Manif 12 octobre 2010, à Toulouse. Vers le milieu de la manifestation, boulevard d’Arcole, à l’angle d’une ruelle menant vers Saint-Sernin. Une jeune fille est en train de tagger un slogan sur le mur, au passage de la manif. Un jeune homme s’approche d’elle, peut-être pour l’aider.

A ce moment-là, comme des éclairs sortant du cortège, 4 ou 5 jeunes individus, du genre petits malfrats, coiffure gominée et mal rasés, qui se précipitent sur le jeune homme et le mettent à terre en le frappant.

L’un essaie de lui tordre les bras, l’autre lui tient les jambes, un troisième lui tient la tête collée au sol avec le genou. Un autre donne l’impression de téléphoner. La jeune fille appelle au secours. Après un instant de flottement, des personnes sortent du cortège de la manif pour leur venir en aide. Cette réaction immédiate n’a été guidée que par le choc provoqué par une telle violence brutale.

Une soixantaine de personnes est sortie de la manif, en criant : « Arrêtez !», « Laissez-le !  » et ont entouré le groupe. Tous les présents ont vite compris que les individus en question appartenaient à la police, ne serait-ce qu'en voyant les menottes qu’ils essayent de mettre au gars par terre et, surtout au moment où l’un de ces individus, debout, a brandi sa plaque, menaçant,.

La soixantaine de personnes ont entouré le groupe de ceux qui paraissaient être des policiers, mais qui, abstraction faite de la carte et des menottes, auraient pu être des provocateurs.

Les gens ont exigé que le jeune qui était par terre soit libéré. « D’accord, ils ont fait un graffiti, c’est des choses des jeunes, mais ce n’est pas si grave ». Des gens disaient des vrais-faux policiers : « Vous êtes des provocateurs », « Ce sont des flics de la BAC », « Oui, mais des provocateurs ». « Laissez-le partir ». Refus de la part de ceux qui se sont donc identifiés (un seul) comme appartenant à la police.

Le ton monte. Les gens n’acceptent pas que ce soit la victime d’une agression violente et menée à plusieurs qui soit embarquée. Les policiers veulent menotter et amener le jeune homme à terre. Les gens les en empêchent. Les policiers essayent même de le trainer par terre vers la ruelle qui va vers Saint-Sernin. Deux d'entre eux qui sont debout sortent une espèce de matraque fine, menacent tout le monde et frappent. Le ton monte encore d’un cran, les cris, les accrochages se multiplient. Il est clair, maintenant, qu’on ne laissera pas ces individus amener le jeune homme. Face à la fermeté de la foule, les policiers déguisés en provocateurs sont obligés de se replier vers la direction de Saint-Sernin sans amener personne.

Cet événement soudain et rapide en marge de la manifestation contre la loi sur les retraites a montré le sens de la solidarité des personnes qui luttent contre les conséquences d’un monde régi par des lois de plus en plus inhumaines et qui n’ont pas pu supporter que des jeunes gens soient traités de la sorte par les suppôts déguisés de cette inhumanité, parce qu’ils étaient en train d’écrire un graffiti sur un mur.

12 octobre 2010

 

[Aux dernières nouvelles, la police s’est présentée tôt le matin du 13 octobre pour mettre la main sur ces jeunes dans un squat. Ils seraient accusés d’appel à rébellion ou quelque chose de ce genre…]

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