Journée d'étude du CCI en Grande Bretagne : un débat vivant et fraternel

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mailLe CCI a publié, il y a quelques mois, un nouveau livre en anglais intitulé Communism, not a nice ideal but a material necessity 1. Cet ouvrage a suscité rapidement, auprès de nos contacts comme au sein d'un milieu politique prolétarien plus large, de nombreuses questions, réactions et discussions. Pour permettre à ce débat de se développer, nous avons décidé d'organiser cet été, en Grande-Bretagne, une réunion sur invitation pour rassembler le plus largement possible tous ceux qui avaient pris contact avec nous et voulaient discuter collectivement de cette perspective pour l'humanité qu'est le communisme.

L'enthousiasme et la volonté de débattre autour de cette question ne se sont pas démentis : les participants sont venus de tout le pays mais aussi d'Espagne, de Suisse et de Turquie 2. Cette discussion riche et animée est retranscrite presque intégralement, ainsi que les présentations introductives réalisées par des camarades non-membres du CCI, sur notre site Web en langue anglaise. Nous nous contenterons ici de relever les questions principales débattues durant cette journée d'étude.

Développement de la conscience et de l'auto-organisation

La question première qui nous avait réunis pour cette journée d'étude était à l'origine : "Le communisme est-il une utopie ?". Mais, en réalité, la plupart des contributions se sont rapidement orientées plus précisément sur la question de "Comment parvenir au communisme ?"

Ainsi, au fil de la discussion, nous avons cherché à mieux comprendre quel est le rôle des révolutionnaires. Sont-ils les organisateurs de la classe ouvrière ? Apprennent-ils à la classe ouvrière la nature du capitalisme et comment elle peut le renverser ? Le rôle des révolutionnaires n'est-il pas de participer au développement de l'auto-organisation, de la conscience et de la solidarité de la classe ouvrière ?

En effet, bien que les minorités révolutionnaires aient un rôle absolument essentiel à jouer, elles ne peuvent se substituer à l'activité consciente de la classe ouvrière dans son ensemble. La discussion a donc développé une vision de la classe ouvrière et du rôle de ses minorités les plus conscientes qui vient démentir les assertions du gauchisme. Ce courant, non seulement ôte toute auto-activité aux ouvriers, mais se pose aussi en sauveur de la classe ouvrière et de sa lutte. Cette politique est aux antipodes des intérêts de notre classe.

La révolution prolétarienne sera un pas de géant pour l'humanité

Différentes interventions ont tenu à rappeler l'immensité de la tâche qui se dresse devant la classe ouvrière. En particulier, nous devons faire attention aux difficultés auxquelles fera face la classe ouvrière par rapport aux autres couches sociales non-exploiteuses. En Europe de l'Ouest, où une majeure partie de la population est salariée et payée par des entreprises petites ou grandes, il peut être facile d'oublier que cette situation ne prévaut pas partout dans le reste du monde. Dans la plupart des pays sous-développés, non seulement il y a des paysans sans terre, mais il y a aussi des millions d'individus dans des situations de grande précarité, vivant au jour le jour par tous les moyens qu'ils peuvent trouver. Dans de nombreuses grandes villes de ces régions, il y a beaucoup de zones extrêmement démunies où les travailleurs agricoles vivent aux côtés de ceux qui peuvent être décrits comme faisant partie de l'économie "informelle", vivant du crime, de la mendicité, d'escroqueries, de troc ou de tout expédient ressemblant à du travail.

La classe ouvrière a une très grande responsabilité face à toutes ces couches de l'humanité. Même si elle partage des conditions de vie tout aussi misérables que ces autres couches, elle fait face au capital et à son Etat dans une relation différente, car elle représente la force qui peut renverser le capitalisme. C'est pourquoi ses luttes, ses actes et sa force de persuasion dans les discussions peuvent entraîner les autres couches exploitées vers la perspective du communisme. Si pour la classe ouvrière, la tâche est donc immense, l'enjeu est grandiose pour toute l'humanité !

L'Etat ne peut pas mener au socialisme

La deuxième partie de la discussion de cette journée d'étude a commencé par une présentation sur le rôle de l'Etat, comment il ne peut amener au socialisme et pourquoi il doit être détruit par la lutte révolutionnaire.

Très vite, nous en sommes venus à prendre en considération la nature des illusions dans les rangs de la classe ouvrière. Avec la force de la campagne actuelle autour de Chavez comme représentant du socialisme au Venezuela, il n'est pas surprenant que des ouvriers aient été pris dans la propagande qui prétend permettre d’accéder graduellement au socialisme par des mesures d’Etat. Ainsi, la vision qu'ont beaucoup d'ouvriers sur l'Etat est qu'il servirait de « protecteur » vis-à-vis des pires excès du capitalisme. Ceci correspond à l'idée que la démocratie pourrait être organisée dans les intérêts de la classe ouvrière.

Dans la discussion, nous avons abordé les exemples de prédilection des tenants de « la possibilité d'un Etat social et protecteur » : l'éducation et la santé publique. Il est vrai qu'aujourd'hui, l'ensemble des pays les plus industrialisés détruisent progressivement l'accès aux soins et à l'éducation. Mais ce n'est absolument pas parce que l'Etat aurait abandonné sa politique sociale de l'après-guerre. Cette « politique sociale » est un mythe. En réalité, si la bourgeoisie a organisé à partir des années 1950 une politique de soins et d'éducation à l'échelle nationale, cela s'est fait dans l'unique but d'avoir une main d'œuvre en bonne santé et éduquée... donc plus productive ! Aujourd'hui, le démantèlement de « l'Etat providence » signifie simplement que la bourgeoisie n'a même plus les moyens de cette politique, que la profondeur de sa crise économique la rend même incapable d'entretenir convenablement la force de travail qu'elle exploite !

Pour finir, il faut dire que cette discussion a été traversée par un très bon état d'esprit. Bien qu'il y ait eu des divergences, elles furent toujours approchées avec camaraderie. La tenue et la réussite d'une telle réunion, internationale et internationaliste, ouverte et fraternelle, témoignent de la dynamique actuelle de notre classe, le prolétariat, qui est en train de réfléchir en profondeur, de développer progressivement sa conscience. L'émergence d'individus et de groupes, portés par la volonté de débattre, en est la démonstration la plus vivante !

A la fin de cette journée d'étude, nous avons demandé aux participants leur impression : tous étaient enthousiastes. Etant donné le succès de cette journée de discussion, nous aimerions la répéter et l'élargir dans l'avenir, en Grande-Bretagne comme ailleurs. Des camarades intéressés à participer à de telles journées doivent nous écrire. Les idées, propositions de thème et autres questionnements, seront les bienvenus.

 

D'après World Révolution, section du CCI en Grande-Bretagne

 

1 Le Communisme n'est pas un bel idéal mais une nécessité matérielle. Ce livre peut être commandé sur notre site Web internationalism.org ou par courrier ( lire notre adresse page 7).

2 Le camarade de Turquie était là en tant que représentant d'un groupe politique prolétarien nommé Enternasyonalist Komünist Sol (EKS). Ce tout jeune groupe se réclame ouvertement des positions de la Gauche Communiste (courant auquel appartient le CCI) et de l'internationalisme prolétarien. Pour en savoir plus sur EKS, lire notre article « Une voix internationaliste en Turquie », publié dans Internationalisme n° 327, organe du CCI en Belgique.