1968 en Allemagne (II) : au-delà du mouvement de protestation, la quête d'une société nouvelle

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L’espoir déçu

Dans la première partie de notre article sur Mai 68 en Allemagne, nous avons montré que l’on pouvait voir au-delà de ce mouvement celui plus vaste d’une nouvelle génération qui recherchait une alternative au capitalisme. Le rejet de la guerre au Vietnam, le refus de se soumettre sans résistance aux besoins du capital, la montée d’un espoir pour une nouvelle société, tout cela constituait des facteurs importants qui motivaient beaucoup de jeunes, étudiants et ouvriers, à manifester. Mais quelle que fut la force de cet espoir pour une nouvelle société, la déception et la perplexité furent tout aussi fortes quand la première vague de contestation recula au cours de l’été 1968.

Alors qu’en France la grève massive des ouvriers avait fait naître un sentiment de solidarité, de cohésion entre étudiants et ouvriers dans leur lutte contre le gouvernement, les ouvriers en Allemagne n’étaient pas encore entrés en scène de façon massive au printemps 1968. Après la vague de protestations contre la tentative d’assassinat du célèbre leader étudiant Rudi Dutschke en avril, et après les manifestations contre l’adoption des lois d’urgence pendant l’été 1968, le mouvement, essentiellement étudiant, s’étiola. Contrairement à ce qui s’était passé en France, les étudiants en Allemagne ne furent pas immédiatement remplacés par la classe ouvrière comme fer de lance dans les luttes. C’est seulement après les grèves de septembre 1969 que la classe ouvrière en Allemagne entra en scène à une plus grande échelle.

Des centaines de milliers de jeunes cherchaient un point de référence, une orientation et un levier pour renverser cette société. C’est une tragédie de l’histoire que cette jeune génération, au sein de laquelle beaucoup avaient commencé à se considérer comme des opposants au système capitaliste, ait été récupérée et que son mouvement de contestation initial ait été réduit à l’impuissance. Nous voulons essayer d’expliquer ce qui s’est passé.

La classe ouvrière avait refait surface mais la lutte de classe ne jouait pas encore son rôle unificateur

Même si la classe ouvrière en France avait mis en place la plus grande grève de l’histoire en mai 1968, cette première réaction massive de la classe ouvrière n’était pas encore capable de repousser tous les doutes la concernant qui avaient prévalu pendant des années.

Peut-être encore plus que Paris pour la France, Berlin était le centre de la contestation étudiante en Allemagne. Pas la ville de Berlin telle qu’elle est aujourd’hui, mais l’enclave de Berlin-Ouest au milieu de l’Allemagne de l’Est. De nombreux protagonistes à l’époque étaient motivés par des idées vagues telles que l’instauration d’une sorte de république conseilliste à Berlin-Ouest qui aurait servi d’étape transitoire pour transformer à la fois Berlin-Est et Berlin-Ouest.

Mais en examinant la situation particulière de l’enclave pendant la Guerre froide, on peut voir combien cette idée était irréaliste car cette enclave constituait en un certain sens un microcosme des difficultés que devait affronter la résurgence de la classe ouvrière.

D’un côté Berlin-Ouest était une scène centrale pour les gauchistes. Etre résidant à Berlin-Ouest signifiait que l’on était exempté de conscription militaire. D’un autre côté, les secteurs Ouest de Berlin avaient toujours été des centres anti-communistes, qui tiraient parti encore à l’époque de l’aspect romantique du pont aérien de Berlin. Par-dessus tout, nulle part ailleurs dans le monde occidental on ne connaissait aussi bien la face inhumaine du stalinisme par l’expérience même de la population. Dans une telle ambiance, le fait même d’entendre de la bouche d’un étudiant des mots tels que ‘socialisme’ et ‘communisme’ provoquait de vives méfiances, particulièrement de la part des ouvriers les plus âgés. Contrairement à ce qui se passait en France, les étudiants n’étaient pas tant regardés avec de la sympathie ou de l’indifférence, mais plutôt avec de l’hostilité. Le résultat est que les contestataires de la première vague se sentaient profondément dans l’insécurité.

Par conséquent, on peut comprendre que beaucoup d’entre eux aient commencé à chercher des forces révolutionnaires alternatives hors de l’Allemagne, et même hors des pays industrialisés. Cette réaction n’était en aucun cas spécifique à l’Allemagne mais elle y a développé une forme spécifique.

1968/69 ont également constitué le pic du mouvement de protestation contre la guerre du Vietnam impliquant des centaines de milliers de jeunes dans le monde entier. Les formes de nationalisme « anti-impérialiste », telles que le « Black Power » aux Etats-Unis, étaient de façon erronée présentées comme faisant partie d’une solidarité internationale et même comme « une lutte de classe révolutionnaire ». Cela nous aide à comprendre le paradoxe qui a fait qu’un mouvement qui, à l’origine, était dirigé contre le stalinisme se tourne partiellement à nouveau vers lui. Parce que la première apparition de la classe ouvrière n’avait pas encore attiré suffisamment de monde dans son orbite, beaucoup de jeunes devinrent réceptifs à des idées qui étaient une véritable déformation perverse de leurs motivations originelles. L’influence des organisations gauchistes a eu alors un effet négatif, désastreux et destructeur, et un grand nombre des victimes de ces organisations se trouvaient parmi la jeune génération.

Le rôle désastreux de la gauche et des gauchistes

Les dirigeants du mouvement de 1967-68 pensaient qu’une révolution était là juste au coin de la rue. Mais quand le changement rapide attendu échoua, ils durent admettre que leurs forces avaient été trop faibles pour l’entraîner. L’idée leur est venue de fonder ‘le’ parti révolutionnaire, quasiment comme une sorte de panacée. En tant que telle, l’idée n’était pas mauvaise. Les révolutionnaires doivent unir leurs forces et s’organiser pour avoir un impact maximal. Le problème était qu’ils étaient coupés de l’expérience historique de la classe ouvrière à cause de la contre-révolution, quelles que soient ses formes d’expression : démocratique, stalinienne et fasciste, qui avaient duré pendant des décennies. Ils ne savaient ni ce qu’était un parti prolétarien, ni comment et quand il devait être créé. Au lieu de cela, ils voyaient le parti comme une sorte d’église, un mouvement missionnaire, qui convertirait les ouvriers embourgeoisés au socialisme. De plus, le poids très lourd de la petite-bourgeoisie avait un impact considérable sur les étudiants. Comme Mao en Chine au cours de la révolution culturelle, pensaient-t-ils, ils voulaient ‘purger’ les travailleurs de leur ‘embourgeoisement’. Rudi Dutschke, comme les autres leaders de l’époque, a décrit comment, au début du mouvement, les étudiants révolutionnaires et les jeunes travailleurs se rencontraient et établissaient des contacts dans les centres de jeunesse de Berlin-Ouest, et comment les jeunes ouvriers par la suite ont refusé de participer à ce tournant sectaire, étrangers à ce monde-là.

Le déboussolement de la nouvelle génération fut également exploité par les groupes gauchistes, que l’on appelait en général les ‘groupes K’ (Kommunist groups) qui se développaient alors. Les divers et multiples groupes gauchistes, en nombre croissant en Allemagne –il y avait des dizaines d’organisations allant des trotskystes et des maoïstes aux ‘spontanéistes’- agissaient comme un gigantesque piège servant à stériliser politiquement la jeune génération.

Même si en Allemagne, après 1968, plus d’une demi-douzaine de groupes trotskistes ont jailli, ces groupes attiraient moins de monde en Allemagne qu’en France, principalement parce que la classe ouvrière en Allemagne n’avait pratiquement pas fait sa réapparition. Le trotskisme n’est pas moins bourgeois que le maoïsme. Mais comme il était apparu à l’origine comme un mouvement prolétarien d’opposition au stalinisme, la classe ouvrière en était plus proche que du maoïsme, qui s’inspirait plutôt d’un certain romantisme envers la paysannerie.

En Allemagne c’était surtout les groupes maoïstes qui prospéraient. A la fin des années 1968/69, le KDP, Parti Marxiste Léniniste a été fondé ; à Berlin Ouest, un autre KPD fut créé en 1971 comme rival du premier. En 1971, la Ligue Communiste (KB) a de même vu le jour dans le nord de l’Allemagne ; en 1973 le KBW (Ligue Communiste, Allemagne de l’Ouest) se mettait en place à Brême. Ces groupes ont réussi à attirer plusieurs centaines de jeunes. Les groupes maoïstes reflétaient un phénomène qui avait pris une forme particulière en Allemagne. Parce qu’en Allemagne, beaucoup de jeunes reprochaient à leurs aînés d’avoir été responsables des crimes nazis et de la Seconde Guerre mondiale en général, les maoïstes pouvaient tirer profit de ce complexe de culpabilité. De plus, le maoïsme agissait comme organisateur et fervent propagateur de la ‘guerre des peuples’. Le maoïsme prétendait être le défenseur des paysans opprimés du Tiers Monde et voulait les mobiliser dans des guerres de ‘libération nationale’ contre « l’impérialisme américain ». Etant donné que les paysans étaient considérés comme étant la principale force révolutionnaire de la société, le maoïsme agissait comme un agent recruteur de chair à canon pour la guerre.

Cependant, le fait que le mépris pour leurs propres pères les avait conduits à idéaliser les nouveaux leaders (Mao, « l’Oncle Ho », le « Che », Enver Hoxha) n’avait pas beaucoup troublé les supporters des groupes maoïstes car cela correspondait à un besoin d’une partie d’une génération ‘d’avoir quelqu’un à admirer’, de chercher un ‘modèle’, et même une ‘image du père’ afin de remplacer la vieille génération rejetée. Le maoïsme a donné naissance à de telles monstruosités, comme la révolution culturelle au milieu des années 1960 en Chine, où des millions de travailleurs que l’on estimait appartenir à ‘l’intelligentsia’ ou qui avaient une qualification supérieure quelconque étaient envoyés à la campagne pour apprendre auprès des paysans. Tout cela signifiait une terrible humiliation et un grand avilissement. Le maoïsme se distinguait également par un rejet profondément ancré de toute approche théorique. Sa caractéristique principale était le culte des leaders et la psittacose du slogan avec le « petit livre rouge » de Mao comme une Bible entre les mains.

De plus, les maoïstes ont ranimé le "Proletcult" (les cols bleus érigés en icônes) à la manière de ce que prônait Staline dans les années 1920.Le mot d’ordre était d’aller dans les usines pour apprendre auprès des ouvriers et d’instaurer une organisation d’avant-garde. C’était le côté pile de la même pièce qui, sur le côté face, reprochait à la classe ouvrière d’être ‘embourgeoisée’.

Alors qu’avec une longueur d’avance, beaucoup de jeunes avaient commencé à se confronter à l’histoire et aux questions théoriques, maintenant les « groupes K » faisaient tout leur possible avec l’aide des ‘écoles de marxisme’ pour détruire cette soif d’approfondissement théorique en corrompant la relation entre théorie et pratique. Le dogmatisme des gauchistes aura des conséquences désastreuses.

D’un côté, les « groupes K » ont conduit leurs adhérents à un activisme effréné et, de l’autre, ils les ont endoctrinés avec de soi-disant cours sur la théorie marxiste. Ainsi, après 1968, des dizaines de milliers de jeunes ont vu leur opposition première au système être déformée et entraînée dans des activités qui en réalité contribuaient au maintien du capitalisme. Il était difficile de résister à cette pression sectaire. Finalement, beaucoup de jeunes ont été détournés de la politique et en ont été complètement écœurés. On a estimé qu’entre 60 000 à 100 000 jeunes d’Allemagne de l’Ouest étaient impliqués d’une manière ou d’une autre dans des groupes gauchistes. Nous devons les considérer comme des victimes recrutées par les organisations gauchistes pour une politique bourgeoise, et comme des gens qui ont eu les ailes brûlées par ces groupes.

Ce fut l’un des paradoxes de l’histoire de cette époque que les staliniens ‘officiels’, qui combattaient ouvertement les aspirations révolutionnaires de 1968, aient été encore capables de saisir l’occasion d’établir une certaine présence en Allemagne. Au printemps 1969, le Parti Communiste Allemand (DKP) fut créé, composé dans une certaine mesure avec d’anciens membres du KPD qui avaient été bannis au début des années 1950. Au début des années 1970, ce parti, incluant ses nombreuses ramifications, comprenait quelques 30 000 membres. Une des raisons expliquant cet afflux d’adhésions était que beaucoup de ses membres croyaient que le parti, qui était soutenu et financé par l’Allemagne de l’Est, serait capable d’agir comme un contrepoids à l’Etat ouest-allemand ; et ils croyaient également que soutenir Moscou renforcerait une position ‘anti-impérialiste’ dans le monde contre les Etats-Unis. Après un rejet initial des sociétés totalitaires et staliniennes de l’Europe de l’Est par les jeunes générations, nous étions maintenant face à la récupération paradoxale d’une partie d’entre eux par un DKP ultra-stalinien.

De plus, les très rares voix de la Gauche communiste qui existaient à l’époque se voyaient furieusement bâillonnées par les différents groupes gauchistes. Par exemple, si vous dénonciez les mouvements de ‘libération nationale’ comme étant des guerres par procuration entre les blocs impérialistes et si vous prôniez l’expansion de la lutte de classe par l’extension et l’auto-organisation des luttes ouvrières, c’est-à-dire si vous défendiez un point de vue résolument internationaliste, ou si vous vous dressiez contre l’antifascisme et qualifiez la Seconde Guerre mondiale de guerre faite de part et d’autre par des gangsters impérialistes, non seulement vous violiez un tabou, mais vous vous heurtiez de front à l’attitude hostile de tous les gauchistes réunis.

Même s’ils n’étaient pas exposés de la même manière à l’influence des gauchistes, un milieu très hétérogène de ‘spontanéistes’ développait lui aussi ses activités : squattant dans les maisons vides, faisant campagne pour des crèches ou contre les centrales nucléaires. Cela voulait dire qu’une grande partie de la jeune génération était engagée dans des luttes partielles. La perspective qui découlait de ces luttes et les conséquences de ces activités étaient que la contestation du capitalisme devint très limitée et fut réduite à un aspect partiel, au lieu de la compréhension de la nature globale et interactive de ces problèmes à l’intérieur du système capitaliste. Plus tard, ces mouvements partiels constituèrent un terreau fertile aux activités du Parti des Verts qui, par l’intermédiaire de projets pour une réforme écologique, avait un fort impact sur beaucoup de jeunes, ce qui a conduit à l’intégration de bon nombre d’entre eux dans des ‘projets’ voulant réformer d’Etat de l’intérieur.

Le terrorisme – une autre voie sans issue

Un autre cul-de-sac dans lequel s’est précipitée une partie de la génération en plein questionnement de l’époque a été le terrorisme. Conduits par un mélange de haine et de révolte contre le système, prisonniers de leur propre impatience et de la croyance que des actions exemplaires pouvaient ‘secouer les masses’, certains de ces éléments furent entraînés à se livrer à des attaques violentes contre les représentants du système, mais ils étaient également infiltrés par des provocateurs à la solde de l’Etat qui les utilisaient pour le compte des intérêts sordides du gouvernement. A partir de mars 1969, de petites bombes ont commencé à circuler, distribuées par les agents provocateurs. A Berlin-Ouest, le 9 novembre 1969, il y eu une première attaque contre un Centre de réunion juif : pour quelques membres de ces mouvements, cela faisait partie de la lutte contre le sionisme en tant que nouvelle forme de fascisme. Réceptifs à la manipulation, des fractions de ce mouvement furent transformées en propagandistes pour soutenir les mouvements de libération nationale (souvent des terroristes palestiniens) qui étaient prêts à les entraîner dans leurs camps militaires et qui exigeaient une soumission et une discipline totales. En mai 1970, la Fraction Armée Rouge (RAF) fut créée ; les ‘Cellules Révolutionnaires’ « combattantes » commencèrent leurs activités après 1973. Le nombre de leurs supporters et de leurs adhérents semble avoir été assez conséquent, le journal underground Agit 883 prétend avoir imprimé 10 000 à 12 000 copies par semaine.

Cependant, pour le capitalisme et l’Etat, ces gens n’ont jamais constitué le danger mortel qu’ils avaient espéré être. Au lieu de cela, l’Etat a systématiquement utilisé leurs activités pour justifier le renforcement de son appareil de répression.

La Social-Démocratie et « l’Etat providence » : un nouveau piège

Au milieu des années 1960, le long boom d’après-guerre, vanté comme étant un miracle économique, arriva à son terme. Peu à peu, la crise refit son apparition. Parce que le boom avait pris fin d’une façon soudaine, les premiers symptômes de la crise ne furent pas encore trop explosifs et brutaux, et il y eut encore beaucoup d’illusions sur une intervention énergique de l’Etat qui permettrait à l’économie d’être secouée un bon coup et de redémarrer.

S’appuyant sur ces illusions, le SPD a commencé à promettre qu’avec l’aide de mesures keynésiennes (énormes dépenses de l’Etat s’appuyant sur l’endettement, etc.), la crise pourrait encore être maîtrisée. Le SPD plaça même cette propagande au centre de sa campagne. Beaucoup avaient placé leurs espoirs dans cette ‘aide providentielle’ de l’Etat, conduite par la sociale-démocratie. De plus, les premières mesures d’austérité étaient encore assez modérées si on les compare à celles d’aujourd’hui. Ces circonstances nous aident également à comprendre que la contestation ait été vue par l’un des courants du mouvement à l’époque comme la manifestation du rejet de la société « de consommation », de la « société du spectacle » (une idée répandue par les situationnistes)1. Tout cela aide à comprendre un certain retard dans le développement de la lutte de classe en Allemagne et a contribué au fait que la classe ouvrière en Allemagne était encore ‘en sommeil’ jusqu’en septembre 1969. En outre, l’Etat pouvait encore se permettre pas mal de ‘réformes’, en particulier après le retour au pouvoir du SPD dans le gouvernement socio-libéral formé à l’automne 1969 qui injecta de l’argent dans l’économie. Le mythe de « l’Etat providence », largement répandu à l’époque, a contribué à enchaîner les étudiants (beaucoup d’entre eux recevaient des bourses) et les travailleurs à l’Etat, et ainsi leurs velléités de résistance face au pouvoir furent brisées.

Au niveau politique, en 1969, le SPD faisait campagne pour la participation aux élections qui approchaient. Alors qu’auparavant, les mouvements de contestation avaient orienté leurs activités vers « l’opposition extra-parlementaire », la social-démocratie réussit à attirer une partie considérable de la jeune génération vers les urnes. Comme en 1918/19, cinquante ans plus tard, la social-démocratie aidait à étouffer les tensions sociales. Le SPD avait encore une forte influence à l’époque, réussissant à accroître le nombre de ses adhérents de 300 000 (et parmi eux, de nombreux jeunes) entre 1969 et 1972. Beaucoup considérèrent le SPD comme un ‘moyen de pénétration’ à l’intérieur des institutions (l’entrisme dans les institutions d’Etat). Pour beaucoup, la participation dans sa section pour la jeunesse, le JUSO, signifiait en réalité le début d’une carrière dans l’appareil d’Etat.

Une tâche qui unit les générations

Quarante ans après les événements de Mai 68, un simple coup d’œil à la presse internationale montre que ces évènements ont reçu une importante couverture médiatique bien au-delà des frontières de la France. Si les médias ont traité aujourd’hui ces évènements de 1968 avec autant d’intensité, c’est parce que quelque chose est en train de couver dans notre société. Même si ceux qui ont pris part à ces événements et qui depuis ont fait une belle carrière dans l’appareil d’Etat ou dans le business ont honte de leurs activités ou veulent garder le silence à ce sujet, ceux qui à l’époque avaient déjà pour but une société nouvelle, libérée de l’exploitation, peuvent constater par eux-mêmes que leur projet originel est toujours valable et que cette nécessité reste toujours actuelle.

Aujourd’hui, une nouvelle génération est en train de remettre en question les bases de la société capitaliste. Depuis 1968, la société s’est enfoncée dans une crise beaucoup plus profonde et une barbarie qui ne peut plus être ignorée. Ceux qui ont participé à Mai 68 et qui n’ont pas été récupérés par le système, et dont beaucoup ont l’âge de la retraite, ont toutes les raisons et aussi toutes les possibilités d’offrir leur aide à la jeune génération d’aujourd’hui et de se joindre à la lutte pour le renversement du capitalisme. C’est une lutte qui doit englober toutes les générations. En 1968, le conflit entre les générations a eu de graves conséquences. A l’heure actuelle, ce serait une double tragédie pour la génération la plus âgée si elle ne réussissait pas à soutenir la jeune génération d’aujourd’hui dans sa lutte.

TW, 11/07/08

 

1 La prolétarisation chez les étudiants n’était pas si avancée à l’époque. En comparaison, la proportion d’enfants d’ouvriers parmi les étudiants est beaucoup plus grande aujourd’hui. Alors qu’à l’époque l’influence bourgeoise et petite-bourgeoise était plus importante, aujourd’hui ce sont les conditions d’existence prolétariennes qui dominent chez les étudiants. Chose presque inconnue à l’époque, les étudiants sont maintenant presque tous confrontés au chômage des jeunes et à celui de leurs parents, à la paupérisation, à la perspective d’un emploi dans des conditions précaires etc. Tandis qu’à la fin des années 1960 beaucoup pouvaient espérer une carrière dans leur emploi, aujourd’hui la plupart craignent le chômage et l’insécurité de l’emploi.

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