Tensions israélo-palestiniennes: les prolétaires n’ont pas à choisir un camp impérialiste !

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Inexorablement, les massacres se succèdent dans l’interminable conflit israélo-palestinien. Une fois encore, l’État d’Israël a tiré sur des milliers de personnes et en a assassiné plusieurs dizaines d’autres. De l’autre côté, c’est une fraction de l’État adversaire, le Hamas, à la tête des territoires de Gaza, qui a soutenu et encouragé une manifestation en sachant pertinemment qu’en face, l’armée israélienne allait tirer pour tuer. Le bilan de cette “grande marche du retour” s’élève à 130 morts et près de 4 000 blessés, selon les dernières informations.

Cet énième épisode de déchaînement de violence montre que la Bande de Gaza est devenu un ghetto de misère et d’obscurantisme religieux, dans laquelle la population ne cesse de subir les pires souffrances. Le seul avenir réservé aux habitants de ce territoire, c’est toujours la mitraille, la faim, la misère.

Le cynisme et l’hypocrisie de tous les États

Alors que le 14 mai, un parterre de politiciens célébraient, le sourire aux lèvres, l’inauguration de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, bien que son statut de capitale de l’État d’Israël ne soit pas reconnu sur la scène internationale, au même moment, quelques dizaines de kilomètres plus loin, soixante personnes étaient assassinés par des soldats tirant sur des manifestants sans défense. Ces victimes, chaire à canon d’une cause qui n’est pas celle des exploités, tentaient de promouvoir aux yeux du monde la reconnaissance d’un État, la Palestine, que de moins en moins de gouvernements ont désormais envie de soutenir. Face à la réalité de la barbarie impérialiste, les déclarations d’indignation de nombreux responsables politiques ne sont que des protestations hypocrites : si certains désapprouvent l’attitude irresponsable de Trump et condamnent “les violences des forces armées israéliennes”, si les dignes représentants de l’Union européenne ont cyniquement demandé, le jour-même du massacres, “à toutes les parties d’agir avec la plus grande retenue afin d’éviter des pertes de vies humaines supplémentaires”, ils ne stigmatisent la politique meurtrière de Trump, d’Israël ou du Hamas, que pour masquer le ur propre implication dans la défense d’intérêts impérialistes non moins sordides. En fait, tous les États, puissants ou faibles, alimentent sans la moindre considération pour la vie humaine, les tensions guerrières dans cette région qui est déjà une véritable poudrière depuis plus d’un siècle.

En attendant, les fractions politico-religieuses de Gaza qui ont organisé “la marche du retour” ont poussé sans aucune vergogne toute une population désorientée, parfois fanatisée, à aller se faire massacrer. Le Hamas a même poussé les enfants à se déplacer pour ne pas qu’ils oublient que “l’ennemi, c’est Israël” : huit enfants de moins de 16 ans sont ainsi morts sous les balles israéliennes ! Pour le Hamas et ses fractions concurrentes, pousser des êtres humains à se faire massacrer est le fruit d’un calcul politique froid, cyniquement justifié par la recherche de soutiens en provoquant des réactions dans les populations des pays de la région pour qu’elles fassent pression sur leur gouvernement afin de soutenir la cause palestinienne. L’envoi de missiles depuis Gaza sur le territoire israélien ne fait que confirmer la réalité d’un engrenage meurtrier qui ne peut qu’alimenter l’esprit de vengeance. Derrière les attentats terroristes dans les rues d’Israël et les massacres des populations de Gaza par la soldatesque israélienne, il y a la même logique, celle de “la loi du talion”, la volonté barbare de “rendre coup pour coup”. Dans cette escalade, le nombre de morts comptabilisé par chaque camp sert à justifier par avance l’horreur des assassinats et l’ampleur du massacre à venir.

Face à l’impérialisme, la nécessité de l’internationalisme prolétarien

Cette région du Moyen-Orient était un enjeu stratégique pour les puissances coloniales bien avant que l’on s’intéresse au pétrole.(1) Le partage de cette région a connu plusieurs épisodes marquant au cours et à la suite de la Première Guerre mondiale qui a vu l’Empire Ottoman s’effondrer et de nouveaux États apparaître. La Palestine, sous protectorat britannique, avait alors à sa tête une bourgeoisie nationale incapable de créer une nation indépendante. Tandis que la bourgeoisie arabe s’opposait à la présence britannique, émergeait un rival sioniste utilisé par l’impérialisme anglais pour se maintenir durablement. Le Royaume-Uni avait ainsi promis la Palestine à la fois aux sionistes et à la bourgeoisie pan-arabe naissante, une politique couronnée de succès jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et bien après.

Au cours de la période de décadence du capitalisme, les nations nouvellement créées dans cette région, comme partout ailleurs, sont aussitôt devenues des pions au service d’impérialismes rivaux. L’histoire du XXe siècle montre ainsi que les nationalismes sioniste et arabe ont tous deux été amenés à jouer un rôle de plus en plus important au Moyen-Orient en tant qu’idéologies servant dans l’équilibre complexe des forces entre les grandes puissances impérialistes. Ils ont également constitué de véritables armes contre la menace représentée par les luttes de la classe ouvrière dans la mesure où celle-ci était poussée à prendre parti pour un camp, ce qui ne pouvait que la désarmer et la faire sombrer dans la division. Cette idéologie a pu également être propagée par les milieux gauchistes contre la classe ouvrière des pays développés, notamment par le biais de prétendues “luttes de libération nationale” qui n’ont fait qu’alimenter les massacres impérialistes. Prendre parti pour un camp impérialiste, c’est encore et toujours ce que nous demandent les gauchistes comme LO ou le NPA. Ces va-t’en-guerre justifient leur soutien à l’un des camps belligérants avec les mêmes arguments depuis des décennies : parce qu’il aura été “dépossédé de sa terre”, le “peuple palestinien” doit, selon cette logique, être soutenu contre Israël, “l’avant-poste de l’impérialisme occidental”.

Ce conflit de longue date s’enlise dans une région en proie à un chaos guerrier croissant et qui ne cesse de s’étendre. Aujourd’hui, cette région du monde et sa population sont livrées à la barbarie guerrière, à la terreur et à la misère mais bon nombre de puissances impérialistes, petites ou grandes, se trouvent plongées plus ou moins directement dans cet imbroglio qui dépasse l’héritage de ce conflit permanent. C’est une expression de l’impasse du monde capitaliste dans laquelle nous vivons. L’extension du chaos guerrier qu’il génère menace l’humanité entière d’être engloutie en sombrant dans un océan de barbarie si le prolétariat, particulièrement celui des pays les plus développés, n’avait pas la force d’imposer sur le terrain de la lutte de classes sa propre perspective révolutionnaire : le renversement du capitalisme. Face à toute la barbarie du conflit israélo-palestinien, les mots de la Gauche Communiste dans les années 1930 résonnent toujours par leur actualité : “Pour le vrai révolutionnaire, naturellement, il n’y a pas de question “palestinienne”, mais uniquement la lutte de tous les exploités du Proche-Orient, arabes ou juifs y compris, qui fait partie de la lutte plus générale de tous les exploités du monde entier pour la révolution communiste”.(2)

Seb, 25 juin 2018.

2La position des internationalistes dans les années 30, Bilan n° 31 (1936).

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Situation internationale