À propos du livre de Patrick Tort, L'Effet Darwin : Une conception matérialiste des origines de la morale et de la civilisation
À
l'occasion du bicentenaire de la naissance de Charles Darwin et des
150 ans de la publication de son ouvrage L'Origine
des espèces, une multitude
de livres, aux titres plus alléchants les uns que les autres, couvre
les étals des librairies. De nombreux auteurs plus ou moins savants
se sont découvert subitement un engouement pour Darwin, chacun
espérant remporter la palme du best-seller
de l'année, après le score du livre à sensation de Richard
Dawkins, Pour en finir avec
Dieu (qui s'est vendu à
plus de deux millions d'exemplaires dans le monde). Pour le « grand
public », il est donc bien difficile de s'y retrouver et de
faire le tri dans cette foire aux livres scientifiques. Pour notre
part, nous avons choisi sans hésitation celui de Patrick Tort1,
L'Effet Darwin. Sélection
naturelle et naissance de la civilisation (Éditions
du Seuil), qui fournit une explication particulièrement éclairante
de la conception matérialiste de la morale et de la civilisation
chez Darwin.
Darwin
et la sélection naturelle des instincts sociaux
Patrick Tort est, à notre connaissance, le seul auteur qui, dépassant la polarisation médiatique sur L'Origine des espèces, présente et explique la deuxième grande œuvre (méconnue ou souvent mal interprétée) de Darwin, La Filiation de l'homme, publiée en 1871.
Le livre de Patrick Tort met très clairement en évidence la façon dont les épigones de Darwin se sont emparés de la théorie de la descendance modifiée par le moyen de la sélection naturelle, développée dans L'Origine des espèces, et ont mis à profit le long silence de Darwin sur les origines de l'Homme pour justifier l'eugénisme (théorisé par Galton) et le «darwinisme social » (dont l’initiateur fut Herbert Spencer).
Contrairement à une idée longtemps dominante, Darwin n'a jamais adhéré idéologiquement à la théorie malthusienne de l'élimination du plus faible dans la lutte sociale impliquée par la croissance démographique. Dans L'Origine des espèces, il n'a fait qu'utiliser cette théorie comme modèle pour expliquer les mécanismes de l'évolution organique. Il est donc totalement faux d'attribuer à Darwin la paternité de toutes les idéologies hyper-libérales soutenant l'individualisme, la concurrence capitaliste et la «loi du plus fort ».
Dans son ouvrage fondamental, La Filiation de l'homme, Darwin s'oppose au contraire très catégoriquement à toute application mécanique et schématique de la sélection naturelle éliminatoire à l'espèce humaine engagée dans la voie de la «civilisation ». Patrick Tort nous explique d’une façon remarquablement argumentée et convaincante, citations à l'appui, la manière dont Darwin concevait l’application de sa loi d'évolution à l’homme et aux sociétés humaines.
En premier lieu, Darwin rattache l'Homme phylogénétiquement à la série animale, et plus particulièrement à un ancêtre commun qu’il doit avoir avec les singes catarhiniens de l'Ancien Monde. Il étend donc naturellement le transformisme à l'espèce humaine, montrant que la sélection naturelle a également façonné son histoire biologique. Néanmoins, selon Darwin, la sélection naturelle n'a pas seulement sélectionné des variations organiques avantageuses, mais aussi des instincts, et particulièrement des instincts sociaux, tout au long de la série animale. Ces instincts sociaux ont culminé dans l'espèce humaine et ont fusionné avec le développement de l'intelligence rationnelle (et donc de la conscience réfléchie).
Cette évolution conjointe des instincts sociaux et de l'intelligence s'est accompagnée chez l'Homme de «l'extension indéfinie » des sentiments moraux et de la sympathie altruiste. Ce sont les individus et les groupes les plus altruistes et les plus solidaires qui disposent d'un avantage évolutif sur les autres groupes.
Quant au prétendu « racisme » dont Darwin est encore taxé aujourd'hui, on peut en réfuter la réalité par cette seule citation :
« À mesure que l'homme avance en, civilisation, et que les petites tribus se réunissent en communautés plus larges, la plus simple raison devrait aviser chaque individu qu'il doit étendre ses instincts sociaux et ses sympathies à tous les membres d'une même nation, même s'ils lui sont personnellement inconnus. Une fois ce point atteint, il n'y a plus qu'une barrière artificielle pour empêcher ses sympathies de s'étendre aux hommes de toutes les nations et de toutes les races. Il est vrai que si ces hommes sont séparés de lui par de grandes différences d'apparences extérieures ou d'habitudes, l'expérience malheureusement nous montre combien le temps est long avant que nous les regardions comme nos semblables. » (La Filiation de l'Homme, chapitre IV.)2
Selon Patrick Tort, Darwin nous donne une explication naturaliste, et donc matérialiste, de l'origine de la morale et de la civilisation.
Concernant plus particulièrement l'origine de la morale, c'est dans les chapitres de La Filiation de l'Homme relatifs à la sélection sexuelle que l’on trouve les aperçus les plus frappants. Patrick Tort nous explique que, d'après Darwin, le premier vecteur de l'altruisme chez de nombreuses espèces animales (principalement les mammifères et les oiseaux), réside dans l'instinct (indissociablement naturel et social) de la reproduction. Ainsi, le développement et l’étalage ostentatoire de leurs caractères sexuels secondaires (cornes, plumages nuptiaux et autres excroissances ornementales), destinés à attirer les femelles à la saison des amours, comportent un « risque de mort » : « Couvert de sa splendide et pesante parure de noces, l'Oiseau de Paradis est certes irrésistible, mais ne peut presque plus voler, et se trouve ainsi en grand danger face aux prédateurs. Les femelles, quant à elles, prodigueront leurs soins à la progéniture, et pourront, afin de la défendre, se mettre elles aussi en danger. L'instinct social a donc une histoire évolutive, et comporte comme éventualité le sacrifice de soi, qui culmine dans la morale humaine. Darwin produit ainsi une généalogie de la morale sans référence à la moindre instance extra-naturelle » (Patrick Tort, Darwin et la science de l'évolution, éditions Découvertes / Gallimard).
Enfin, contrairement aux idées reçues suivant lesquelles Darwin aurait été un fervent promoteur de l'inégalité des sexes en donnant l'avantage au sexe « fort », c'est tout le contraire qui est vrai si l’on se place dans la perspective des tendances évolutives. Pour Darwin (et c'est en cela qu'il rejoint la vision d’Engels dans L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État, de même que celle d'August Bebel dans son livre La Femme et le socialisme), ce sont les femelles (et par extension les femmes) qui sont les premières porteuses de l'instinct altruiste : dans le règne animal, ce sont les femelles qui choisissent le mâle reproducteur et qui, de ce fait, font un « choix d'objet » (première forme de reconnaissance de l'altérité), de même que ce sont elles qui s'exposent le plus souvent aux prédateurs pour protéger les petits.
La
théorie de « l'effet
réversif de l'évolution »
Grâce à sa maîtrise remarquable de l'œuvre de Darwin et de la dialectique, Patrick Tort en arrive à développer une théorie (qu'il avait déjà élaborée en 1983 dans son livre La Pensée hiérarchique et l'Évolution) de « l'effet réversif de l'évolution ».
En quoi consiste cette théorie ?
Elle se résume en une phrase très simple : « par la voie des instincts sociaux, la sélection naturelle sélectionne la civilisation, qui s'oppose à la sélection naturelle ».
Pour nous éviter des paraphrases, citons ici ce passage du livre de Patrick Tort :
«Par le biais des instincts sociaux, la sélection naturelle, sans 'saut' ni rupture, a ainsi sélectionné son contraire, soit : un ensemble normé, et en extension, de comportements sociaux anti-éliminatoires – donc anti-sélectifs au sens que revêt le terme de sélection dans la théorie développée par L'Origine des espèces -, ainsi corrélativement, qu'une éthique anti-sélectionniste (= anti-éliminatoire) traduite en principes, en règles de conduite et en lois. L'émergence progressive de la morale apparaît donc comme un phénomène indissociable de l'évolution, et c'est là une suite normale du matérialisme de Darwin et de l'inévitable extension de la théorie de la sélection naturelle à l'explication du devenir des sociétés humaines. Mais cette extension, que trop de théoriciens, abusés par l'écran tissé autour de Darwin par la philosophie évolutionniste de Spencer, ont interprétée hâtivement sur le modèle simpliste et faux du 'darwinisme social' libéral (application aux sociétés humaines du principe de l'élimination des moins aptes au sein d'une concurrence vitale généralisée), ne peut en toute rigueur s'effectuer que sous la modalité de l'effet réversif, qui oblige à concevoir le renversement même de l'opération sélective comme base et condition de l'accession à la 'civilisation' (…) L'opération réversive est ainsi ce qui fonde la justesse finale de la distinction entre nature et culture, en évitant le piège d'une 'rupture' magiquement installée entre ces deux termes : la continuité évolutive, à travers cette opération de renversement progressif lié au développement (lui-même sélectionné) des instincts sociaux, produit de cette manière non pas une rupture effective, mais un effet de rupture qui provient de ce que la sélection naturelle s'est trouvée, dans le cours de sa propre évolution, soumise elle-même à sa propre loi – sa forme nouvellement sélectionnée, qui favorise la protection des 'faibles', l'emportant, parce qu'avantageuse, sur sa forme ancienne, qui privilégiait leur élimination. L'avantage nouveau n'est plus alors d'ordre biologique : il est devenu social.»
« L'effet réversif de l'évolution » est donc ce mouvement de retournement progressif qui produit un « effet de rupture » sans pour autant provoquer de rupture effective dans le processus de la sélection naturelle3. Comme l'explique très justement Patrick Tort, l'avantage obtenu par la sélection naturelle des instincts sociaux n'est plus alors, pour l'espèce humaine, d'ordre biologique, mais il devenu d'ordre social.
Dans la pensée de Darwin, il y a donc bien une continuité matérialiste du lien entre l’instinct social, assorti de gains cognitifs et rationnels, la morale et la civilisation. Cette théorie de «l'effet réversif de l'évolution», en donnant une explication scientifique des origines de la morale et de la civilisation, a ainsi le mérite de mettre un terme au faux dilemme entre nature et culture, continuité et discontinuité, biologie et société, inné et acquis, etc.
L'anthropologie
de Darwin et la perspective du communisme
Dans l'article publié sur notre site Web (de même que dans notre presse papier), Darwin et le mouvement ouvrier, nous avons rappelé comment les marxistes ont salué les travaux de Darwin, notamment son principal ouvrage, L'Origine des espèces. Marx et Engels, dès la sortie du livre de Darwin, avaient immédiatement reconnu dans sa théorie une démarche analogue à celle du matérialisme historique. Le 11 décembre 1859, Engels écrit une lettre à Marx dans laquelle il affirme : «Ce Darwin, que je suis en train d'étudier, est tout à fait sensationnel. On n'avait jamais fait une tentative d'une telle envergure pour démontrer qu'il y a un développement historique dans la nature».
Un an plus tard, le 19 décembre 1860, Marx, après avoir lu L'Origine des espèces, écrit à Engels : «Voilà le livre qui contient la base, en histoire naturelle, pour nos idées».
Néanmoins, quelque temps après, dans une autre lettre à Engels datée du 18 juin 1862, Marx reviendra sur son jugement en faisant cette critique non fondée à Darwin : « Il est remarquable de voir comment Darwin reconnaît chez les animaux et les plantes sa propre société anglaise, avec sa division du travail, sa concurrence, ses ouvertures de nouveaux marchés, ses 'inventions' et sa 'malthusienne' 'lutte pour la vie'. C'est le bellum omnium contra omnes (la guerre de tous contre tous) de Hobbes, et cela rappelle Hegel dans la Phénoménologie, où la société civile intervient en tant que 'règne animal' de l'esprit, tandis que chez Darwin, c'est le règne animal qui intervient en tant que société civile. » (Marx-Engels, Correspondance, Éditions sociales, Paris, 1979)
Engels reprendra, en partie, à son compte cette critique de Marx dans L'Anti-Dühring (Engels fera allusion à la « bévue malthusienne » de Darwin) et dans la Dialectique de la nature.
Du fait du long silence de Darwin sur la question de l'origine de l'Homme (il ne publiera La Filiation de l'Homme qu'en 1871, plus de onze ans après L'Origine des espèces4), ses épigones, notamment Galton et Spencer, ont exploité la théorie de la sélection naturelle pour l'appliquer schématiquement à la socialité contemporaine. L'Origine des espèces était donc facilement assimilée à la défense de la théorie malthusienne de la « loi du plus fort » dans la lutte pour l'existence.
Malheureusement, ce long silence de Darwin sur l'origine de l'Homme a contribué à semer la confusion chez Marx et Engels qui, n'ayant pas pu prendre connaissance de l'anthropologie darwinienne (qui ne sera développée qu'en 18715), ont confondu la pensée de Darwin avec l’intégrisme libéral ou l’obsession épuratrice de deux de ses épigones.
L'histoire des relations entre Marx et Darwin, entre le marxisme et le darwinisme, était donc celle d'un « rendez-vous manqué » (selon l'expression utilisée par Patrick Tort dans certaines de ses conférences publiques). Pas tout à fait cependant puisque, malgré sa critiques de 1862, Marx continuera à garder une très profonde estime pour le matérialisme de Darwin. Bien qu'il n'ait pas pris connaissance de La Filiation de l'Homme, Marx, en 1873, offrira à Darwin un exemplaire de l'édition allemande de son œuvre majeure, Le Capital, avec cette dédicace : «À Charles Darwin, de la part d'un admirateur sincère». Quand on ouvre aujourd'hui ce livre (qui se trouve dans la bibliothèque de la demeure de Darwin), on constate que seules les premières pages ont été coupées. Darwin ne fut guère attentif à la théorie de Marx, car l'économie lui semblait trop éloignée de sa compétence. Cependant, quelques mois plus tard, le 1er octobre 873, il tient à lui témoigner sa sympathie dans une lettre de remerciements : "Cher Monsieur, Je vous remercie de l'honneur que vous me faites avec l'envoi de votre grand ouvrage sur le Capital; je désirerais sincèrement être plus digne d'en être le destinataire et pouvoir mieux m'orienter dans cette question profonde et importannte de l'économie politique. Bien que nos intérêts scientifiques soient très différents, je suis convaincu que tous deux nous souhaitons sincèrement l'épanouissement de la connaissance et que celle-ci, finalement, servira à l'agrandissement du bonheur de l'humanité."
Voilà comment les deux fleuves, malgré le «rendez-vous manqué», ont pu, partiellement, mêler leurs eaux.
Par ailleurs, le mouvement ouvrier, après Marx, n'a pas repris à son compte la critique formulée par ce dernier à Darwin en 1862. Et cela même si la grande majorité des théoriciens marxistes (y compris Anton Pannekoek, dans sa brochure Darwinisme et Marxisme) est passée un peu à côté de La Filiation de l'Homme.
Bien sûr, Pannekoek, tout comme Kautsky (dans son livre Éthique et conception matérialiste de l'histoire) et Plekhanov (dans La Conception moniste de l'histoire), ont salué chez Darwin sa théorie des instincts sociaux. Mais ils n'ont pas pleinement compris que Darwin avait développé une théorie de la généalogie de la morale et de la civilisation et une vision matérialiste de leurs origines. Une théorie qui, sur bien des aspects, rejoint la conception moniste de l'histoire et débouche, finalement, sur la perspective du communisme, c'est-à-dire l'aspiration à l'unification de l'humanité en une communauté humaine mondiale. Telle était l'éthique de Darwin, même s'il n'était pas marxiste et n'avait aucune conception révolutionnaire de la lutte de classe.
D'une certaine façon, on pourrait affirmer aujourd'hui que s'il n'y avait pas eu ce « rendez-vous manqué » entre Marx et Darwin à la fin du 19ème siècle, il est fort probable que Marx et Engels auraient accordé à La Filiation de l'Homme la même importance qu'à l'étude de L.H. Morgan sur le communisme primitif, La société archaïque (sur laquelle s'est appuyé en grande partie Engels dans L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État).
Ni Morgan ni Darwin n'étaient marxistes. Néanmoins, leur contribution (le premier dans le domaine de l'ethnologie, le second dans celui des sciences de la nature) restera un apport considérable pour le mouvement ouvrier.
Aujourd'hui, l'espèce humaine est confrontée à un déchaînement sans précédent du «chacun pour soi», de la «guerre de tous contre tous», de la concurrence exacerbée par la faillite historique du capitalisme.
Face à la décomposition
de ce système décadent, la classe ouvrière mondiale, celle des
producteurs associés, doit plus que jamais favoriser, à travers son
combat contre la barbarie capitaliste, l'extension des sentiments
sociaux de l'espèce humaine afin de développer en son sein sa
conscience de classe révolutionnaire. C'est le seul moyen pour que
l'humanité puisse accéder à l'étape suivante de la civilisation :
la société communiste, c'est-à-dire une véritable communauté
humaine mondiale, solidaire et unifiée.6
Sofiane (23 mars 2009)
1 Patrick Tort est attaché au Muséum National d'Histoire Naturelle. Responsable de la publication du monumental Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, il a créé et dirige l'Institut Charles Darwin International (www.darwinisme.org ). Il a consacré trente ans de sa vie à l'étude de l'œuvre de Darwin dont il se propose, dans le cadre de son Institut, de publier l'intégralité en langue française (35 volumes prévus aux éditions Slatkine, dont deux déjà parus).
2 Il faut également souligner que Darwin était farouchement opposé à l'esclavage et a dénoncé a plusieurs reprises la barbarie de la colonisation.
3 Pour illustrer sa théorie, Patrick Tort utilise une métaphore topologique, celle du ruban de Möbius, qui permet de comprendre comment, grâce au phénomène du passage progressif au revers, on passe « de l’autre côté » du ruban sans discontinuité (voir la démonstration de cet « effet de rupture » sans rupture ponctuelle dans L'Effet Darwin. Sélection naturelle et naissance de la civilisation).
4 Darwin ne voulait pas provoquer trop rapidement un nouveau « choc » dans la société bien pensante de son époque. C’est pourquoi il a préféré attendre que le premier « choc » de L'Origine des espèces se fût estompé avant d'aller plus loin. Il n'était pas évident de faire accepter, même parmi ses pairs au sein de la communauté scientifique, l'idée que l'homme pût avoir un ancêtre commun avec les grands singes.
5 Lorsque Darwin se décida à publier en 1871 La Filiation de l'homme, Marx et Engels n'y prêtèrent pas attention, trop préoccupés qu'ils étaient par les événements de la Commune de Paris et les difficultés organisationnelles de L'Association Internationale des Travailleurs, alors en proie aux manœuvres de Bakounine.
6 Bien évidemment, cette société "communiste" n'a rien à voir avec le stalinisme, avec les régimes capitalistes d'État qui ont dominé l'URSS et les pays de l'Est jusqu'en 1989. Ses contours véritables ont été présentés par le Manifeste communiste de 1848 ou la Critique du programme de Gotha (Marx, 1875) notamment dans le passage suivant : "Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux 'De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins !'"






Commentaires
Darwin et De Waal
Idéologiquement Frans De Waal est un imbécile (il a déclaré que l'effondrement de l'URSS, c'était la preuve de la faillite du communisme). Mais c'est l'un des meilleurs primatologues. sauf qu'il ne comprend pas très bien en quoi l'homme est un primate différant du singe (et ne voit que "le singe en nous" : titre d'un de ses livres), contrairement à Darwin.C'est pour ça que Darwin a écrit La filiation de l'Homme.
la science et le marxisme
OK avec Maria. Gould est passionnant à lire, mais il ne faut pas chercher dans ses écrits des traces de son appartenance au marxisme. Le marxisme peut intégrer la science, mais la science ne peut pas intégrer le marxisme (sauf cas exceptionnel, comme celui de Pannekoek. C'est aussi pour ça que Darwin n'a pas voulu avoir des relations très étroites avec Marx. Mais il était honnête et reconnaissait qu'il ne comprenait rien à l'économie politique. De plus, il était vieux et malade et n'avait pas la force de se plonger dans le Capital
droits d'auteurs ?
le CCI n'a jamais réclamé de "droits d'auteurs" car c'est une pratique bourgeoise.je pense qu'il ne verra aucun inconvénient si les autres groupes le copient et se mettent à sa remorque (ça ne serait pas la première fois !). En tout cas, les "copié-collé" montrent que c'est le CCI qui est la principale organisation d'avant-garde. C'est d'ailleurs pour ça qu'elle continue à se développer au niveau international et suscite bien des "jalousies" (et aussi des dénigrements d'individus du milieu parasite qui n'ont que ça à faire).
Que pense les autres groupes de la gauche communiste ?
Cet article est très intéressant, mais je suis quand même impatient de savoir quelle est la position des autres groupes marxistes sur Darwin et la Filiation de l'homme (Le Prolétaire et le BIPR). Est-ce qu'ils n'ont rien à dire alors que c'est l'année Darwin et que tout le monde en parle ? Ont-ils des désaccords avec le CCI ? Ce serait tout de même pas mal que les lecteurs de la Gauche communiste puissent confronter les différents points de vue.En tout cas, qu'on soit d'accord ou pas avec le CCI, il faut bien reconnaître que c'est quand même encore le CCI qui est le premier à avoir quelque chose à dire et à se mouiller (espérons que les autres groupes révolutionnaires vont finir par se réveiller). Et s'ils n'ont rien a dire, ils peuvent toujours vous copier (vous ne réclamez pas de droits d'auteurs ?)
Gould était-il marxiste ? (réponse à Vivien)
Je te conseille de lire le dernier ouvrage de SJ Gould "Cette vision de la vie" (Seuil). Au chapitre 6 (page 131), il raconte la présence de Lankester aux funérailles de Marx. On y trouve une vision plutôt anti-marxiste (même s'il avait une certaine sympathie humaniste pour le vieux Marx). Il s'efforce de démontrer que les relations entre Marx et Darwin n'étaient pas si terribles que ça (accusant Marx de s'être intéressé à Darwin par "opportunisme", et affirmant que Engels était plus intelligent que Marx en matière de sciences). En fait Gould passe complètement à côté de l'essentiel de la lettre de remerciement de Darwin à Marx du 1er octobre 1873 dans laquelle Darwin affirme très clairement que Marx et lui veulent tous deux le bonheur de l'humanité. Pour Gould, il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes ! ET surtout Gould (contrairement à Patrick Tort) n'a pas vu que Marx a confondu Darwin avec ses épigones (Spencer et Galton). Enfin, et c'est ce qui est le plus gênant, Gould accuse Marx d'être le théoricien qui a inspiré Staline et Pol Pot (bref : il introduit l'idée d'une continuité entre le marxisme et le stalinisme). Finalement Patrick Tort avait raison : Gould n'était pas marxiste(son prétendu marxisme était "un Graal improbable"). Dommage que Gould se soit aventuré à faire de telles considérations sur Marx dans son dernier livre. Il aurait mieux fait de rester à sa place d'hommes de sciences et d'excellent vulgarisateur de la théorie de l'évolution. Au passage, dans son livre il allume aussi Freud auquel il n'a, là aussi, rien compris.
D'accord avec toi, Vivien !
Tu as entièrement raison. Il y a une différence entre les "scientifiques" qui diffusent une idéologie réactionnaire et ceux qui, comme SJ Gould ou Patrick Tort, sont des gens éclairés et sympathisent avec le marxisme (même s'ils ne sont pas des militants du mouvement ouvrier). Dans l'histoire, les révolutionnaires on toujours été ouverts à toute discussion avec des scientifiques (et même avec des hommes de lettres révoltés par la barbarie du capitalisme). Le fait que le CCI soit capable se saluer le livre de Tort, montre que cette organisation révolutionnaire n'est pas une petite secte repliée sur elle-même.
Entre parenthèse, c'est moi qui ait gagné un exemplaire gratuit de "L'effet Darwin". Voilà comment Darwin préfigure la théorie des "équilibres ponctués" de Gould et Eldredge : "J'ai essayé de démontrer que nos archives géologiques sont extrêmement incomplètes ; qu'une très petite partie du globe seulement a été géologiquement explorée avec soin ; que certaines classes d'êtres organisés ont seules été conservées en abondance à l'état fossile ; que le nombre des espèces et des individus qui en font partie conservés dans nos musées n'est absolument rien en comparaison du nombre des générations qui ont dû exister pendant la durée d'une seule formation ; que l'accumulation de dépôts riches en espèces fossiles diverses, et assez épais pour résister aux dégradations ultérieures, n'étant guère possible que pendant des périodes d'affaissement du sol, d'énormes espaces de temps ont dû s'écouler dans l'intervalle de plusieurs périodes successives ; qu'il y a probablement eu plus d'extinctions pendant les périodes d'affaissement et plus de variations pendant celles de soulèvement, en faisant remarquer que ces dernières périodes étant moins favorables à la conservation des fossiles, le nombre des formes conservées a dû être moins considérable ; que chaque formation n'a pas été déposée d'une manière continue ; que la durée de chacune d'elles a été probablement plus courte que la durée moyenne des formes spécifiques ; que les migrations ont joué un rôle important dans la première apparition de formes nouvelles dans chaque zone et dans chaque formation ; que les espèces répandues sont celles qui ont dû varier le plus fréquemment, et, par conséquent, celles qui ont dû donner naissance au plus grand nombre d'espèces nouvelles ; que les variétés ont été d'abord locales ; et enfin que, bien que chaque espèce ait dû parcourir de nombreuses phases de transition, il est probable que les périodes pendant lesquelles elle a subi des modifications, bien que longues, si on les estime en années, ont dû être courtes, comparées à celles pendant lesquelles chacune d'elle est restée sans modifications. "
(c'est au début du chapitre 11 et c'est cité par Patrick Tort dans son bouquin "Darwin et le darwinisme", édition "Que sais-je ?").
Réponse à Maria
Maria,
Je t'assure que je n'exige rien de personne, et je pousse le vice jusqu'à penser qu'on peut être un excellent scientifique, "sérieux" même, sans être marxiste. Simplement, comme tu l'as très justement souligné, il y a un rapport méthodologique important entre le darwinisme et le marxisme. Or, je constate que la manière d'appréhender la théorie de l'évolution est, sans faire de généralité, souvent corrélée avec les opinions politiques des biologistes. Par exemple, les sociaux-biologistes ont une tendance à défende des thèses de droite, alors que les gens comme Gould ou Lewontin sont (ou étaient) proches du marxisme. Donc, je me demande si ce phénomène s'appuie sur une authentique réflexion consistant à lier théoriquement marxisme et darwinisme, ou si il s'agit d'une simple mode. Il serait important, me semble-t-il, de discuter avec ces scientifiques si ils avaient une réelle volonté de clarifier les choses, eux se nourrissant de nous, et inversement. Qu'en penses-tu ?
Gould et le marxisme
Il ne faut pas exiger des hommes de sciences qu'ils adhèrent pleinement à la théorie révolutionnaire du prolétariat (sinon, ils seraient militants du mouvement ouvrier, comme Pannekoek). Marx, Engels, Rosa Luxemburg n'ont jamais eu de telles exigences, mais ils ont salué de façon très élogieuse les travaux de scientifiques comme Darwin et Morgan, ayant su identifier dans leurs découvertes une méthode et une vision humaniste qui allaient dans le même sens que le marxisme.Se demander si Gould était "marxiste" est une façon erronnée à mon avis de poser le problème des rapports entre le monde scientifique et le milieu révolutionnaire. Gould avait certainement de grandes sympathies pour Marx (comme tous les scientifiques un peu sérieux), mais il ne comprenait pas, sur le fond, que le marxisme est une théorie qui "lorsqu'elle s'empare des masses devient une force matérielle" (Marx). Son groupuscule "Science for the people" n'a rien à voir avec une quelconque organisation politique prolétarienne.
Gould et le marxisme
Il ne faut pas exiger des hommes de sciences qu'ils adhèrent pleinement à la théorie révolutionnaire du prolétariat (sinon, ils seraient militants du mouvement ouvrier, comme Pannekoek). Marx, Engels, Rosa Luxemburg n'ont jamais eu de telles exigences, mais ils ont salué de façon très élogieuse les travaux de scientifiques comme Darwin et Morgan, ayant su identifier dans leurs découvertes une méthode et une vision humaniste qui allaient dans le même sens que le marxisme.Se demander si Gould était "marxiste" est une façon erronnée à mon avis de poser le problème des rapports entre le monde scientifique et le milieu révolutionnaire. Gould avait certainement de grandes sympathies pour Marx (comme tous les scientifiques un peu sérieux), mais il ne comprenait pas, sur le fond, que le marxisme est une théorie qui "lorsqu'elle s'empare des masses devient une force matérielle" (Marx). Son groupuscule "Science for the people" n'a rien à voir avec une quelconque organisation politique prolétarienne.
Gould et le marxisme
Après quelques rapides recherches, il apparaît que Gould fut membre d'un groupe qui n'existe plus : "Science for the people," avec Lewontine notamment. J'ai trouvé sur internet un texte de ce cercle datant de 1972 :
http://ist-socrates.berkeley.edu/~schwrtz/SftP/Towards.html
En 2002, un groupe portant le même nom a vu le jour et prétend continuer à diffuser les idées du cercle originel :
http://www.scienceforthepeople.com/
Je n'ai pas eu le temps (et la capacité) de tout traduire, mais ça ressemble manifestement à du gauchisme post-Woodstock.
Réponse à Vivien
Gould, qui au demeurant est sans nul doute celui qui, dans le monde anglo-saxon, a le moins mal parlé de Darwin, a toujours omis cependant de citer le passage de L’Origine des espèces dans lequel Darwin préfigure en toutes lettres la théorie des « Equilibres ponctués » (j’incite nos correspondants à le trouver eux-mêmes dans le texte de L’Origine. Le premier gagne un exemplaire gratuit de L’Effet Darwin). Quant à sa qualité de « marxiste », j’en attends également, avec un réel intérêt, un témoignage crédible, n’ayant pas le temps de relire l’intégralité de son travail pour y détecter ce Graal improbable…
Patrick Tort, Directeur de l'Institut Charles Darwin International
E-mail : patrick.tort@wanadoo.fr
Site web de l'ICDI : www.darwinisme.org
Une question sur Gould
Au-delà de cette article, il faut noter que Gould a largement contribué à démonter les théories des darwinistes-sociaux (et des créationnistes, également). Il a pleinement œuvré pour clarifier et faire avancer la théorie de Darwin, notamment sur la question du hasard dans l'évolution et sur l'objet de la sélection naturelle.
Cependant, il se disait marxiste. Est-ce que quelqu'un sait dans quelle mesure ?
article de Stephen Jay Gould
Cet article de Gould est inattendu peut-être, mais ne présente pas beaucoup d'intérêt. Inutile de passer une heure à lire tout ce baratin en anglais. On ne sait pas où SJ Gould veut en venir. Apparemment, ce jour-là Gould (qui a écrit des choses autrement plus intéressantes) était en manque d'inspiration. Pas la peine de balayer 11 pages Web pour raconter des anecdotes simplement pour dire que Lankester était allé aux funérailles de Marx (et alors ?). Au passage, Gould affirme qu'Engels était "l'ange financier de Marx". C'est une drôle de conception de la solidarité ! Merci quand même pour le lien.
Un lien intéressant et inattendu entre Marx et Darwin
Pour ceux qui lisent l'anglais, il y a une article intéressant de Steven Jay Gould à propos de la mort de Marx et la présence à son enterrement d'un ardent défenseur des idées de Darwin.
http://findarticles.com/p/articles/mi_m1134/is_7_108/ai_55698600
c'est très profond !
Article très profond,comme beaucoup d'articles de votre site (même si je ne suis pas forcément d'accord avec toutes vos analyses). Ca donne envie de lire Darwin et de comprendre que ce n'était pas seulement un bon bouregeois libéral de la société victorienne de son temps (comme on se plaît souvent à le présenter dans les milieux soit disant "marxistes".
je m'associe à tous ces
je m'associe à tous ces bravos. c'est vrai que ça donne envie de lire ou relire avec un autre éclairage l'oeuvre de Darwin.
"la filiation de l'homme" mais pas que. contrairement à Jean-Marc, qui semble jeter le bébé avec l'eau de la vaisselle, "l'origine des espèces" c'est toujours bon à prendre.
bref, rien que pour avoir remis les pendules à l'heure, alors oui bravo le CCI.
Excellent article
On y apprend beaucoup de choses sur les conceptions de Darwin sur la morale. En tout cas cet article (qui donne envie de lire le livre de Patrick Tort que je ne connaîs pas)met les points sur les "i" par rapport à tous ceux qui pensent que Darwin, c'est la lutte concurrentielle entre les individus érigée comme loi universelle et immuable ! Ca donne aussi envie de lire "la filiation de l'homme". Tout le monde ne parle que de "L'origine des espèces". ET pour cause ! ca arrange bien le capitalisme libéral qui peut continuer à diffuser l'idéologie puante du "darwinisme social". La science a toujours été exploitée par la classe dirigeante a des fins de maintien de l'ordre établi (voir,l'utilisation des progrès de la génétique dans les tests ADN pour fliquer la population et foutre les immigrés dehors au nom de l'"immigration choisie"). En tout cas, parmi les marxistes révolutionnaires, il n'y a que votre site qui a été capable jusqu'à présent de se prononcer clairement sur Darwin. J'espère qu'il y aura d'autres articles du même cru.
Bravo au CCI !
Je salue cette article, et ceux qui l'ont précédé au sujet du darwinisme. D'abord parce qu'ils sont particulièrement bien informés, ensuite parce qu'ils se positionnent très explicitement contre le darwinisme social et toutes les visions naïves de cette science.
En outre, l'articulation entre darwinisme et marxisme est très intéressante. On sent bien en quoi, si les deux sciences sont dotées d'une méthode similaire et si elles peuvent s'imbriquer, l'une ne fonde pas l'autre ; ce qui permet d'échapper aux systèmes.
Bref ! Bravo aux camarades du CCI pour ces articles et pour leur maîtrise théorique du problème.
A propos de Franz de Waal
Oui, il est vrai que les bouquins de Frans De Waal sont très intéressants. C'est un grand primatologue. Mais, c'est quand même Darwin qui, le premier, a mis en avant les bases biologiques et matérielles de la morale (comme le montre très bien le livre de Patrick Tort). Les prémisses de la morale, à travers les instincts sociaux, existent chez d'autres mammifères et chez les oiseaux (et pas seulement chez les singes anthropoïdes). Certains livres de De Waal me posent quand même problème. Par exemple "Bonobos : le bonheur d'être singe". Pour moi, le bonheur, ce n'est pas d'"être singe", mais d'appartenir à l'espèce humaine. Nos cousins les chimpanzés ne sont pas capables de se servir d'un ordinateur et de poster des commentaires sur ce site. Il y a chez beaucoup de primatologues une forte tendance à l'anthropomorphisme exagéré. Pour De Waal, l'être humain serait une espèce de singe "bipolaire" (à moitié chimpanzé, à cause de notre "agressivité", et à moitié bonobo, à cause de notre "pacifisme"). Ce n'est pas aussi simple. Le développement du comportement social du chimpanzé est statique, contrairement à celui de l'homme qui est dynamique et évolutif (tout simplement parce que l'homme est le seul animal social qui est capable de transformer la nature, de transformer la société et de se transformer lui-même).
Références
Intéressant à lire sont aussi les livres de Frans De Waal (http://en.wikipedia.org/wiki/Frans_de_waal).