Les révolutionnaires, la guerre et l'internationalisme

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Quelques petites remarques préalables :

1) Vous trouverez ci-dessous une intervention signée « Un de l’AIT » que nous avons déplacée. En effet, à l’origine, ce camarade avait posté son texte sur le fil intitulé « Discussion à propos de l'article: 18e congrès du CCI : vers le regroupement des forces internationalistes » alors que son message n’a strictement rien à voir avec ce thème et qu’il traite principalement de la question de l’internationalisme. Nous créons donc ce nouveau fil spécifique pour cette question qui, à notre avis, mérite effectivement un vrai débat.
2) Nous demandons à tous les intervenants d’adopter cette attitude (somme-toute assez logique) : intervenir en respectant le thème de la discussion (le thème du « fil ») ou, si rien ne correspond, créer un nouveau fil.
3) Toujours dans le but de favoriser le débat et les échanges, évitons les provocations inutiles. Dans le message ci-dessous de « Un de l’AIT », qui pose par ailleurs de vraies questions, il y a de-ci de-là des phrases qui constituent, pour nous, un vrai poison aux échanges fraternels. En effet, il revient plusieurs fois sur cette idée que les militants du CCI sont malhonnêtes et que le CCI censure abusivement. A quoi cela sert-il, au milieu de cette question importante de l’internationalisme, de glisser comme ça de telles accusations ? A rien… ou plutôt à ce que l’on ne puisse pas discuter de l’internationalisme. En plus, ces accusations de censure sont amenées là sans aucune tentative de fondement, sans aucun exemple… alors qu’il s’agit pour nous d’accusations très graves. De quelle censure abusive parle « Un de l’AIT » ?????? La question de l’honnêteté intellectuelle est à nos yeux une chose très importante, qui ne se prend pas à la légère et qui, quand on a des doutes mérite, un fil spécifique avec arguments, preuves et éléments à l’appui…
Ce n’est pas pour rien que notre forum s’est donné d’entrée 3 règles : "No flaming" (les sarcasmes et encore plus les insultes gratuites sont à éviter), "No trolling" (plus généralement, éviter la provocation délibérée: le but de la discussion n'est pas de provoquer "l'adversaire" et de le faire réagir de manière émotive, mais de développer une meilleure compréhension des idées) et évidemment "No spamming" (pas de pub commerciales).
4) Enfin, nous devons tous avoir comme souci d’encourager le maximum de personnes à venir débattre. Etre agressif, provocateur,… n’est pas vraiment considéré comme un tel encouragement. Et chaque intervention doit pouvoir être comprise par le plus grand nombre : l’intervention ci-dessous de « Un de l’AIT » aborde la question de l’internationalisme (à travers une critique des articles du CCI sur « Les anarchistes et la guerre » http://fr.internationalism.org/series/305) comme si tout le monde avait suivi le débat depuis le début alors que pour une première intervention il aurait été souhaitable de re-contextualiser un peu par exemple.

Après cette mise au point à nos yeux nécessaire, il reste que dans le message suivant de vraies questions sont posées et elles méritent débat :
** Le CCI, à travers ces articles sur « Les anarchistes et la guerre », a-t-il présenté une vision déformée ou tronquée de l’opposition des anarchistes à la guerre depuis 1 siècle ? Nous reconnaissons que, sans aucun doute, de multiples exemples d’anarchistes internationalistes ou anationalistes manquent à l’appel. Si chacun peut apporter au cours du débat d’autres exemples, ils seront tous les bienvenus. La FORA en Argentine, certains anarchistes au Japon… semblent avoir joué un rôle très intéressant lors de la Première guerre mondiale. Tout topo ou résumé de ce genre de faits est plus qu’encouragé (« Un de l’AIT » a commencé un tel travail sur les commentaires sous les articles « Les anarchistes et la guerre » et dans son message ci-dessous qui contient une citataion très intéressante). Sur le forum de la CNT-AIT Caen, une brochure sur l’opposition d’anarchistes à l’idéologie anti-fasciste et contre l’embrigadement dans la Seconde guerre mondiale est disponible et semble elle-aussi passionnante (http://cnt.ait.caen.free.fr/forum/viewtopic.php?f=1&t=5992).
** L’intervention ci-dessous (ou d’autres de « Un de l’AIT » dans la rubrique Commentaire) met en avant l’importance des combats des anarchistes contre les guerres et tend à amoindrir celui des communistes (marxistes). Le but n’est évidemment pas de comparer qui est le « meilleur internationaliste », cette comparaison serait totalement stérile. D’ailleurs, et nous aurions dû le dire dés le début de notre série sur « Les anarchistes et la guerre », que ce soit chez les marxistes ou chez les anarchistes, de nombreuses organisations se sont positionnées en temps de paix, la main sur le cœur, en faveur de l’internationalisme et se sont empressées de soutenir la guerre dès que celle-ci éclata. L’exemple de la Social-démocratie en est la plus célèbre illustration ! Mais il y a chaque fois eu aussi des marxistes et des anarchistes qui ont maintenu, au péril de leur vie, leur position internationaliste. La question est pour nous de comprendre qu’est-ce qui leur a permis de garder le cap. L’une des réponses que nous apportons (et que nous voulions apporter dans nos articles même si certaines formules sont malheureuses et prêtent parfois à confusion) est que pour être internationaliste il faut se rattacher à la classe ouvrière et à son combat révolutionnaire. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons nommé ce fil : « Les révolutionnaires (donc les marxistes et les anarchistes), la guerre et l’internationalisme ».
** L’autre question, qui en découle, est : pour nous (le CCI, la Gauche communiste…), les organisations marxistes qui ne sont pas restées internationalistes ont trahis, sont passés de l’autre côté, ont défendu des positions bourgeoises. Comment chez les anarchistes (chez ceux de l’AIT notamment), une organisation soutenant la guerre est-elle considérée ? Une telle organisation a-t-elle juste commis une « erreur » ou a-t-elle trahi une position révolutionnaire fondamentale. L’internationalisme (ou l’anationalisme) est-il une position parmi d’autres ou une question de principe fondamentale, vitale pour la classe ouvrière et son combat, et donc à défendre corps et âme ?

Et maintenant, enfin, après cette longue parenthèse, voici ci-dessous l’intervention qui a suscité la création de ce fil.

Soyons sérieux

Ce message a été originellement posté par "Un de l'AIT le 4 Decembre, 2009 à 03:01.

C'est finalement très bien ce forum, car il permet de voir le CCI et ses militants à nu, dans ce qu'il sont réellement. Et là toute l'hypocrisie du faite ce que je dit mais pas ce que je fait éclate. Il suffit de voir les interventions d'une mauvaise fois sans borne de militants du CCI sur le forum Rouge et Noir pour s'en rendre compte. Mais heureusement, nous essayons de pratiquer les deux vertus révolutionnaires que sont - toujours selon notre cher Lénine - l'humour et la patience.
Parmi les formidables mensonges et petits arrangements avec la vérité, je relève le traitement différentiel entre l'attitude d'un Kropotkine en 17 et d'un Chirik en 39.

Quand le premier signe un texte pour appuyer les alliés en 17, c'est tout le mouvement anarchiste qui bascule dans l'ignoble trahison bourgeoise (de mon point de vue, Kropotkine a d'ailleurs persisté en apportant ensuite son soutien à la révolution bolchévique)
Par contre, quand Chirik endosse l'uniforme français et participe à la seconde guerre impérialiste (ce qui de mon point de vue est pire que de signer un texte, car il ya un PASSAGE A L ACTE), rattus norvegicus - dans un des derniers commentaire libres - nous dit "à ce que je sache, un militant de la Gauche Communiste est un individu."
On aimerait bien qu'on nous explique alors pourquoi ce même traitement n'est pas réservé aux 16 anarchistes qui ont signé un manifeste en 1917, et pourquoi ces 16 individus ont plus de poids dans le jugement de l'histoire que nous inflige le CCI que les centaines de milliers d'anarchistes quii ont lutté contre la guerre, que ce soit par la grève générale en argentine avec la FORA (plusieurs dizaines si ce n'est centaines de milliers d'adhérents à ce moment là ...), les mineurs en grève de Bisbee aux USA, les déserteurs en France et ailleurs, les anarchosyndicalistes espagnols, les communistes libertaires japonais etc etc etc ... (mais il est vrai que - bien que se disant internationaliste - le CCI ne se base pour son point de vue que sur ce qui s'est passé en France, Allemagne et Russie...)
Même des universitaires non partisans le disent :
http://www.persee.fr/web/revues/home/pr ... _22_2_1914
Dès le début de la guerre, deux tendances se manifestèrent au sein des groupes anarchistes dans les divers pays d'Europe et d'Amérique. D'un côté, des militants qui proclamèrent leur fidélité à l'antimilitarisme traditionnel du mouvement et s'opposèrent à cette guerre et à tous les états qui y participaient. De l'autre, ceux qui estimèrent qu'un concurs particulier de circonstances exigeait que chaque anarchiste prît parti pour la cause des alliés.
La première tendance, qui semble avoir été majoritaire au sein du mouvement anarchiste international , [NdN : je souligne et répète dès fois que tu n'aies pas bien lu : La première tendance, qui semble avoir été majoritaire au sein du mouvement anarchiste international ] était représentée par des anarchistes éminents ttels que Errico Malatesta, Domela Niewhuis, Emma Goldman, Alexander Berkman, Luigi Bertoni, Rudolf Rocker, Alexander Schapiro, et d'autres encore. Ils considéraient la guerre comme l'aboutissement inévitable du régime capitaliste et de l'existence des états en tant que tels. Pour eux la guerre n'était qu'un "réglement de comptes entre larrons impérialistes" ; c'est pourquoi, du point de vue anarchiste, peu importait qui en sortirait vainqueur et qui seraient les vaincus.
...

La domination allemande éventuelle, disait Malatesta, ne serait ni meilleure ni pire que celle des bourreaux sanglants du tsar, des diplomates anglais qui opprimaient l'inde, et de la bourgeoisie française qui massacrait la population marocaine. Il fallait donc, commne par le passé, continuer à lutter contre le patriotisme et le militarisme, et pour la révolution sociale. Les défenseurs de cette tendance formulèrent collectivement leurs positions dans le Manifeste anarchiste international sur la guerre et ils furent connus sous le nom de groupe des anarchistes internationalistes.
In Michael CONFINO, Anarchisme et internationalisme, autour du Manifeste des 16 (correspondance inédite de Pierre Kropotkine et de Marie Goldsmith, janvier - mars 1916) in Cahiers du monde russe et soviétique, 1981, vol 22, numero 22-2-3, pages 231-249
Mais non, le CCI va continuer, imperturbablement, a partir d'un postulat faux et répéter les mêmes billevsées sur la trahison anarchiste, mensonges hérités des brochures de propagande du Komintern (dont le CCI se revendiquent puisqu'il assume la continuité jusqu'en 28 ...) qui sont - plus ironiquement - plagiées du fameux livre de Lénine "le gauchisme, maladie infantile du communisme".
Et les rares (selon le CCI) anarchistes internationalistes ne devraient leur salut qu'à l'éclatante leçon de la révolution bolchévique. Le fait que les anarchistes internationalistes se soient manifestés avant la révoltion bolchévique, et même dès 14 pour la plupart, ne trouble absolument pas le CCI qui continue de publier son texte Kominternien sur les anarchistes et la première guerre mondiale ...
Le CCI est certes pour les débats, mais dans les mêmes règles que pour son forum : uniquement avec des gens qui pensent comme lui, intégralement et monolithiquement. Sinon, comme certains effaçaient les personnages génant sur les photos, il les fait disparaitre d'un coup de clic. Vive la modernité ! Tout change pour que rien ne change

Nous verrons si c'est mon premier et dernier message !
Messieurs les censeurs, bonsoir

La balle est dans votre camp.

L'honneteté intellectuelle du CCI, j'en doute. Et je m'en explique de façon argumentée (poujr autant qu'un anarchiste en soit capable bien sur ...)

Ecoute, ce sont les jésuites qui entourent leurs propos de miel pour faire avalere la pillule. Alors excuse et désolé pour tes règles policières de gestion du forum, mais je vais être un peu plus direct.

Oui vous êtes foncièrement malhonnête intellectuellement. Ton message est un tissu de mensonge et je vais te le prouver.

On peut trouver plusieurs formes de mensonge : celui par omission ou diminution. C'est le moins véniel.

Dans ton message tu minimises vos propos. Tu dis : « Le CCI, à travers ces articles sur « Les anarchistes et la guerre », a-t-il présenté une vision déformée ou tronquée de l’opposition des anarchistes à la guerre depuis 1 siècle ? Nous reconnaissons que, sans aucun doute, de multiples exemples d’anarchistes internationalistes ou anationalistes manquent à l’appel »

Premier petit arrangement avec la réalité : tu sous entends que le fait de l'opposition à la guerre de la part des anarchistes ne serait que le fait d'INDIVIDUS …

Or les exemples que je donne montrent qu'il s'agit d'une opposition organisée, faite par des ORGANISATIONS. ( j'avais d'ailleurs omis de vous citer l'exemple des groupes anarchistes juifs de londres dès 14, qu'un compagnon m'a rappelé)

Second petit arrangement : ici tu minimise ce que vous avez écrit dans votre article. Car si ici tu prends bien soin de ne pas QUANTIFIER l'opposition des anarchistes à la guerre, votre article ne prends pas ces précautions. Il dit carrément :

les principales (Je souligne : PRINCIPALES) composantes du mouvement anarchiste se muent en va-t’en-guerre pour le profit de l’Etat bourgeois.

Ou encore :

Pourtant, cette convergence de la majorité de l’anarchisme en faveur du soutien à la guerre impérialiste et de l’Etat bourgeois

Je souligne : la MAJORITE de l'Anarchisme en faveur du soutien à la guerre !

Ce n'est pas une vision tronquée. C'est ENAURME. C'est trotsky qu'on efface des clichés photographiques, c'est carrément du révisionnisme !

Car c'est historiquement un fait établi, la MAJORITE du mouvement anarchiste au niveau mondial a pris position ACTIVEMENT contre la guerre (et pas seulement en se planquant en exil en Suisse et en se contentant d'assister à quelques conférences de beaux parleurs)

On retrouve ce révisionnisme par la suite :

« En France, la CGT anarcho-syndicaliste »

D'une part la CGT n'a jamais été anarchosyndicaliste (le terme n'existait pas à cette époque …)

D'autre part les anarchistes et les syndicalistes révolutionnaires avaient perdu leur influence prépondérante dans la CGT depuis 1909 et la cabale montée pour faire démissionner Grifuehles. (il fut remplacé par Niel, un marxiste du parti socialiste …) Vous connaissez trop bien l'histoire du mouvement ouvrier français pour que cette « confusion » sur la nature de la CGT en 1914 soit là aussi fortuite.

Le révisionnisme cède la place au négationnisme quand on lit ensuite :

«  En Italie, des groupes anarchistes et anarcho-syndicalistes lancent des “fasci’ “contre la barbarie, le militarisme allemand et la perfide Autriche catholique et romaine”. »

C'est en effet une négation pure et simple de la vérité historique. En effet, l' aile interventionniste de l'Unione Sindacale Italiana (USI) a été expulsée dès septembre 14 (l'italie n'est entrée en guerre qu en 1915 …). L'USI, hostile à la guerre, était clairement une organisation influencée par l'anarchisme. Alors que les interventionnistes etaient des marxistes anti révisionnistes (en référence à la révision réformiste initiée par Bernstein) influencés par le très marxiste SOREL !!!

(lire à ce sujet les livres de Zeev sternhell sur la naissance de l'idéologie fasciste. La dérive fasciste est une raison de plus pour rejetter le syndicalisme révolutionnaire)

Là encore, je me refuse de croire que, tels de petits perdreaux de l'année tout juste inscrits en fac d'histoire du mouvement ouvrier, vous confondiez anarchisme, anarchosyndicalisme et « syndicalisme révolutionnaire » … (si à cette époque les mots n'existaient pas encore, aujourd'hui ce n'est plus le cas, et on dispose de suffisament de recul pour savoir parfaitement qui a fait quoi ...)

Ce déni de réalité continue ensuite :

« Nous aurions dû le dire dés le début de notre série sur « Les anarchistes et la guerre », que ce soit chez les marxistes ou chez les anarchistes, de nombreuses organisations se sont positionnées en temps de paix, la main sur le cœur, en faveur de l’internationalisme et se sont empressées de soutenir la guerre dès que celle-ci éclata »

Sauf que – cher ami – je ne te parle pas de ceux qui se sont positionnés en temps de paix mais de ceux qui se sont positionnés en temps de guerre !

Tu dis « chez les anarchistes de nombreuses organisations se sont empressées de soutenir la guerre ». Tu parles d'ORGANISATIONS (et non d'individus) Puisqu'ellles sont nombreuses à tes dire, tu n'aura aucun mal à m'en citer une demi douzaine … J'attends et je risque d'attendre un certain temps ...

Pour ma part je peux te citer des ORGANISATIONS marxistes qui ont appelé à la guerre et un nombre non négligeable (à commencer par les sections de la II internationale …) Et en effet beaucoup plus que celles qui se sont opposées à la guerre (et encore moins qui s'y sont opposées sur des bases révolutionnaires ...)

Ce déni de réalité on le trouve mais cette fois inversé dans l'intervention du militant du CCI (dans les commentaires d'; articles) qui parle de Chirik qui rejoint l'armée en 1939 pour faire son service militaire (sous ententendu en temps de paix) alors qu'il a porté l'uniforme de l'armée française en temps de guerre ! Vous êtes de trop fins dialecticiens pour que cette erreur soit fortuite ...

Le ponpon c'est quand tu dis
« Le but n’est évidemment pas de comparer qui est le « meilleur internationaliste », cette comparaison serait totalement stérile. »

Evidemment. Mais alors pourquoi votre premier article se termine t il par :

« L’expérience historique montre que chaque fois [je souligne : CHAQUE FOIS] qu’ils ont adopté des positions révolutionnaires valables, c’est en se basant sur les positions prolétariennes issues de l’expérience et du mouvement réel de la classe ouvrière et en se rapprochant des communistes pour les faire fructifier et les faire vivre réellement »

S'il n'y a pas lieu de comparer ni de donner une valeur politique supérieure aux uns plutot qu'aux autres, pourquoi alors dire que c'est seulement en se rapprochant des communistes – qui occupent une position centrale, vers laquelle les anarchistes doivent converger valables ; ils sont le centre du monde, le pivot autour duquel tout tourne , tels un soleil – que les anarchistes ont adopté des positions valables ? C'est qu'ils sont incapables de les avoir de par eux même, n'est ce pas ?

Cette idée de la supériorité du marxisme est martelée a plusieurs reprises dans l'article:

« leur capacité d’apprendre de la pratique de la classe ouvrière elle-même dans son opposition à la guerre et dans le processus révolutionnaire en Russie et en Allemagne leur a permis d’adopter une attitude internationaliste conséquente »

On est bien dans une relation dialectique maitre / élève entre les bolchéviques et les anarchistes, les premiers faisant la leçon au second. Et ils faut croire qu'ils s'agissait de professuers magiciens, comme dans Harry Potter, pour avoir enseigné aux anarchistes dès 1914 une attitude conséquente à partir de faits qui ne se produiront que 3 ans après …

D'ailleurs on le comprends bien en lisant la prose CCI : le salut des anarchistes - s'ils veulent quitter lkeur état d'inconsistence - ne leur viendra qu'en abandonnant leurs principes et en embrassant la foi marxiste :

« Les anarchistes. … il leur a fallu d’abord établir leur rejet de la guerre et leur internationalisme sur autre chose que la rhétorique idéaliste de l’anarchisme et adopter la position de classe du prolétariat afin de rester fidèles à la cause de la révolution sociale. C’est en s’ouvrant aux positions développées par les communistes (à travers les conférences internationalistes contre la guerre) qu’ils sont parvenus à renforcer leur combat contre le capitalisme, et notamment à surmonter l’apolitisme et le refus de toute lutte politique typiques des conceptions inspirées de l’anarchisme »

Rester fidèle : c'est que la propension des anarchistes, leur pente natuelle, c'est par essence celle de trahir le mouvement révolutionnaire pour aller se jetter dans les bras de la bourgeoisie. Bien sur. Le stalinisme et la trahison du marxisme, un coup d'anarchistes infiltrés peut être ?

Ils sont donc appelés à surmonter, dépasser leurs positons … C'est bien à une oeuvre de conversion que nous sommes appelés.

Quelle morgue, quel mépris de la part du CCI qui se croit au dessus des autres tendances du mouvement révolutionnaire. On est vraiment dans de la prose de petit prof : ainsi ce qui aurait renforcé leur combat contre le capitalisme des anarchismes neoconvertis ce sont des CONFERENCES. Pas des grèves générales, pas des actions directes de masse ou minoritaires, comme ils ont pu en produire depuis 1914. Non, la seule chose qui vale au yeux du CCI ce sont les conférences de Zimemrwald (15) et Khiental (16) , qui n'ont regroupés qu'une quarantaine d'individus ne représentant réellement qu'eux mêmes.

Oui mais c'est que Zimmerwald c'est le début de la Geste bolchévique. On est en plein Mythe (coucou Sorel !) et on ne saurait écorner le Mythe sauf qu'à ce que tout l'édifice s'écroule …

Or peut il y a voir du débat réel si on n'accepte pas aussi de s'attaquer aux Montagnes Sacrées ?

La CNT AIT a fait son aggiornamento de la Révolution espagnole et de son echec. on attends celui du CCI sur Octobre 17 ...

Enfin pour répondre à « L’internationalisme (ou l’anationalisme) est-il une position parmi d’autres ou une question de principe fondamentale, vitale pour la classe ouvrière et son combat, et donc à défendre corps et âme ? (*) »

A son Congrès de fondation, voici ce qu'écrivait l'AIT (dont je m'honore d'être un militant aujourd'hui) ce texte n'a pas été dénoncé et est même revalidé à chaque congrès international depuis 22 :

L'AIT rejette toute frontière politique et nationale, qui son arbitrairement crées, et déclare que le nationalisme n'est que la religion de l'état moderne, derrière lequel s'abritent les intérêts matériels des classes propriétaires.

...

C’est pour les mêmes raisons que sl AIT combat le militarisme sous toutes ses formes et considère la propagande anti-militariste comme une de ses tâches les plus importantes dans la lutte contre le système actuel. En première ligne, il faut considérer le refus individuel et, surtout, le boycottage organisé contre la fabrication du matériel de guerre. … Elle demande également le boycott et l'embargo contre toutes les matières premières et les produits nécessaires pour la guerre, à l'exception d'un pays où les travailleurs sont au coeur d'une révolution sociale, auquel cas nous devons aider les travailleurs à défendre la révolution. Finalement, elle préconise la grève générale et préventive comme un moyen de s'opposer à la guerre et au militarisme.

A comparer à ce que les Bolchéviques pouvaient écrire à la même époque sur les questions nationales et les luttes de libérations nationale …

CONCLUSION :

ma réaction est certes violente, mais elle est une réponse proportionnée à la violence de tous les clichés éculés sur l'anarchisme ( tendance petite bourgeoise, inclinaison natuelle à la trahision au profit de la bourgeoisie, incapable de s'organiser, ne trouvant que le salut en s'alignant sur les positions bolchéviques), tous thèmes de la propagande du Komintern des années 20, que véhicule ce texte. (sans parler des erreurs historiques tellement grossières qu'il ne peut s'agir que de manipulations)

Cet article sur les anarchistes et la guerre n'est pas destiné au debat, c'est une arme de guerre pour déprécier le mouvement anarchiste. Roberto, qui se présente comme militant du CCI, le dit d'ailleurs très clairement dans la partie commentaire à la suite de l'article :

Nous appelons nos lecteurs à ne pas perdre de vue l’essentiel Je cite : L'ESSENTIEL : montrer qu’au-delà de certaines divergences avec des éléments se réclamant de l’anarchisme, il existe une convergence possible ...

[puis]

Notre série d'articles sur "Les anarchistes et la guerre" tente précisément de comprendre pourquoi une grande partie des anarchistes je souligne : UNE GRANDE PARTIE , à chaque guerre je souligne à chaque guerre, systématique , tombent dans le nationalisme alors que d'autres, une minorité je souligne : UNE MINORITE , parviennent à rester sur le terrain de la lutte ouvrière en défendant l'internationalisme.

Voila, tout est dit par Roberto, que visiblement le souffle de l'esprit de la culture du débat (sans parler de celui de la simple vérité historique) a épargné ...

Si au contraire les Kamarades du CCI veulent un réel dialogue avec les anarchistes internationalistes, il va falloir qu'ils adoptent un autre ton que le professoral, qu'ils rabattent de leur morgue, descendent de leur piedéstal et se placent sur un terrain d'égalité.

La balle est dans votre camp ...

Nous verrons quelles sont les limites de l'honneteté intellectuelle que pourtant vous appelez de vos voeux ...

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(*) je serai mesquin je te dirai que c'est justement au nom de cette défense "corps et ame" ( je reprends ton expression) que de très nombreux anarchistes ont déserté en 14 puis en 39, quand d'autres d'autres individus de tendances révolutionnaires internationalistes tout autant respectables - mais visiblement ne défendant pas cette position avec leur corps et n'ayant pas l'âme assez solidement trempée d'esprit révolutionnaire - rejoignaient l'ordre de mobilisation ...