A propos d'un bilan de la révolte de décembre 2008 et janvier 2009 en Grèce

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Nous publions ci-dessous la traduction d’un article paru en octobre dans World Revolution, organe de presse du CCI en Angleterre.

En décembre 2008, suite à la mort par balle d’un gamin de 15 ans, des luttes ont marqué la Grèce et ont révélé la combativité des étudiants prolétarisés et d’une partie des ouvriers. Des centaines de lycées et un certain nombre d'universités ont été occupés. Les protestataires ont investi des stations de télévision de l’Etat. Le bâtiment de la principale fédération syndicale ainsi que quelques bâtiments de l’université d’Athènes ont été occupés dans le but de les utiliser pour des assemblées générales de salariés, d’étudiants et de chômeurs.

Si nous revenons aujourd’hui sur ces événements, c’est parce qu’un texte très intéressant écrit par des éléments de cette lutte vient de paraître. La Paida Tis Galarias (TPTG, Les Enfants de la Galerie) est un groupe grec qui existe depuis le début des années 90 dont il n'est pas facile de résumer en une simple phrase son histoire pourtant relativement courte. Il a participé aux dernières luttes de Décembre et a publié un bilan provisoire des événements de Février de cette année. Une analyse plus approfondie est apparue sur libcom.org début Septembre, intitulée « Le passage d'une minorité prolétarienne rebelle pendant une brève période de temps" (datée du 30/6/09). Même si son langage peut être parfois obscur, il met en évidence quelques aspects importants du mouvement de l'année dernière.

Un mouvement prolétarien

La première chose à établir est que « La rébellion a été une claire expression de colère prolétarienne contre un mode de vie qui se dévalue de plus en plus, qui est de plus en plus sous surveillance et aliéné. » Bien que les marxistes ne soient pas des sociologues, « Pour autant que la composition de classe de la rébellion soit en cause, celle-ci s'est étendue des étudiants des grandes écoles et universités à de jeunes travailleurs, essentiellement en situation précaire, de divers secteurs comme l’éducation, le bâtiment, les services du tourisme et du spectacle, le transport, et même les médias. Quant à la participation des ouvriers qui sont dans une situation moins précaire, d’après notre connaissance empirique, ces ouvriers qui peuvent être décrits comme des ouvriers ayant un travail stable ou non-précaire, ont participé à la rébellion de façon très limitée. Pour ceux d’entre eux qui ont réellement participé à la rébellion, tenter de l’étendre à leur lieu de travail aurait signifié s'engager dans des grèves sauvages en dehors et contre les syndicats, puisque la plupart des grèves sont appelées et contrôlées par eux."

Ceci est un témoignage important du rôle que les syndicats jouent pour entraver les luttes ouvrières. Bien qu'il y ait eu des luttes en Grèce au cours des vingt dernières années, en particulier dans le secteur public, ces " luttes passées ont révélé que les ouvriers ne pouvaient pas créer des formes autonomes d'organisation ni permettre l’apparition de nouvelles formes qui seraient allées au-delà de la forme syndicaliste."

TPTG perçoit que ceux qui ont un emploi plus ‘stable' ont une participation plus limitée dans les luttes, et que les luttes ne sont pas allées au-delà des limites de la demande syndicale. Il proclame expressément que « la communauté prolétarienne de la lutte » se caractérise par « une négation complète de la politique et du syndicalisme. ». Il va jusqu’à dire qu’ "il était impossible d’être représenté, coopté ou influencé par un appareil politique qui est en cheville avec l’Etat". Bien qu'il ait admis que cette revendication a été temporaire, elle n’en a pas moins été authentique. Pour autant, si l'organisation de la lutte n'était pas aux mains des syndicats ou des gauchistes, mais des participants et si le désir d'appeler à des assemblées générales pour discuter, contrôler et étendre la lutte a sans aucun doute montré une dynamique absolument saine, ce n’était guère "une négation complète de la politique et du syndicalisme.", même si ce fut un pas fondamental dans la bonne direction .

Il viendra certainement un temps où nous verrons « une éruption violente de délégitimisation des institutions capitalistes de contrôle », mais comme TPTG le reconnait, « ce fut juste une rébellion passagère d'une minorité prolétarienne au cours d'une brève période et non une révolution." ; TPTG dit : "le sentiment qu’il y a ‘quelque chose de plus profond’ dans tout ça, l'idée que les questions soulevées par les rebelles concernent tout le monde était si dominante qu'elle seule explique l'impuissance des partis d'opposition, des organisations gauchistes, et même de quelques anarchistes comme on l’a mentionné plus haut » S'il y a eu une moindre participation de la part de ces forces d’encadrement, cela n’a été que de très courte durée. Les idéologies syndicalistes et gauchistes sont très élastiques et en Grèce il y a aussi des illusions sur les actions militaires de ‘l’avant-garde armée’

Contre le militarisme terroriste

Pendant trente ans, les attaques terroristes du 17 novembre et de l'ELA ont été une caractéristique de la situation en Grèce. Et tandis que l'activité de ces groupes semble s'être réduite sous la pression d''un certain nombre de procès et de condamnations, d'autres groupes ont poursuivi cette tradition. Dans la perspective des dernières élections générales grecques, par exemple, on peut lire que « Les cellules anti-terroristes étudient les témoignages recueillis chez des membres présumés de la Conspiration des Cellules du Feu par rapport à ses liens possibles avec le groupe plus brutal de guérilla urbaine, la Secte des Revolutionnaires" ; (Kathimerini 28/9/09). Un des points forts de TPTG est leur rejet de l'avant-garde armée.

Voici ce qu'ils ont écrit à propos des attaques armées de Décembre 2008 et Janvier 2009 : « D'un point de vue prolétarien, même si ces attaques n'ont pas été organisées par l'Etat lui-même, le fait qu'après un mois nous sommes tous devenus les spectateurs de ces 'actes exemplaires' qui ne faisaient pas partie de notre pratique collective, était en soi une défaite ». Ils sont directs dans leur critique: "Ce n'est pas important pour nous maintenant d'avoir des doutes sur la véritable identité de ces tueurs à gage à l'appellation ridicule mais révélatrice de 'Secte Révolutionnaire'; ce qui nous inquiète quelque peu c'est la tolérance politique à leur égard dans quelques quartiers, compte tenu du fait que c'est la première fois que dans un texte de 'l'avant-garde armée' grecque il n'y a même pas la moindre trace de la bonne vieille idéologie léniniste, mais à sa place un nihilisme antisocial et assoiffé de sang ».

Le syndicalisme et les idées réformistes n'ont pas disparu

L'occupation du siège social du syndicat a été l'un des moments forts du mouvement. TPTG y a vu deux tendances: "Pendant l'occupation il est devenu évident que même la version de base du syndicalisme n'a pas pu se rapprocher de la rébellion. Il y avait deux tendances, bien que non clairement définies, même dans la conception de celle-ci : l'une d'un syndicalisme ouvriériste et l'autre prolétarienne. Pour ceux qui appartenaient à la première, l'occupation aurait dû avoir un caractère distinctement 'ouvrier' en opposition à la soi-disant jeunesse ou un caractère de « guerilla urbaine » tandis que ceux appartenant à la seconde ne la voyaient que comme un moment de la rébellion, comme une opportunité pour attaquer l'une des principales institutions du contrôle capitaliste et en tant que lieu de rassemblement et de réunion des étudiants des grandes écoles, des étudiants d'université, des chômeurs, des ouvriers salariés et des immigrés, ce qui en fait une plus grande communauté de lutte contre le malaise général. En fait, la tendance syndicaliste-ouvriériste a essayé d'utiliser l'occupation essentiellement comme instrument indépendant au service de l’influence du syndicalisme évoquée ci-dessus et du syndicalisme de base en général." La 'tendance syndicaliste' aurait pu échouer dans sa tentative pour utiliser l'occupation dans ce cadre particulier, mais les idées du syndicalisme de base restent parmi les plus pernicieuses auxquelles les ouvriers sont confrontés, non seulement maintenant, mais également dans les luttes à venir.

De même, TPTG a compris que d'autres idées étaient dangereusement illusoires pour les ouvriers. « En mettant sur un même plan la sous-traitance ou la précarité en général avec `l’esclavage', la majorité de ce mouvement de solidarité, principalement composé d’activistes de syndicats gauchistes, essaye de mettre sur un même plan certaines luttes contre la précarité - une des formes principales de la restructuration capitaliste dans ce moment historique - avec des revendications politiques générales au contenu social-démocrate concernant l'Etat en tant qu'employeur ‘digne de confiance’ et préférable aux sous-traitants privés et donc mettant de côté la question de l'abolition du travail salarié »

Parfois il y a un certain triomphalisme dans ce que dit TPTG. Mais quand le texte se termine sur « les craintes des patrons du monde entier par rapport à la rébellion de Décembre comme prélude à une explosion prolétarienne généralisée dans le contexte de la crise globale de reproduction", il pose ce qui est en jeu dans la situation actuelle. Les luttes d'aujourd'hui ne sont pas en elles-mêmes une menace pour le pouvoir capitaliste, mais tout mouvement qui met l'accent sur la solidarité et l’auto-organisation pour l’extension du mouvement vers une lutte généralisée, montre qu’il existe un potentiel bien présent pour la perspective des luttes futures.

Car, 28 septembre

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