Prise de position d'un groupe communiste libertaire sur les évènements en Grèce

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Nous publions ci-dessous la traduction d'une prise de position sur les événements en Grèce de Proles and Poor’s Credit Rating Agency (Agence de Notation de Crédit pour les prolos et les Pauvres), un groupe se revendiquant du « Communisme Libertaire »1.

 Ce texte rédigé le 14 mars a conservé toute son actualité. Tout ce qu'il contient s'est même amplifié. Aujourd'hui, la crise et les attaques frappent encore plus fort. La colère légitime est même en train d'exploser. En tirant des leçons de la lutte de janvier-février-mars 2010, en tentant de repérer les pièges tendus par la bourgeoisie, l'analyse de ce groupe communiste libertaire nous semble constituer une source d'information et de réflexion.

Nous partageons en effet l'essentiel de cette prise de position en particulier :

  • sa dénonciation du rôle de « saboteur de la lutte » du Parti Communiste et des syndicats GSEE et ADEDY,

  • la nécessité pour les ouvriers de développer une lutte autonome qui demeure entre leurs mains

  • la réaffirmation, avec leurs propres mots, que la classe ouvrière n'a pas de patrie, qu'elle mène un seul et même combat dans tous les pays et qu'il faut rejeter toute division nationale comme un piège mortel,

  • et la perspective historique d'un affrontement contre le capital et son plus haut représentant, l'État.

 Néanmoins, nous devons signaler deux points de désaccords qui appartiennent au débat :

  • Les camarades du Proles and Poor’s Credit Rating Agency, s'ils décrivent parfaitement les actes de sabotage de la lutte de certains syndicats, semblent penser que les ouvriers peuvent construire d'autres syndicats, véritablement révolutionnaires. Pour le CCI, ce sont tous les syndicats, petits ou grands, « réformistes » ou « radicaux », qui constituent une entrave à la prise en main de la lutte par les ouvriers eux-même.

  • Une certaine attirance pour les attaques des vitrines de banques ou des commerces, pour les affrontements violents avec les forces de l'ordre bourgeois, transparaît de ce texte. Il est évident que ces actes, comme la violence des luttes en Grèce en général, témoignent du niveau de colère du prolétariat face aux attaques ignobles du capital. Il est aussi tout à fait évident que le développement des combats ouvriers signifiera dans l'avenir un affrontement de plus en plus direct, et parfois violent, avec l'Etat et son bras armé. Cela dit, de nombreux affrontements avec les « flics » (comme le disent ces camarades dans leur texte) et des actions de caillassages ou autres incendies de « symboles » (les banques, les commerces, …), sous leur apparente radicalité, sont souvent contre-productifs pour la lutte ouvrière2. D'ailleurs, la bourgeoisie, régulièrement, n'hésite pas à embaucher de faux-casseurs pour pourrir un mouvement en le faisant déraper dans la violence, qui plus est, en la médiatisant jusqu'à l'overdose pour faire peur et décourager la majorité des ouvriers à rejoindre la lutte3.

Il ne reste plus qu'une seule chose à faire: régler nos comptes avec le capital et son État

Dans un climat de terrorisme financier qui a été orchestrée depuis quelques mois par les médias, l'état d'urgence a été déclaré en Grèce, dans un effort du capital international et de l'État grec pour transformer le pays en un laboratoire d'un nouveau choc politique. La « dette publique » colossale et la « faillite imminente du pays » sont les expressions utilisées pour essayer de terroriser et discipliner le prolétariat et légitimer la diminution des salaires (direct et indirect) et donc mettre un frein à ses attentes et à ses exigences d’une façon exemplairement néolibérale pour respecter des proportions internationales.

Les mobilisations ont été plutôt tièdes à ce jour et elles ne correspondent certainement pas à la situation critique et à la férocité de ces mesures. Il existe un sentiment généralisé d'impuissance et de paralysie, mais aussi de colère qui ne peut trouver un débouché adéquat. Certes, il y a un mécontentement réel par rapport à la politique de choc que le gouvernement de PASOK met en place (réductions de salaires, réductions sur les allocations, augmentation des impôts directs et indirects, augmentation de l'âge de la retraite, intensification des contrôles de police, etc.). On peut relever ce mécontentement dans les conversations quotidiennes sur les lieux de travail ; toutefois, face à la dictature de l'économie et à l'omnipotence des « marchés », c’est un silence fragile qui prévaut. Le mantra « unité nationale » est une des armes favorites du gouvernement...

Les confédérations syndicales, la GSEE (l'organisation cadre des syndicats du secteur privé) et ADEDY, sont entièrement contrôlées par le gouvernement socialiste et font de leur mieux pour éviter une véritable résistance face à l'offensive actuelle. Le 10 février, il y a eu la première grève appelée par ADEDY avec une participation relativement faible des grévistes du secteur public. Nous allons essayer de donner ci-dessous une description de la manifestation à Athènes du 24 février lors de la première grève générale contre les mesures d'austérité qui a été appelée par la GSEE et ADEDY. Selon les estimations, il y a eu 2 millions à 2,5 millions de grévistes. Dans certains secteurs (ports, chantiers navals, raffineries de pétrole, industrie de la construction, banques et entreprises de service public), la participation variait entre 70% et 100%. Dans le secteur public (éducation, santé, services publics et ministères, bureaux de poste) la participation était plus faible et se situait entre 20% et 50%.

 Cette manifestation a présenté deux caractéristiques principales. La première a été la participation notable de nombreux immigrants non seulement « sous le commandement » des organisations de gauche, mais aussi dispersés dans le corps de la manif. La deuxième caractéristique a été le combat de rue qui a eu lieu entre la police anti-émeute et des manifestants qui ne provenaient pas nécessairement du milieu anti-autoritaire-anarchiste. Dans de nombreux cas, ça a été un combat rapproché, car le gouvernement socialiste avait ordonné à la police anti-émeute d'utiliser moins de gaz lacrymogènes. Il y a eu des bris de devantures de banques, des pillages de commerces (librairies, grands magasins, supermarchés et cafés) et, bien que non généralisé, ils ont certainement donné un ton très différent de ce à quoi on pourrait habituellement s’attendre de la part de grèves et manifestations organisées par les deux syndicats GSEE-ADEDY. Un incident à la fin de la manif peut peut-être mieux exprimer ce changement de climat : comme les manifestants descendaient vers l’avenue Panepistimiou et Kolonaki, un quartier chic en plein cœur d'Athènes, ils ont vu qu’à l’intérieur de « Zonar’s », un café bourgeois traditionnel et très cher, des clients tirés à quatre épingles entrain de boire du champagne (!) et jouissant de leurs coûteuses boissons aromatisées. La foule en colère a envahi le café, brisé les vitres et, très vite, les pâtisseries ont été réparties entre eux à un prix beaucoup plus abordable !

Ces caractéristiques, à notre avis, montrent l'impact considérable de la révolte de décembre 2008 sur la manière de protester. Une approbation générale des actes de violence contre les flics et les institutions capitalistes comme les banques et les magasins était évidente lors de la manifestation. En fait, il y a eu de nombreux cas où les manifestants ont attaqué les flics pour les empêcher d'arrêter les « fauteurs de trouble ».

Enfin, il convient de mentionner un mouvement spectaculaire de la part du Parti Communiste (en fait, son front ouvrier appelés PAME) à la veille de la grève : ils ont squatté le bâtiment de la Bourse, tôt le matin, avec une bannière surréaliste et plutôt incompréhensible disant en anglais « La crise paie la ploutocratie ». Leur objectif était, d’après ce qu’ils disaient, de « montrer aux inspecteurs de la Commission européenne, à la Banque Centrale Européenne et au FMI où est l'argent » - comme s'ils ne le savaient pas.

Le 3 mars, le gouvernement socialiste a annoncé les nouvelles mesures pour le « salut de la nation », incluant une réduction de 30% des 13e et 14e mois de salaires des travailleurs du secteur public, une baisse de 12% des subventions salariales, une augmentation de la taxe sur l'essence, l'alcool et le tabac, ainsi qu’une réduction des dépenses de l'éducation et de la santé. Une fois de plus, l'initiative de la grève du 5 mars. ADEDY et GSEE ont suivi avec un arrêt de travail de 3 heures, tandis que d'autres syndicats (ceux des enseignants du primaire et du secondaire, et des transports publics) appelaient à une grève d’une journée. La manifestation de PAME a rassemblé autour de 10 000 personnes et s'est terminée avant que l'autre n’ait commencé. Les anti-autoritaires et les jeunes avaient une présence plus visible et l'atmosphère était tendue dès le début à la place Syntagma, près du Parlement, où le Parti Socialiste allait voter en faveur de nouvelles mesures.

Après un certain temps, le leader de la GSEE, Panagopoulos, a fait l'erreur d'essayer de parler à la foule avec pour seul résultat de voir quelques yaourts atterrir sur lui, puis un peu d'eau et de café et, enfin, des coups de poing. Il a été chassé et battu jusqu’à l'entrée du Parlement, puis protégé par la police anti-émeute. Bientôt une foule en colère se réunissait juste au pied de l'immeuble. Les gardes folkloriques du Parlement ont dû partir immédiatement et certains combats ont commencé opposant la population prise de rage et les escadrons anti-émeutes. Lorsque Glezos, un vieux membre de SYRIZ, âgé de 88 ans, un symbole de la résistance nationale contre l'occupation nazie, a tenté d'empêcher la police anti-émeute d'arrêter un jeune homme, il a été battu et aspergé au visage et alors les combats avec la police se sont généralisés. Environ trois cents personnes ou plus lançaient des pierres sur la police (surtout des anti-autoritaires, mais pas seulement eux) et les autres sont restés un certain temps, criant et proférant des jurons jusqu'à ce que la police anti-émeute ait fait une attaque massive pour essayer de disperser la foule. Un incident rafraîchissant s'est produit lorsque certaines personnes se sont emparées des micros de la Confédération et ont scandé des slogans contre l'esclavage salarié et les flics qui pouvaient être entendus sur toute la place dans les nuages de gaz lacrymogène. La manifestation a alors commencé à marcher vers le ministère du Travail, ce qui a été critiqué par de nombreux manifestants comme étant un effort de la part des syndicalistes pour relâcher la tension à proximité du Parlement. Cependant, les esprits étaient encore très échauffés et quand la manifestation eut atteint le bâtiment du Conseil d'État, des manifestants ont attaqué la brigade anti-émeute qui le gardait. Bientôt une foule énorme a commencé à jeter sur eux des pierres et divers objets, les chassant à l'intérieur du bâtiment. L'un d'eux, cependant, n'a pas réussi à entrer et a été capturé et presque lynché par la population en colère. L'incident, qui montre à la fois une acceptation de l'escalade de la violence, même de la part de gens qui habituellement réagissent différemment et une haine croissante contre la police, en particulier en ce moment, a duré un certain temps parce que les escadrons de soutien anti-émeute n'ont pas pu s'approcher à proximité à cause de l'intervention des travailleurs licenciés de la compagnie Olympic Airways. Ces travailleurs, peu de temps après les nouvelles mesures, ont annoncées, l'occupation de la Comptabilité Générale de l'État dans l'avenue Panepistimiou et ils ont bloqué le trafic jusqu'au 12 mars avec des voitures et des poubelles.

La conjoncture actuelle constitue un terrain idéal pour les activités du PC puisque la propagande du gouvernement lui-même et des grands médias sur l'imposition présumée de mesures sévères de la part de l'Union Européenne, des marchés internationaux et des spéculateurs, semble confirmer sa rhétorique sur « la sortie de la zone Euro » et la « résistance aux monopoles et au grand capital », qu'il ne cesse de répéter avec une dévotion toute religieuse depuis les années 1980. En tant que l'un des principaux représentants politiques de la classe ouvrière (en tant que classe du mode de production et de communication capitaliste) à l'intérieur de l'État grec et de ses institutions, le PC revendique la création d'une économie nationaliste 'populaire' dans laquelle la classe ouvrière apprécierait les mérites d'un capitalisme social-démocrate au parfum de stalinisme. En fait, les actions du PC assurent l'enfermement des luttes sociales dans les limites des institutions capitalistes et, qui plus est, dans les plus fétichisées d'entre elles, les élections et le Parlement, puisque, pour le PC, voter pour le parti et s'organiser en son sein constitue le point culminant de la lutte des classes.

La caractéristique la plus marquante de l'activisme du PC reste la séparation complète de la mobilisation de son organe syndical (PAME) du reste des prolétaires qui luttent. Les manifestations organisées par le PAME et le PC ne se font jamais avec les manifestations appelées par les autres syndicats ouvriers et les organisations étudiantes. Bien que nous ne soyons pas en mesure de savoir exactement ce qui se passe dans les appareils du PC comme du PAME en raison de leur mode d'organisation totalement secret, l'expérience que nous avons de notre participation dans les assemblées syndicales montre qu'ils exercent un contrôle total sur leur base. Nous sommes certains que les actions sont décidées par la direction du parti sans la moindre participation aux décisions de la base.

Il faut admettre que le niveau d'activité de la classe est faible : il n'y a pas plus de grèves de longue durée organisées simultanément dans de nombreux secteurs que de manifestations massives et combatives au quotidien. Dans ce contexte, les activités du PAME (occupations de bâtiments publics comme le Ministère de l'Économie et la bourse, des manifestations et des rassemblements massifs qui ne sont plus habituels pour le PC depuis au moins le milieu des années 2000) semblent impressionnantes, surtout quand ils réussissent les premiers à appeler à une grève ou à une manifestation obligeant GSEE et ADEDY à les suivre. Il est possible que derrière cette stratégie se trouve un plan pour diviser GSEE et ADEDY et créer une troisième confédération syndicale « indépendante ». Bien sûr, cela va sans dire que si la situation devient incontrôlable en allant au-delà de quelques grèves de 24 heures sur une base hebdomadaire, c'est-à-dire que, si les grèves de longue durée sort accompagnée d'une présence permanente du prolétariat et de l'activité militante dans la rues, le PC aura à nouveau à assumer le rôle de la police en sapant les grèves qu'il ne contrôle pas, en appelant ses membres à sortir dans la rue et en essayant de réprimer violemment toute activité radicale. Après tout, c'est sa pratique habituelle depuis la chute de la dictature, et ils ont fait exactement de même au cours de la rébellion de décembre 2008.

Le 5 mars, GSEE et ADEDY ont appelé à une autre grève de 24 heures le jeudi 11 mars, en réponse à un climat de mécontentement général encore passif devant les mesures d'austérité annoncées, en essayant de conserver un grain de légitimité. Il n'existe pas de chiffres précis disponibles pour connaître le niveau de participation à la grève, mais nous pouvons dire avec certitude qu'il a été plus élevé que le précédent (GSEE fait valoir que la participation à la grève a atteint 90%). Cela a également été prouvé par le nombre de manifestants qui était presque le double de celui de la manifestation du 24 février. Selon nos estimations, environ 100 000 personnes ont participé à deux manifestations du PAME et de GSEE-ADEDY (PAME , conformément à sa pratique habituelle, a organisé une manifestation distincte), même si les médias estiment ce nombre à environ 25 000. La composition de la foule était également légèrement différente, car il y avait plus d'étudiants universitaires, quelques élèves du secondaire et plus de jeunes travailleurs, tandis que les immigrants étaient cette fois absents. En outre, un grand nombre de manifestants dispersés dans la manifestation, venant de la quasi-totalité du milieu anti-autoritaire a participé à la manifestation de GSEE-ADEDY.

Une autre caractéristique distinctive de la manifestation a été la tactique différente de la police beaucoup plus offensive. Plus de cinq mille flics ont tenté d'empêcher une escalade de la violence prolétarienne en suivant de près la manifestation sur ses deux côtés. Leur objectif a été atteint dans une certaine mesure, car relativement moins de gens ne venant pas du milieu anarchiste-anti-autoritaire ont soutenu les combats de rues ou participé activement dans des affrontements avec la police. En outre, il convient de noter que cette fois la direction des confédérations syndicales n'ont pas simplement coopéré ouvertement avec la police mais ont donné des ordres spécifiques aux escadrons anti-émeutes pour arrêter les manifestants sur l'avenue Patision afin de prendre la tête de la manifestation et éviter d'éventuels conflits avec la base et une répétition des événements de vendredi dernier, où ils ont été accueillis par les huées qu'ils méritaient.

La composition de ces dernières manifestations est différente de celles de 2008 décembre, comme on pouvait s'y attendre. Les élèves du secondaire ne se sont pas du tout montrés, du moins d'une façon reconnaissable, à l'exception de quelques unes dans la dernière manifestation, mais les étudiants étaient présents dans les deux dernières manifestations étant donné qu'il y avait de plus en plus d'appels à des assemblées générales. En général, mis à part les étudiants, les précaires et le « lumpen », les éléments marginaux de la classe qui constituent la présence dominante dans les émeutes n'étaient naturellement pas présents, puisque la question, du moins pour le moment, est le terrorisme financier imposée par les mesures d'austérité qui menacent les travailleurs qui ont des emplois plus stables et plus à perdre. Aussi, ce qui demande quelque explication c'est plutôt l'inertie qu'a montré cette partie du prolétariat puisque ses mobilisations n'ont pas constitué jusqu'à présent un mouvement, ni n'ont été à la hauteur de la situation critique actuelle. Les grèves ont été appelées par les dirigeants des confédérations syndicales. Même là où les syndicats du premier degré ont appelé à une grève, aucune assemblées extraordinaires massive ne l'a précédée, ce qui signifie que la base n'a rien organisé. L'influence destructrice et paralysante des syndicalistes socialistes et le contrôle qu'ils ont encore sur les syndicats est encore le principal obstacle ce qui peut être illustré par l'exemple suivant. Les employés de l'Imprimerie Nationale occupaient le 5 mars le local parce que les nouvelles mesures prévoyaient une réduction de 30% supplémentaires du revenu des employés du Ministère de l'Intérieur. L'occupation était cependant fermée à toute personne qui « n'était pas employée au Ministère », et des camarades qui ont essayé de leur rendre visite nous ont dit qu'ils ont été effectivement expulsés. Les cadres du syndicat socialiste qui contrôlent le syndicat ont décidé à la hâte de mettre fin à l'occupation, sans même poser la question à l'assemblée avec l'argument que le gouvernement avait 'promis' de supprimer la réglementation particulière, une décision qui a été accueillie avec colère, mais qui n'a pas été annulée. L'occupation de la Comptabilité Générale de l'État par les travailleurs mis à pied d'Olympic Airways a eu la même triste conclusion. Ils sont pour la plupart des techniciens qui n'ont pas été payés depuis maintenant 3 mois après la privatisation d'Olympic Airways, ou bien des ouvriers licenciés à qui on avait promis d'être transférés sur d'autres lieux de travail. Le premier jour de l'occupation, ils ont gardé un cadre dirigeant en otage pendant plusieurs heures et le soir même, ils ont battu et chassé une escouade anti-émeute. Bien qu'ils aient été ouverts à la discussion et qu'ils semblaient déterminés à maintenir le blocus aussi longtemps que nécessaire, puisque, d'après leurs propres mots, ils n'avaient « rien à perdre », ils n'ont laissé entrer personne dans le bâtiment occupé. Après une occupation de 10 jours, leurs représentants socialiste (et de droite) ont décidé d'accepter la « promesse » du gouvernement de former un comité spécial pour examiner la question ! Dans ce cas, les syndicalistes socialistes ont agi comme courroie transmission des menaces du gouvernement contre les travailleurs et de celles du ministère public de les faire arrêter.

Comme nous l'avions déjà noté l'an dernier par rapport à l'incapacité de la rébellion de décembre 2008 de s'étendre aux lieux de travail, le manque de formes autonomes d'organisation et de nouveaux contenus de la lutte au-delà des exigences syndicaliste semblent peser lourdement sur les épaules des prolétaires dans une ère de terrorisme de la dette publique. Qui plus est, les limites de cette rébellion avec son caractère minoritaire sont encore plus évidentes aujourd'hui, et bientôt ceux qui en étaient restés en dehors découvriront probablement qu'il leur faudra en commencer une nouvelle pour se sortir de ce pétrin.

 Proles and Poor's Credit Rating Agency, alias TPTG (le 14 mars)

 

1 Ce texte est disponible en anglais sur notre site depuis le 5 avril 2010. Notre section en Grande-Bretagne a d'ailleurs déjà publié une prise de position de ce groupe lors des mouvements en Grèce de décembre 2008 dans le n°328 de World Revolution.

2 Ce que démontre tragiquement l’incendie de la banque Marfin à la suite de d’un jet de cocktail Molotov qui a tué trois de nos frères de classe, lors de la manifestation du 5 mai, alors que la direction avait interdit à ses employés de participer à la grève générale sous peine de licenciement et les avait enfermés dans des locaux non sécurisés. Voir le témoignage d’un employé de la banque sur le lien web en anglais. Ce texte a été également traduit en français sur le forum de la CNT-AIT.

 3 Sur ces deux points, le syndicalisme et la violence prolétarienne, pour mieux connaître la position du CCI, nous conseillons la lecture de notre brochure "Les syndicats contre la classe ouvrière"' ou notre article "Dans quel camps sont les syndicats ?" et notre texte "Terreur, terrorisme et violence de classe".