Cyclones en Louisiane : l'incurie de la bourgeoisie américaine

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mailTrois ans, presque jour pour jour, après les immenses ravages provoqués par la tempête Katrina (officiellement, 1836 morts et 705 disparus 1 et des régions entières dévastées), la première puissance mondiale s'est de nouveau trouvée confrontée aux pluies et aux vents violents de l'ouragan Ike.

On se souvient très bien de la panique qui avait envahi la bourgeoisie américaine devant le délabrement du sud des Etats-Unis après Katrina. Face à une incurie que chacun pouvait aisément constater, les quelques démissions de circonstance avaient laissé la place aux discours bien rodés, larme à l'œil et mine préoccupée, du style "plus-jamais". Georges Bush le premier, la main sur le cœur, avait promis que tout serait fait pour que la Louisiane sinistrée soit reconstruite, que les digues soient renforcées 2, que les plans d'urgence soient révisés, etc. Bref, plus jamais pareille tragédie ne devait se reproduire sur les terres américaines.

Trois ans après, la seule réponse de la bourgeoisie face à l'arrivée d'Ike sur ses côtes fut... l'évacuation ! Car depuis Katrina, rien n'a été fait pour prévenir de nouvelles catastrophes. Les médias s'empressent d'accuser l'accélération de la fréquence des catastrophes naturelles et leur force destructrice sans cesse accrue, mais tout ce vacarme pseudo-scientifique ne peut cacher une réalité bien palpable : que ce soit dans les pays du tiers-monde (voir la prise de position de nos camarades de République dominicaine - RI n°394) ou dans les plus grandes puissances mondiales, la classe dominante ne se donne aucun moyen de faire face aux menaces climatiques. Les bourgeoisies des pays centraux du capitalisme ne peuvent plus accuser tel ou tel dictateur de laisser mourir sa population, protégé derrière les ors de ses palais. Elle-même, dans les mêmes circonstances, pare au plus pressé, consolide ce qu'elle peut, évacue les populations et déblaie ensuite les gravats et les morts. Cette pitoyable impuissance ne doit rien aux hasards météorologiques ou aux effets de surprise. Déjà en 1948, Humprey Bogart et Lauren Bacall se barricadaient dans Key Largo sous la menace d'un puissant ouragan. Aujourd'hui il ne reste plus de planches, plus de clous ; il ne reste que la "solution" de la fuite en croisant les doigts pour que, quand on reviendra, il reste encore quelques murs debout.

Il ne s'agit nullement d'un calcul économique, serait-il même cynique, qui aboutirait à préférer guérir que prévenir. Katrina aura coûté quelques 12 milliards de dollars aux Etats-Unis 3, et Ike pourrait coûter entre 7 et 14 milliards de dollars 4. Des coûts colossaux tout juste suffisants à répondre à l'urgence, mais qui ne sont pas mis en œuvre dans des politiques en amont. Ce capitalisme en faillite est de plus en plus incapable de mettre en œuvre des moyens pour la prévention, il n'a plus que les moyens de panser tout juste quelques plaies.

Ce n'est pas en réduisant l'effet de serre ou en améliorant la prévision météorologique que, fondamentalement, il sera possible de réduire les dégâts occasionnés par les catastrophes climatiques, mais bien en mettant au centre des préoccupations la protection des vies humaines et de ses équipements essentiels dans un seul souci d'efficacité. Mais tout cela est absolument impossible dans le capitalisme.

GD (23 septembre)

 

1 Source Wikipedia.

2 La Nouvelle-Orléans est construite jusqu'à 6 mètres au-dessous du niveau de la mer, et protégée par des digues de 4 mètres.

3 Source Wikipedia.

4 Estimations établies par la société de réassurance Swiss Re, et relatées par le site tsr.ch.

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