Allemagne - L'écrasement du prolétariat allemand et l'avènement du fascisme (Bilan N°16 ; mars 1935)

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(…) Dans la constitution de Weimar, article 165, se trouve le passage suivant : "Ouvriers et employés collaboreront (dans les conseils ouvriers) sur un pied d'égalité, avec les employeurs, à la réglementation des questions de salaire et de travail ainsi qu'au développement général économique des forces productives". Ceci caractérise au mieux une période où la bourgeoisie allemande comprit qu'elle devait non seulement élargir son organisation politique jusqu'à la démocratie la plus extrême allant jusqu'à la reconnaissance des "Ràtes" (conseils ouvriers), mais aussi donner aux ouvriers l'illusion de la puissance économique. De 1919 à 1923 le prolétariat eut l'impression d'être la force politique prédominante dans le Reich. Depuis la guerre, les syndicats incorporés dans l'appareil étatique étaient devenus des piliers soutenant tout l'édifice capitaliste et les seuls éléments pouvant faire converger les efforts prolétariens vers la reconstruction de l'économie allemande et d'un appareil de domination capitaliste stable. La démocratie bourgeoise revendiquée par la social-démocratie s'avéra être ici le seul moyen d'empêcher l'évolution révolutionnaire de la lutte ouvrière qui fut aiguillée vers un pouvoir politique dirigé en fait par la bourgeoisie bénéficiant de l'appui des syndicats pour remettre à flot l'industrie. C'est l'époque où fleurit "la première législation sociale du monde", les contrats collectifs du travail, les cellules d'entreprises qui parfois tendent à s'opposer aux syndicats réformistes ou arrivent à concentrer l'effort révolutionnaire des prolétaires comme par exemple dans la Ruhr en 1921-22. La reconstruction allemande s'effectuant parmi cette efflorescence de libertés et de droits ouvriers aboutit, comme on sait, à l'inflation de 1923 où s'exprima en même temps que les difficultés pour un capitalisme vaincu et terriblement appauvri de remettre en marche son appareil de production, la réaction d'un prolétariat voyant son salaire nominal, sa législation sociale "kolossale", son semblant de pouvoir politique, réduits à moins que rien. Si le prolétariat allemand fut battu en 1923, malgré les "gouvernements ouvriers" de Saxe, de Thuringe, un PC très influent et non gangrené par le centrisme, dirigé au surplus par d'anciens spartakistes, si malgré toutes les circonstances favorables découlant des difficultés de l'impérialisme allemand la victoire fit défaut, il faut en rechercher les causes à Moscou, dans les thèses des 3e et 4e Congrès acceptées par les spartakistes et qui loin de compléter le "Programme de Spartakus" de 1919, se situent en deçà de celui-ci. Malgré ses rares équivoques, le discours de Rosa Luxemburg contient une négation farouche des forces démocratiques du capitalisme, une perspective économique en même temps que politique et non de vagues "gouvernements ouvriers" et des fronts uniques avec des partis contre-révolutionnaires.

A notre avis, la défaite de 1923 est la réponse des événements à la stagnation de la pensée critique du communisme recalquant au lieu d'innover, se refusant à retirer de la réalité des règles programmatiques nouvelles, alors que le capitalisme mondial occupant la Ruhr en ce moment venait objectivement à l'aide de la bourgeoisie allemande en déterminant une vague de nationalisme susceptible de canaliser ou du moins de brouiller la conscience des ouvriers et même des dirigeants du PC.

Une fois passé ce cap dangereux, le capitalisme allemand bénéficia enfin de l'aide financière de pays tels les USA convaincus de la disparition momentanée de tout danger révolutionnaire. C'est alors l'époque d'un mouvement de concentration et de centralisation industrielles et financières sans précédent, sur la base d'une rationalisation effrénée, pendant que Stresemann succède a la série de gouvernements socialistes ou socialisant. La social-démocratie appuya cette consolidation structurelle d'un capitalisme cherchant dans son organisation disciplinaire la force de tenir tête à ses adversaires de Versailles, et agita devant les ouvriers le mythe de la démocratie économique, de la sauvegarde de l'industrie nationale, de l'avantage de traiter avec quelques patrons, seulement des prémices socialistes posées par ceux-ci.

En 1925-26, jusqu'aux premiers symptômes de la crise mondiale, le mouvement d'organisation de l'économie allemande va croissant sans cesse. On pourrait presque dire que le capitalisme allemand qui put tenir tête au monde entier grâce à ses forces industrielles et à la militarisation d'un appareil économique fabuleusement puissant, a poursuivi, après les remous sociaux de l'après-guerre, son organisation économique ultra centraliste indispensable dans la phase des guerres interimpérialistes, en reprenant sous le fouet des difficultés mondiales le chemin de l'organisation économique de guerre. Dès 1926 se constituent les grands Konzerns du Stihlwerein, de l'IG Farben-industrie, le Konzern d'électricité Siemens, l'Allgemeine Electrizitàt Gesellchaft dont la constitution est d'ailleurs facilitée par l'inflation et la hausse des valeurs industrielles qui en résulta.

Déjà avant la guerre l'organisation économique en Allemagne, les Cartels, les Konzerns, la fusion du capital financier et industriel, avait atteint un degré supérieur. Mais dés 1926, le mouvement s'accélère et des Konzerns tels ceux de Thyssens, la Rheinelbe-Union, Phoenix, Rheinische Stahlwerke, fusionnent et forment la Stahlwerein qui contrôlera l'industrie charbonnière et tous ses sous-produits ; la métallurgie et tout ce qui s'y rattache. On substituera aux fours Thomas nécessitant du minerai de fer (que l'Allemagne perd avec la Lorraine et la haute-Silésie) des fours Siemens-Martin pouvant employer de la ferraille.

Ces Konzerns contrôlent bientôt rigoureusement et sévèrement toute l'économie allemande et s'érigent comme une digue contre laquelle le prolétariat va se casser les reins ; leur développement est accéléré par les investissements de capitaux américains et en partie par les commandes russes. Mais dés ce moment le prolétariat, qui avec 1923 a perdu ses illusions quant à sa puissance politique réelle, va être entraîné dans une lutte décisive. La social-démocratie soutient le capitalisme allemand, démontre que les Konzerns sont des embryons socialistes et prône les contrats collectifs liés à la conciliation, chemin menant vers une démocratie économique. Le PC subit sa "bolchévisation" qui, aboutissant au "social-fascisme" coïncidera avec la réalisation des plans quinquennaux en Russie, mais le conduira à jouer un rôle analogue - non identique - à celui de la social-démocratie.

Pourtant, c'est dès cette époque de rationalisation, de constitution de gigantesques Konzerns qu'apparaissent en Allemagne les bases économiques et les nécessités sociales de l'avènement du fascisme en 1933. La concentration accentuée des masses prolétariennes consécutive aux tendances capitalistes, une législation sociale jetée en pâture pour éviter des mouvements révolutionnaires dangereux, mais trop coûteuse, un chômage permanent troublant les rapports sociaux, de lourdes charges extérieures (réparations) nécessitant des attaques continues contre les salaires déjà fort bas depuis l'inflation. Ce qui appelait surtout la domination du fascisme c'était la menace qu'avait représenté dans l'après-guerre - et que représentait - le prolétariat, menace dont le capitalisme put se sauver grâce à la social-démocratie mais qui demandait une structure politique correspondante à la concentration disciplinaire effectuée sur le terrain économique. De même que l'unification du Reich fut précédée par une concentration et centralisation industrielles en 1865-70, l'avènement du fascisme fut précédé par une réorganisation hautement impérialiste de l'économie allemande nécessaire pour sauver l'ensemble de la classe acculée par Versailles. Quand on parle aujourd'hui des interventions économiques du fascisme, de son "économie dirigée", son "autarcie", on défigure passablement la réalité. Il représente seulement la structure sociale qui au terme d'une évolution économique et sociale était nécessaire au capitalisme. Faire appel au fascisme après 1919, le capitalisme allemand se décomposant lamentablement ne le pouvait pas, d'autant plus que le prolétariat était là menaçant. C'est pourquoi le putsch de Kapp est combattu par les fractions du capitalisme comme d'ailleurs par les Alliés qui comprennent l'aide inappréciable des social-traîtres. En Italie, par contre, l'assaut révolutionnaire ne s'effectue pas au milieu d'une décomposition du capitalisme, mais d'une conscience de sa faiblesse qui le fait se retirer lors de l'occupation des usines pour remettre son sort entre les socialistes, mais qui lui permet aussi de réagir immédiatement la rafale passée et d'appeler le fascisme.

En somme, toutes les innovations du fascisme, au point de vue économique, résident dans une accentuation de la "disciplinisation" économique, de la liaison de l'Etat et des grands Konzerns (nomination de commissaires aux diverses branches de l'économie), de la consécration d'une économie de guerre.

La démocratie comme drapeau de la domination capitaliste, ne peut correspondre à une économie acculée par la guerre, secouée par le prolétariat et dont la centralisation est une position de résistance dans l'attente du nouveau carnage, une manière de transposer sur le plan mondial ses contrastes internes, d'autant plus qu'elle suppose une certaine mobilité dans les rapports économiques et politiques, une faculté de déplacement de groupes et d'individualités qui bien que gravitant autour du maintien des privilèges d'une classe doit néanmoins donner à toutes les classes la perception d'une élévation possible. Dans la période de développement de l'économie allemande d'après-guerre, les Konzerns liés à l'appareil d'Etat, exigeant de celui-ci le remboursement des concessions que les batailles ouvrières les obligeaient à consentir, enlevaient toute possibilité de survivance de la démocratie, puisque la perspective n'était pas celle de l'exploitation de colonies aux bénéfices plantureux mais bien d'une lutte dure et âpre contre Versailles et son système de réparations et non pour un droit aux marchés mondiaux. Cette voie était celle de la lutte brutale et violente contre le prolétariat et ici, comme au point de vue économique, le capitalisme allemand montrait le chemin que les autres pays devaient emprunter par de tous autres moyens. Il est évident que sans l'aide du capitalisme mondial la bourgeoisie allemande ne serait jamais parvenue à réaliser ses objectifs. Pour permettre l'écrasement des ouvriers on dut enlever toutes les étiquettes américaines entravant l'exploitation exclusive des ouvriers par la bourgeoisie allemande ; consentir des moratoires ; finalement enlever la charge des Réparations. Il a aussi fallu l'intervention de l'Etat soviétique abandonnant les ouvriers allemands pour ses plans quinquennaux, brouillant leur lutte pour devenir enfin un élément de la victoire fasciste.

Un examen de la situation qui va de mars 1923 à mars 1933, permet de comprendre que de la Constitution de Weimar à Hitler se déroule un processus d'une continuité parfaite et organique. La défaite des ouvriers se situe après un moment de plein épanouissement de la démocratie bourgeoise et "socialisante" exprimée par Weimar et permet la reconstitution des forces capitalistes. Alors progressivement l'étau se resserre. Bientôt c'est Hindenburg, en 1925, qui devient le défenseur de cette constitution et pendant que le capitalisme reconstitue son armature toujours plus la démocratie devient plus restreinte, s'élargit dans des moments de tension sociale, voit même encore des gouvernements socialistes de coalition (H. Müller), mais dans la mesure où socialistes et centristes augmentent le désarroi des ouvriers, elle a tendance à disparaître (gouvernement Brüning et ses arrêtés-lois) pour faire place, enfin, au fascisme qui ne rencontrera aucune opposition ouvrière. Entre la démocratie, le plus beau fleuron : Weimar, et le fascisme, aucune opposition ne se manifestera : l'une permettra l'écrasement de la menace révolutionnaire, dispersera le prolétariat, brouillera sa conscience, l'autre, au terme de cette évolution, sera le talon de fer capitaliste consacrant ce travail, réalisant rigidement l'unité de la société capitaliste sur la base de l'étouffement de toute menace prolétarienne.

Nous ne ferons pas comme ces pédants et littérateurs de tout acabit, qui après coup essayent de "corriger" l'histoire et s'efforcent de trouver une explication des événements d'Allemagne dans une mauvaise application de telle ou telle autre formulation. Il est évident que le prolétariat allemand ne pouvait vaincre qu'à la seule condition de libérer (par les fractions de gauche) l'IC de la néfaste influence dissolvante du centrisme et se regrouper autour de formulations niant toutes les formes de la démocratie et du "nationalisme prolétarien" en se raccrochant à ses intérêts et à ses conquêtes. A ce point de vue le "social-fascisme" n'était pas une position allant au-delà du marais démocratique puisqu'il n'expliquait pas le déroulement des événements, se contentant de les confondre, mais bien une explication de la scission syndicale faite au nom de l'OSR[1]. Aucun front unique démocratique ne pouvait sauver le prolétariat allemand, mais bien une lutte le niant ; mais cette lutte devait être dispersée, dès lors qu'elle se rattachait à un Etat prolétarien travaillant à la consolidation du monde capitaliste dans son ensemble[2].

Aussi vrai que l'on pourrait aujourd'hui parler de "fascisation" des Etats capitalistes aux "démocraties des pleins pouvoirs" il aurait été juste d'en parler au cours de l'évolution capitaliste en Allemagne, si par là on entendait caractériser la fonction de la démocratie "peau de chagrin" se rétrécissant graduellement pour aboutir à mars 1933. Dans ce cours historique la démocratie était un élément de poids indispensable et disparut sous les coups fascistes lorsqu'il s'avéra impossible d'étouffer la fermentation des masses sans un autre mouvement de masse. L'Allemagne plus que l'Italie nous montre déjà une transition légale de Von Papen à Schleicher et de ce dernier à Hitler sous l'égide du défenseur de la Constitution de Weimar : Hindenburg. Mais comme en Italie, la fermentation des masses nécessitait des vagues de masses[3] (3) pour démolir les organisations ouvrières, décimer le mouvement ouvrier. Il est possible que le développement des situations dans nos pays marque encore une certaine progression par rapport à ces expériences et que les démocraties des pleins pouvoirs n'ayant pas en face d'elles des prolétariats ayant livré des assauts révolutionnaires d'envergure, jouissant au surplus de situations privilégiées par rapport à l'Italie et l'Allemagne (colonies), puissent parallèlement aux interventions disciplinaires dans l'économie, parvenir à étouffer le prolétariat sans devoir balayer totalement les forces traditionnelles de la démocratie qui feront d'ailleurs un effort d'adaptation appréciable (plan CGT en France, plan De Man en Belgique).

Le fascisme ne s'explique ni comme classe distincte du capitalisme, ni comme émanation des classes moyennes exaspérées. Il réalise la forme de domination du capitalisme ne parvenant plus, au travers de la démocratie, à relier toutes les classes de la société autour du maintien de ses privilèges. Il n'apporte pas un type nouveau de l'organisation sociale, mais une superstructure adéquate à une économie hautement développée et devant détruire politiquement le prolétariat pour anéantir tout effort de correspondance entre les contrastes toujours plus aigus qui déchirent le capitalisme et la conscience révolutionnaire des ouvriers. Le statisticien pourra toujours invoquer la masse importante des petits-bourgeois en Allemagne (5 millions pour les intellectuels, fonctionnaires y compris) jour essayer de présenter le fascisme comme "son mouvement". Il reste que le petit-bourgeois, plongé dans une ambiance historique où les forces productives, en l'écrasant et en lui faisant comprendre son impuissance, déterminent une polarisation des antagonismes sociaux autour des principaux acteurs : la bourgeoisie et le prolétariat, n'a même plus la possibilité de balancer de l'un à l'autre, mais instinctivement se dirige vers ceux qui lui garantissent le maintien de sa position hiérarchique sur l'échelle sociale. Au lieu de se dresser contre le capitalisme, le petit-bourgeois, salarié au col amidonné ou commerçant, gravite autour d'une carapace sociale qu'il vaudrait voir assez solide pour faire régner "l'ordre et le calme" et le respect de sa dignité, en opposition à des luttes ouvrières sans issue qui l'énervent et brouillent la situation. Mais si le prolétariat se dresse sur ses jambes et passe à l'assaut, le petit-bourgeois ne peut que se terrer et accepter l'inévitable. Lorsqu'on présente le fascisme comme le mouvement de la petite-bourgeoisie on viole donc la réalité historique en dissimulant le terrain véritable où s'élève celui-ci. Le fascisme canalise tous les contrastes qui mettent en danger le capitalisme et les dirige vers sa consolidation. Il contient le désir de calme du petit-bourgeois, l'exaspération du chômeur affamé, la haine aveugle de l'ouvrier désorienté et surtout la volonté capitaliste d'éliminer tout élément de perturbation d'une économie militarisée, de réduire au minimum les frais d'entretien d'une armée de chômeurs permanents.

En Allemagne, le fascisme s'est donc édifié sur la double base des défaites prolétariennes et des nécessités impérieuses d'une économie acculée par une crise économique profonde. C'est sous Brüning, en particulier, qu'il prit son essor, a ors que les ouvriers s'avéraient incapables de défendre leurs salaires furieusement attaqués, les chômeurs leurs allocations réduites à coups de décrets-lois. dans les usines, les chantiers, les nazis créaient leurs cellules d'usine, ne reculèrent pas devant l'emploi de grèves revendicatives, convaincus que, grâce aux socialistes et centristes, celles-ci ne dépasseraient pas les cadres voulus ;et c'est au moment où le prolétariat s'avoua à moitié vaincu, en novembre 1932, avant les élections de Von Papen qui venait de congédier le gouvernement socialiste de Prusse, qu'éclata la grève des transports en commun à Berlin, dirigée par fascistes et communistes. Cette grève désagrégea le prolétariat berlinois parce que les communistes s'avérèrent déjà incapables d'en chasser les fascistes, de l'élargir, d'en faire le signal d'une lutte révolutionnaire. La désagrégation du prolétariat allemand s'accompagna, d'une part, d'un développement du fascisme retournant les armes ouvrières contre celui-ci ; d'autre part, de mesures d'ordre économique, d'aide croissante au capitalisme. (Rappelons à ce sujet que c'est Von Papen qui adopta les mesures de subvention aux industries occupant des chômeurs avec le droit de diminuer les salaires.)

En somme, la victoire de Hitler en mars 1933 n'eut besoin d'aucune violence : c'était un fruit mûri par socialistes et centristes, un résultat normal d'une forme démocratique périmée. La violence n'eut sa raison d'être qu'après l'avènement des fascistes, non en réponse à une attaque prolétarienne, mais pour la prévenir à jamais. De force désagrégée, dispersée, le prolétariat devait devenir élément actif de la consolidation d'une société toute orientée vers la guerre. C'est pourquoi les fascistes ne pouvaient se borner à tolérer des organismes de classes dirigés cependant par des traîtres, mais devaient au contraire extirper la moindre trace de la lutte des classes pour mieux pulvériser les ouvriers et en faire des instruments aveugles des visées impérialistes du capitalisme allemand.

L'année 1933 peut être considérée comme la phase de la réalisation systématisée de l'oeuvre de bâillonnement fasciste. Les syndicats sont anéantis et remplacés par les conseils d'entreprises contrôlés par le gouvernement. En janvier 1934 apparaît enfin le sceau juridique de cette oeuvre : la Charte du Travail, qui réglemente le problème des salaires, interdit les grèves, institue l'omnipotence des patrons et des commissaires fascistes, réalise la liaison totale de l'économie centralisée avec l'Etat.

En fait, si le capitalisme italien a mis plusieurs années avant d'accoucher son "Etat corporatif", le capitalisme allemand, plus développé, y est arrivé rapidement. L'état retardataire de l'économie italienne, par rapport au Reich, rendit laborieuse l'édification d'une structure sociale comprimant automatiquement tous les sursauts éventuels des ouvriers ; par contre, l'Allemagne possédant une économie de type plus élevé, passa immédiatement à la disciplinisation des rapports sociaux reliés intimement aux branches de la production contrôlées par des commissaires d'Etat.

Dans ces conditions, le prolétariat allemand - comme d'ailleurs italien - n'a plus d'existence propre. Pour retrouver une conscience de classe, il devra attendre que les nouvelles situations de demain déchirent la camisole de force que lui a passée le capitalisme. En attendant, l'heure n'est certes pas à clamer quant à d'utopiques possibilités de travail illégal de masses dans les pays fascistes, ce qui a d'ailleurs jeté bien des camarades héroïques entre les mains des bourreaux de Rome ou de Berlin. Il faut considérer les organisations anciennes se réclamant du prolétariat dissoutes par l'emprise des événements capitalistes et passer au travail théorique d'analyse historique, préliminaire pour la reconstruction d'organismes nouveaux pouvant mener le prolétariat vers la victoire, par la critique vivante du passé.


[1] OSR : Organisation Syndicale Rouge

[2] Il s'agit de l'Etat russe

[3] lire vagues de répression NDLR

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