1989-1999 - Le prolétariat mondiale face à l'effondrement du bloc de l'Est et à la faillite du stalinisme

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail
  • PRESENTATION

Il y a exactement dix ans se produisait un des événements les plus considérables de la seconde partie du vingtième siècle : l'effondrement du bloc impérialiste de l'Est et des régimes staliniens d'Europe, dont le principal d'entre eux, celui de l'URSS.

Cet événement fut utilisé par la classe dominante pour déchaîner une des campagnes idéologiques les plus massives et pernicieuses qu'elle ait jamais dirigée contre la classe ouvrière. En identifiant frauduleusement une nouvelle fois le stalinisme qui s'effondrait avec le communisme, en faisant de la faillite économique et de la barbarie des régimes staliniens la conséquence inévitable de la révolution prolétarienne, la bourgeoisie visait à détourner les prolétaires de toute perspective révolutionnaire et à porter un coup décisif aux combats de la classe ouvrière. Le document que nous republions ci-dessous, et qui avait été diffusé en janvier 1990 comme supplément à notre presse territoriale, visait fondamentalement à combattre ces campagnes de mensonges de la bourgeoisie, une campagne dont les effets se font encore sentir aujourd'hui.

Lorsque ce texte a été écrit, le chaos qui gagnait l'URSS et les régimes staliniens était encore loin d'avoir atteint ce qu'on connaît aujourd'hui. En particulier, l'URSS existait toujours formellement et elle était dirigée par le parti communiste de Gorbatchev qui, depuis 1985, avait tenté de redresser la situation en mettant en oeuvre la “perestroïka” (restructuration). Cependant, l'emballement de la situation à partir de l'été, avec notamment la constitution en Pologne, fin août, d'un gouvernement dirigé par Solidarnosc, le développement d'une contestation de l'autorité soviétique dans divers partis communistes d'Europe centrale (comme en Hongrie), la montée du nationalisme dans plusieurs républiques de l'URSS, avaient conduit notre organisation à se mobiliser afin d'analyser la signification et les perspectives de ces événements. Dans la Revue Internationale n°59, publiée à la fin de l'été, nous écrivions : “Les convulsions qui secouent à l'heure actuelle la Pologne... ne doivent pas être considérées comme spécifiques à ce pays. En fait, c'est l'ensemble des pays à régime stalinien qui se trouve dans une impasse. La crise mondiale du capitalisme se répercute avec une brutalité toute particulière sur leur économie qui est, non seulement arriérée, mais aussi incapable de s'adapter d'une quelconque façon à l'exacerbation de la concurrence entre capitaux. La tentative d'introduire des normes "classiques" de gestion capitaliste, afin d'améliorer sa compétitivité, ne réussit qu'à provoquer une pagaille plus grande encore, comme le démontre en URSS l'échec complet et cuisant de la "Perestroïka". (...) La perspective pour l'ensemble des régimes staliniens n'est nullement celle d'une "démocratisation pacifique" ni d'un redressement de l'économie. Avec l'aggravation de la crise mondiale du capitalisme, ces pays sont entrés dans une période de convulsions d'une ampleur inconnue dans leur passé pourtant déjà "riche" de soubresauts violents.” (“Convulsions capitalistes et luttes ouvrières”, 7/09/89).

Une semaine après était mis en discussion dans notre organisation un texte, adopté par l'organe central du CCI le 5 octobre, qui tentait d'analyser la situation plus en profondeur et d'en dégager les perspectives :

“Dès à présent, le bloc de l'Est nous présente le tableau d'une dislocation croissante... Dans cette zone, les forces centrifuges sont tellement fortes qu'elles se déchaînent dès qu'on leur en laisse l'occasion (...)

C'est un phénomène similaire qu'on retrouve dans les républiques périphériques de l'URSS... Les mouvements nationaux qui, à la faveur du relâchement du contrôle central du parti russe, s'y développent aujourd'hui... portent avec eux une dynamique de séparation de la Russie.

En fin de compte, si le pouvoir central de Moscou ne réagissait pas, nous assisterions à un phénomène d'explosion, non seulement du bloc russe, mais également de sa puissance dominante. Dans une telle dynamique, la bourgeoisie russe, qui aujourd'hui domine la deuxième puissance mondiale, ne serait plus à la tête que d'une puissance de second plan, bien plus faible que l'Allemagne, par exemple. (...)

Mais quelle que soit l'évolution future de la situation dans les pays de l'Est, les événements qui les agitent actuellement signent la crise historique, l'effondrement définitif du stalinisme, cette monstruosité symbole de la plus terrible contre-révolution qu'ait connue le prolétariat.

Dans ces pays s'est ouverte une période d'instabilité, de secousses, de convulsions, de chaos sans précédent dont les implications dépasseront très largement leurs frontières. En particulier, l'effondrement qui va encore s'accentuer du bloc russe ouvre les portes à une déstabilisation du système de relations internationales, des constellations impérialistes, qui étaient sorties de la seconde guerre mondiale avec les accords de Yalta.” (“Thèses sur la crise économique et politique en URSS et dans les pays de l'Est”, Revue Internationale n°60)

Un mois après, le 9 novembre 1989, c'était la chute du mur de Berlin, symbole de la division du monde entre le bloc de l'Ouest et le bloc de L'Est, qui venait signer la mort de ce dernier et un bouleversement complet de l'ordre de Yalta impliquant notamment la disparition du bloc occidental lui-même :

“L'implosion du bloc de l'Est, sa disparition en tant qu'enjeu dominant des conflits inter-impérialistes, implique la remise en cause radicale des accords de Yalta et la généralisation d'une instabilité de l'ensemble des constellations impérialistes constituées sur la base de ces accords, y compris du bloc de l'Ouest dominé depuis 40 ans par les USA. A son tour ce dernier ne peut que connaître, à terme, une remise en cause de ses propres fondements. Si, au cours des années 1980, c'est la cohésion de tous les pays occidentaux contre le bloc russe qui a constitué un facteur supplémentaire de l'effondrement de ce dernier, le ciment de cette cohésion n'existe plus aujourd'hui. S'il n'est pas possible de prévoir le rythme et les formes que prendra l'évolution de la situation, la perspective est à des tensions entre les grandes puissances au sein du bloc occidental actuel...” (“Ecroulement du bloc de l'Est, la faillite définitive du stalinisme”, Revue internationale n°60, 19/11/89)

En même temps, dans une impressionnante réaction en chaîne, les régimes qui avaient gouverné pendant quatre décennies les pays du glacis soviétique étaient balayés :

  • le 10 novembre, Todor Jivkov, au pouvoir en Bulgarie depuis 1954 est limogé ;
  • le 3 décembre, sabordage de la direction du parti communiste d'Allemagne de l'Est ;
  • le 22 décembre, le régime de Nicolas Ceaucescu est renversé ;
  • le 29 décembre, Vaclav Havel, dissident de longue date, est élu président de la République de Tchécoslovaquie.

C'est sur cette situation que se base le texte que nous publions ci-dessous. Mais le processus de décomposition du stalinisme n'allait pas s'arrêter là. Après son bloc, c'est l'URSS qui allait disparaître. Dès le début de 1990, différents pays baltes se prononcent pour l'indépendance. Bien plus grave encore, le 16 juillet, l'Ukraine, deuxième république de l'URSS, qui était liée à la Russie depuis des siècles, proclamait sa souveraineté. Elle allait être suivie par la Biélorussie, puis par l'ensemble des républiques du Caucase et d'Asie centrale.

Gorbatchev tente de sauver les meubles en proposant l'adoption d'un traité de l'Union (dont la signature était prévue pour le 20 août 1991) qui maintiendrait un minimum d'unité politique entre les différentes composantes de l'URSS. Le 18 août, la vieille garde du parti, appuyée sur une partie de l'appareil militaire et policier, essaie de s'opposer à cette remise en cause de l'URSS. Cette tentative de coup d'Etat échoue lamentablement et provoque immédiatement la déclaration d'indépendance de la presque totalité des républiques fédérées. Le 21 décembre est constituée une Communauté des Etats Indépendants, aux structures très vagues, regroupant un certain nombre des anciennes composantes de l'URSS. Le 25 décembre 1991, celle-ci, par la voie de son président démissionnaire Gorbatchev, déclare sa dissolution. Le drapeau russe remplace le drapeau rouge sur le Kremlin.

En même temps que se décomposait l'URSS, la situation créée par la disparition de son bloc engendrait non pas une “nouvelle ère de paix et de prospérité” à l'échelle mondiale, comme l'avait prédit le président américain Bush, mais une succession de convulsions meurtrières dont les plus importantes ont été la guerre du Golfe contre l'Irak, en janvier 1991, et les différentes guerres en Yougoslavie, dont le dernier épisode, celui du Kosovo, au printemps 1999, a représenté un nouveau pas en avant dans la barbarie guerrière au cœur de l'Europe, à une heure des principales concentrations industrielles de ce continent.

Les bouleversement qu'a connus le monde depuis 1989, avec et à la suite de l'effondrement des régimes staliniens, les formidables campagnes idéologiques qui les ont accompagnés (sur la faillite du “communisme”, mais aussi les campagnes “humanitaires” qui ont accompagné chacun des épisodes d'une barbarie qui n'arrête pas de progresser) ont provoqué une désorientation et une perte de la confiance en soi de la classe ouvrière, un recul important de la conscience en son sein. Cela ne remet pas en cause la perspective générale de la période historique actuelle, celle d'affrontements de classe croissants entre prolétariat et bourgeoisie, comme nous le mettons en évidence dans le rapport sur la lutte de classe adopté par le 13e congrès du CCI publié dans ce numéro de notre Revue. Cependant, la reprise de la marche en avant du prolétariat devra s'attaquer aux formidables mystifications répandues par la classe dominante depuis 1989. C'est en vue de contribuer à cet effort nécessaire de la classe ouvrière que nous republions ici notre document de janvier 1990.

FM, 15/9/1999

*****************

L'année 1989 s'est terminée avec des événements d'une portée historique considérable sur la scène internationale. C'est tout un pan du monde capitaliste, celui dominé par le bloc impérialiste russe qui, en quelques mois, s'est décomposé, signant la faillite irrémédiable d'un système qui, pendant près d'un demi-siècle, s'est imposé et s'est maintenu par la terreur, la barbarie la plus sanguinaire qu'ait connue l'humanité.

Face à ces événements qui, en se déroulant aux portes de l'Europe occidentale, viennent bouleverser toute la configuration du monde issue de la seconde guerre mondiale, nous assistons aujourd'hui au déchaînement d'une campagne médiatique assourdissante sur la prétendue “faillite du communisme”. Toutes les fractions de la bourgeoisie “libérale” et “démocratique”, telles des vautours affamés, se ruent sur la charogne du stalinisme pour perpétuer l'ignoble mensonge consistant à identifier le stalinisme au communisme, à faire croire que la dictature stalinienne était contenue dans le programme de Lénine et des Bolcheviks, que le stalinisme ne représentait, au fond, rien d'autre que la continuité avec la révolution prolétarienne d'Octobre 1917. En un mot, il s'agit de faire croire aux prolétaires qu'une telle barbarie était le prix inévitable que la classe ouvrière devait payer pour avoir osé défier et remettre en cause, il y a 70 ans, l'ordre capitaliste.

Ainsi, en crevant, le stalinisme rend aujourd'hui un dernier service au capitalisme. Car c'est bien à la bourgeoisie la plus puissante, la plus machiavélique, la plus hypocrite que profite son agonie. Partout, il ne se passe pas un jour sans que les média aux ordres de la classe dominante n'exploitent à fond toutes les convulsions qui secouent les pays du glacis soviétique pour mieux nous vanter les vertus de la “démocratie”, du capitalisme “libéral” présenté comme le “meilleur des mondes”, un monde de liberté et d'abondance, le seul pour lequel il vaut la peine de se battre, le seul qui puisse soulager toutes les souffrances imposées aux populations par le système “communiste”.

La mort du stalinisme constitue aujourd'hui une victoire idéologique pour la bourgeoisie occidentale. A l'heure actuelle, le prolétariat doit encaisser le coup. Mais il devra comprendre que le stalinisme n'a jamais été autre chose que la forme la plus caricaturale de la domination capitaliste. Il devra comprendre que la “Démocratie” n'est que le masque le plus hypocrite avec lequel la bourgeoisie a toujours recouvert le visage hideux de sa dictature de classe et que ce serait pour lui une tragédie que de se laisser entraîner par ses chants de sirènes. Il devra comprendre qu'à l'Ouest, comme à l'Est, le capitalisme ne peut offrir aux masses exploitées qu'une misère et une barbarie croissantes avec, au bout, la destruction de la planète. Il devra comprendre, enfin, qu'il n'y a pas de salut pour l'humanité en dehors de la lutte de classe du prolétariat international, une lutte à mort qui, en renversant le capitalisme, permettra l'édification d'une véritable société communiste mondiale, une société débarrassée des crises, des guerres, de la barbarie et de l'oppression sous toutes ses formes.

***

Toute cette propagande étourdissante à laquelle nous avons droit aujourd'hui sur le thème de la “victoire de la démocratie” sur le totalitarisme “communiste” n'est pas gratuite. En réalité, la bourgeoisie, en martelant l'idée mensongère suivant laquelle le stalinisme aurait été la conséquence inéluctable de la révolution d'Octobre 17, vise un objectif bien précis : en cherchant à écoeurer les ouvriers de toute idée du communisme, il s'agit pour le capitalisme aux abois de détourner le prolétariat du but ultime des combats de classe qu'il mène depuis plus de vingt ans contre les attaques incessantes du capital en crise chronique contre toutes ses conditions de vie.

  • IL N'Y A PAS CONTINUITE, MAIS RUPTURE RADICALE ENTRE LE STALINISME ET LA REVOLUTION D'OCTOBRE 1917

En clamant haut et fort que la barbarie stalinienne est l'héritière légitime de la révolution d'Octobre 1917, en affirmant que Staline n'a fait que pousser jusqu'à ses ultimes conséquences un système élaboré par Lénine, toute la bourgeoisie MENT. Tous les journalistes, tous les historiens et autres idéologues à la solde du capitalisme savent pertinemment qu'il n'y a aucune continuité entre l'Octobre prolétarien et le stalinisme. Ils savent tous que l'instauration de ce régime de terreur n'a été rien d'autre que la contre-révolution qui s'est installée sur les ruines de la révolution russe, avec la défaite de la première vague révolutionnaire internationale de 1917-1923. Car c'est bien l'isolement du prolétariat russe, après l'écrasement sanglant de la révolution en Allemagne, qui a porté un coup mortel au pouvoir des soviets ouvriers en Russie.

L'Histoire n'a fait que confirmer de façon tragique ce que, dès l'aube du mouvement ouvrier, le marxisme a toujours affirmé : la révolution communiste ne peut prendre qu'un caractère international. “La révolution communiste (...) ne sera pas une révolution purement nationale; elle se produira en même temps dans tous les pays civilisés (...) Elle exercera également sur tous les autres pays du globe une répercussion considérable et elle transformera complètement et accélérera le cours de leur développement. Elle est une révolution universelle; elle aura, par conséquent, un terrain universel” (F. Engels, “Principes du Communisme”, 1847). Et c'est cette fidélité aux principes du communisme et de l'internationalisme prolétarien que Lénine, dans l'attente d'un relais de la révolution en Europe, exprimait lui-même en ces termes : “La révolution russe n'est qu'un détachement de l'armée socialiste mondiale, et le succès et le triomphe de la révolution que nous avons accomplie dépendent de l'action de cette armée. C'est un fait que personne parmi nous n'oublie (...). Le prolétariat russe a conscience de son isolement révolutionnaire, et il voit clairement que sa victoire a pour condition indispensable et prémisse fondamentale, l'intervention unie des ouvriers du monde entier.” (Lénine, “Rapport à la Conférence des comités d'usines de la province de Moscou”, 23 juillet 1918).

Ainsi, de tous temps, l'internationalisme a été la pierre angulaire des combats de la classe ouvrière et du programme de ses organisations révolutionnaires. C'est ce programme que Lénine et les bolcheviks ont constamment défendu. C'est armé de ce programme que le prolétariat a pu, en prenant le pouvoir en Russie, contraindre la bourgeoisie à mettre fin à la première guerre mondiale et affirmer ainsi sa propre alternative : contre la barbarie généralisée du capitalisme, transformation de la guerre impérialiste en guerre de classe.

Toute remise en cause de ce principe essentiel de l'internationalisme prolétarien a toujours été synonyme de rupture avec le camp prolétarien, d'adhésion au camp du capital. Avec l'effondrement de l'intérieur de la révolution russe, le stalinisme a justement constitué cette rupture, lorsque, dès 1925, Staline met en avant sa thèse de la “construction du socialisme en un seul pays” grâce à laquelle va s'installer dans toute son horreur la contre-révolution la plus effroyable de toute l'histoire humaine. Dès lors, l'URSS n'aura plus de “soviétique” que le nom : la dictature du prolétariat à travers le pouvoir des “conseils ouvriers” (soviets) va se transformer en une implacable dictature du parti-Etat sur le prolétariat.

L'abandon de l'internationalisme par Staline, digne représentant de la bureaucratie d'Etat, signera définitivement l'arrêt de mort de la révolution. La politique de la 3ème Internationale dégénérescente sera, partout, sous la houlette de Staline, une politique contre-révolutionnaire de défense des intérêts capitalistes. C'est ainsi qu'en 1927, en Chine, le PC, suivant les directives de Staline, se diluera dans le Kuomintang (parti nationaliste chinois) et désarmera le prolétariat insurgé à Shanghaï, et ses militants révolutionnaires, pour les livrer pieds et poings liés à la répression sanglante de Tchang Kaï Tchek, proclamé “membre d'honneur” de l'Internationale stalinisée.

Et face à l'Opposition de gauche qui se développe alors contre cette politique nationaliste, la contre-révolution stalinienne va déchaîner toute sa hargne sanguinaire : tous les bolcheviks qui tentaient encore de défendre contre vents et marées les principes d'Octobre seront exclus du Parti en URSS, déportés par milliers, pourchassés, traqués par le Guépéou, puis sauvagement exécutés lors des grands procès de Moscou (et cela avec le soutien et la bénédiction de l'ensemble des pays “démocratiques”!).

Voilà comment ce régime de terreur a pu s'instaurer : c'est sur les décombres de la révolution d'Octobre 1917 que le stalinisme a pu asseoir sa domination. C'est grâce à cette négation du communisme constituée par la théorie du “socialisme en un seul pays” que l'URSS est redevenue un Etat capitaliste à part entière. Un Etat où le prolétariat sera soumis, le fusil dans le dos, aux intérêts du capital national, au nom de la défense de la “patrie socialiste”.

Ainsi, autant l'Octobre prolétarien, grâce au pouvoir des conseils ouvriers, avait donné le coup d'arrêt à la guerre impérialiste, autant la contre-révolution stalinienne, en détruisant toute pensée révolutionnaire, en muselant toute velléité de lutte de classe, en instaurant la terreur et la militarisation de toute la vie sociale, annonçait la participation de l'URSS à la deuxième boucherie mondiale.

Toute l'évolution du stalinisme sur la scène internationale dans les années 30 a, en effet, été marquée par ses marchandages impérialistes avec les principales puissances capitalistes qui, de nouveau, se préparaient à mettre l'Europe à feu et à sang. Après avoir misé sur une alliance avec l'impérialisme allemand afin de contrecarrer toute tentative d'expansion de l'Allemagne vers l'Est, Staline tournera casaque au milieu des années 30 pour s'allier avec le bloc “démocratique” (adhésion de l'URSS en 1934 à ce “repère de brigands” qu'était la SDN, pacte Laval-Staline en 1935, participation des PC aux “fronts populaires” et à la guerre d'Espagne au cours de laquelle les staliniens n'hésiteront pas à user des mêmes méthodes sanguinaires en massacrant les ouvriers et les révolutionnaires qui contestaient leur politique). A la veille de la guerre, Staline retournera de nouveau sa veste et vendra la neutralité de l'URSS à Hitler en échange d'un certain nombre de territoires, avant de rejoindre enfin le camp des “Alliés” en s'engageant à son tour dans la boucherie impérialiste où l'Etat stalinien sacrifiera, à lui seul, 20 millions de vies humaines. Tel fut le résultat des tractations sordides du stalinisme avec les différents requins impérialistes d'Europe occidentale. C'est sur ces monceaux de cadavres que l'URSS stalinienne a pu se constituer son empire, imposer sa terreur dans tous les Etats qui vont tomber, avec le traité de Yalta, sous sa domination exclusive. C'est grâce à sa participation à l'holocauste généralisé aux côtés des puissances impérialistes victorieuses que, pour le prix du sang de ses 20 millions de victimes, l'URSS a pu accéder au rang de superpuissance mondiale.

Mais si Staline fut “l'homme providentiel” grâce auquel le capitalisme mondial a pu venir à bout du bolchevisme, ce n'est pas la tyrannie d'un seul individu, aussi paranoïaque fut-il, qui a été le maître d'oeuvre de cette effroyable contre-révolution. L'Etat stalinien, comme tout Etat capitaliste, est dirigé par la même classe dominante que partout ailleurs, la bourgeoisie nationale. Une bourgeoisie qui s'est reconstituée, avec la dégénérescence interne de la révolution, non pas à partir de l'ancienne bourgeoisie tsariste éliminée par le prolétariat en 1917, mais à partir de la bureaucratie parasitaire de l'appareil d'Etat avec lequel s'est confondu de plus en plus, sous la direction de Staline, le Parti bolchevik. C'est cette bureaucratie du Parti-Etat qui, en éliminant à la fin des années 20 tous les secteurs susceptibles de reconstituer une bourgeoisie privée, et auxquels elle s'était alliée pour assurer la gestion de l'économie nationale (propriétaires terriens et spéculateurs de la NEP), a pris le contrôle de cette économie. Telles sont les conditions historiques qui expliquent que, contrairement aux autres pays, le capitalisme d'Etat en URSS ait pris cette forme totalitaire, caricaturale. Le capitalisme d'Etat est le mode de domination universel du capitalisme dans sa période de décadence où l'Etat assure sa mainmise sur toute la vie sociale, et engendre partout des couches parasitaires. Mais dans les autres pays du monde capitaliste, ce contrôle étatique sur l'ensemble de la société n'est pas antagonique avec l'existence de secteurs privés et concurrentiels qui empêchent une hégémonie totale de ces secteurs parasitaires. En URSS, par contre, la forme particulière que prend le capitalisme d'Etat se caractérise par un développement extrême de ces couches parasitaires issues de la bureaucratie étatique et dont la seule préoccupation n'était pas de faire fructifier le capital en tenant compte des lois du marché, mais de se remplir les poches individuellement au détriment des intérêts de l'économie nationale. Du point de vue du fonctionnement du capitalisme, cette forme de capitalisme d'Etat était donc une aberration qui devait nécessairement s'effondrer avec l'accélération de la crise économique mondiale. Et c'est bien cet effondrement du capitalisme d'Etat russe issu de la contre-révolution qui a signé la faillite irrémédiable de toute l'idéologie bestiale qui, pendant plus d'un demi-siècle, avait cimenté le régime stalinien et fait peser sa chape de plomb sur des millions d'êtres humains.

Voilà comment est né et de quoi est mort le stalinisme. C'est dans la boue et dans le sang de la contre-révolution qu'il s'est imposé sur la scène de l'Histoire, c'est dans la boue et le sang qu'il est en train de crever tel que le révèlent dans toute leur horreur les récents événements de Roumanie et qui ne font qu'annoncer des massacres bien plus sanguinaires encore au coeur même de ce régime, en URSS.

En aucune façon, et quoi qu'en disent la bourgeoisie et ses médias aux ordres, cette hydre monstrueuse ne s'apparente ni au contenu ni à la forme de la révolution d'Octobre 17. Il fallait que celle-ci s'effondre pour que celle-là puisse s'imposer. Cette rupture radicale, cette antinomie entre Octobre et le stalinisme, le prolétariat doit en prendre pleinement conscience s'il ne veut pas être victime d'une autre forme de la dictature bourgeoise, celle de l'Etat “démocratique”.

  • LA DEMOCRATIE N'EST QUE LA FORME LA PLUS PERNICIEUSE DE LA DICTATURE DU CAPITAL

Mais l'effondrement spectaculaire du stalinisme ne signifie nullement que le prolétariat se soit enfin libéré du joug de la dictature du capital. Si la bourgeoisie décadente enterre aujourd'hui en grandes pompes son rejeton le plus monstrueux, c'est pour mieux masquer aux yeux des masses exploitées la véritable nature de sa domination de classe. Pour cela, elle martèle l'idée qu'il existerait une opposition irréductible entre les formes “totalitaires” et les formes “démocratiques” de l'Etat bourgeois.

Tout cela n'est que pure mystification. La prétendue “démocratie” n'est rien d'autre que la dictature bourgeoise déguisée. Elle n'est rien d'autre que la feuille de vigne avec laquelle la classe dominante a toujours recouvert l'obscénité de son système de terreur et d'exploitation. C'est cette crapuleuse hypocrisie qu'ont toujours dénoncée les révolutionnaires et particulièrement Lénine lorsqu'il affirmait, au 1er congrès de l'Internationale Communiste, que la bourgeoisie s'efforce toujours de trouver des arguments philosophico-politiques pour justifier sa domination. “Parmi ces arguments sont particulièrement mises en avant la condamnation de la dictature et l'apologie de la démocratie (...) Tout d'abord, cette démonstration opère à l'aide de notions de "démocratie en général" et de "dictature en général", mais sans poser la question de savoir de quelle classe il s'agit. Poser ainsi la question, en dehors et au-dessus des classes, soi-disant du point de vue du peuple tout entier, c'est une insulte à la doctrine du socialisme, c'est-à-dire la théorie de la lutte des classes (...). Car dans aucun pays capitaliste civilisé, il n'existe de "démocratie en général", mais seulement une démocratie bourgeoise, et il n'est pas question d'une "dictature en général" mais de la dictature de la classe opprimée, c'est-à-dire du prolétariat, sur les oppresseurs et les exploiteurs, c'est-à-dire sur la bourgeoise, dans le but de briser la résistance des exploiteurs dans la lutte pour leur domination (...) C'est pourquoi la défense actuelle de la "démocratie bourgeoise" sous le couvert de la "démocratie en général", les cris et vociférations actuelles contre la dictature du prolétariat sous prétexte de clamer contre la "dictature en général", tout cela revient à une trahison délibérée du socialisme (...), au refus du droit du prolétariat à sa révolution prolétarienne, une défense du réformisme bourgeois juste au moment historique où le réformisme bourgeois s'effondre dans le monde entier, où la guerre a créé une situation révolutionnaire (...) L'histoire du 19ème et du 20ème siècles nous a encore montré dès avant la guerre ce que représente en réalité sous le capitalisme la "démocratie pure" si vantée. Les marxistes ont toujours affirmé que plus la démocratie est développée, plus elle est "pure", et plus la lutte des classes devient plus acharnée, plus aiguë et plus impitoyable, et plus le joug du capital et la dictature de la bourgeoisie se manifestent dans toute leur "pureté.” (Thèses de Lénine sur la démocratie bourgeoise et la dictature du prolétariat, 1er Congrès de l'Internationale communiste, 4 mars 1919).

C'est dès ses origines que la démocratie bourgeoise s'est en effet révélée comme la forme la plus pernicieuse de la dictature impitoyable du capital. Dès le milieu du 17ème siècle et avant même que le prolétariat ne puisse s'affirmer comme seule classe capable de libérer l'humanité de l'exploitation capitaliste, la première révolution bourgeoise, celle d'Angleterre, avait déjà annoncé de quoi était capable la démocratie lorsque, face aux expressions embryonnaires du mouvement communiste, la république démocratique de Cromwell déchaîne en 1648 sa répression sanglante contre les “niveleurs” qui revendiquaient une égale répartition des biens entre tous les membres de la société. En France, c'est avec la même sauvagerie que, après les “Egaux”, Babeuf, pour avoir défendu les mêmes idées, sera liquidé en 1797 par la jeune démocratie bourgeoise établie en 1789. Et plus la classe ouvrière tendra à s'exprimer sur son propre terrain, plus elle résistera aux empiétements du capital, plus la dictature démocratique de ce dernier va se manifester dans toute sa nudité. Le développement du mouvement ouvrier tout au long du 19ème a encore été jalonné de massacres, de bains de sang perpétrés par la bourgeoisie la plus “progressiste” de tous les temps. Qu'on se souvienne de l'écrasement de l'insurrection des Canuts lyonnais par une armée de 20 000 hommes envoyée en 1841 par le gouvernement “démocratique” de Casimir Périer. Qu'on se souvienne encore des journées sanglantes de juin 1848 où les ouvriers insurgés de Paris sont tombés, par milliers, sous la mitraille du général républicain Cavaignac tandis que les survivants furent déportés, emprisonnés, condamnés au bagne et que toute liberté de réunion, de presse, fut interdite à la classe ouvrière au nom de la “défense de la Constitution”. Qu'on se souvienne enfin de la sauvagerie avec laquelle les troupes républicaines de Galliffet ont su défendre les intérêts de la classe bourgeoise en déchaînant en mai 1871 une répression féroce contre les communards, cette “vile canaille”, selon les termes de Thiers : plus de 20 000 prolétaires assassinés au cours de la “semaine sanglante”, près de 40 000 arrestations, des centaines de condamnations aux travaux forcés, plusieurs milliers d'ouvriers déportés en Nouvelle-Calédonie, sans compter la répression de tous ces enfants arrachés à leurs parents et placés en “maison de correction”.

Voilà quelles furent les basses oeuvres de la démocratie parlementaire, avec sa “déclaration des droits de l'Homme”, avec ses grands principes de “liberté”, d'“égalité”, de “fraternité”. C'est du sang des prolétaires qu'elle s'est nourrie dès ses origines. Et c'est encore dans la boue et le sang qu'elle n'a cessé de se vautrer tout au long de la décadence du capitalisme. Ainsi, c'est toujours au nom de la “liberté” et de l'“égalité” que les grandes puissances démocratiques ont déchaîné la première boucherie mondiale, que des dizaines de millions d'êtres humains ont été massacrés pour la satisfaction des appétits impérialistes des républiques les plus “libres”, les plus “civilisées” d'Europe. Et lorsqu'avec la première vague révolutionnaire de 1917-23, le prolétariat, en s'insurgeant contre la barbarie capitaliste, a tenté, comme le disait Lénine, “d'arracher les fleurs artificielles qui paraient la démocratie bourgeoise”, celle-ci a une fois encore dévoilé ouvertement son vrai visage. Face au danger de généralisation du pouvoir des soviets ouvriers, tous les Etats les plus “démocratiques” (France, Grande-Bretagne, Allemagne, USA) ont uni leurs forces et se sont acharnés contre la révolution russe. Ils ont apporté leur soutien militaire aux armées blanches pendant toute la période de la guerre civile en URSS : des armes, des bateaux de guerre, des troupes furent envoyés de toutes parts par la Sainte Alliance des Etats “démocratiques” les plus avancés pour armer jusqu'aux dents les forces contre-révolutionnaires engagées en URSS, comme en Pologne et en Roumanie, dans un combat sans merci contre le premier bastion de la révolution prolétarienne. Partout, le monde bourgeois, au nom de la “démocratie” menacée, dénonçait à cor et à cris la “dictature du prolétariat”, hurlait “A mort le bolchevisme !”.

Faut-il encore rappeler que ces “démocraties” au coeur tendre qui se découvrent aujourd'hui une âme “humanitaire” et “philanthrope” et qui appellent la population à faire oeuvre de charité envers la Roumanie, ont, en 1920, organisé un blocus économique autour de la Russie des soviets, frappée alors d'une terrible famine, empêchant toute solidarité ouvrière, tout envoi d'aliments de première nécessité, laissant ainsi froidement crever de faim des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. Décidément, le cynisme et l'infamie de cette bourgeoisie “démocratique” ne connaît pas de limite !

Et c'est avec une rage sanguinaire redoublée que, telle une bête traquée, la toute jeune république parlementaire d'Allemagne, une des plus “démocratiques” d'Europe, s'est encore déchaînée contre la révolution prolétarienne dans ce pays lorsque, en janvier 1919, le gouvernement social-démocrate de Noske, Ebert, Scheidemann fit massacrer les ouvriers de Berlin et commandita l'exécution sommaire des dirigeants révolutionnaires Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. C'est au nom de la défense des libertés “démocratiques” que ces chiens sanglants ont usé des pires méthodes terroristes pour installer, sur le cadavre encore chaud de la révolution prolétarienne, la dictature de la très “démocratique république de Weimar” qui allait servir de marche-pied à la victoire du nazisme.

Aujourd'hui, toute la propagande bourgeoise cherche à nous faire avaler que la révolution prolétarienne ne peut engendrer que la barbarie la plus sanguinaire alors que, depuis la première guerre mondiale, les pires expressions de cette barbarie ont été enfantées ou soutenues par la démocratie et ses institutions parlementaires. Ainsi, c'est sous les auspices des institutions démocratiques que Mussolini fut appelé au pouvoir en 1922 comme chef du gouvernement parlementaire; en Allemagne, c'est la République “démocratique” de Weimar dirigée par Hindenburg qui, en nommant Hitler comme chancelier, ouvrira dès 1933 la voie à la terreur du régime nazi. C'est encore au nom de la défense de cette démocratie menacée par les hordes franquistes que le “Front Populaire” en Espagne va embrigader, massacrer des dizaines de milliers de prolétaires et préparer le terrain, grâce aux mystifications antifascistes, au déchaînement du deuxième holocauste mondial qui fera plus de 50 millions de morts. Et dans cette orgie sanguinaire du capitalisme aux abois, c'est toujours au nom de cette sacro-sainte démocratie bourgeoise que le bloc impérialiste des Alliés allait prétendre “libérer” le monde de la barbarie et de la dictature en larguant ses bombes atomiques sur les populations de Hiroshima et Nagasaki, en bombardant systématiquement les grandes concentrations ouvrières d'Allemagne (Dresde, Hambourg, Berlin...) enfouissant sous les ruines près de 3 millions de victimes civiles.

Et depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, le monde “libre” et “démocratique” n'a jamais cessé de répandre le sang et de semer l'horreur aux quatre coins de la planète. Toutes les expéditions coloniales, que ce soit en Algérie, au Vietnam ou en Afrique, ont été menées sous les drapeaux des démocraties occidentales, sous l'emblème des “droits de l'homme”, c'est-à-dire du droit de torturer, d'affamer, de massacrer les populations civiles sous couvert de “liberté”, du “droit des peuples à disposer d'eux-mêmes”, etc. C'est encore sous l'égide de ces mêmes “droits de l'homme” que sont menées aujourd'hui les croisades impérialistes du bloc “démocratique” au Moyen-Orient, qu'ont été perpétrés les massacres en Iran-Irak, au Liban, au Philippines, au Panama au nom de la lutte contre le terrorisme, le fanatisme religieux ou les dictatures militaires. C'est toujours au nom de la défense de l'“ordre” et de la “liberté” qu'ont été sauvagement réprimées, début 89, les émeutes de la faim dans les Etats hautement “démocratiques” d'Argentine ou du Venezuela.

Voilà quels sont les hauts faits d'armes de la démocratie bourgeoise qui a ensanglanté toute l'humanité depuis les origines du capitalisme. Les “droits de l'homme” n'ont jamais été autre chose que le fard hypocrite avec lequel le capitalisme a toujours justifié les pires tueries, les pires carnages. Ces “droits” ne sont rien d'autre que ceux de la bourgeoisie à soumettre sous sa botte les masses opprimées, à imposer partout, par la terreur étatique, sa dictature de classe.

Voilà pourquoi, aujourd'hui, avec la faillite du stalinisme, le prolétariat n'a pas à soutenir le camp démocratique qui, comme le disait en d'autres circonstances Churchill, ne peut lui promettre que toujours plus “de sang et de larmes”. Car si la bourgeoisie occidentale règle aujourd'hui ses comptes avec le stalinisme, si elle encense le triomphe de la “démocratie” sur le “totalitarisme”, c'est pour mieux nous faire oublier ses propres exactions, ses propres crimes. La hargne avec laquelle les démocraties occidentales honnissent aujourd'hui ce régime de terreur ne doit pas nous faire oublier que ce sont ces mêmes “démocraties” qui, hier, ont été les pires complices de Staline dans l'extermination systématique des derniers combattants d'Octobre 17. C'est bien grâce au soutien et avec la bénédiction de l'ensemble du monde “démocratique” que la contre-révolution stalinienne a pu imposer sa chape de plomb pendant des décennies sur des dizaines de millions d'êtres humains (cf. RI n°185, “Quand les démocraties soutenaient Staline pour écraser la classe ouvrière”). Stalinisme et démocratie ne sont rien d'autre que les deux faces de la même médaille, comme l'étaient le fascisme et l'antifascisme. Deux idéologies complémentaires qui ne font que recouvrir une seule et même réalité : la dictature implacable du capital à laquelle le prolétariat devra nécessairement répondre par sa propre dictature de classe qui, seule, pourra laver l'humanité de tout ce sang répandu tout au long de la domination capitaliste.

C'est bien cette unique alternative à la barbarie capitaliste, la révolution du prolétariat mondial, que la bourgeoisie s'efforce aujourd'hui de dénaturer en se servant du cadavre du stalinisme pour marteler l'idée suivant laquelle la faillite de ce régime ferait la preuve de la faillite du communisme. Et dans ce choeur unanime de toutes les fractions de la bourgeoisie “libérale” et “démocratique”, ce sont encore les staliniens défroqués qui tiennent aujourd'hui le haut du pavé, qui se montrent les meilleurs défenseurs patentés du capitalisme, lorsque dans leur presse pourrie, ces gens-là se délectent à “prouver” à grandes doses d'arguments fallacieux que le “ver était dans le fruit”, que la terreur stalinienne était contenue en germe dans les théories de Lénine et de Marx, donc dans toute tentative d'émancipation du prolétariat. Jamais depuis les années 30, la bourgeoisie n'avait fait preuve d'un tel cynisme, d'une telle hypocrisie, d'une telle écoeurante vénalité pour déverser ce tombereau de mensonges destinés à miner la conscience de classe du prolétariat.

  • FACE A LA BARBARIE CROISSANTE DU CAPITAL, UNE SEULE PERSPECTIVE : LA REPRISE DES COMBATS DE CLASSE DU PROLETARIAT MONDIAL

L'effondrement irrémédiable du bloc de l'Est n'est pas le produit de la faillite du communisme, mais bien la manifestation la plus brutale de la faillite générale de l'économie capitaliste, une économie condamnée à s'écrouler par pans entiers sous les coups de boutoir d'une crise chronique et sans issue. En ce sens, la banqueroute totale des pays de l'Est, ne fait qu'annoncer celle qui attend les pays les plus industrialisés du bloc occidental avec l'accélération inexorable de la crise. Déjà les premiers signes de récession en Grande-Bretagne et aux USA annoncent la récession généralisée qui va frapper dans les mois et les années à venir l'économie mondiale. Pour la classe ouvrière des pays occidentaux, c'est donc une misère et une austérité accrue que le capitalisme va devoir lui imposer avec ses nouvelles charrettes de licenciements, ses baisses des salaires, ses cadences toujours plus infernales, tandis que dans les pays de l'Est, les mesures de “libéralisation” de l'économie vont se solder, comme c'est déjà le cas en Pologne, par une explosion du chômage, par des famines qui ne font qu'en préparer de bien pires encore. Ce qui attend le prolétariat de ces pays, ce sont des souffrances comme jamais il n'en a connues depuis la seconde guerre mondiale. Et toutes les aides “humanitaires” orchestrées sous la houlette des gouvernements “démocratiques” en guise de “solidarité” ne sont que de la poudre aux yeux. Elles ne visent qu'à alimenter la campagne démocratique actuelle, à accréditer l'idée que seul le capitalisme occidental est en mesure de remplir les ventres vides, d'apporter la liberté et l'abondance aux masses exploitées. Elles ne visent qu'à détourner le prolétariat de la véritable solidarité, la seule qui soit porteuse d'avenir pour l'ensemble de l'humanité, la solidarité de classe, celle qui consiste à développer partout ses combats contre l'exploitation capitaliste, contre ce système générateur de misère, de massacres et d'une barbarie sans fin.

Aujourd'hui, avec l'effondrement du stalinisme et le battage incessant sur le thème de la “victoire du capitalisme” sur le “communisme”, la bourgeoisie marque un point. Elle est parvenue à provoquer une situation de profond déboussolement dans les rangs de la classe ouvrière. Elle est parvenue à stopper momentanément sa marche vers l'affirmation de sa propre perspective révolutionnaire. Mais la classe dominante ne pourra pas échapper indéfiniment au verdict de l'Histoire. La crise, en continuant à s'accélérer, va venir se confirmer comme la meilleure alliée du prolétariat. C'est elle qui va contraindre la classe ouvrière à engager de nouveau le combat sur son propre terrain, celui de la résistance pied à pied aux attaques contre toutes ses conditions matérielles d'existence. C'est l'aggravation de la situation économique mondiale qui, en dévoilant dans toute sa nudité l'impasse historique du capitalisme, va obliger le prolétariat à regarder la vérité en face, à prendre conscience, à travers ses luttes revendicatives, de la nécessité d'en finir avec ce système moribond pour construire une véritable société communiste mondiale.

Et dans ses combats qui doivent la mener à la victoire finale, la classe ouvrière n'aura pas d'autre choix que de s'affronter ouvertement à tous les agents de l'Etat “démocratique” que sont les syndicats et leurs appendices gauchistes. En effet, leur seule fonction consiste à désarmer le prolétariat, à entraver le développement de sa conscience de classe, à tenter aujourd'hui d'inoculer dans ses rangs l'illusion réformiste de la possibilité d'aménager ce système, tout cela afin de le détourner de sa propre perspective révolutionnaire.

Ainsi, le prolétariat ne pourra faire l'économie de ce dur et difficile combat contre le capitalisme et tous ses défenseurs patentés. S'il veut se sauver lui-même, et avec lui l'ensemble de l'humanité, il sera contraint d'affronter et de surmonter tous les obstacles que la bourgeoisie sème sur son chemin, de dénoncer tous les mensonges qu'elle déchaîne contre lui jour après jour, de prendre conscience des véritables enjeux de son combat et de l'immense responsabilité qui repose sur ses épaules.

Courant Communiste International,

(8 janvier 1990)

See also :