Villes-fantômes aux États-Unis : des milliers d'ouvriers expulsés

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Lorsqu’on consulte un dépliant touristique des Etats-Unis, il n’est pas rare de se voir proposer un circuit de découverte des fameuses villes-fantômes du Désert de la Mort ou d’autres régions d’où la nature a chassé les hommes et de celles que les soubresauts des crises capitalistes, en particulier des années de l’entre-deux guerres, ont réduites à néant. Il existe même des fanatiques  de ces visites morbides et déprimantes. Ces derniers pourront se réjouir.

Car la crise immobilière qui frappe la population américaine a fait apparaître des dizaines de nouvelles villes ou de quartiers-fantômes. En 2007, 1,3 millions de foyers ont fait l’objet d’une procédure de saisies. Faute de pouvoir payer leur crédit, des centaines de milliers de familles se sont donc retrouvées brutalement jetées à la rue par la police. Et ce phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur. En 2008, 3,1 millions de procédures de saisies ont été engagées (soit une famille sur 54 aux Etats-Unis !) 1.

Pour la seule ville de Cleveland, « plus de 24 000 personnes ont perdu leurs maisons. Plus de 10 000 maisons sont abandonnées » en 2007, selon un journal de la ville, sinistre dont l’ampleur est considérée comme comparable aux dégâts de l’ouragan Katrina de 2005 à La Nouvelle Orléans. Ce sont de véritables cités-fantômes qui naissent sur le territoire des grandes villes, avec des hordes de familles sans abri ou survivant dans leur voiture. Dans la ville-dortoir de Stockton en Californie, une maison sur trente est à l’abandon. Sur 300 000 habitants, 12 000 familles ont été expulsées entre le début et la mi-2008. Dans la capitale mondiale de l’automobile, Détroit, il y a en ce moment plus d’une centaine d’expulsions par jour. Depuis plus d’un an, 70 000 maisons ont été vidées de leurs habitants, dont plus de 55% les avaient achetés avec des crédits à taux variables au cours de la seule année 2006.. C’est dire la rapidité et la violence de la crise immobilière qui s’est abattue, et la rapacité des organismes de crédit.

Des centaines de milliers d’ouvriers, souvent précaires, qui ont fait confiance aux promesses des banques et au miroir aux alouettes du crédit « pas cher », sont devenus tout à coup « insolvables », suite à l’augmentation drastique des prêts hypothécaires calculés sur des taux variables 2. Ils ont donc été impitoyablement jetés sur le trottoir comme des malpropres.

Aujourd’hui, crise économique oblige, ces mêmes banques bradent ces maisons à des prix trois ou quatre fois moins cher que leur prix initial ! Signe de ces délires typiques du système capitaliste, des maisons aujourd’hui pillées et mises à sac sont revendues pour une bouchée de pain. Et ce n’est pas une image ; car à Détroit toujours, certaines sont vendues… un dollar pièce !

Ce dollar symbolique nous montre une fois de plus que, dans le capitalisme, il n’y a pas de petits profits, pas plus qu’il n’y a d’humanité.

Wilma

 

2 2,5 millions de ménages américains se sont vus accorder ces dernières années (avant 2007) des crédits dits « à risque » (pour la banque évidemment) car attribués à des ménages peu « solvables ». En échange de ce risque, l’emprunteur accepte un taux de remboursement élevé et à taux variable. De plus, le crédit est gagé sur le bien acheté. Tant que les prix de l’immobilier sont en hausse, donc que le bien augmente, cela marche et, en cas de défection de l’emprunteur, la banque se paie sur la vente de la maison, ayant théoriquement acquis une plus grande valeur. Cependant, les taux directeurs de la banque centrale ont augmenté de 1 à 5% entre 2004 et 2007, augmentant les remboursements de foyers déjà justes, puis les prix de l’immobilier se sont mis à chuter, phénomène alimenté par la mise en vente des maisons saisies.