Toutes
les crises du capitalisme n'ont pas déclenché des
mouvements révolutionnaires du prolétariat, mais tous
les grands moments de la lutte prolétarienne ont été
provoqués par des crises du capitalisme. Ces crises ont eu
parfois la forme de crises économiques ouvertes (1848, 1921-23
en Allemagne), mais la plupart du temps, c'est sous la forme de
guerres qu'elles ont poussé la classe ouvrière à
l'action révolutionnaire (1871, 1905, 1917-18).
Le prochain assaut révolutionnaire du prolétariat sera
certainement la réponse à la crise économique
ouverte dans laquelle le capitalisme s'enfonce depuis maintenant près
de dix ans. La combativité retrouvée par le prolétariat
depuis la fin des années 60, et demeurée intacte
depuis lors aux quatre coins de la planète, l'échec des
campagnes d'embrigadement idéologique tentées par la
bourgeoisie dans les pays industrialisés, permettent
d'affirmer que la bourgeoisie mondiale ne pourra recourir à
une nouvelle guerre mondiale sans avoir au préalable affronté
et écrasé la classe révolutionnaire.
Comprendre la crise actuelle du capitalisme, ses causes et ses
perspectives, est donc indispensable pour comprendre les conditions
objectives qui créent le terrain sur lequel le prolétariat
livrera encore une fois bataille pour tenter d'arracher l'humanité
à la barbarie et ouvrir la voie à la société
communiste.
Mais au travers de l'analyse de la crise du capitalisme se dessine
aussi l'analyse de ce que devra être la société
future et les moyens de la bâtir. La base objective sur
laquelle la société communiste commencera à
se bâtir sera sa capacité à faire disparaître
les entraves qui bloquent aujourd'hui l'évolution de
l'humanité. Suivant l'idée que l'on se fait de ce que
sont ces entraves, on aura tendance à mettre en avant, dans le
projet de la nouvelle société, telle ou telle mesure qui
les élimine. Ainsi, par exemple, la défense de
l'idéologie du capitalisme d'État comme synonyme du
socialisme, ou étape nécessaire vers le socialisme,
s'accompagne généralement d'analyses qui voient la
cause de la crise du capitalisme dans l'existence de "200
familles de milliardaires" ou bien dans les "multinationales".
Par la compréhension de la marche et des causes de la crise du
capitalisme, le prolétariat renforce sa prise sur les moyens
et le contenu de sa lutte historique.
C'est seulement dans le cadre d'une intervention révolutionnaire
militante que peut et doit être menée l'activité
d'analyse de la crise. Cependant, l'extraordinaire affaiblissement
du mouvement révolutionnaire sous les coups de la
contre-révolution triomphante pendant près d'un
demi-siècle a fait que, depuis, les travaux d'analyse de la
vie économique du capitalisme ont été
particulièrement peu importants dans le courant
révolutionnaire. Qui plus est, l'introduction dans les
universités d'un marxisme émasculé pour être
transformé en partie intégrante de la "science
économique", a fait surgir des "économistes
marxistes" qui ont embourbé les analyses révolutionnaires
dans le plus stérile académisme universitaire.
Avec l'approfondissement de la crise actuelle et l'inévitable
développement de la réflexion politique au sein de la
classe ouvrière en lutte, la question de la compréhension
des causes, de la marche et de l'issue de la crise devient pourtant
de plus en plus une question concrète qui sera débattue,
non pas dans des cercles de révolutionnaires initiés,
ou dans les salles de cours des universités, mais dans les groupes de
chômeurs, les assemblées d'usines, et tous les lieux où
se forge au feu de la lutte la conscience révolutionnaire du
prolétariat. C'est dans cette perspective, en vue d'être
capables d'y être des facteurs actifs de clarté, que les
révolutionnaires doivent s'attacher à analyser
l'évolution économique du capitalisme.
L'AMPLEUR
DE LA CRISE ACTUELLE
Trois récessions de plus en plus profondes de la croissance
de la production mondiale en 10 ans ; 18 millions de chômeurs
dans les seuls pays industrialisés du bloc occidental ;
la quasi-totalité des pays sous-développés en
banqueroute totale ; l'effondrement du système
monétaire international ; quasi-stagnation de la
croissance du commerce international ; développement
ininterrompu du protectionnisme de la part de tous les pays ; la
réalité de l'enfoncement du capitalisme mondial dans
une nouvelle crise ouverte de surproduction est devenue
aujourd'hui la préoccupation majeure de tous les gouvernements
du monde, sans qu'ils parviennent pour autant à offrir d'autre
issue qu'une nouvelle guerre mondiale.
C'est en 1967 que les premiers symptômes se font sentir de
façon certaine : la croissance annuelle de la production
mondiale tombe à son niveau le plus bas depuis 10 ans.
Dans les pays de l'OCDE, le chômage et l'inflation connaissent
des accélérations faibles, mais certaines. La
croissance des investissements se ralentit sans discontinuité
de 65 à 67. En 1967, il y a officiellement 7 millions de
chômeurs dans les pays de l'OCDE, et le PNB croit de 3,5%. Ce
sont des chiffres qui aujourd'hui semblent négligeables
comparés au niveau atteint par la crise actuellement, mais ils
n'en marquaient pas moins la fin de la prospérité
d'après-guerre, comme on peut le voir dans les graphiques
ci-après :
CROISSANCE
DU VOLUME DE LA
PRODUCTION
MONDIALE
(%
par an)
La
courbe de la croissance de la production mondiale est une moyenne qui
peut indiquer la tendance générale mais manque de
précision. En réalité, elle suit avec quelques
déformations celle des pays industrialisés du bloc
occidental (OCDE). L'importance de la récession de 65-67
apparaît encore plus nettement dans l'évolution de la
croissance des pays de l'OCDE :
CROISSANCE
DU VOLUME DE LA
PRODUCTION
DES PAYS DE L'OCDE
(%
par an)
Dans
les pays de l'Est, et d'après leurs chiffres mêmes, la
fin des années 60 marque aussi un ralentissement définitif
de la croissance de la production. La comparaison des graphiques
permet par ailleurs de constater comment l'évolution de la
production des pays dits "communistes" suit de façon
de plus en plus proche celle des pays occidentaux.
CROISSANCE
DU VOLUME DE LA
PRODUCTION
DES PAYS DE L'EST
(% par an)
La deuxième récession, dont le fond est touché en
70, est beaucoup plus forte que celle de 67. Dans les pays de l'OCDE,
elle est plus profonde, et dans l'ensemble du monde, elle est plus
longue. Elle vient confirmer que la récession de 67 n'avait
pas été un accident "allemand" mais l'annonce
certaine d'une nouvelle période d'instabilité
économique.
Pendant quelques années, les USA, soutenant l'effort
militaire de la guerre au Viêt-nam, ont entretenu
l'illusion d'une croissance mondiale. Avec leur désengagement
progressif, la croissance retombe, en même temps que
l'endettement américain apparaît dans toute son
ampleur. Pour réduire leur endettement, et accroître
artificiellement la compétitivité de leurs
marchandises, les USA laissent "s'effondrer" le Dollar et
avec lui le système monétaire international, les
principales puissances occidentales se jettent dans une fuite en
avant en relançant leurs économies par les planches à
billets (et à chèques). Cette politique est
immédiatement sanctionnée par le déchaînement
d'une inflation internationale qui contraint tous les gouvernements
à"freiner"de nouveau leurs machines économiques
dès 73.
La hausse du prix du pétrole, présentée par la
bourgeoisie comme la cause de la récession qui va
suivre, ne fut en fait que la conséquence de
l'inflation mondiale et un prétexte utilisé dans tous
les pays pour imposer des politiques d'austérité.
L'actuelle surproduction de pétrole a définitivement
réduit à néant tout le verbiage sur la "crise
du pétrole".
La nouvelle récessionde 74-75 dépasse en
ampleur et en profondeur toutes celles qui l'ont précédée
depuis la guerre. En 75, la croissance de la production mondiale est
nulle. La production de l'OCDE diminue.
La crise, qui jusqu'alors était surtout apparue sous sa forme
superficielle de crise monétaire, apparaît dans toute sa
réalité. En moins de deux ans, le nombre de
chômeurs dans l'OCDE passe de moins de 10 millions à
plus de 16 millions.
NOMBRE
DE CHÔMEURS
(OCDE
- en millions)
L'année 1976 a été chantée par la plupart
des économistes et des gouvernements comme la fin du
cauchemar. La croissance de la production semblait reprendre.
Mais les résultats de l'année 77 puis ceux de 78 sont
venus réduire en fumée tous ces espoirs. Le chômage
n'a pour ainsi dire pas cessé de croître depuis 67 dans
le monde entier, sans que plus aucun gouvernement ne se risque à
parler de possible amélioration dans les années
qui suivent, au contraire. Dans les grands pays industrialisés,
le chômage atteint jusqu'à présent surtout les
secteurs économiques les moins rentables et au sein de la
classe ouvrière, les secteurs que le capital pouvait le plus
facilement frapper: les femmes, les jeunes, les travailleurs
noirs aux USA, les immigrés en Europe. Il attaque maintenant
la totalité de la classe ouvrière.
Pendant dix années, les gouvernements du monde ont alterné
régulièrement les "politiques de relance" et
les "politiques de refroidissement" pour tenter de
parer aux difficultés de leurs économies nationales. Le
bilan peut être résumé par les résultats
de ces fluctuations : alors que les politiques de relance sont de
moins en moins capables de provoquer la reprise de la croissance de
la production sans déclencher une inflation incontrôlable,
les "refroidissements" se traduisent par des effondrements
de la croissance chaque fois plus profonds
Depuis dix ans, la tendance générale de l'économie
mondiale dessine sans ambiguïté :
- le ralentissement croissant de la production,
- l'augmentation continue du chômage,
- le ralentissement du commerce mondial et le
développement du protectionnisme.
On peut mieux cerner l'ampleur et le rythme de la crise actuelle en
la comparant aux données de la crise de 1929. Les
chiffres "officiels" du chômage actuel (18 millions de
chômeurs pour les pays de l'OCDE) sont encore loin des chiffres
atteints au plus profond de la
crise de 29 34 : 3 millions en Grande-Bretagne, 6 millions en
Allemagne, 12 millions aux USA.
Le volume du commerce mondial a aujourd'hui cessé de croître,
il avait diminué de 80% dans l'entre-deux guerres.
La croissance de la production industrielle mondiale s'est fortement
ralentie au cours des dix dernières années jusqu'à
quasiment stagner. Elle avait en 29-34 diminué de 38%
pour le monde entier, de 50% aux USA et en Allemagne.
La crise actuelle est donc loin de l'effondrement connu par
l'économie capitaliste mondiale dans les années 30,
et son rythme est beaucoup plus lent.
Depuis 1929, les économies de tous les pays sont
progressivement passées sous un contrôle direct
plus important et plus omniprésent de leurs États.
Depuis la 2ème Guerre Mondiale, ce contrôle
étatique au niveau national s'est doublé au niveau
international du contrôle des deux principales puissances
impérialistes qui ont organisé le monde en deux blocs
soumis à leur autorité. Cette "organisation"
de la production capitaliste a permis pendant des décennies de
maîtriser beaucoup mieux qu'en 29 les contradictions du
système, et elle explique aujourd'hui la lenteur de la crise.
Mais pallier aux effets des contradictions ne veut pas dire les
résoudre. Le capitalisme n'a pu contrôler les effets de
ses contradictions qu'en repoussant le jour de leur dénouement.
Il ne les a pas résolues, il les a rendues plus explosives.
La crise actuelle, en mettant en évidence l'impuissance de
l'organisation et des politiques économiques mises en place
depuis les années 30 et la 2ème Guerre
Mondiale, s'annonce plus grave et plus définitive que toutes
les crises précédentes du capitalisme.
LES CAUSES DE LA
CRISE
Il faut distinguer, premièrement, la cause fondamentale, la
contradiction principale du capitalisme telle qu'elle existe depuis
les premiers temps du capitalisme et ne devient une entrave
définitive qu'à partir d'un certain degré de
développement du système ; deuxièmement,
la cause "immédiate" de la crise actuelle,
c'est-à-dire la raison pour laquelle le capitalisme n'est
plus parvenu depuis 10 ans à pallier à sa
contradiction fondamentale.
La contradiction fondamentale du capitalisme
La théorie des crises du capitalisme a été un
objet permanent du débat parmi les révolutionnaires
depuis les analyses sur l'impérialisme dans la période
de la 1ère Guerre Mondiale. On ne trouve pas chez
Marx de théorie achevée de la crise, d'une part parce
qu'il est mort avant d'avoir écrit les travaux sur le marché
mondial dans lesquels il se proposait de traiter de façon
systématique la question. D'autre part parce que les
conditions historiques de l'époque où il a vécu
rendaient plus difficile de percevoir tous les aspects de
contradictions pas encore parvenues à un degré de
développement définitivement critique. Cependant,
ce problème traverse toute son oeuvre. Il revient à
Rosa Luxemburg d'avoir systématisé la théorie
ébauchée chez Marx, se servant des données
fournies par le développement même du capitalisme,
et en particulier de l'impérialisme. Rejetées par
Lénine et Boukharine, les analyses théoriques de Rosa
Luxemburg n'ont depuis cessé de nourrir le débat parmi
les révolutionnaires. Ainsi, dans des groupes comme la
Fraction de la Gauche Italienne pendant l'entre-deux guerres (Bilan),
ou dans Internationalisme pendant la seconde guerre, la théorie
de Rosa Luxemburg coexistait en débat au sein de la même
organisation avec d'autres analyses (Lénine, Boukharine,
Grossmann).
Ce débat, surtout au cours des dernières années,
a eu tendance à se cristalliser autour de deux analyses
principales : celle de Rosa Luxemburg et celle qui présente la
baisse tendancielle du taux de profit exposée de façon
complète, systématique, alors que la contradiction
entre les lois qui régissent la sphère de la production
et celles qui régissent celle de la consommation, empêchant
les capitalistes de créer les débouchés
nécessaires à l'expansion de leur production se trouve
souvent éparse, du Manifeste Communiste au Livre III du
Capital. Marx prévoyait un exposé systématique dans des
travaux qu'il n'a jamais pu réaliser. Mais rien ne serait plus
absurde que d'en déduire l'exclusivité de la loi de la
baisse tendancielle du taux de profit comme analyse marxiste des
crises.
L'analyse de la contradiction fondamentale du capitalisme par
Rosa Luxemburg -que nous partageons- n'est pas une "nouvelle"
théorie par rapport à Marx, mais l'exposé
systématique de l'analyse des crises dont Marx n'a pu tracer
que les axes fondamentaux. C'est ainsi que l'on peut exposer "la
théorie de Rosa Luxemburg'' des crises avec les formulations
mêmes de Marx :
"Il suffit de rappeler les crises commerciales qui, par leur
retour périodique, menacent de plus en plus l'existence de la
société bourgeoise. Dans ces crises, une grande partie,
non seulement des produits déjà créés,
mais encore des forces productives existantes est livrée à
la destruction. Une épidémie sociale éclate
qui, à toute autre époque, eut semblé absurde :
l'épidémie de la surproduction. Brusquement, la société
se voit rejetée dans un état de barbarie momentané ;
on dirait qu'une famine, une guerre de destruction universelle,
lui ont coupé les vivres ; l'industrie, le commerce,
semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société
a trop de civilisation, trop de vivres, trop d'industries, trop de
commerce". (Marx, Manifeste Communiste).
Cette crise de surproduction "qui, à toute autre
époque eut semblé absurde", trouve son origine
fondamentale, d'après Marx (comme d'après Rosa
Luxemburg) dans une trop grande production par rapport non pas aux
besoins réels des hommes (ceux-ci sont en faits jetés
dans une plus grande misère par la crise), mais par rapport au
pouvoir d'achat des masses :
"Il n'est pas produit trop de richesses. Mais périodiquement,
il est produit trop de richesses dans les formes antagoniques du
capital". (Marx, Le Capital, Livre III, Sème
Section, p.104, Ed. La Pléiade).
Ces "formes antagoniques du capital" sont celles qui
opposent d'une part la production capitaliste poussée par
la concurrence à s'élargir toujours plus sous peine de
mort, comme si elle n'avait d'autre limite que les besoins de
consommation absolus des hommes, et d'autre part le fait que le
capital ne peut distribuer dans la société le revenu,
le pouvoir d'achat nécessaire pour l'acheter dans sa
totalité.
Les capitalistes et les ouvriers ont un pouvoir de consommation
solvable qui constitue un marché pour une partie de la
production : il équivaut à la masse des salaires
versés aux ouvriers plus la part du profit destinée à
la consommation personnelle des capitalistes. Mais reste la partie du
profit destinée à être réinvestie dans la
production : cette partie ne peut trouver d'acheteurs au sein
des rapports capitalistes. Elle doit être vendue "à
l'extérieur", aux secteurs non capitalistes (artisans,
paysans, pays où dominent des formes de production
archaïques). Lorsque ces marchés "extérieurs"
font défaut, la crise apparaît, mettant en évidence
le décalage entre le besoin d'expansion de la production et
l'incapacité de la masse des travailleurs de s'en rendre
acquéreurs :
"Le pouvoir de consommation des travailleurs est limité
en partie par les lois du salaire, en partie par le fait qu'ils ne
sont employés qu'aussi longtemps que leur travail est
profitable pour la classe capitaliste. La raison ultime de
toutes les crises réelles c'est toujours la pauvreté et
la consommation restreinte des masses face à la tendance de
l'économie capitaliste à développer
les forces productives comme si elles n'avaient pour limite que le
pouvoir de consommation absolue de la société."
(p. 1206, idem, souligne par nous)
Le capitaliste ne peut pas résoudre cette contradiction en
augmentant les salaires, car il ne ferait qu'augmenter les coûts
de production et donc baisser la compétitivité de ses
marchandises sur le marché. Il ne peut pas plus augmenter la
consommation personnelle des capitalistes, car il ne ferait alors que
réduire la part du profit destinée à
l'investissement et à élargir l'accumulation de son
capital.
C'est pourquoi, à la recherche de débouchés
nouveaux et toujours plus larges, il est contraint de vendre aux
secteurs non capitalistes. Historiquement, le capitalisme a trouvé
les débouchés nécessaires à son expansion
d'abord chez les paysans et artisans des pays capitalistes, enfin
dans les pays où dominaient des formes de production
pré-capitalistes, pays qu'il a colonisés et dans
lesquels il a instauré des rapports de production
capitalistes.
"Poussée par les besoins de débouchés
toujours plus larges pour ses produits, la
bourgeoisie envahit toute la surface du globe ; partout elle
doit s'incruster, partout il lui faut bâtir, partout elle
établit des relations (...). Le plus bas prix de ses
marchandises est ta grosse artillerie avec laquelle elle démolit
toutes les murailles de Chine et obtient la capitulation des
barbares les plus xénophobes. Elle contraint toutes les
nations, sous peine de courir à leur perte, d'adopter le
mode de production bourgeois ; elle les contraint d'importer
chez elle ce qu' elle appelle la civilisation, autrement dit : elle
en fait des nations de bourgeois. En un mot, elle crée un
monde à son image:' (souligné par nous) (Marx, Le
Manifeste Communiste)
Le capitalisme compense donc son incapacité à créer
ses propres débouchés et la misère qu'il crée
pour ses exploités directs, en étendant son marché
au monde entier, en créant le marché mondial. Mais, au
fur et à mesure qu'il étend son mode de production, il
réduit d'autant les débouchés dont il a besoin
pour vivre.
"(Les crises) gagnent en fréquence et en violence.
C'est que la masse des produits et donc le besoin de débouchés
s'accroît, alors que le marché mondial se rétrécit
; c est que chaque crise soumet au monde commercial un marché non encore
conquis ou peu exploité et restreint ainsi les débouchés".
(Marx, Travail salarié et capital, -Ed. la
Pléiade, p. 228).
Telle est la "raison ultime de toutes les crises réelles"
d'après Marx. Poursuivant cette analyse, Rosa Luxemburg montra
comment l'impérialisme se développe à la fin du
19ème siècle et aboutit à la première
guerre mondiale:
"La deuxième étape du processus historique
d'expansion du capitalisme : la période de la concurrence
mondiale accentuée et généralisée des
États capitalistes autour des derniers restes de territoire
non capitalistes du globe". (Rosa Luxemburg, Critique des
Critiques, Ed. Maspero, p.229)
La loi de la baisse tendancielle du taux de profit, découverte
par Marx, traduit la contradiction entre le fait que le capitalisme
ne peut extraire son profit que du travail de l'ouvrier, du
travail "vivant", alors qu'avec le développement du
capitalisme, la part de ce travail dans la production diminue
systématiquement au profit de celle du "travail mort",
les machines et matières premières. Cette contradiction
est une réalité fondamentale du capitalisme et,
contrairement à ce qu'ont pu prétendre certains
défenseurs de l'idée qu'elle était la seule
théorie marxiste des crises, elle n'est ni contradictoire
avec la théorie de la saturation des marchés, ni la
"raison ultime de toutes les crises".
Elle n'est pas contradictoire avec la théorie de l'incapacité
du capitalisme de créer ses propres marchés parce que :
- d'une part, c'est la concurrence entre capitalistes pour des
marchés qui contraint en permanence le capital à
accroître sa productivité, donc la composition organique
du capital, c'est à dire la part de travail mort (capital
constant) par rapport à celle du travail vivant (capital
variable).
- d'autre part, c'est par l'extension de l'échelle de la
production et donc par la conquête de nouveaux débouchés
que les capitalistes 1) compensent la baisse du taux de profit par la
masse du profit 2) contrecarrent cette baisse par l'accroissement
de l'exploitation que permet une extraction plus puissante de
plus-value relative (l'extension de l'échelle de la production
permet une diminution des coûts de production des biens
nécessaires à la subsistance de l'ouvrier et donc de la
valeur réelle de son salaire).
La loi de la baisse tendancielle du taux de profit n'est pas non plus
la "raison ultime de toutes les crises" par le fait même
qu'elle peut être contrecarrée et compensée du
moment que le capital peut trouver des débouchés
nouveaux pour son expansion. En dernière instance, c'est parce
que le capital ne trouve plus de débouchés suffisants
que la baisse tendancielle du taux de profit devient baisse
effective. La saturation des marchés est la raison ultime des
baisses réelles du taux de profit et non l'inverse. Dans la
réalité concrète de l'histoire du capitalisme,
la lutte pour le maintien du taux de profit se traduit par la lutte
pour des marchés nouveaux.
Les causes immédiates de la crise actuelle
Pour
comprendre pourquoi depuis 10 ans, le capitalisme mondial se trouve
de nouveau confronté avec sa contradiction fondamentale au
point de plonger dans une nouvelle crise ouverte de surproduction,
alors qu'il était parvenu depuis la guerre à s'assurer
une prospérité relativement stable, il est nécessaire
de replacer cette crise dans son cadre historique, celui de la
décadence du capitalisme. La première guerre mondiale
mit en évidence que le développement atteint par le
capitalisme au début du siècle était devenu
définitivement trop important par rapport aux capacités
d'absorption du marché mondial. La planète entière
achevait d'être partagée entre les principales
puissances capitalistes. Les nouveaux venus sur le marché
mondial, l'Allemagne ou le Japon, par exemple, ne pouvaient plus se
développer sans mettre en question le partage existant et
cette remise en question ne pouvait être faite que par le moyen
de la guerre.
"Pour la première fois, le monde se trouve partagé
entièrement, si bien qu'à l'avenir il pourra
UNIQUEMENT être question de nouveaux partages, c'est à
dire du passage d'un "possesseur" à un autre, et non
de la "prise de possession" de territoires sans maître"
(Lénine, L'impérialisme, stade suprême du
capitalisme, Ed. de Moscou 1971, p. 716)
Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait plus, à cette époque,
un seul secteur non capitaliste dans le monde. En 1914, comme encore
aujourd'hui, il restait dans le monde non seulement des pays où
les secteurs archaïques pré-capitalistes existant étaient
devenus trop restreints par rapport à l'ampleur
atteinte par les besoins d'expansion du capitalisme mondial. Il n'y
avait pas assez de marchés par rapport au nombre de
puissances capitalistes et à leur développement, ou,
dit d'une autre façon, il y avait trop de puissances trop
développées par rapport aux marchés existants.
La guerre de type impérialiste et mondiale, qui,
contrairement à la plupart des guerres du passé ne
se déroule plus uniquement dans des zones peu explorées,
mais étend son champ de bataille aux centres industriels et à
la population civile, a deux vertus pour résoudre
momentanément la crise du capitalisme : d'une part, elle
élimine les pays capitalistes détruits de la
compétition mondiale pour les marchés ; d'autre
part, elle transforme momentanément les pays détruits
en marchés pour les marchandises des vainqueurs qui
contribuent à leur reconstruction.
C'est ainsi que depuis 1914, le capitalisme en déclin vit
suivant un cycle de crises, guerre, reconstruction. C'est dans ce
cycle de barbarie permanente et généralisée que
nous devons replacer la crise actuelle.
- 1914 1918 : première guerre mondiale.
Durée, 4 ans, 24 millions de morts.
- 1919-1929 : reconstruction. Les USA deviennent la
première puissance mondiale aux dépens des pays
européens qu'ils aident à reconstruire, touten
s'emparant progressivement de leurs empires coloniaux sous le
drapeau du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes".
- 1929-1938 : fin de la reconstruction. Crise économique
sans précédent dans l'histoire du capitalisme. A partir
de 34-35, le renforcement de 'État sous la
pression de la décadence du capitalisme, la tendance
au capitalisme d'État (stalinisme en Russie, fascisme en
Italie et en Allemagne, New Deal aux USA, Front Populaire en France)
permet des politiques de création de marchés
artificiels par l'augmentation des commandes de l'État
("grands travaux", mais surtout armement intensif). Le chômage
est quelque peu résorbé, mais dès 38, une
nouvelle crise économique mondiale commence à
éclater. En 1939, Hitler déclare la seconde guerre
mondiale au cri de "L'Allemagne doit exporter ou périr !".
- 1939-45 : seconde Guerre Mondiale. Durée : 6
ans. 50 millions de morts. A l'exception de ceux des USA, presque
tous les grands centres industriels du monde sont touchés.
- 1945-67 : reconstruction. Le monde est organisé
en deux blocs hégémoniques. La guerre entre les deux
puissances dominantes devient permanente au travers des conflits
locaux dans les pays sous-développés sous les couleurs
des "luttes de libération nationale".
Les années 65-67 marquent globalement pour le bloc occidental
la fin de la reconstruction qui a suivi la seconde guerre mondiale.
L'achèvement des périodes de reconstruction n'est
pas caractérisé par le fait que les pays détruits
atteignent des volumes de production analogues à ceux qu'ils
réalisaient avant la guerre. Cet achèvement est plutôt
marqué par le fait que l'ensemble des pays détruits
sont devenus de nouveau des puissances concurrentes sur le marché
mondial c'est à dire qu'ils ont atteint un degré de
développement tel qu'ils peuvent et doivent exporter plus de
marchandises qu'ils n'en importent.
A ce stade, non seulement ils cessent de constituer eux-mêmes
un marché pour les pays "reconstructeurs", mais en
outre, ils entrent inévitablement en concurrence avec eux pour
les marchés existants. Ce stade fut globalement atteint autour
de 1965-67 pour le bloc occidental. C'est ce que montre
l'évolution des taux de couverture des balances commerciales
(pourcentage des exportations sur les importations) du Japon et de la
CEE (Communauté économique européenne, "les
six"). Dans le graphique ci-dessous, sont représentées
les évolutions de ces taux de couverture depuis 1948 :
On a représenté sur le même graphique le taux de
couverture de la balance commerciale des USA afin de mieux
illustrer le processus antagonique de la reconstruction.
Comme on le voit, en 1948 lorsque la reconstruction de l'Europe et du
Japon bat son plein, les exportations des USA sont presque deux fois
plus grandes que leurs importations, alors que les exportations
japonaises ne couvrent que 40% de ses importations, et celles de
l'ensemble des 6 pays de la CEE les couvrent de 60%. Vingt ans plus
tard, la balance commerciale américaine se dégrade
jusqu'à devenir négative, alors que l'Europe et le
Japon deviennent exportateurs. Telle est la cause immédiate
principale de la crise actuelle du capitalisme. La
reconstruction, après l'holocauste de la 2ème guerre
mondiale, ce palliatif auquel le capitalisme décadent a
recours pour compenser l'insuffisance définitive des marchés
extra-capitalistes, est achevée.
LES PERSPECTIVES DE
LA CRISE
Il est difficile de prévoir exactement le rythme auquel
continuera de se développer la crise. On peut cependant
constater que la plupart des mesures proposées aujourd'hui,
ici et là, par les économistes et les politiciens pour
trouver ou créer artificiellement de nouveaux débouchés
à la production ont soit déjà été
tentées, en particulier depuis la fin des années
60, soit constituent de pures aberrations.
- "Faire des prêts à bon marché aux
pays pauvres" :
Cela a été ait par les deux blocs. Le résultat,
c'est qu'aujourd'hui, l'endettement des pays du Tiers-Monde
dépasse les 250 milliards de dollars, ce qui équivaut
au revenu annuel d'un milliard d'hommes, de pays comme l'Inde ou le
Pakistan (dans ces pays, le revenu par tête est inférieur
à 250 dollars par an), soit du quart de l'humanité. Cet
endettement est tellement énorme que les propositions de faire
un moratoire sur certaines dettes des pays sous-développés
est devenu un des derniers gadgets de la démocratie
impérialiste. Des pays comme la Grande-Bretagne ou la Suède
ont même fait "des gestes" en ce sens, mais ce ne
sont pas de tels "gestes" qui pourront sortir les pays
sous-développés de la banqueroute totale dans laquelle
ils sont plongés. Au stade actuel, de nouveaux prêts ne
feraient pas de ces pays de nouveaux clients capables de relancer la
production mondiale. Ils serviraient tout au plus à payer
une petite partie des dettes qu'ils ont déjà
contractées.
- "Augmenter les crédits entre pays développés
afin de faciliter de nouveaux échanges"˚:
C'est en grande partie ce qui a été fait depuis le
milieu des années 60, organisé à l'échelle
des blocs. Les fameux "droits de tirage spéciaux" du
FMI (Fonds Monétaire International) constituent des
crédits gigantesques que les pays occidentaux se font entre
eux sous la direction du chef du gang occidental, les USA. Les dettes
d'un pays sont épongées par des promesses de paiement
des autres pays, elles-mêmes couvertes par d'autres dettes
contractées internationalement. On paie des dettes avec des
dettes sur d'autres dettes. Depuis 1965, l'endettement international
a progressé en spirale au point que la vie capitaliste
actuelle repose sur un immense tas de papier, de reconnaissance de
dettes, l'essentiel étant sous la forme de dollars. De
nouveaux crédits, c'est-à-dire de nouveaux
endettements, peuvent difficilement relancer une économie qui
croule déjà sous les dettes.
-"Développer
les relations commerciales entre les deux blocs"
Cela aussi a
Été tenté. Depuis le développement de la
coexistence pacifique par les pays de l'Est et les politiques
d'ouverture à l'Est des pays occidentaux, les échanges
entre les deux blocs ont progressivement augmenté. Mais
non seulement ces échanges sont restés somme toute très
restreints, ils ont en outre déjà abouti à un
développement trop élevé des dettes des pays de
l'Est. La dette de ceux-ci à l'égard de l'occident
s'élève déjà à 40 milliards de
dollars. En 1977, ces pays ont dû décider de réduire
leurs achats pour réduire leur déficit commercial de
7,5 milliards de dollars en 1976 à 5 milliards en 1977. La
crise n'a pas relancé ces échanges mais les a réduits.
Mais si toutes les solutions pour créer des marchés
solvables au niveau international échouent
lamentablement, peut-être y a-t-il des solutions "nationales"
telles qu'augmenter les dépenses publiques de l'État ou
bien, comme le préconisent les nouveaux
"sous-consorrnnationnistes", augmenter les salaires. Ces
solutions n'ont pas plus de chance d'être efficaces ou
réalisables que celles envisagées au niveau
international.
- "Augmenter les dépenses publiques"˚:
Le fondement de l'apport de Keynes à l'économie politique
bourgeoise peut se résumer au fait d'avoir accepté de
reconnaître, en plein marasme de la crise de 1929,
l'ineptie de ce principe religieux de la science économique
bourgeoise, inventé par l'économiste français
Jean-Baptiste Say au 19ème siècle, suivant lequel le
capitalisme ne peut pas connaître de véritable crise de
marchés puisque "toute production est en même temps
une demande". La solution keynésienne consisterait à
créer une demande artificielle par l'États. Si le
capital ne parvient pas à créer une demande nationale
suffisante pour absorber la production, et si en outre, les marchés
internationaux sont saturés, Keynes préconise que
l'État se fasse acheteur des masses de produits qu'il paiera
avec de la monnaie de singe émise par lui. Comme tout le
monde a besoin de cet argent, personne ne protestera sur le fait
qu'il ne représente que du papier. Les politiques des
grands travaux d'abord, celles de production massive d'armements
ensuite, permirent après 1929 de sortir de la crise pour aller
...à la deuxième guerre mondiale. Au lendemain de la
guerre, c'est au niveau du bloc occidental que les principes
keynésiens sont appliqués. Au début des années
70, leur utilisation est encore renforcée. En ce sens,
l'actuelle crise n'est pas la manifestation d'un besoin de
politique keynésienne, mais au contraire de leur épuisement.
- "Augmenter les salaires"˚:
C'est la "solution" que se plaisent à préconiser
certains partis qui se trouvent actuellement dans l'opposition. Mais
cela est impossible dans un monde capitaliste, et ces partis le
savent bien qui, une fois au gouvernement, s'empressent d'appliquer
la politique contraire. Toutes conditions égales par ailleurs,
un pays qui paye ses ouvriers plus cher est automatiquement
moins compétitif au niveau du marché mondial.
Rêver d'un capitalisme qui se porte d'autant mieux qu'il
augmente d'autant plus les salaires de ses exploités est aussi
absurde que de rêver d'un capitalisme sans exploitation. La
réalité est éloquente à ce sujet :
face à la crise, aucun pays n'a même envisagé
d'augmenter les salaires. Au contraire, c'est l'austérité
qui est la règle générale.
Le capitalisme n'a plus de politique économique à
offrir autre que la guerre. Toute la récente évolution
de la situation internationale vérifie qu'il en est
ainsi. Du point de vue de l'évolution de la crise, nous
sommes plus proches de la situation de 1938 que de celle de 1929. La
différence avec les années 30 réside
actuellement essentiellement en deux points majeurs :
1)
l'organisation au niveau national et international du capitalisme
lui permet d'atténuer relativement la chute dans la crise par
la capacité que le totalitarisme de sa domination lui donne de
"détourner" partiellement et momentanément
les propres lois capitalistes ;
2) la
classe ouvrière n'est ni défaite ni encadrée
pour marcher vers une nouvelle guerre mondiale. De ce fait, non
seulement elle retarde la marche vers l'holocauste mais elle impose
"tacitement" des limites à une dégradation de
la situation économique qui risquerait de la jeter dans le
combat révolutionnaire. Cependant, ce rôle de
frein, la classe ouvrière ne peut le jouer de façon
"tacite" longtemps. Le capitalisme ne peut retarder ses
échéances qu'en les rendant plus explosives. En
s'effondrant, le capitalisme fait du prolétariat, chaque jour
plus, le détenteur de l'initiative historique, mais si le
prolétariat ne parvient pas à dépasser le
stade d'une résistance passive, "menaçante",
le capitalisme imposera dans le sang sa propre solution.
Depuis la première guerre mondiale, le capitalisme décadent
a survécu par une série de politiques dont le caractère
commun est de constituer toujours des moyens pour biaiser avec ses
propres lois économiques qui se sont transformées en
entraves à son propre développement. La loi de
l'échange marchand, cette loi que le capitalisme a héritée
du passé et qu'il a eu pour mission historique de généraliser
aussi bien à tous les domaines de la vie sociale (en
particulier, à celui de la force de travail qu'il a
transformée en marchandise) qu'à la planète
entière unifiée en un seul marché mondial, cette
loi s'est transformée avec l'énorme développement
de la productivité du travail, en un anachronisme pour
l'humanité et une condamnation à mort de son dernier et
plus puissant défenseur. L'actuel effondrement du
capitalisme en marquant l'échec des dernières
tentatives du capitalisme pour maintenir en vie cette loi tout en la
détournant en permanence, constitue un appel de
l'histoire à la seule force capable d'exécuter la
sentence: le prolétariat mondial.
L'INTERVENTION DES
RÉVOLUTIONNAIRES
Quelle
que soit la vitesse avec laquelle la crise se développera,
elle est dès à présent la préoccupation
principale de toute la société et en premier lieu de la
classe ouvrière. L'intervention des révolutionnaires
dans leur classe doit avoir pour objectif principal de mettre en
évidence comment ce nouvel effondrement de l'économie
capitaliste, en même temps qu'il met plus en évidence
que jamais la NÉCESSITÉ
HISTORIQUE de la révolution communiste mondiale, crée
la POSSIBILITÉ de
sa réalisation.
Pour cela, ils doivent démontrer en termes clairs
- que la crise
actuelle n'est pas un "accident" dans la vie du
capitalisme, mais la manifestation de contradictions objectives,
insurmontables du système de production marchand généralisé
à la planète entière;
- que la seule issue que le capitalisme peut offrir à sa
crise actuelle est, comme en 1914, comme en 1939, une nouvelle guerre
mondiale, qui cette fois-ci menace la survie même de
l'humanité;
- que les solutions proposées par les "partis
ouvriers" de la bourgeoisie tels : "gagner moins pour
résorber le chômage" ne sont qu'un leurre :
même si les travailleurs acceptaient aujourd'hui de travailler
gratuitement, le capitalisme ne parviendrait pas à
surmonter sa crise;
- que la démagogie "sous-consommationniste" de
certains partis d'opposition parlant d'augmentation de salaires pour
relancer la demande ne sont que la préparation à de
nouvelles politiques d'austérité qu'ils se
chargent eux-mêmes d'imposer une fois au gouvernement;
- que la crise économique est une réalité
INTERNATIONALE qui ne
peut donc trouver sa solution ailleurs que sur le terrain
international;
- que le seul moyen d'empêcher la marche capitaliste à
une troisième boucherie impérialiste mondiale, c'est la
destruction du capitalisme mondial et l'instauration d'une
nouvelle société, sans production marchande ni
salariat, sans frontières ni États, où le
seul objectif de l'activité productive soit la satisfaction
des besoins humains: la SOCIÉTÉ
COMMUNISTE;
- que la seule force capable de mener à bien cette tâche,
c'est la CLASSE OUVRIÈRE
MONDIALE;
- enfin, que la classe ouvrière doit voir dans la misère
que l'actuelle crise généralise aux travailleurs de
toute la planète sans exception, non pas un simple sujet de
lamentations impuissantes, mais comme le seul et puissant facteur
d'unification de l'armée révolutionnaire mondiale.
C.C.I.
Texte préparatoire à la III Conférence
Internationale
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