"Jamais une société
n'expire avant que soient développées toutes les forces
productives qu'elle est assez large pour contenir".
C'est une certaine interprétation de cette fameuse phrase qui
a par exemple amené un Trotsky à écrire en tête
de son "Programme de Transition" (1938) :
"La prémisse
économique de la révolution prolétarienne est
arrivée depuis longtemps au point le plus élevé
qui puisse être atteint sous le capitalisme. Les forces
productives de l'humanité ont cessé de croître".
Trotsky décrivait une réalité que les
statistiques vérifiaient alors approximativement. Mais,
indépendamment des réalités de 1938, fallait-il,
pour montrer que l'humanité était entrée dans
une ère de révolution sociale, et donc dans la phase de
décadence du capitalisme, s'assurer que les forces productives
avaient définitivement cessé de croître ? Et
lorsque 20 ans plus tard les mêmes statistiques
constataient une croissance relativement puissante de la production
mondiale fallait-il alors conclure à l'idée contraire ?
Bref, faut-il pour qu'une société entre
irréversiblement dans une crise de déclin que les
forces productives cessent totalement de croître ? Le
problème posé par Marx dans l'avant propos à la
"Critique de l'économie politique", -d'où est
tirée la fameuse phrase citée- est bien celui de
définir les conditions économiques dans lesquelles le
passage à une forme de société nouvelle, est
rendu possible.
La réponse de Marx peut être résumée comme
suit : Les rapports de production que les hommes nouent entre eux dans
la production sociale de leur existence et qui constituent les
fondations réelles de leur société,
correspondent à un degré donné de développement
des forces productives matérielles. Le libre
développement de ces forces exige au cours de l'histoire des
changements importants et répétés de ces
rapports de production.
Pour qu'une forme sociale fondée sur des rapports nouveaux
puisse être viable, il faut que l'évolution
correspondante se soit produite au niveau des forces
productives. Si ces forces ne sont pas "suffisamment"
développées, il n'existe aucune possibilité
objective pour que le nouveau système de production naisse et
demeure.
Le problème est de déterminer quel est le contenu de ce
"suffisamment développé", quel est ce maximum
de forces productives "que l'ancienne société ...
est assez large pour contenir" et qui une fois atteint rend
possible et nécessaire l'avènement d'une nouvelle
société.
La réponse marxiste ne se réfère pas à un
niveau quantitatif quelconque, déterminé en dehors
des mécanismes économiques ( le niveau nul y
compris). Elle se réfère au contraire au niveau
qualitatif de la relation qui lie les rapports de production
eux-mêmes et le développement des forces productives.
"A
un certain degré de leur développement les forces
productives matérielles de la société
entrent en collision avec les rapports de production existants, ou
avec les rapports de propriété au sein desquels elles
s'étaient mues jusqu'alors ... Alors commence une ère
de révolution sociale" (souligné par nous).
C'est l'apparition de cette "collision" de façon
définitive, irrémédiable, et non un blocage du
développement des forces productives qui ouvre "l'ère"
de décadence de l'ancienne société.
Marx précise bien le critère : "Hier encore formes
de développement des forces productives ces conditions se
changent en de lourdes entraves".
La "sentence" de Marx doit donc si on veut la préciser
être comprise dans le sens : jamais une société
n'expire avantque le développement des forces
productives n'ait commencé à être définitivement
freiné par les rapports de production existants. Dans la
vision marxienne, la période de décadence d'une société
ne peut donc être caractérisée par l'arrêt
total et permanent de la croissance des forces productives, mais par
le RALENTISSEMENT DÉFINITIF
DE CETTE CROISSANCE.
Les blocages absolus de la croissance des forces productives
apparaissent bien au cours des phases de décadence. Mais,
(dans le système capitaliste, la vie économique ne
pouvant pas exister sans accumulation croissante et permanente
du capital) ils ne surgissent que momentanément. Ils
sont les convulsions violentes qui régulièrement
marquent le déroulement de la décadence.
Tout changement social est le résultat d'un approfondissement
réel et prolongé de la collision entre rapports de
production et développement des forces productives. Si
nous nous situons dans l'hypothèse d'un blocage définitif
et permanent de ce développement, seul un rétrécissement
"absolu" de l'enveloppe que constituent les rapports de
production existants pourrait expliquer un mouvement net
d'approfondissement de cette contradiction. Or on peut constater
que le mouvement qui se produit généralement au cours
des différentes décadences de l'histoire
(capitalisme y compris) tend plutôt vers un élargissement
de l'enveloppe jusqu'à ses dernières limites
que vers un rétrécissement. Sous l'égide de
l'État et sous la pression des nécessités
économiques, sociales, la carapace se tend en se
dépouillant de tout ce qui peut s'avérer superflu aux
rapports de production en n'étant pas strictement nécessaire
à la survie du système. Le système se renforce
mais dans ses dernières limites.
L'affranchissement des esclaves sous le Bas-Empire Romain, celui
des serfs à la fin du Moyen Âge, les libertés,
même parcellaires que la royauté en déclin doit
accorder aux nouvelles villes bourgeoises, le renforcement du pouvoir
central de la couronne, l'élimination de la noblesse d'épée
au profit d'une "noblesse de robe", centralisée,
réduite et soumise directement au roi, de même que
des phénomènes capitalistes tels que les
tentatives de planification, les efforts pour tenter d'alléger
le poids des frontières économiques nationales, la
tendance au remplacement des bourgeois parasitaires par des
"managers" efficaces, salariés du capital, les
politiques de type "New Deal" et les manipulations
permanentes de certains des mécanismes de la loi de la
valeur sont tous autant de témoignages de cette tendance à
l'élargissement de l'enveloppe juridique par le
dépouillement des rapports de production. Il n'y a pas
d'arrêt du mouvement dialectique au lendemain de l'apogée
d'une société. Ce mouvement se transforme alors
qualitativement mais il ne cesse pas. L'intensification des
contradictions inhérentes à l'ancienne société
se poursuit nécessairement et pour cela, il faut bien que le
développement des forces emprisonnées existe
même si ce n'est que sous sa forme la plus ralentie.
Ce qui caractérise la décadence d'une forme sociale
donnée du point de vue économique est donc :
1˚:
un ralentissement effectif de la croissance des forces productives
compte tenu du rythme qui aurait été techniquement et
objectivement possible en l'absence du freinage exercé par la
permanence des anciens rapports de production. Ce freinage doit
avoir un caractèreinévitable, irréversible.
Il doit être provoqué spécifiquement par la
perpétuation des rapports de production qui soutiennent
la société. L'écart de vitesse qui en découle
au niveau du développement des forces productives ne peut
aller qu'en s'accroissant et donc en apparaissant de plus en
plus aux classes sociales.
2° :
l'apparition de crises de plus en plus importantes en profondeur
et en étendue. Ces crises, ces blocages momentanés
fournissent par ailleurs les conditions subjectives nécessaires
à l'accomplissement d'une tentative de bouleversement social.
C'est au cours de ces crises, que le pouvoir de la classe dominante
subit de profonds affaiblissements et qu'à travers
l'intensification objective de la nécessité de son
intervention, la classe révolutionnaire trouve les premiers
fondements de son unité et de sa force,
Y A T-IL EU
RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE DES FORCES PRODUCTIVES DEPUIS
1914 ?
Alors que de 1850 à 1913 le commerce extérieur mondial
avait plus que décuplé ( 1
), "de 1919 à 1936-38, le commerce extérieur
mondial ne s'accroîtra que de 7,4% (1913 = 100 ; 1936-38 =
107,4) et le niveau du commerce de produits industriels se
trouvera inférieur en 1936-38 (92,2%) au résultat
atteint à la veille de la première guerre mondiale.
Ajoutons qu'en 1950, nous avons à grand peine retrouvé
le niveau de 1938 en d'autres termes, le commerce mondial est resté
stagnant de 1913 à 1950 ! "( 2
)
- DE 1914 A 1929.
Au cours de la première guerre mondiale, la production des
pays européens diminue de 1/3 et celle du monde de 10% ( 3
). Jamais et de loin, le capitalisme n'avait connu auparavant
une telle baisse de sa production.
A la suite de la guerre et jusqu'à la crise de 1929, le
capitalisme connaît une certaine "prospérité"
grâce à la reconstruction des économies
détruites par la guerre et l'achèvement de
l'expansion de deux jeunes capitalismes : les USA et le Japon.
Cependant l'Europe a perdu sa place prépondérante
dans le monde capitaliste. Elle ne se relèvera jamais
véritablement de son effondrement de la grande guerre. Malgré
la reconstruction, l'Angleterre n'aura pas encore retrouvé en
1929 son niveau d'exportation d'avant-guerre. Sa position de centre
financier mondial s'érode lentement. L'Allemagne, pays le plus
frappé s'effondre ou stagne :
indice
de la production
industrielle
allemande (1913-1929)
1913
1925
1926 1927
1928
1929
100
83
79
100
102
102
Face à l'enlisement relatif de l'Europe, les États-Unis
et le Japon connaissent une prospérité certaine.
Débiteurs de l'Europe au début de la guerre, ils
en sortent créanciers avec en outre une augmentation de près
de 15% de leur production.
Cependant, cette expansion subit déjà les effets d'un
manque de débouchés. Pour les USA :
- toute la masse du solde
positif de la balance commerciale au cours des dix années
(1919-1929) reste inférieure aux investissements
mobilisés naguère pour l'extension du réseau
ferré (achevé quasiment en 1919) ( 4
)
- de 1919 à 1929,
alors que l'indice de la production industrielle (1935-1939 =
100) augmente de près de 60% le nombre de salariés
diminue de 8,4 à 8,3 millions.
- de 1910 à 1924,
13 millions d'acres de terre cultivée retournent à
l'état de prairie, de steppes ou de pâturages.
En outre, la vive expansion des marchés extérieurs
américains ne peut plus se faire vers de nouveaux
territoires mais vers des zones déjà conquises par les
puissances en guerre avec lesquelles il faudra "partager".
L'évolution de la répartition des importations
argentines entre les grandes puissances de 1919 à 1929 est à
ce titre particulièrement significative :
%
DES IMPORTATIONS ARGENTINES
SELON LEUR ORIGINE
1913
1923 1925
1927 1929
Grande-Bretagne
31.00
23.80
21.90 19.40
17.60
Allemagne
16.90 13.60
11.50 11.30
11.50
France
9.00
6.70
6.80 6.90
6.10
USA
14.70 20.40
23.50 25.40
26.40
La
part américaine a doublé alors que celle de
l'Angleterre a presque diminué de moitié. Le
phénomène est sensiblement le même pour ce
qui est de l'expansion américaine au Canada. L'expansion
extérieure du Japon doit se dérouler avec les mêmes
contraintes : ainsi dans les Indes Britanniques, entre 1913 et
1929, la part anglaise dans les importations tombe de 64,2% à
42,8%, celle du Japon augmente de 2,6% à 9,8%. ( 5
)
- DE 1929 A 1938
La grande dépression de 1929 fut pour le monde entier ce que
la première guerre fut pour l'Europe. Cette fois, c'est le
monde entier qui perd 1/3 de sa production. La chute est 3 fois
supérieure à celle qui s'était produite au cours
de la guerre. Le relèvement ne sera pas aussi rapide. Jusqu'à
la deuxième guerre, la production civile mondiale ne
parviendra pas à retrouver son niveau de 1929; nous avons
dit ce qu'il en était du commerce ; la production de la
première puissance mondiale s'effondre.
Indice
de production industrielle
U.
S. A.
moyenne
annuelle
1935 -39 = 100
1929
= 110
1934 = 75
1935 = 87
1936 = 103
1937 = 113
1938 =89
Seuls
les États ayant commencé à développer une
production massive d'armements (japon, Allemagne, URSS)
connaissent une certaine croissance de leur production.
Deux chutes extraordinaires de la production, liées entre
elles par une période de reconstruction et suivies par une
phase de stagnation jusqu'à la seconde guerre mondiale, c'est
avec une indiscutable netteté qu'apparaît de 1914 à
1940 le violent freinage subi par la croissance mondiale.
Mais
ce ralentissement marque-t-il l'entrée définitive du
capitalisme dans sa phase de déclin ou s'agit-il d'un
ralentissement important, mais passager, dans un cours général
de croissance qui ne s'est interrompu à Sarajevo que pour
reprendre mieux à Yalta ?
LA CÉSURE DE LA GUERRE DE 1914-18
La première guerre marque une césure définitive
dans deux domaines particulièrement significatifs de
l'expansion capitaliste :
l'expansion impérialiste
l'expansion de la classe ouvrière au sein de la composition de
la structure sociale.
1 - La fin de l'expansion impérialiste du capitalisme
Après sa course triomphale du XIXè siècle
conquérant régulièrement et irréversiblement
un pays après l'autre, l'expansion impérialiste
des métropoles capitalistes connaît un arrêt quasi
total au début de ce siècle. Tous les pays sont
pénétrés par l'influence capitaliste des
différentes puissances qui se les partagent intégralement.
La première guerre mondiale marque l'impossibilité pour
toute puissance de trouver une zone du globe véritablement
vierge pour assurer son expansion. L'Allemagne arrivée
relativement en retard pour la "conquête", est
forcée, pour se tailler une place en accord avec sa puissance
économique, de provoquer la première guerre mondiale de
l'histoire. Après la guerre, le Japon et les USA comme on l'a
vu ne pourront assurer leur expansion qu'aux dépens de celle
de l'Europe.
Après 1914, le monde sera partagé et repartagé
de diverses façons suivant les rapports de force entre
puissances. Mais aucune expansion géographique véritablement
nouvelle n'aura pu être réalisée. La croissance
économique au cours de la phase ascendante du capitalisme
s'était caractérisée par l'importance croissante
des marchés coloniaux dans le commerce mondial. Cette
importance ne cesse pas statistiquement de croître dès
1914-18 : de 1914 à 1929 elle ne fait que ralentir. De 1929
à1938, elle connaît même une certaine relance
(voir graphique). Ce n'est qu'au cours de la 2° guerre que
statistiquement, la tendance se renverse totalement. Mais ce n'est en
fait là, que le résultat d'un processus commencé
en 1914. L'importance relative du commerce des pays du Tiers-monde au
cours de l'entre-deux guerres est surtout le fait de la chute
vertigineuse des échanges entre les pays au sein du monde
industrialisé. C'est la guerre de 1914 qui en certifiant la
fin de l'ère d'expansion impérialiste du capitalisme
mondial a marqué l'ouverture d'un processus de
rétrécissement accéléré des
débouchés extérieurs au système (voir
graphe ci-dessous).
COMMERCE EXTÉRIEUR
DES -PAYS
EN VOIE DE
DÉVELOPPEMENT
(en % du commerce mondial)
- Importations CAF.
exportations FOB.
- Sources : P. Bairoch., OCDE. Novembre 1970
Guide
statistique B. N. P. 1972.
2 - La fin de la croissance de l'importance de la classe
ouvrière dans la structure sociale.
On estimait à 10% la population mondiale travaillant selon
des méthodes capitalistes en 1850. Ce taux atteint prés
de 30% en 1914. Mais dès le début du siècle,
dans les pays industrialisés, cette expansion s'est
fortement ralentie. Le nombre des ouvriers allemands augmente
bien de 8 millions en 1882 à 14 millions en 1925, mais leur
proportion au sein de la population active, après avoir
atteint un taux de 50% en 1895 descendra à 45% en 1925. ( 6
)
"La même évolution apparaît dans d'autres
pays. Le nombre des ouvriers se stabilise généralement
autour de 50% du total de la population ; ce niveau est légèrement
dépassé en Angleterre alors qu'il n'est pas tout à
fait atteint en France et en Allemagne."( 7
)
Ce freinage marqué de l'expansion de la part de la
"principale force productive" n'a cessé de
s'exercer jusqu'à nos jours.
Dans les pays les plus industrialisés du monde, la proportion
de "travailleurs industriels, y compris la construction et le
logement", selon l'INSEE ( 8
) n'atteignait en 1968 que le taux de 47-48% pour Allemagne ou
l'Angleterre, 45% pour l'ensemble de la CEE, 35% pour les USA, l'URSS
ou le Japon. Ces chiffres doivent être relativement
augmentés car ils excluent les ouvriers des transports, de
l'agriculture et de la pêche. Mais ils attestent sans équivoque
que la progression de la classe ouvrière, même dans les
centres les plus capitalisés, est loin d'avoir retrouvé
après 1914 les rythmes de la phase ascendante du système.
Dans les pays sous-développés ce freinage est encore
plus violent. De 1950 à 1960, en Asie, Afrique, Amérique
Latine, le nombre de nouveaux salariés pour cent habitants, en
plus, est neuf fois inférieur à celui des pays
développés !
Jusqu'à 1914, la population effectivement intégrée
à l'économie capitaliste croissait plus vite que le
reste de la population mondiale. C'était la phase ascendante
du capitalisme. Cette tendance s'est depuis définitivement
renversée.
LA "CROISSANCE" DEPUIS LA SECONDE GUERRE MONDIALE
Il y a donc quelque chose de profondément changé dans
le capitalisme à partir et depuis 1914, et à fortiori à
partir de 1929. Le trait fondamental de ce changement est sans aucun
doute la fin de l'expansion impérialiste. Elle constituait en
effet le principal débouché extérieur du
capitalisme "ascendant". C'était ce débouché
qui absorbait cette partie -relativement faible- de la
production capitaliste (la plus value destinée à être
réinvestie) ... mais dont la réalisation est si
indispensable pour l'accumulation du capital.
On ne peut que constater le bouleversement radical qui accompagne cet
évènement dans la vie du capitalisme : deux guerres
mondiales et une crise de l'ampleur de celle de 1929-38 en moins de
trente ans.
La période qui s'annonce avec la IIème
guerre mondiale ne se situe pas en dehors du cadre des conditions
apparues en 1914. L'importance des marchés coloniaux (ou
semi-coloniaux) est comme on l'a vu marquée au cours de
cette période par un déclin vertigineux.
Cependant, du fait que cette phase d'expansion a suivi la quasi
stagnation des années trente, elle est communément
considérée comme étant de nature différente.
Les trotskystes de la IVè Internationale ont même
utilisé le terme pompeux de "Néo-capitalisme"
pour la caractériser et marquer ainsi l'importance qu'ils ont
attachée au changement.
Certains taux de croissance atteints depuis la deuxième guerre
mondiale approchent - voire dépassent - ceux atteints au cours
de la phase ascendante du capitalisme avant 1913. C'est le cas pour
les pays comme la France et le Japon. C'est cependant loin d'être
le cas pour la première puissance industrielle, les USA
(50% de la production mondiale au début des années 50 (
9
), 4,6% de taux de croissance annuel moyen entre 1957 et 1965
contre 6,9% entre 1850 et 1880 ( 10
). Mais la nature, le contenu réel de cette croissance
sont radicalement différents de ceux de l'expansion qui
s'achève en 1913.
La croissance économique depuis la fin de la IIè
guerre a eu comme principaux champs d'expansion :
1°
: La reconstruction consécutive à la guerre.
2°
: La production permanente et massive d'armements et fourniture
militaires.
3°
: La meilleure exploitation des marchés anciens.
Seule "la meilleure exploitation des anciens marchés"
est commune aux deux périodes ; mais c'est là un trait
commun à toute l'histoire du capitalisme. Tout au plus
pourrions-nous faire remarquer l'importance majeure que cette
politique a prise à l'époque de l'impossibilité
de dégager de véritables nouveaux débouchés.
L'exploitation du Tiers-monde, même si son importance a
immensément diminué du fait de l'insuffisance des
marchés solvables qu'il représente, n'en a pas moins
continué le plus efficacement possible. De même, les
puissances possédant encore un marché intérieur
"extra-capitaliste" (en particulier une agriculture
encore arriérée - Japon, France, Italie) ont procédé
à son intégration de façon systématique
depuis la guerre. Mais l'analogie ne peut aller au-delà.
Contrairement à ce qui était au XIXè
siècle, ce type de débouchés est devenu beaucoup
trop restreint par rapport aux nouveaux besoins de l'expansion
"naturelle" du capitalisme. Tout s'est passé
comme pour ce nénuphar dont la surface double chaque jour
: alors qu'il peut lui falloir un temps relativement lent pour
démarrer sa croissance et parvenir à couvrir la moitié
de l'étang dans lequel il se développe, il ne lui
faudra plus qu'un seul jour pour atteindre d'un seul coup les
dernières limites de son champ d'expansion. Chaque jour il
nécessite pour sa croissance une surface d'étang égale
au double de celle de la veille. Mais la surface totale de son champ
étant limitée d'avance, la partie qui lui reste à
couvrir diminue à un rythme aussi accéléré
que celui de ses besoins d'expansion.
Au début du siècle, la masse de débouchés
dont avait besoin le capitalisme pour assurer une année
de sa croissance était plus de 6 fois inférieure à
celle que nécessite une année de production
aujourd'hui. Ce rapport serait encore bien plus fort si le
capitalisme avait connu depuis 1913 les mêmes conditions
d'aisance pour sa croissance. Mais simultanément les débouchés
se sont rétrécis de façon vertigineuse.
De ce fait, le capitalisme a dû recourir à la
destruction et à la production de moyens de destruction comme
palliatifs pour tenter de compenser ses pertes accélérées
en "espace vital".
De ce fait aussi, il n'y a aucune continuité réelle
entre le capitalisme d'après la deuxième guerre et
celui qui précède 1913.
Le capitalisme "ascendant" ne connaît pas "l'économie
de reconstruction". Les conflits inter-impérialistes de
cette phase n'ont rien de commun avec les guerres du XXè
siècle. Leurs effets destructeurs ne touchent jamais aux
centres de production. Il n'y a pas de "reconstruction"
parce qu'il n'y a pas de véritable destruction.
Quant à la production d'armements et les frais militaires, en
général leur volume ainsi que leur part dans le produit
national des puissances ne peut même pas se comparer à
ce qu'ils deviendront dans le capitalisme moderne :
"L'Allemagne wilhemenienne passait pour la terre d'élection
du militarisme. Au cours des dernières années précédant
la guerre, ses dépenses militaires connurent une augmentation
considérable qui atteignit son apogée en 1913 avec un
budget de deux milliards pour l'armée et la marine réunies.
Ce chiffre représentait alors 4% du revenu national et
s'élevait à 50 milliards de marks".
(souligné par nous) ( 11
)
Aucune comparaison possible avec les 10% du PNB couramment
atteints, et souvent dépassés par les USA depuis la
"paix" de la deuxième guerre, ni avec les 20% de
l'URSS. ( 12
)
Le capitalisme des dernières décades -loin de
constituer une reprise de la phase ascendante qui s'achève en
1913- apparaît plutôt comme une suite logique,
"synthétique", des 30 années de déclin
qui l'ont précédé.
C'est en effet au cours de ces années de stagnation que le
capitalisme a "découvert" les "bienfaits"
économiques de la reconstruction et de la production pour la
destruction.
LE CYCLE GUERRE-RECONSTRUCTION
L'autodestruction de l'Europe au cours de la première guerre
mondiale s'est accompagnée d'une croissance de 13% de la
production américaine. Les USA découvraient dans le
chaos du vieux continent un débouché considérable.
l'Europe doit importer des USA des masses de bien de consommation,
des moyens de production et d'armes. Une fois la guerre terminée,
c'est la reconstruction de l'Europe qui s'avère être un
débouché nouveau et important. Dans la destruction
massive en vue de la reconstruction, le capitalisme découvre
une issue dangereuse et provisoire, mais efficace, pour ses nouveaux
problèmes de débouchés.
Au cours de la première guerre, les destructions n'ont pas été
"suffisantes" : les opérations militaires
n'affectèrent directement qu'un secteur industriel
représentant moins d'un dixième de la production
mondiale, environ 5 à 7 % ( 13
). Dès 1929, le capitalisme mondial se heurte de nouveau
à une crise.
Tout comme si la leçon avait été retenue, les
destructions de la seconde guerre mondiale sont beaucoup plus
importantes en intensité et en étendue :
"Dans l'ensemble, près d'1/3 des régions
industrielles du monde entra durant la deuxième guerre dans le
champ des opérations militaires et se trouve ainsi directement
exposé à des activités destructives".(
14
)
La Russie, l'Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne, la France et la
Belgique en partie subissent violemment les effets d'une guerre qui,
pour la première fois, se donne le but conscient de détruire
systématiquement le potentiel industriel existant. La
"prospérité" de l'Europe et du Japon après
la guerre semble déjà systématiquement prévue
au lendemain de la guerre. (Plan Marshall, etc.)
Contrairement au lieu commun généralisé, "la
reconstruction" ne s'arrête pas lorsque la nation
détruite atteint le niveau de production égal à
celui d'avant-guerre :
La
reconstruction ne concerne pas uniquement les biens directement
productifs, mais aussi toutes les infrastructures et moyens de vie
détruits au cours de la guerre et dont la reconstruction
n'est pas immédiatement nécessaire pour l'atteinte
du niveau de production antérieur à la guerre.
La
reconstruction n'est jamais entreprise avec les techniques
d'avant-guerre. La productivité et la concentration du capital
connaissent au cours des guerres des progrès importants. Aussi
le fait de retrouver l'ancien niveau de production ne s'accompagne
pas obligatoirement d'une reconstitution de la même masse de
valeur en capital productif.
Enfin, pendant leur destruction, les pays concernés
acquièrent un retard industriel important par rapport aux
autres puissances. Leur reconstruction ne peut être considérée
comme achevée qu'à partir du moment où ils
retrouvent, non pas l'ancien niveau, mais celui qui leur rend leur
compétitivité internationale.
En ce sens, la croissance de la période post deuxième
guerre jouit des effets de la reconstruction jusqu'aux années
60 et non jusqu'aux années 50 comme cela est souvent dit.
LA PRODUCTION PERMANENTE D'ARMEMENTS
C'est seulement en 1934-35 que l'on peut constater une certaine
"reprise" de l'économie mondiale après
l'effondrement de 1929. Cette reprise a cependant une
particularité sans précédent dans l'histoire du
capitalisme : elle ne s'accompagne pas d'une augmentation
proportionnelle du commerce mondial. Entre 1932 et 1936,
l'indice de l'activité mondiale (URSS comprise) monte de 69 à
111 (1929 = 100), l'indice des exportations en valeur baisse au
contraire de 39 à 37,8%. Cette reprise est le fait d'une
production qui ne se commercialise pas : les armes. Elle résulte
du réarmement intensif de certaines puissances : l'Allemagne,
le Japon, la Russie, et, dans une certaine mesure, l'Angleterre.
"En 1937, la Fédération des Industries
Britanniques déclarait que les dépenses d'armement
avaient donné à l'activité économique en
1936 une impulsion de 4 à 6 fois plus grande que celle due aux
placements de capitaux britanniques à l'étranger."
( 15
)
En Allemagne, les dépenses d'armement ont atteint entre 1933
et 1938, 90 milliards de marks. Lorsque Hitler le révéla
en 1940, ce chiffre dépassait toutes les estimations qui
avaient pu être faites jusqu'alors. L'indice de la production
des biens de production quadrupla de 1932 à 1934, celui de la
production automobile -grâce à la motorisation de
l'armée- sextupla. Le nombre de chômeurs passa de 5 331
000 en 1933 à 172 000 en novembre 1938 ( 16
).Au Japon., l'indice des bénéfices nets des
sociétés essentiellement industrielles fit plus que
doubler de 1933 à 1937 ( 17
). Les matières premières nécessaires
à l'armement connaissent une demande exceptionnelle : un pays
comme la Suède, dont les puissances européennes se
disputent le minerai de fer, a vu l'indice de ses profits passer de
28 à 91,4 entre 1932 et 1936.
Aussi, cette reprise se manifeste-t-elle de façon inégale.
En 1937, l'Europe réalise 65% des dépenses mondiales
d'armement. Son indice de production industrielle est de 11
points supérieur à celui de 1929. Par contre, en
Amérique du Nord, où la production à des fins
militaires demeure encore faible ce même indice est encore à
un niveau inférieur de 7 points à celui atteint en
1929.
En 1937-38, lorsqu'une nouvelle crise menace le monde capitaliste,
c'est encore une relance de la production d'armement -dans les
puissances non encore armées- qui "sauvera" le
système. La production des USA était tombée à
un niveau inférieur de 37% à celui de 1929. D'autres
pays où l'économie de paix restait prédominante
subissent violemment les contrecoups de la crise américaine,
ainsi le Canada, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la
Bulgarie, l'Estonie, la Finlande, la Roumanie.
"Les achats pour les besoins d'armement -écrit
sans méandres un rapport de la SDN en 1938- se sont
accélérés précisément entre le
milieu de 1937 et celui de 1938, c'est à dire pendant une
période où la régression aux États-Unis
et la demande des marchandises risquaient une dépression
mondiale analogue à celle qui avait commencé en 1929"
( 18
).
Il n'y a aucun doute possible sur la nature de la reprise économique
après la crise de 1929. Elle est due exclusivement à
l'économie d'armement, c'est à dire à la
production de moyens de destruction.
Ce type de production ne trouve un écoulement que dans la
guerre. La guerre est la seule forme de rentabilisation des
investissements militaires. La guerre éclata. Elle ouvrit des
possibilités nouvelles aux puissances qui assuraient
l'approvisionnement de la destruction, Ainsi le Canada connut
dans le laps de temps que dura la guerre une croissance égale
à celle de l'ensemble de ses 25 dernières années
! ( 19
) Les USA réalisèrent une croissance de 50% de leur
production industrielle !( 20
)
A la fin de la guerre, malgré les plus grandes destructions de
l'histoire de l'humanité, la production mondiale n'avait pas
diminué. Elle avait dépassé son niveau
d'avant-guerre. Les USA avaient atteint un des plus forts taux de
croissance de leur histoire. Mais ils avaient dû pour cela
consacrer aux dépenses militaires non plus une partie
secondaire de leur économie (en 1929, la part des dépenses
militaires ne dépasse pas 1% du PNB) mais l'essentiel de
leur capacité de production.
"Le secteur
militaire de la production (américaine) ne représente
pas comme durant la première guerre, une partie négligeable
de l'effort économique, mais au moment de sa plus grande
extension il atteignit presque l'importance que la production
américaine toute entière avait eu à la "veille
du conflit." ( 21
)
-o-O-o-
Mais
avant de voir de quelle façon cette nouvelle forme de "vie"
du système va marquer la période qui suit la deuxième
guerre mondiale, on peut se poser la question : Pourquoi l'économie
d'armement a-t-elle permis au capitalisme de résoudre -au
moins momentanément- les contradictions qui le
paralysaient ? Est-ce parce qu'elle agit comme frein à la
baisse tendancielle du taux de profit ? Est-ce parce qu'elle pallie à
la tendance au rétrécissement des marchés ?
Sans aborder la discussion de fond entre la théorie de Rosa
Luxembourg et celle de Grossman-Mattick au sujet des contradictions
primordiales du système capitaliste, quelques remarques
peuvent être dégagées de la réalité
de cette période.
De façon générale, il est impossible de
considérer séparément la baisse
tendancielle du taux de profit et la tendance au rétrécissement
des marchés :
-
C'est la menace de la baisse du taux de profit qui force le
capitalisme à développer en permanence l'accumulation
du capital et donc à se procurer de nouveaux débouchés.
L'accroissement du volume de la production- que seule
l'acquisition de nouveaux débouchés peut
permettre- constitue le principal facteur permettant de contrecarrer
la baisse tendancielle de taux de profit.
-
Simultanément, la tendance à la baisse du taux de
profit a comme moteur fondamental l'élévation
permanente de la technicité du capital (c'est à dire de
sa composition organique). Or ce qui rend inéluctable
cette élévation, est, en premier lieu, la
concurrence mortelle entre les différentes fractions du
capital pour le contrôle des marchés existants (la
puissance d'un capital face à un autre devant un marché
se mesure à sa capacité de vendre bon marché,
c'est à dire de produire avec un degré de technicité
plus élevé).
L'économie d'armement agit simultanément à ces
deux niveaux de contradictions du capitalisme.
1°
: elle agit sur le rétrécissement des débouchés
en fournissant un nouveau marché -même provisoire-
à la production. Ce débouché est d'autant plus
intéressant que contrairement aux marchés fournis par
les politiques de grands travaux : "Front Populaire",
"autoroutes hitlériennes", "New Deal"
etc..
- Il
s'adresse à un secteur beaucoup plus large de l'économie
(les besoins militaires concernent presque tous les domaines de la
production).
-
L'exigence d'un armement toujours plus puissant et sophistiqué
stimule particulièrement les secteurs de pointe de
l'industrie et en général ceux où la
concentration du capital est la plus intense. (22
)
-
Enfin la production à des fins militaires a l'immense
avantage de ne pas venir encombrer le marché de la
production "civile".
2°
: L'économie d'armement agit aussi directement sur la baisse
tendancielle du taux de profit :
- Par
le biais de l'accroissement des débouchés.
- Par
l'augmentation du taux d'exploitation ( 23
), les salaires réels étant réduits par
l'inflation (ou en temps de guerre par le rationnement et
l'inflation) ; ( 24
) le temps de travail est prolongé (en temps de guerre les
heures supplémentaires deviennent obligatoires et sous le mot
de service civil on institue même des camps de travail ; ce que
firent les USA dès 1933, ainsi que l'Autriche, l'Australie, le
Canada, le Danemark, la Pologne, la Suisse, la Tchécoslovaquie
et surtout l'URSS et l'Allemagne) ( 25
).
- Par
l'accélération puissante qu'elle fournit au processus
de concentration -et donc de rentabilisation- du capital. ( 26
).
Cependant, l'histoire de cette période montre à
l'évidence que le capital le plus concentré du monde,
avec les ouvriers les moins payés qui soient, ne peut en aucun
cas développer sa production s'il ne trouve pas de débouchés
pour l'écouler. Au cours de la grande dépression de
29-34 les salaires avaient connu aussi des baisses extraordinaires,
et la concentration de capitaux (par le mouvement de sélection
qu'imposent les crises) avait reçu un puissant coup de
fouet. Il n'en demeurait pas moins que la production et les taux de
profit continuaient de stagner ou de baisser.
C'est-à-dire que c'est au niveau de la vente de sa production
(c'est-à-dire de la réalisation de la plus-value) que
se concentre et s'exprime l'ensemble des contradictions inhérentes
au capital.
C'est-à-dire aussi que c'est bien en son essence même,
la marchandise (l'obligation de vendre), que le système a été
mortellement blessé en 1914 par la réduction accélérée
de ses possibilités d'expansion impérialiste.
Les chefs d'État qui ont eu à faire face à ce
marasme ne se trompaient pas sur son origine, lorsqu'ils déclaraient
tel Roosevelt peu avant l'entrée en guerre des USA : "Nous
ne consommons pas tous les aliments que nous pouvons produire.
Nous n'utilisons pas tout le pétrole que nous pouvons
extraire, nous n'employons pas toutes les marchandises que nous
pouvons fabriquer." ( 27
)
Il est clair pour le premier responsable du capital mondial que le
problème n'apparaît pas au niveau des conditions de la
production (de la création de la plus-value) : "Nous
pouvons produire...", "nous pouvons
extraire…", "nous pouvons fabriquer..."
mais au niveau des débouchés (de la réalisation
de la plus-value) : "nous n'utilisons pas...",
"nous n'employons pas…", "nous
ne consommons pas...".
Hitler n'était pas moins lucide quand il lançait en
février 1939, son fameux cri de guerre : "L'Allemagne
doit exporter ou périr ! "
-o-O-o-
Nous
avons vu comment -du fait qu'elle se fondait sur la reconstruction-
la croissance du capitalisme d'après la deuxième guerre
était une continuité du déclin qui avait
précédé la guerre. Le maintien par le
capitalisme au cours de cette période d'une production
d'armement suffisamment importante pour constituer de fait un
aiguillon fondamental de la croissance, représente une
deuxième manifestation importante de cette continuité.
En effet, après la deuxième guerre les puissances
capitalistes ne procédèrent pas à un
désarmement complet. L'exacerbation toujours
ininterrompue des antagonismes inter-impérialistes ne lui
permet plus de le faire. Par des conflits localisés, avec la
chair à canon des pays sous-développés
-généralement par l'utilisation d'un quelconque
mouvement de libération nationale- les grandes puissances
n'ont jamais cessé de déchirer la planète en vue
de se la partager et se la repartager. Le monde n'a pour ainsi dire
jamais connu une période de paix totale depuis Hiroshima. Et
la guerre, même localisée consomme une masse toujours
croissante d'armes.
La deuxième guerre avait permis de réintégrer à
l'exploitation capitaliste les 9 millions de chômeurs
américains de 1939 ( 28
). La fin des hostilités provoqua en moins de trois ans
aux USA, la réapparition de trois millions de chômeurs.
Cette croissance ininterrompue des besoins militaires permettra au
capitalisme de résorber un chômage potentiel croissant.
"On peut dire que pendant l'exercice 1965, prés de six
millions de personnes étaient employées d'une manière
ou "d'une autre à la défense et que pendant
l'exercice 1968 "ce chiffre atteignait presque huit millions"
! ( 29
)
L'ampleur prise par cette gigantesque production d'armement peut
être illustrée par le fait que "le monde a plus
dépensé en armement depuis 10 ans que pendant toute la
première moitié du siècle, deux guerres
mondiales comprises" ! ( 30
)
Si l'on se rappelle que la part du revenu national américain
destinée à des fins militaires était inférieure
à 1% en 1929 et que, avant 1913, le taux atteint par
l'Allemagne à la veille de la guerre (4%) représentait
un maximum sans précédent, on comprendra l'importance
des taux conservés après la fin de la deuxième
guerre.
Pourcentage des
dépenses de défense dans le Produit ( 31
) National Brut
Pour la France, en ne
comptant que les dépenses comptabilisées dans le
budget annuel et les collectifs on a :
1950 1951
1952
1953 1954
1955 1956
1957
Fr.
5.9 8.5
10.3
10
8.9 7.9
8.2
8.1
En continuant à développer une production d'armement
qui lui sert de béquille et trouvant dans le débouché
militaire un aiguillon déterminant de sa croissance, le
capitalisme continue à survivre des mêmes remèdes
qu'avant la guerre.
Avec la reconstruction, on se trouve ici en présence des mêmes
médicaments qui ont entretenu le système depuis 1914.
La façon dont l'État utilise ces moyens, l'intensité
de cette utilisation, l'adresse avec laquelle elle est menée à
bout, a évolué. Ils ont permis une plus grande
efficacité des interventions de l'État sur la
conjoncture immédiate.
Mais le contenu des "remèdes" est resté le
même. La raison en est que la nature de la maladie n'a pas
changé non plus : rétrécissement irréversible
des champs d'extension du système, menace permanente de baisse
du taux de profit, concurrence accrue entre les différentes
fractions du capital mondial, exacerbation sourde des antagonismes de
classe, utilisation incomplète du capital, instabilité
des moyens d'échange ...
Tous ces symptômes économiques nés avec la
première guerre mondiale et développés au cours
de la crise 29-38, sont demeurés dans la période
suivante en constante aggravation. La période du
capitalisme après le deuxième guerre n'est qu'un moment
dans le déroulement du nouveau cycle qui caractérise la
vie générale du système depuis 1914, à
savoir : crise-guerre-reconstruction.
La reconstruction est le moment le moins catastrophique de ce cycle ;
il est celui où le capital peut le mieux dissimuler sa
sénilité. La seconde période de reconstruction a
été plus longue, plus spectaculaire et suivant une
destruction plus intense que la première. Elle a joui de
moyens de survie plus aiguisés. Le capitalisme en a tiré
une prospérité suffisante, du moins dans les pays
développés, pour faire oublier momentanément
ce qu'il était devenu depuis la première guerre. Mais
dès que cette prospérité relative menace de se
ralentir, les vieilles plaies de la décadence momentanément
dissimulées ressortent plus béantes que jamais.
La période contemporaine est la continuation logique du déclin
qui l'a précédé. Elle n'a rien à voir
avec une quelconque reprise de la phase ascendante du
capitalisme. La manifestation économique principale de cet
état de fait apparaît naturellement au niveau de
développement des forces productives.
LE RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE DES FORCES PRODUCTIVES
DEPUIS LA SECONDE GUERRE MONDIALE
L'appréciation du rythme de développement des forces
productives après la IIè guerre a été
un des problèmes qui a provoqué la scission de la IVè
Internationale en 1952. Pour la fraction "lambertiste"
(AJS-OCI) la prémisse économique qui rend possible et
nécessaire la révolution socialiste (c'est-à-dire
celle qui définit la décadence du capitalisme) est
l'arrêt total de la croissance des forces productives. Ils sont
en cela fidèles à la lettre au programme de transition
de Trotsky. Nous avons vu au début de cet article
l'inconsistance de cette théorie du point de vue marxiste. Sa
confrontation avec les chiffres de la période contemporaine
ridiculise ses auteurs. Les lambertistes insistent sur la nature
improductive de la production d'armements pour tenter de faire
correspondre les statistiques à leurs vues. Mais même si
le rôle de frein de la production d'armes est certain, il est
statistiquement impossible de prétendre qu'elle ait
paralysé ou "annulé" la croissance des forces
productives depuis 1945.
Le dogmatisme borné de cette position est d'autant plus
ridicule qu'il se heurte violemment à un autre dogme
(programme de transition) cher à l'AJS-OCI : "L'URSS
n'est pas capitaliste - elle est un État ouvrier dégénéré".
Les forces productives s'y développeraient donc beaucoup plus
rapidement que dans les États capitalistes. Or la Russie
dédie à l'armement une part de sa production très
supérieure à celle des plus grandes puissances
occidentales.
Pour les trotskystes de la IVè Internationale
officielle (Ligue Communiste) la décadence ne se définit
pas par "le verrouillage" de la croissance des forces
productives, mais par le ralentissement de cette croissance sous le
poids des rapports de production. Ils sont en cela fidèles à
"la lettre" de Marx. Mais si on gratte un tant soit peu
leurs conceptions, on retrouve un rafistolage théorique
bâti en fonction de dogmes aussi contradictoires que ceux de
l'OCI
Dans une brochure intitulée "Qu'est-ce que l'AJS",
Weber, théoricien de la IVè
Internationale, s'attache à tenter de critiquer les "théories
absurdes et les contorsions grotesques des lambertistes" sur
cette question ( 32
).
Pour résoudre la contradiction avec le dogme des "États
ouvriers dégénérés" -car la Ligue
pense aussi qu'il y a toute une quantité de pays dans le monde
qui ne sont pas capitalistes- Weber attribue un caractère
productif à la production d'armement. Pour répondre au
problème de la formulation de Trotsky sur les prémisses
du socialisme et l'arrêt de la croissance des forces
productives, Weber explique que Trotsky ne faisait que "décrire
la réalité qu'il avait sous les yeux en 1938".
Quant à la question de définir les caractéristiques,
le contenu du ralentissement qui caractérise les périodes
de décadence, on ne trouve pas non plus quelque chose de très
précis. On nous parle de "néocapitalisme" qui
commence au lendemain de la IIè Guerre Mondiale et
qui se caractérise par "une expansion économique
sans précédent".
On nous dit que "la crise générale du capitalisme
est ouverte par la première guerre". On nous dit
aussi que "c'est en 1848, il y a 120 ans, que Marx dénonce
les rapports de production capitaliste comme entraves au
développement des forces productives. C'est en 1848 qu'il
déclare 'régressif et réactionnaire' le mode
capitaliste de production" ( 33).
Et on nous rappelle les phrases du Manifeste Communiste :
"Depuis des dizaines d'années, l'histoire de
l'industrie et du commerce n'est autre chose que l'histoire de la
révolte des forces productives modernes contre les rapports
modernes de production..."
"...Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de
renforcer plus longtemps son rôle de classe dirigeante et
d'imposer à la société, comme loi suprême,
les conditions d'existence de sa classe".
Ce morceau est cité par Weber pour se poser la question
"est-ce à dire que Marx et Engels se sont trompés
?". Réponse : C'est ce que devrait conclure sans
hésiter tout lambertiste qui prend un peu ses propres
thèses au sérieux. Si la contradiction entre le
développement des forces productives et le maintien des
rapports capitalistes de production se traduit par le blocage
pur et simple des forces productives, alors Marx et Engels se sont
trompés, non seulement en 1848, mais toute leur vie puisque,
selon les lambertistes, la stagnation des forces productives
commence en 1914 ! On ébauche alors une réponse confuse
: "Mais la théorie lambertiste du verrouillage des
forces productives est étrangère au marxisme...".
Par contre, si vous avez la conception de Weber, Marx et Engels ne se
sont pas trompés. Ainsi, après celle de Trotsky, voilà
l'infaillibilité de Marx et Engels sauvée, dans la tête
de Weber. Le dogme des différentes infaillibilités est
respecté. Mais du coup, on se retrouve simultanément en
pleine décadence du capitalisme en 1848 ; au début
seulement de "la crise générale du capitalisme"
en 1914, et en pleine expansion victorieuse du "Néo-capitalisme"
en 1960 ! La rupture se situe-t-elle "des dizaines d'années
avant 1848 ?", "il y a 120 ans" en 1848 ? en 1914 ? Ou
en 1945, au début du soi-disant "néo-capitalisme"
? Quand est-ce que s'ouvre cette fameuse "époque de
révolution sociale" dont parle Marx ?
On aura du mal à trouver une réponse cohérente
dans ce lamentable rafistolage "théorique" élaboré
en fin de compte uniquement pour sauver quelques dogmes
organisationnels et justifier le caractère "progressiste"
de tous les mouvements bureaucratiques du Tiers-monde, la nature
"anti-impérialiste" des puissances de Pékin
et Moscou, et toutes sortes de syndicalismes "critiques",
d'électoralismes pédagogiques et de réformismes
"transitoires".
De toutes façons, dans la vision des léninistes de "Que
faire ?", tous ces problèmes économiques de
caractérisation des périodes historiques etc., ont peu
d'importance, puisque ces "scientifiques" peuvent être
réellement convaincus que le seul vrai problème est
celui de la direction révolutionnaire : "La crise
historique de l'humanité se réduit à la crise de
la direction révolutionnaire" (Trotsky, 1938).
De tous ces rapiéçages théoriques qui servent de
couverture aux différentes variétés
trotskystes, il y a peu de choses à tirer, si ce n'est la
nécessité de se tenir à une définition
sérieuse de ce qu'on entend par ralentissement de la
croissance des forces productives.
Nous avons dit précédemment que ce ralentissement
devait, pour être significatif d'une période de
décadence :
résulter spécifiquement de l'étroitesse des
rapports de production ;
avoir un caractère irréversible et inévitable ;
provoquer un écart toujours croissant entre le
développement effectivement réalisé
des forces productives et celui qui serait possible en l'absence des
entraves constituées par les rapports de production dominants.
Au moment où Marx et Engels écrivaient le Manifeste
Communiste, il y avait bien des ralentissements périodiques de
la croissance par des crises cycliques. Au cours de ces crises, on
voyait bien jaillir déjà des contradictions
fondamentales du capitalisme. Mais ces "révoltes des
forces productives modernes contre les rapports modernes de
production n'étaient que des révoltes de jeunesse.
L'aboutissement de ces explosions régulières n'était
autre que le renforcement du système qui, dans une ascension
fulgurante, se débarrassait de ses habits d'enfance et
des dernières contraintes féodales qu'il trouvait
sur son chemin. En 1850, seulement 10% de la population mondiale est
intégrée aux rapports de production capitalistes.
Le système du salariat a tout un avenir devant lui. Marx et
Engels ont eu la géniale perspicacité de dégager
dans les crises de croissance du capitalisme l'essence de toutes ses
crises et d'annoncer ainsi à l'histoire future les fondements
de ses convulsions les plus profondes. S'ils ont pu le faire, c'est
parce que, dès sa naissance, une forme sociale porte en
elle, en germe, toutes les contradictions qui l'amèneront
à sa mort. Mais tant que ces contradictions ne sont pas
développées au point d'entraver de façon
permanente sa croissance, elles constituent le moteur même
de cette croissance. Les ralentissements que connaît par
à-coups l'économie capitaliste au XIXè
siècle n'ont rien à voir avec ces entraves permanentes
et croissantes. Tout au contraire, l'intensité de ces crises
est allée en s'adoucissant au fur et à mesure de leur
répétition. Marx et Engels se sont radicalement
trompés dans leur analyse de 1848 (Marx dans "Les luttes
de classe en France" ainsi qu'Engels dans l'introduction qu'il
fit à ce texte plus tard, n'ont d'ailleurs par craint de le
reconnaître).
Beaucoup plus lucide fut l'analyse faite par Rosa Luxembourg en
1898 ("Réforme ou Révolution") :
"... Les crises telles que nous les avons connues jusqu'à
présent (revêtent) elles aussi en quelque sorte le
caractère de crises juvéniles. Nous n'en sommes
pas parvenus pour autant au degré d'élaboration et
d'épuisement du marché mondial qui pourrait
provoquer l'assaut fatal et périodique des forces productives
contre les barrières des marchés, assaut qui
constituerait le type même de la crise de sénilité
du capitalisme... Une fois le marché mondial élaboré
et constitué dans ses grandes lignes et tel qu'il ne peut plus
s'agrandir au moyen de brusques poussées expansionnistes la
productivité du travail continuera à s'accroître
d'une manière irrésistible ; c'est alors que débutera,
à plus ou moins brève échéance, l'assaut
périodique des forces de production contre les barrières
qui endiguent les échanges, assaut que sa répétition
même rendra de plus en plus rude et impérieux".
Lorsque s'ouvre la période de reconstruction de la IIè
guerre mondiale, il y a déjà longtemps que le
capitalisme "ne peut plus s'agrandir au moyen de brusques
poussées expansionnistes". Depuis des décades,
la productivité du travail s'accroît trop vite pour être
contenue dans les rapports de production capitaliste. Il y a déjà
trente ans que les assauts répétés et de plus en
plus violents des forces productives contre "les barrières
qui endiguent leur développement" ravagent
sauvagement la société entière.
Il n'y a que la misère et la barbarie de ces années de
dépression croissante qui peuvent expliquer
l'éblouissement général provoqué par le
développement économique qui s'annonce avec la
reconstruction. Car, de quelque façon qu'on l'envisage, ce
"développement" constitue en fait le plus grand
ralentissement que la croissance des forces productives de l'humanité
ait connu jusqu'à présent. Jamais auparavant le
contraste entre ce qui est possible et ce qui est effectivement
réalisé n'atteint de telles proportions. Jamais "la
suite du développement n'apparut à ce point comme un
déclin". (Marx)
Pour rendre compte de l'ampleur de ce ralentissement, plusieurs
problèmes peuvent se poser : faut-il ou non inclure dans le
volume de la production effectivement réalisée, la part
destinée aux armes alors qu'il s'agit d'exprimer le
développement des forces productives ? De quelle façon
peut-on déterminer le niveau de production "qui aurait
été possible" ? Faut-il comparer les niveaux
effectivement réalisés à ceux qui auraient été
atteints si la croissance s'était poursuivie selon les taux de
la phase ascendante du système ? Et ceci en faisant partir la
croissance de 1913 ou de 1945 ? Faut-il au contraire déterminer
les taux qui seraient possibles en fonction des techniques
existantes sur le moment ? Faut-il considérer que les
forces productives "livrées à elles-mêmes"
se développeraient suivant des taux croissants ou constants ?
Nous allons comparer :
1°
: la production industrielle mondiale effectivement réalisée
de 1913 à 1959 (production d'armes comprise) avec celle qui se
serait produite si à partir de 1913 la croissance
industrielle s'était poursuivie au même rythme
qu'elle atteignait au cours de la décade 1880-1890 ( 34
) (Ceci en supposant que ce développement se serait fait à
un taux constant. Dans la réalité, ce taux ayant
eu plutôt tendance à augmenter sous l'influence de
l'accroissement de la productivité.)
2°
: la période qui nous intéresse est celle qui commence
au lendemain de la guerre. La comparaison avec la croissance
hypothétique définie dans le premier cas pourrait être
complétée par une comparaison avec une croissance
des nouveaux taux rendus possibles par le développement
des techniques à l'époque du IIè
conflit. Pour avoir une idée plus précise de la
puissance du ralentissement, nous ferons partir cette croissance
hypothétique du lendemain, même de la guerre en 1946.
Pour cette comparaison nous avons pris comme taux de croissance,
comme repère estimé possible à la suite de la
IIè guerre (si les rapports de production
capitaliste n'avaient pas entravé le développement),
celui qui fut atteint par la production industrielle des USA
entre 1939 et 1944 : la guerre avait ouvert à l'économie
américaine des débouchés suffisamment
importants pour lui permettre de libérer son appareil
productif au maximum de sa puissance. C'est toutefois un taux limité
par le fait que l'immense accroissement de la production eut pour
objet un type de production qui ne pouvait pas être
réintégré à la production pour accélérer
à son tour la croissance : les armes. En outre, ce taux se
réalise aux USA au même moment où les autres
puissances sont ravagées : la croissance de l'économie
américaine ne peut donc jouir de l'accélération
technique que fournit la collaboration internationale. Nous le
retenons parce qu'il a cependant -tout comme le taux-repère
précédent- la vertu d'avoir été
effectivement réalisé à un moment
donné, et qu'il fournit donc une appréciation des
capacités techniques réellement acquises par la
société.
L'indice de la production industrielle des USA passe de 109 à
235 entre 1939 et 1944 (100=1938), soit 110% d'accroissement en
5 ans. (voir Graphique ci-dessous ).
On
voit apparaître sur le graphique des écarts qui, aussi
bien dans un cas que dans l'autre, se creusent à une vitesse
croissante.
Ce graphique n'est que très approximatif et donne une image
probablement inférieure à celle des freinages
effectivement exercés. Il donne cependant une idée
claire de l'ampleur sans précédent de ces
freinages, de leur caractère irréversible et
inéluctable, ainsi que de leur accroissement ininterrompu.
Les périodes au cours desquelles les écarts
ralentissent leur croissance correspondent à celles de
réarmement ou de reconstruction. Leur caractère de
palliatif provisoire ressort nettement.
RI N°4, juin 1973
_________________
"AU
DELA D'UN CERTAIN POINT, LE DÉVELOPPEMENT DES FORCES
PRODUCTIVES DEVIENT UNE BARRIÈRE POUR LE CAPITAL ; EN D'AUTRES
TERMES, LE SYSTÈME CAPITALISTE DEVIENT UN OBSTACLE POUR
L'EXPANSION
DES
FORCES PRODUCTIVES DU TRAVAIL. ARRIVÉ A CE POINT, LE CAPITAL,
OU PLUS EXACTEMENT LE TRAVAIL SALARIÉ, ENTRE DANS LE MÊME
RAPPORT AVEC LE DÉVELOPPEMENT DE LA RICHESSE SOCIALE ET DES
FORCES PRODUCTIVES QUE LE SYSTÈME DES CORPORATIONS, LE
SERVAGE, L'ESCLAVAGE, ET IL EST NÉCESSAIREMENT REJETÉ
COMME UNE "ENTRAVE. LA DERNIÈRE FORME DE LA SERVITUDE QUE
PREND L'ACTIVITÉ HUMAINE TRAVAIL SALARIE D'UN CÔTE, ET
CAPITAL DE L'AUTRE EST ALORS DÉPOUILLÉE, ET CE
DÉPOUILLEMENT LUI-MÊME EST LE RÉSULTAT DU
MODE DE PRODUCTION QUI CORRESPOND AU CAPITAL. EUX-MËNES,
NÉGATION DES FORMES ANTÉRIEURES DE LA PRODUCTION
SOCIALE ASSERVIE, LE TRAVAIL SALARIE ET LE CAPITAL SONT A LEUR TOUR
NIÉS PAR LES CONDITIONS MATÉRIELLES ET
SPIRITUELLES ISSUES DE LEUR PROPRE PROCESSUS DE PRODUCTION".
Karl
Marx, Principes d'une critique de l'économie politique
_____________________________________
1
FRITZ STERNBERG "Le conflit du siècle", page 24
(éditions le Seuil, collection "Esprit")
22
Par
exemple, en 1962 les dépenses militaires américaines
en avions, missiles, matériel électronique et
équipement de télécommunications absorbent
75% des dépenses militaires totales de l'Etat. Les navires,
l'artillerie, les véhicules et les équipements
connexes (plus "divers"), ce qui fut un temps l'essentiel
des forces armées, se partagent les 25% restants.
23
Ce
facteur apparaît dans toute son importance si on exprime
le taux de profit général sous la forme::
P1/(C+V) =
(P1/V)/(1+C/V)
P1/V
étant la définition du taux d'exploitation (ou de plus
value).
24
II
semble incontestable qu'aux USA les salaires réels aient
augmenté au cours de la deuxième guerre, fait
probablement lié à la non-intégration du
territoire américain à la guerre. Mais le gouvernement
américain ne manque pas moins d'offrir aux travailleurs
la fameuse "alternative" de Goering -résolue
toujours d'avance- : "Du beurre ou des canons": au cours
de la guerre la production de biens de consommation "durables"
fut interdite.
25
Henri
Claude, "De la crise économique à la guerre
mondiale" page 61, Editions Sociales 1947.
26
En
1945, cette concentration avait fait de tels progrès aux USA
que l'on pouvait estimer (Sternberg) que les 250 plus grandes
entreprises produisaient l'équivalent des 75000 entreprises
industrielles d'avant le conflit!!
28
9,48
millions de chômeurs en 1939, 670000 en 1944 et 3,395 millions
en 1949 (Rapport économique du président, 1950).
29
ONU, 26ème
session de l'assemblée générale -réponse
des USA au questionnaire de l'ONU sur "les conséquences
économiques et sociales de la course aux armements..."
1972, page 48.
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