Krach boursier et crise économique : aprés l'euphorie, la gueule de bois

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La crise boursière de cet été et l'enfoncement dans la récession économique depuis un peu moins d'un an ont déjà à leur actif un certain nombre de records[1]. Ils marquent définitivement des illusions sur deux grands mythes savamment entretenus ces dernières années : nous serions entrés dans une nouvelle phase longue de prospérité, analogue à celle d'après la seconde guerre mondiale et cette nouvelle croissance serait liée aux capacités actuelles du système capitaliste de s'affranchir de ses mécanismes fondamentaux grâce à l'émergence de la 'nouvelle économie' fondée sur les technologies informatiques.

Le rebond de l'économie mondiale après le krach boursier dans les pays du Sud-Est asiatique (1997-98)  alors que d'aucuns prédisaient l'entrée en dépression , le retour de la flambée des indices boursiers et une décennie ininterrompue de croissance américaine, avaient fini par convaincre les plus réticents que nous étions bel et bien entrés dans un nouvel âge d'or qui clôturait la phase de crise structurelle ouverte au début des années 70. Non seulement le capitalisme aurait retrouvé une nouvelle vigueur mais les bases de celle-ci invalideraient toutes les vieilles lois de l'économie. Certains parlaient même d'auto-dépassement du capitalisme car l'économie de la connaissance qui serait à la base de cette nouvelle croissance prendrait progressivement le pas sur l'activité productive classique.La loi de la valeur serait à ranger au placard puisque le calcul en heures de travail d'un 'bien généré par l'activité intellectuelle' serait devenu caduque. Ainsi, par exemple, l'enrichissement boursier, largement tiré par l'envol des valeurs technologiques, semblait avoir acquis une autonomie presque totale par rapport à la capacité d'extraire et de réaliser de la plus-value supplémentaire. Jamais dans toute l'histoire du capitalisme les courbes des cours boursiers ne s'étaient mises à diverger dans de telles proportions par rapport à celles du profit. La récente descente aux enfers des indices boursiers, et en particulier celui des valeurs technologiques (le Nasdaq) qui est redescendu au même niveau que les autres, est une sorte de fantastique rappel à l'ordre de la loi de la valeur : on ne peut durablement obtenir plus de profit que celui qui est produit dans le mécanisme fondamental de l'exploitation et réalisé sur le marché. La virtualité conférée par les nouvelles technologies à l'économie ne pouvait être qu'une illusion qui a finalement fait long feu. A moins de rester virtuels, les profits boursiers n'ont d'autre source que l'exploitation des travailleurs.

La récession actuelle met fin au mythe de la 'nouvelle prospérité'

L'on connaît les grandes capacités de la bourgeoisie à masquer la faillite de son système économique derrière mille et une explications fallacieuses comme 'la hausse des prix pétroliers' pour les crises des années 70, 'la guerre du Golfe' pour la dernière grande récession, les 'attentats du 11 septembre' pour l'actuel ralentissement de l'économie et les patrons frauduleux pour le récent krach boursier. Certes, le point commun des faillites d'Enron ou de Worldcom est un trucage des comptes visant à présenter sous un jour favorable les perspectives de profit. Ces artifices, qui ont existé de tout temps dans le capitalisme, sont aujourd'hui devenus pratique courante et, s'il est vrai que rien dans la nature de l'exploitation capitaliste ne la distingue du délit et de la tromperie, le fait que ces derniers soient devenus quasiment la règle de fonctionnement des entreprises, en dit long sur le degré de déliquescence des 'lois du marché' capitaliste. Mais ce serait prendre le symptôme pour la cause réelle que d'imputer à ces artifices de présentation le retournement de la Bourse. Ceux-ci constituent seulement le facteur qui a déclenché un retournement qui était d'une certaine manière inévitable. Expliquer le repli boursier par les tricheries de quelques brebis galeuses est une énième mystification pour tenter de masquer les véritables causes des difficultés économiques, à savoir, la faillite des rapports sociaux de production capitaliste eux-mêmes.

En effet, pour les capitalistes, il ne suffit pas de produire des biens et services et de s'approprier la plus-value via ce que Marx appelle le 'travail cristallisé', mais de la réaliser en monnaie sonnante et trébuchante sur le marché. Tant que la plus-value extraite du travail de l'ouvrier n'est pas validée par un acte d'achat, celle-ci n'est que du profit à l'état potentiel. Une fois la vente réalisée, le travail cristallisé devient de la plus-value accumulable. Les récentes tricheries ont ceci d'intéressant qu'elles montrent, via le gonflement artificiel des ventes, des fichiers clients, des contrats de licence, etc. que c'est bien ce dernier aspect qui importe en dernière instance pour les acteurs du marché. Rien ne sert de produire des marchandises qui restent à l'état de stock ou des services qui ne trouvent pas preneur. Typique de cela est la crise d'un des secteurs les plus touchés  les télécommunications , qui provient essentiellement d'un surendettement qui a servi à produire des biens que plus personne ne pouvait acheter à un moment où l'ensemble de l'économie faiblissait. Produire en générant du profit n'est déjà pas une mince affaire étant donné la pression exercée par la baisse du taux de profit mais, cet obstacle une fois surmonté, il reste encore à réaliser la plus-value produite, ce qui suppose l'existence d'une demande solvable suffisamment importante. C'est cela qui nous permet de comprendre pourquoi l'endettement de tous les acteurs économiques  entreprises, Etats, ménages et banques  est au coeur des crises de surproduction qui se répètent à intervalles plus ou moins réguliers depuis le début des années 70. L'endettement permet en effet à la fois d'élargir artificiellement la demande en repoussant les échéances dans le temps et de mener des politiques d'investissement pour résister à la pression de la baisse tendancielle du taux de profit. Tout ceci reste possible tant que les prêteurs ont le sentiment de pouvoir un jour retrouver leurs mises... mais lorsque les difficultés remontent à la surface, lorsque les perspectives de profit s'inversent, chaque acteur essaie de 'prendre son bénéfice' et enclenche ainsi une réaction en chaîne difficilement maîtrisable.

Mais dans l'esprit des capitalistes et de leurs thuriféraires, il ne s'agissait pas simplement d'un engouement boursier qui a connu certains ratés à causes de quelques patrons sans scrupules mais carrément d'un nouveau mode de croissance liée à la 'nouvelle économie' à la base d'une nouvelle phase longue de prospérité. Pourtant, le retournement de l'économie des Etats-Unis a été déclenché par des mécanismes on ne peut plus classiques auxquels le capitalisme ne saurait se soustraire ! Tout d'abord, il n'y avait aucun mystère derrière la décennie de croissance ininterrompue de l'économie américaine et le rebond de l'économie mondiale après le krach boursier dans les pays du Sud-Est asiatique en 97-98. Le rapatriement des capitaux en provenance de ces derniers s'est concentré aux Etats Unis, ils venaient y rejoindre les capitaux européens qui avaient déjà emprunté le même chemin. En effet, pour financer leurs déficits extérieurs, les Etats Unis devaient offrir des taux d'intérêt plus intéressants. C'est cette surabondance de capitaux en mal de placements rentables qui a financé à la fois une spéculation boursière effrénée et un surinvestissement, ce dernier se concentrant en particulier dans le secteur des technologies de pointe, celui-là même qui semblait offrir les perspectives de profits les meilleures. De plus, misant entre autre sur la hausse des placements boursiers, les ménages américains se sont eux-mêmes surendettés, consommant, au décompte, au-delà du total de leurs revenus ! Dès lors, la particularité du boom de la haute technologie est qu'il a été financé largement par des mouvements de capitaux allant de l'Europe vers les Etats-Unis. En tant que puissance dominante, les Etats-Unis ont pu s'arroger le droit de faire ainsi financer leur effort d'investissement et de soutenir une croissance de la consommation très solide, et plus rapide même que celle du PIB. Aucun autre pays n'aurait pu se permettre le déficit commercial qui a accompagné la croissance des Etats-Unis. La nature de cette combinaison permet de comprendre pourquoi la 'nouvelle économie' apparaît finalement comme le privilège des Etats-Unis. Son extension au reste du monde se heurtait au fait que l'Europe exportait des capitaux pour le financer, tandis que le Japon restait cloué au sol par une récession chronique. Cette configuration a d'ailleurs eu temporairement des effets favorables sur l'économie européenne, dont les exportations ont été stimulées par la demande en provenance des Etats-Unis. Le sur-investissement des entreprises et le sur-endettement des ménages et des entreprises ont donc permis de doper la croissance américaine. Il en est résulté une crise classique de surproduction se matérialisant par un retournement de la courbe du profit et un ralentissement de l'activité aux Etats-Unis, quelques mois d'ailleurs avant le 11 septembre. Les attentats sont survenus à un moment où la conjoncture s'était déjà retournée aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe.

Le mythe de la 'fin des Etats'

C'est une véritable fable que 'd'expliquer' le tournant 'néo-libéral' des années 80 comme un complot des banquiers, un putsh du capitalisme 'parasitaire' contre 'l'Etat redistributif' et le capitalisme productif. Peut-on un seul instant sérieusement croire que tous les grands Etats du monde ont été contraints de se plier face aux diktats de la 'fraction financière' de la bourgeoisie ? La réalité est bien plus prosaïque : l'échec des recettes keynésiennes face à la crise a imposé le changement dans les orientations économiques et ce sont avant tout les Etats qui ont opéré ce tournant dans l'intérêt du système dans sa globalité. Ce sont les Etats qui ont décidé et mis en place toutes les lois de 'libéralisation', privatisation, flexibilité du travail, etc.... et ce sont encore eux qui tiennent bien fermement le pouvoir de décision dans tous les domaines car c'est aussi une autre fable que de nous faire croire qu'avec la libéralisation et la mondialisation les Etats n'ont pratiquement plus rien à dire, qu'ils ont perdu leur autonomie face aux marchés et aux organismes supra-nationaux comme le FMI, l'OMC, etc. Si tel était réellement le cas, comment comprendre la politique actuelle aux Etats-Unis ? On pouvait certes penser que le choc allait précipiter la récession aux Etats-Unis en faisant éclater toutes les contradictions qui minent l'économie dominante, et notamment le déficit commercial et le surendettement des ménages... mais en réalité un autre scénario s'imposait consistant à soutenir l'économie des Etats-Unis par tous les moyens. En effet, le capitalisme d'Etat est bel et bien vivant et plus vivant que jamais face aux soubresauts de la crise. Loin d'être 'faible' ou dépourvu de moyens de réaction face au 'capital financier', c'est encore une fois l'Etat qui est le maître d'oeuvre de la situation ! C'est cette voie qui a été choisie et qui se traduit par un double tournant. En premier lieu, l'administration Bush a décidé d'utiliser la marge de manoeuvre que lui fournissait l'excédent budgétaire : celui-ci a fondu, pour se transformer progressivement en déficit. Le second tournant prend la forme de mesures protectionnistes affirmées, sous forme de subventions supplémentaires à l'agriculture et de quotas aux importations d'acier. Enfin, la cohérence de cette nouvelle orientation devrait passer par une baisse du dollar qui devrait permettre de rétablir la compétitivité des produits US et de regagner ainsi des parts de marché. Si le chemin emprunté par les Etats-Unis est clairement tracé, qu'en sera-t-il pour l'Europe ?

La fin de l'euphorie européenne

L'Europe a réussi la mise en place de l'euro à la faveur de l'embellie conjoncturelle d'une reprise économique en partie inattendue qui a permis de desserrer les contraintes définies par le Traité de Maastricht puis par celui d'Amsterdam de 1997. Mais aujourd'hui c'est le premier retournement de conjoncture que l'Europe va affronter dans le cadre de l'euro. Or, avec la récession qui s'est développée, l'Allemagne puis la France se trouvent déjà au voisinage du déficit public à ne pas dépasser et ont déjà subi les critiques de la Commission européenne pour leur politique insuffisamment rigoureuse. Dès lors, ou bien le Pacte de stabilité est appliqué à la lettre et la récession ne peut que s'aggraver ; ou bien on ne l'applique pas mais on risque d'ouvrir alors une crise politico-économique en remettant en cause les procédures décidées d'un commun accord, avant même qu'elles aient eu l'occasion de servir. Un élément d'incertitude supplémentaire réside dans la gestion de l'euro par rapport au dollar, qui se trouve prise entre deux objectifs contradictoires. Un euro fort est en effet une garantie contre l'épouvantail de l'inflation, mais c'est aussi un obstacle à la compétitivité des produits européens. Tracer la voie que va suivre l'Europe serait prétentieux, mais ce que l'on peut dire au regard du passé, c'est que, là aussi, la bourgeoisie sera capable d'accommoder sa pratique et son discours aux impératifs de la réalité.

Nous pouvons cependant tracer les hypothèses générales de conjoncture suivantes : les Etats-Unis vont chercher à amortir la récession par tous les moyens, y compris avec les plus 'iconoclastes' du point de vue du 'discours néo-libéral'. Ils n'hésiteront pas à en reporter les effets sur le reste du monde y compris l'Europe qui en subira les contrecoups d'autant plus fortement que le dollar se dépréciera et qu'elle appliquera ses propres limites inscrites dans le Pacte de stabilité. Quant au Japon, il semble condamné à végéter dans un état de stagnation permanente. Notons au passage que là aussi, les avocats du capitalisme en sont pour leur frais. Après plus de dix années de croissance zéro, le mythe tant vanté du modèle japonais comme un possible nouveau mode de régulation (toyotisme, just-in-time, etc.) promis à prendre la relève de la régulation keynésiano-fordiste d'après guerre, s'est complètement effondré.

Les ravages de la crise dans les pays de la périphérie

Ce qui se passe aujourd'hui sur le continent latino-américain nous montre l'aboutissement ultime de la crise des rapports sociaux de production capitaliste. Il y a bien sûr l'effondrement de l'Argentine qui représente à lui seul un événement significatif de grande ampleur en ce sens qu'il illustre de façon particulièrement spectaculaire la nouvelle politique déjà inaugurée lors du krach précédent : le système capitaliste mondial n'a plus aujourd'hui les capacités de voler à chaque occasion au chevet de tous les pays menacés par la banqueroute ; les choix seront dorénavant fait en fonction d'impératifs économiques globaux (la stabilité dans les pays centraux) et stratégico-impérialistes.

L'extension de la crise de l'Argentine à l'Uruguay allait de soi en raison des liaisons financières entre ces deux pays. Mais ce qui frappe aussi, c'est la simultanéité qu'elle présente avec la crise économique et politique au Brésil. L'ampleur des enjeux est illustrée par la politique américaine. Le soutien au Brésil contraste avec la fin de non recevoir aux demandes de l'Argentine. Et pour cause, pays le plus important de la région, l'effondrement du Brésil pouvait menacer l'ensemble du sous-continent américain et constituer un très mauvais signal au niveau international. Dès lors, le FMI a été mobilisé pour apporter une aide record de 30 milliards de dollars qui anticipait même sur les demandes du gouvernement de Cardoso ! Là aussi, cette surenchère dans les montants record d'intervention du FMI n'est pas extensible à l'infini et, demain, il faudra s'attendre à ce que des pays comme le Brésil puissent un jour aussi s'effondrer par manque de moyens.

La fin du mythe de la 'nouvelle économie'

De par le rôle de la connaissance qui conditionne les nouvelles technologies, l'immatérialité de l'acte productif à travers lesquelles elles voient le jour et la facilité de la reproduction qu'elles permettent, celles-ci rendraient obsolète la détermination de la valeur des marchandises par le temps de travail socialement nécessaire à leur production, nous dit-on. Cette perte de substance de la loi de la valeur conduirait à une mutation profonde, voire à un auto-dépassement du capitalisme.

Le thème de l'immatérialité concerne à la fois les processus de travail et le produit lui-même. Une bonne partie des marchandises de la 'nouvelle économie' sont des biens et des services immatériels, ou dont le support matériel est réduit à sa plus simple expression. Qu'il s'agisse d'un logiciel ou d'un fichier de musique enregistré, ou encore mieux d'une information, la marchandise moderne tend à devenir 'virtuelle'. Tout cela est vrai, au moins partiellement, mais en tout état de cause n'a pas les implications théoriques que veulent bien en tirer les idéologues au service du système. Un tel constat ne peut troubler que les partisans d'un marxisme primitif qui, sous prétexte de matérialisme, réduisent la marchandise à une chose alors que ce qui fonde la marchandise, c'est un rapport social très largement indépendant de la forme concrète du produit.

Le rôle de la connaissance est invoqué en des termes très voisins par des théoriciens qui prétendent dépasser Marx. Mais, ici encore, pauvre Marx ! Après lui avoir prêté la thèse selon laquelle la marchandise est une chose, voilà qu'on lui fait dire que le travail est un geste. Sa théorie serait donc mise à mal par l'activité intellectuelle des travailleurs, et l'économie de la connaissance invaliderait la théorie de la valeur-travail. Il faut donc supposer que celle-ci ne s'applique qu'à une 'économie de l'ignorance' où des milliers de bras frappent l'enclume (sans trop réfléchir) pour produire des choses en fer. Et le travail de l'informaticien salarié échapperait décidément à cette théorie obsolète. Les partisans de l'économie de la connaissance font ici preuve d'une grande ignorance de l'économie. Comme si le fait que le capitalisme peut s'approprier l'ensemble de l'activité et des forces productives incarnées dans le travailleur concret était une découverte ! Marx a écrit des pages saisissantes sur ces questions, qui tranchent avec la platitude de ses 'dépasseurs'. Ceux-ci ont tous en commun, au fond, de dire la même chose, fausse, sur cette question, à savoir que la connaissance est un nouveau facteur de production qui ferait éclater le tête-à-tête entre le capital et le travail.

La reproductibilité à coût très faible d'un nombre croissant de marchandises est un des autres chevaux de bataille de nos 'nouveaux théoriciens' : des marchandises nécessitant un investissement de conception très lourd en amont, mais dont la production en aval est presque gratuite. Cette caractéristique entrerait en contradiction avec la logique de rentabilisation du capital du fait qu'une fois le produit conçu, la mise de fond n'est plus nécessaire pour les nouveaux entrants, pirateurs de logiciels ou fabricants de médicaments génériques. Que faut-il en conclure ? Que le calcul marchand et la loi de la valeur sont dépassés et qu'on entre irrésistiblement dans le royaume de l'abondance et de la gratuité ? La technique nous permettrait donc de dépasser le capitalisme en douceur, par une multitude de petites innovations venant le priver de sa substance. Le capital et l'entreprise seraient solubles dans la connaissance et la communication et toute une série de discours prophétiques ne se privent pas de pousser jusqu'à la limite, et donc jusqu'à l'absurde, ces tendances observables. Rien ne serait évidemment plus absurde que de nier certaines transformations observables... mais l'essentiel qui en ressort est que toutes ces transformations doivent passer à la moulinette capitaliste. C'est pourquoi la 'nouvelle économie' est le domaine du brevet, de la propriété intellectuelle renforcée, et des innovations régressives qui cherchent à annuler les possibilités de l'innovation précédente, notamment en matière de 'copiabilité' des produits.[2] En réalité, le capitalisme ne garde que ce qui convient au plein essor de la marchandise, et toutes les potentialités réelles que recèlent ces innovations doivent être formatées pour entrer dans le moule étriqué de la marchandise. Le système va résister à l'innovation et s'efforcer de les plier aux exigences de la régulation marchande ; le capitalisme ne se transforme pas pour l'essentiel, mais cherche à transformer l'innovation en marchandise. En réalité c'est la thèse classique contraire à celle postulée par nos 'nouveaux théoriciens' qui est toujours d'actualité, à savoir que le capitalisme sous-utilise systématiquement les innovations qu'il introduit par ailleurs à jet continu.

Une austérité accrue pour tous les travailleurs

Fin de la nouvelle économie, incapacité à mettre en place un modèle de croissance stable, remontée généralisée du chômage, généralisation de l'austérité, faillites à répétition dans les pays du Sud : la période est à l'aggravation de la crise sur tous les plans et sur tous les continents. Elle sera aussi caractérisée par la montée des tensions inter-impérialistes au niveau mondial et notamment entre les Etats-Unis et l'Europe. En particulier, l'endettement des ménages et des entreprises aux Etats-Unis est une menace permanente pour l'ensemble de l'économie mondiale. Si les Etats-Unis ne réussissent pas à en reporter la charge sur les autres pays impérialistes, ils risquent d'être confrontés à une récession de grande ampleur. Et s'ils y réussissent, ce sera à l'Europe de faire face à une stagnation durable, assortie d'une nouvelle remontée du chômage de masse. Dans un tel contexte, les luttes sociales ne manqueront pas d'être aiguillonnées par les conséquences de l'aggravation de la situation économique. L'avenir reste dans les mains de la classe ouvrière.

C. Mcl.

1 - La chûte des valeurs boursières depuis le début de l'année est plus importante que celle occasionnée par le krash de 29. La faiblesse actuelle de l'investissement est l'aboutissement d'une chute de celui-ci pendant sept semestres consécutifs, la plus longue période de baisse ininterrompue qu'il ait jamais connue depuis la seconde guerre mondiale.

2 - Prenons seulement deux exemples, à deux niveaux de gravité : la mort de Napster et les morts du SIDA dans les pays sous-développés. Le développement du codec MP3 a permis la transformation de la musique en fichiers digitaux, et la transmission facile de ces fichiers sur les ordinateurs et même sur les téléphones portables. Quel formidable outil pour encourager l'essor et la diffusion du talent musical ! C'est ce que proposait de faire un jeune - et naïf - génie de l'informatique, qui a créé le site et le logiciel Napster afin de permettre le partage des fichiers musicaux sur n'importe quel ordinateur. Evidemment, l'idée n'a pas plu aux maisons d'édition, qui non seulement ont vite fait d'écraser Napster sous le poids des tribunaux, mais qui sont maintenant en train d'investir des sommes impressionantes dans la recherche d'un système de codage qui permettra de « verrouiller » les fichiers contre qui n'a pas payé un « droit d'écoute », sans pour autant diminuer la qualité du son. Sur un plan autrement plus sérieux, on peut citer la défense bec et ongles de leur « propriété intellectuelle » par les grandes sociétés pharmaceutiques qui détiennent les brevets pour les drogues anti-SIDA, ce qui empêche ces drogues d'être fabriquées bon marché et de servir là où les êtres humains en ont le plus grand besoin, c'est à dire dans les pays pauvres de l'Afrique et de l'Asie.