Corruption et attaques contre les conditions de vie des travailleurs au Pérou

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Nous publions ci-dessous la traduction d’un tract diffusé par nos camarades au Pérou.

Une fois de plus, nous, les ouvriers, sommes victimes et témoins du vrai visage de la classe politique péruvienne, considérée comme l’une des pires dans la région et dans le monde. Cette mafia est composée, entre autres, des voleurs d’ARPA,(1) des Fujimoristes,(2) de ce qui reste des partisans de PPK,(3) de ceux du parti APP(4) qui revendiquent cyniquement “l’argent comme terrain de jeu”, et bien sûr, des ineffables partis de la gauche du capital (qui vont du Frente Amplio et du Nuevo Perú jusqu’aux maoïstes recyclés du Movadef).(5) Tous, sans exception, sont les produits de la décadence du capitalisme et de sa phase actuelle de décomposition. Non seulement ils se sont révélés assoiffés d’argent comme l’a révélé le Lava jato(6) mais maintenant aussi avec la mise à jour des honteuses “conversations enregistrées”, emplies de témoignages sur les privilèges et les pots-de-vin en faveur des juges et des procureurs. Ces scandales sont la preuve la plus grossière du déclin du système capitaliste ainsi que de la démocratie et ses institutions.

La démocratie, avec ses élections et ses caquètements sur les droits des citoyens, n’est rien d’autre que la dictature du capitalisme sur le prolétariat, la légalisation de l’exploitation des ouvriers par les capitalistes ; c’est la vraie et horrible face d’un ordre social que la presse nous vend comme le meilleur du monde.

Toute cette pourriture que nous voyons aujourd’hui fait partie de la décomposition du capitalisme.(7) La fameuse corruption n’est pas un “défaut”, cela fait partie intégrante de l’ordre social bourgeois, et cela ne se “guérit” pas ni ne se “nettoie” avec de nouvelles élections, en réclamant la dissolution du parlement, en demandant “qu’ils s’en aillent tous” ou en organisant des marches citoyennes appelant à réformer la justice, autant de propositions utopiques et petites-bourgeoises que nous vendent les collectifs de citoyens, la gauche, les syndicats, IDL(8) et les ONG, et qui ne vont pas à la racine du problème. Le vrai problème n’est pas quelques “pommes pourries”. C’est le système dans son ensemble qui est bouffé par les mites et qui craque un peu plus à chaque scandale découvert. La seule solution, c’est la destruction du capitalisme par son ennemi historique, la classe ouvrière, les travailleurs conscients et auto-organisés politiquement, porteurs d’une autre société, sans exploiteurs ni exploités, où la pourriture politique cessera enfin d’exister et où prendront fin toutes les souffrances auxquelles l’ordre actuel nous soumet.

L’attaque contre les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière

La bourgeoisie n’a pas laissé échapper l’occasion, à travers le parlement, d’approuver ou maintenir les lois ayant permis de générer tant de profits depuis les années 1990, au détriment de la surexploitation des travailleurs agricoles ou de l’agro-industrie par exemple. Mais comme l’économie ne s’est pas développée comme l’espérait le président Vizcarra, il s’agit maintenant de faire payer aux travailleurs les conséquences de la crise et le déficit fiscal à travers la hausse de l’ISC(9) et du prix de l’essence qui sont une attaque directe de l’État et de la bourgeoisie contre les ouvriers et leurs conditions de vie déjà très mauvaises et précaires. L’inflation et la hausse du chômage sont les conséquences de la crise.

La réponse du prolétariat et le bas niveau de la conscience

À Arequipa, Puno et Cajamarca, la population a bloqué les routes et paralysé les commerces. A Lima des grèves se sont développées dans différents secteurs (éducation, santé, industrie). Dans ce scénario de confrontation, la bourgeoisie péruvienne a mobilisé son appareil d’État et a joué à nous diviser en jetant dans la balance tous les instruments politiques et syndicaux permettant de contenir le mécontentement des travailleurs. Par exemple, tandis que le gouvernement réprimait les manifestations à coups de gaz lacrymogènes, les centrales syndicales se réunissaient au Palais du gouvernement avec Vizcarra. À côté de ça, la lutte s’est poursuivie cependant, bien qu’il n’y ait pas eu de réponse profonde et efficace de la classe ouvrière contre ses exploiteurs. Notre classe, continue d’être la proie de l’idéologie bourgeoise et petite-bourgeoise, à travers une situation d’extrême faiblesse et de manque d’organisation consciente non seulement au Pérou mais au niveau planétaire. Mais cette situation ne sera pas éternelle comme le souhaiteraient les hommes politiques et les idéologues du capitalisme. Le cas des ouvriers en Russie et de leurs Soviets en 1917 ou le resurgissement des luttes ouvrières de Mai 1968 sont des exemples historiques dont on peut tirer des leçons, et face à l’épais brouillard de la décomposition sociale, le grand navire de la classe ouvrière mondiale ne peut que continuer à avancer en se battant pour l’avenir.

Ouvriers ! Voici ce qui doit servir de boussole pour nos luttes :

– Mobilisons-nous contre toutes les attaques contre nos conditions de vie et contre le paquet de mesures prises par le gouvernement. Que personne ne reste à la maison ! Gagnons la rue !

– Organisons-nous pour diriger nous mêmes nos luttes à travers des Assemblées générales ouvertes à tous (ouvriers, étudiants, chômeurs, retraités) !

– Solidarité avec tous les travailleurs en grèves, rompons l’isolement et le corporatisme ! Toute lutte ouvrière est aussi la nôtre.

– Non à la xénophobie qui se développe contre nos frères vénézuéliens ! Eux aussi ce sont des ouvriers, des prolétaires, qui sont arrivés en fuyant le cauchemar chaviste et qui sont et seront avec nous dans les luttes contre le capital et son État.

Internationalismo, section du Courant Communiste International au Pérou.

 

1APRA : Alliance populaire révolutionnaire américaine, un parti bourgeois fondé par Victor Haya de la Torre qui dans sa démagogie a flirté avec le stalinisme. Actuellement en train de se décomposer.

2Fujimoristes : membres du parti représenté par Alberto Fujimori, un parti initialement appelé Cambio 90, qui est actuellement dirigé par la fille d’Alberto, Keiko Fujimori.

4César Acuña Peralta, homme d’affaire et politicien péruvien, fondateur du parti APP (Alliance Pour le Progrès), ancien maire de Trujillo (2007-2014) visé par des accusations de blanchiment d’argent. Il est notamment convaincu d’avoir acheté ses élections en payant ses votes et en les recrutant auprès les masses les plus déshéritées. Il revendique lui-même la devise “l’argent comme terrain de jeu” pour la gestion et la transformation du pays. C’est pourquoi il est au centre des campagnes anti-corruption qui le désignent comme bouc-émissaire.

5Movadef : Mouvement pour l’amnistie et les droits fondamentaux, est le bras politique du groupe terroriste Sentier lumineux.

6La Commission Lava Jato est une commission d’enquête nommée au sein du parlement péruvien, qui enquête sur les actes de corruption parmi les hauts fonctionnaires de l’État, par exemple ceux liés à des grandes entreprises brésiliennes comme Odebrecht.

8IDL : Instituto de Defensa Legal, association pour la défense des droits de l’homme, qui se présente comme championne de la démocratie et du respect de la légalité et des institutions.

9 ISC : Taxe sélective à la consommation qui est un impôt indirect qui, contrairement à la TVA, ne taxe que certains biens (il s’agit d’une taxe spécifique) ; l’un de ses objectifs est de décourager la consommation de produits supposés générer des “effets négatifs” sur le plan individuel, social et environnemental, comme les boissons alcoolisées, les cigarettes et les carburants.

 

 

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Situation internationale