Face à la tragédie de Valence, en Espagne

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Nous ci-dessous un texte publié par la section du CCI en Espagne (voir notre site en langue espagnole) le lendemain de la catastrophe dans le métro de Valence. Mettant à profit la visite du chef du Vatican à Valence, toute la bourgeoisie espagnole, nationale ou régionale, de gauche ou de droite, cherche à mettre sous le tapis les véritables causes de cet accident. La palme de l’intimidation cynique revient sans doute au gouvernement régional de Valence qui a même menacé de faire un procès à ceux qui, ayant eu connaissance d’un risque possible pour la sécurité des personnes sur cette ligne, ne l’ont pas dénoncé avant l’accident de lundi, risque dont ce gouvernement n'aurait pas eu connaissance au préalable… ! Après cela, sans doute, ses différentes fractions vont utiliser cet accident dans leurs guéguerres, mais pour la bourgeoisie, ce qui importe, maintenant, c’est que l’explication selon laquelle il s'agirait d'une "faute humaine" s’ancre bien dans les esprits. C’est ce que nos camarades ont voulu dénoncer immédiatement. La responsabilité de cet accident incombe bel et bien et entièrement à ce système capitaliste devenu totalement inhumain.

Hier, 3 juillet 2006, le pire accident de métro de l’histoire d’Espagne et l’un des plus graves en Europe a arraché brutalement la vie à 41 personnes à Valence et en a blessé gravement 40 autres.

La force de la solidarité

Face à cette catastrophe, une solidarité spontanée s’est rapidement développée et organisée : les victimes encore valides, au lieu de s'éloigner à toute vitesse du lieu de l’accident  et de céder à un sentiment de panique ont apporté de l'aide aux autres, des travailleurs et des gens du voisinage sont arrivés pour porter secours, il y a eu la mobilisation des pompiers et du personnel de la santé hors de leurs heures de service, et des donneurs de sang sont accourus en grand nombre… Une solidarité qui exprime un sentiment profond de fraternité vis-à-vis des autres, en opposition radicale avec l’individualisme et la guerre de tous contre tous que la société actuelle transpire par tous ses pores. Une solidarité qui dément dans les faits l’image que les médias, les politiciens, les idéologues de tout poil se plaisent à donner de nous autres, travailleurs : une masse indistincte d’égoïstes mue par le "chacun pour soi", seulement préoccupée par la consommation, non solidaire et irresponsable.
C’est cette solidarité humaine, sociale que nous voulons, en premier lieu, exprimer aux victimes et à leurs proches. Solidarité avec leur douleur et avec leur indignation.
Douleur, parce que, une fois encore –comme c’était arrivé lors de l’accident du métro de Londres il y a trois ans ou lors de l’attentat de l’an dernier dans cette même ville ou encore lors de l’attentat de Madrid à la gare d’Atocha- ce sont les travailleurs qui subissent dans leur chair les conséquences de ces catastrophes. La majorité des victimes de cet accident étaient de Torrente, une ville dortoir de la banlieue de Valence.
Indignation causée par la version honteusement falsifiée qui a été présentée sur les causes de l’accident. Tous les politiciens –autant ceux du PP parti de droite, que ceux du PSOE- ainsi que les médias ont affirmé que l’accident a été causé par la vitesse excessive de la rame,   rejetant ainsi la faute sur le conducteur, qui est mort lui aussi dans l’accident.
Voilà le message, clairement délivré par la bourgeoisie : FAUTE HUMAINE, due à un travailleur irresponsable, afin d'incriminer l'exécutant qui aurait mal fait son boulot. Ce n’est pas nouveau : les investigations sur l’accident ferroviaire d’Almansa d’il y a trois ans, qui ont mis en évidence les graves carences dans l’infrastructure, la signalisation et les systèmes de sécurité, se sont conclues en rejetant toute la faute sur un travailleur de la RENFE (Compagnie du chemin de fer espagnol), qui a été condamné à 3 ans de prison.
Avec cette politique, le capitalisme et son Etat se lavent les mains, apparaissent comme des blanches colombes innocentes qui ne portent aucune responsabilité, tout en semant la zizanie et un sentiment de culpabilité chez les travailleurs et dans la population en général.
C’est vrai, le train circulait à 80 km/heure, le double de ce qui est permis à cet endroit. C’est ce qu’a montré la boite noire de la machine. Mais on n'a présenté là qu'une toute petite partie de la vérité, bien distincte d’une série de considérations fondamentales dont l’analyse nous permet de comprendre qu’il existe UNE AUTRE VÉRITÉ sur les causes de l’accident.

Une tragédie qui est une conséquence de la crise du capitalisme
La première des choses que l’on a cachée, c’est que le conducteur avait un contrat précaire, qu’il n’avait pas été embauché en tant que conducteur mais en tant qu’agent de service dans la gare et qu'il n’avait pas reçu la formation adéquate : "Sa relation de travail avec la FGV [Trains régionaux de Valence] était établie à travers une entreprise externe par le biais d’un type de contrat de travail nommé ‘affectation temporaire’. Cependant, Jorge Álvarez, du Syndicat Indépendant Ferroviaire, dénonce le fait que le conducteur faisait ce travail depuis mai tout en n’ayant pas de poste fixe. Son poste était celui d’agent de service dans la gare et il avait un contrat temporaire d’amélioration de l’emploi en tant que conducteur. 'Il a eu un stage de 14 jours, alors qu’auparavant ce qui était normal c’était de passer au moins une année en tant qu’aide machiniste ', affirme-t-il" (El Mundo daté du 4-7-06).
Un travailleur précaire, sans expérience, est mis devant l’obligation de conduire tous les jours un tel convoi. C’est une énorme charge de responsabilités, une source certaine de tensions, d’angoisses et de souffrance. Et en même temps, cela veut dire mettre en danger tous les jours la vie de milliers de voyageurs qui dépendent du fait que "tout marche", qu’aucun incident ou contretemps ne se produise sous peine de les transporter au cimetière.
On a envisagé l'hypothèse d’un malaise du conducteur. Ceci nous amène à la deuxième responsabilité de ces autorités qui clament tous azimuts leur "solidarité" : depuis quelques années, à cause de la politique de licenciements massifs et de réduction drastique du personnel, les trains sont conduits par un seul machiniste, la conduite en duo (le conducteur et son aide) n'existe plus. Si quelque chose arrivait au conducteur, s’il ne parvenait plus à contrôler la situation, quelqu’un d’autre pourrait empêcher que les voyageurs soient abandonnés à leur sort.
Ces 41 morts sont le résultat des deux politiques que tous les gouvernements et toutes les entreprises mettent en place : LA PRECARITE ET LES LICENCIEMENTS  MASSIFS.
L'abandon et la décomposition des infrastructures
Un autre élément à retenir, c’est l’état calamiteux de la ligne 1, sur laquelle le désastre a eu lieu. Il y a un an, il y avait déjà eu un accident sur cette même ligne qui a mis en lumière des problèmes de sécurité, de matériel détérioré, d'erreurs par manque d’entretien. Et rien, absolument rien, n’a été fait ! Concrètement, "le tronçon où l’accident a eu lieu est un virage très dangereux. C’est un virage très serré avec une petite ornière au début, ce qu’on appelle un ‘garrot’ où la voie se déplace et fait un petit zigzag" (témoignage d’un syndicaliste publié dans le journal Levante du 4 juillet).
Mais "aucun ingénieur n’a proposé de corriger le tracé de ce maudit virage, entre autres raisons parce que cela aurait impliqué la fermeture provisoire d’un transport qui depuis le premier jour a été vital pour aérer le quotidien de cette grande ville. La fréquentation de la ligne 1 est le motif  principal du grand succès public remporté par le métro valencien, qui a dépassé l’année dernière le chiffre de 60 millions d’usagers" (Levante 4-7-06). L’entreprise du métro de Valence est une entreprise publique, gérée par le Conseil régional, aussi bien par la gauche (le PSOE jusqu’en 1995) que par la droite (le PP) depuis lors et à cause de la sacro-sainte logique de la rentabilité capitaliste, les autorités n’ont pas corrigé ce grave problème, mettant ainsi en danger jour après jour la vie de milliers de personnes.
À cause de cette maudite rentabilité, à cause de cette politique obsessionnelle de réduction toujours plus forte des coûts que la crise impose, les infrastructures se trouvent de plus en plus négligées. On renouvelle de moins en moins, on n’investit pas dans la maintenance, bref, les conditions pour que de telles catastrophes se produisent sont au rendez-vous. Autant dans les pays industrialisés que –avec une portée bien plus extrême- dans les pays périphériques, les tragédies se reproduisent comme une danse macabre, toujours présentées comme "naturelles" ou "dues à des erreurs humaines".
Le capitalisme est une catastrophe permanente
Ce laisser-aller des infrastructures, qui est accompagné de l’abandon des quartiers ouvriers –et même ceux habités par la classe moyenne- tranche avec les investissements très coûteux, consacrés à la réalisation de projets faramineux et autres complexes emblématiques, liés à  des événements, comme dans le cas de Valence, tels que la visite du Pape et en 2007 ce montage somptueux de l’American’s Cup. La presse de "gauche" dénonce ce gaspillage du gouvernement régional du PP et réclame "plus de crédits consacrés aux services publics".
Le hic est que cette politique suicidaire consacrée à des constructions pharaoniques ostentatoires, livrée à  la folie de la spéculation immobilière, est la seule que le capital peut aujourd’hui mener pour tenir hors de l’eau une machine économique de plus en plus grippée par une crise sans issue. Et comme c’est la seule politique possible, elle est pratiquée aussi bien par le gouvernement central de Zapatero, qui avait promis d’en finir avec la spéculation immobilière alors qu'en fait, celle-ci est encore plus débridée qu’auparavant sous son égide et celle de ses séides (comme on le voit avec les municipalités de Saragosse ou de Barcelone, qui sont gouvernées par des “socialistes”), sans oublier l’incroyable gouffre financier qu'a constitué  l’Exposition Universelle de Séville, qui est encore le miroir dans lequel s'admirent fièrement ces petits messieurs du PP valencien. C’est cette même politique qu’on peut observer dans d’autres endroits de la planète aussi éloignés que Londres, Dubaï, Shanghai ou Athènes.
La tragédie de Valence s’ajoute à la longue liste de catastrophes, attentats, massacres, et aussi aux souffrances quotidiennes, à ces millions de tragédies silencieuses et invisibles de l'exploitation, que subissent une immense majorité d'êtres humains, conséquence de la précarité, de la misère, du chômage, des accidents du travail et, aussi, de la détérioration des rapports sociaux et humains, induite par la subsistance de ce système social condamné par l’histoire et dont la survie provoque de plus en plus de maux.
Dire ‘ça suffit !’ à travers le combat de classe, voilà le seul chemin. C’est le chemin qui a été emprunté par la classe ouvrière internationale comme on a pu le vérifier lors de luttes comme celle du printemps français de mars 2006 contre le CPE ou lors de la grève de la métallurgie à Vigo en mai 2006. C’est seulement le développement de ces luttes, exigeant des efforts et devant vaincre d’énormes obstacles, qui pourra permettre d’éradiquer de la planète les causes de tant de catastrophes, de tant de barbarie et de souffrances.

Courant Communiste International (4 juillet 2006)