PRESENTATION - Pourquoi et comment les révolutionnaires doivent analyser la crise

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Toutes les crises du capitalisme n'ont pas déclenché des mouvements révolutionnaires du prolétariat, mais tous les grands moments de la lutte prolétarienne ont été provoqués par des crises du capitalisme. Ces crises ont eu parfois la forme de crises économiques ouvertes (1848, 1921-23 en Allemagne), mais la plupart du temps, c'est sous la forme de guerres qu'elles ont poussé la classe ouvrière à l'action révo­lutionnaire (1871, 1905, 1917-18).

Le prochain assaut révolutionnaire du prolétariat sera certainement la réponse à la crise économique ouverte dans laquelle le capitalisme s'enfonce depuis maintenant près de dix ans. La combativité retrouvée par le prolétariat depuis la fin des années 60, et demeurée intacte depuis lors aux quatre coins de la planète, l'échec des campagnes d'embrigadement idéologique tentées par la bourgeoisie dans les pays indus­trialisés, permettent d'affirmer que la bourgeoisie mondiale ne pourra recourir à une nouvelle guerre mondiale sans avoir au préalable affronté et écrasé la classe révolutionnaire.

Comprendre la crise actuelle du capitalisme, ses causes et ses perspectives, est donc indispensable pour comprendre les conditions objectives qui créent le terrain sur lequel le prolé­tariat livrera encore une fois bataille pour tenter d'arracher l'humanité à la barbarie et ouvrir la voie à la société commu­niste.

Mais au travers de l'analyse de la crise du capitalisme se dessine aussi l'analyse de ce que devra être la société future et les moyens de la bâtir. La base objective sur laquelle la so­ciété communiste commencera à se bâtir sera sa capacité à faire disparaître les entraves qui bloquent aujourd'hui l'évo­lution de l'humanité. Suivant l'idée que l'on se fait de ce que sont ces entraves, on aura tendance à mettre en avant, dans le projet de la nouvelle société, telle ou telle mesure qui les élimine. Ainsi, par exemple, la défense de l'idéologie du capitalisme d'État comme synonyme du socialisme, ou étape nécessaire vers le socialisme, s'accompagne généralement d'analyses qui voient la cause de la crise du capitalisme dans l'existence de "200 familles de milliardaires" ou bien dans les "multinationales".

Par la compréhension de la marche et des causes de la crise du capitalisme, le prolétariat renforce sa prise sur les moyens et le contenu de sa lutte historique.

C'est seulement dans le cadre d'une intervention révolu­tionnaire militante que peut et doit être menée l'activité d'analyse de la crise. Cependant, l'extraordinaire affaiblisse­ment du mouvement révolutionnaire sous les coups de la contre-révolution triomphante pendant près d'un demi-siècle a fait que, depuis, les travaux d'analyse de la vie économique du capitalisme ont été particulièrement peu importants dans le courant révolutionnaire. Qui plus est, l'introduction dans les universités d'un marxisme émasculé pour être transformé en partie intégrante de la "science économique", a fait surgir des "économistes marxistes" qui ont embourbé les analyses révolutionnaires dans le plus stérile académisme universi­taire.

Avec l'approfondissement de la crise actuelle et l'inévita­ble développement de la réflexion politique au sein de la classe ouvrière en lutte, la question de la compréhension des causes, de la marche et de l'issue de la crise devient pourtant de plus en plus une question concrète qui sera débattue, non pas dans des cercles de révolutionnaires initiés, ou dans les salles de cours des universités, mais dans les groupes de chômeurs, les assemblées d'usines, et tous les lieux où se forge au feu de la lutte la conscience révolutionnaire du prolétariat. C'est dans cette perspective, en vue d'être capables d'y être des facteurs actifs de clarté, que les révolutionnaires doivent s'attacher à analyser l'évolution économique du capitalisme.

L'AMPLEUR DE LA CRISE ACTUELLE

Trois récessions de plus en plus profondes de la crois­sance de la production mondiale en 10 ans ; 18 millions de chômeurs dans les seuls pays industrialisés du bloc occiden­tal ; la quasi-totalité des pays sous-développés en banque­route totale ; l'effondrement du système monétaire interna­tional ; quasi-stagnation de la croissance du commerce inter­national ; développement ininterrompu du protectionnisme de la part de tous les pays ; la réalité de l'enfoncement du capitalisme mondial dans une nouvelle crise ouverte de sur­production est devenue aujourd'hui la préoccupation majeure de tous les gouvernements du monde, sans qu'ils parviennent pour autant à offrir d'autre issue qu'une nouvelle guerre mondiale.

C'est en 1967 que les premiers symptômes se font sentir de façon certaine : la croissance annuelle de la production mondiale tombe à son niveau le plus bas depuis 10 ans. Dans les pays de l'OCDE, le chômage et l'inflation connaissent des accélérations faibles, mais certaines. La croissance des in­vestissements se ralentit sans discontinuité de 65 à 67. En 1967, il y a officiellement 7 millions de chômeurs dans les pays de l'OCDE, et le PNB croit de 3,5%. Ce sont des chiffres qui aujourd'hui semblent négligeables comparés au niveau atteint par la crise actuellement, mais ils n'en marquaient pas moins la fin de la prospérité d'après-guerre, comme on peut le voir dans les graphiques ci-après :


CROISSANCE DU VOLUME DE LA

PRODUCTION MONDIALE

(% par an)

 

La courbe de la croissance de la production mondiale est une moyenne qui peut indiquer la tendance générale mais manque de précision. En réalité, elle suit avec quelques déformations celle des pays industrialisés du bloc occidental (OCDE). L'importance de la récession de 65-67 apparaît encore plus nettement dans l'évolution de la croissance des pays de l'OCDE :

 

CROISSANCE DU VOLUME DE LA

PRODUCTION DES PAYS DE L'OCDE

(% par an)

Dans les pays de l'Est, et d'après leurs chiffres mêmes, la fin des années 60 marque aussi un ralentissement définitif de la croissance de la production. La comparaison des graphiques permet par ailleurs de constater comment l'évolution de la production des pays dits "communistes" suit de façon de plus en plus proche celle des pays occidentaux.

 

CROISSANCE DU VOLUME DE LA

PRODUCTION DES PAYS DE L'EST

(% par an)

 

La deuxième récession, dont le fond est touché en 70, est beaucoup plus forte que celle de 67. Dans les pays de l'OCDE, elle est plus profonde, et dans l'ensemble du monde, elle est plus longue. Elle vient confirmer que la récession de 67 n'avait pas été un accident "allemand" mais l'annonce certaine d'une nouvelle période d'instabilité économique.

Pendant quelques années, les USA, soutenant l'effort mi­litaire de la guerre au Viêt-nam, ont entretenu l'illusion d'une croissance mondiale. Avec leur désengagement progressif, la croissance retombe, en même temps que l'endettement amé­ricain apparaît dans toute son ampleur. Pour réduire leur endettement, et accroître artificiellement la compétitivité de leurs marchandises, les USA laissent "s'effondrer" le Dollar et avec lui le système monétaire international, les principales puissances occidentales se jettent dans une fuite en avant en relançant leurs économies par les planches à billets (et à chèques). Cette politique est immédiatement sanctionnée par le déchaînement d'une inflation internationale qui contraint tous les gouvernements à"freiner"de nouveau leurs machines économiques dès 73.

La hausse du prix du pétrole, présentée par la bourgeoisie comme la cause de la récession qui va suivre, ne fut en fait que la conséquence de l'inflation mondiale et un prétexte utilisé dans tous les pays pour imposer des politiques d'austé­rité. L'actuelle surproduction de pétrole a définitivement réduit à néant tout le verbiage sur la "crise du pétrole".

La nouvelle récession de 74-75 dépasse en ampleur et en profondeur toutes celles qui l'ont précédée depuis la guerre. En 75, la croissance de la production mondiale est nulle. La production de l'OCDE diminue.

La crise, qui jusqu'alors était surtout apparue sous sa forme superficielle de crise monétaire, apparaît dans toute sa ré­alité. En moins de deux ans, le nombre de chômeurs dans l'OCDE passe de moins de 10 millions à plus de 16 millions.

NOMBRE DE CHÔMEURS

(OCDE - en millions)


L'année 1976 a été chantée par la plupart des économistes et des gouvernements comme la fin du cauche­mar. La croissance de la production semblait reprendre. Mais les résultats de l'année 77 puis ceux de 78 sont venus réduire en fumée tous ces espoirs. Le chômage n'a pour ainsi dire pas cessé de croître depuis 67 dans le monde entier, sans que plus aucun gouvernement ne se risque à parler de possible amélio­ration dans les années qui suivent, au contraire. Dans les grands pays industrialisés, le chômage atteint jusqu'à présent surtout les secteurs économiques les moins rentables et au sein de la classe ouvrière, les secteurs que le capital pouvait le plus facilement frapper: les femmes, les jeunes, les travail­leurs noirs aux USA, les immigrés en Europe. Il attaque maintenant la totalité de la classe ouvrière.

Pendant dix années, les gouvernements du monde ont alterné régulièrement les "politiques de relance" et les "poli­tiques de refroidissement" pour tenter de parer aux difficultés de leurs économies nationales. Le bilan peut être résumé par les résultats de ces fluctuations : alors que les politiques de relance sont de moins en moins capables de provoquer la reprise de la croissance de la production sans déclencher une inflation incontrôlable, les "refroidissements" se traduisent par des effondrements de la croissance chaque fois plus pro­fonds

Depuis dix ans, la tendance générale de l'économie mon­diale dessine sans ambiguïté :

- le ralentissement croissant de la production,

- l'augmentation continue du chômage,

- le ralentissement du commerce mondial et le développe­ment du protectionnisme.

On peut mieux cerner l'ampleur et le rythme de la crise actuelle en la comparant aux données de la crise de 1929. Les chiffres "officiels" du chômage actuel (18 millions de chômeurs pour les pays de l'OCDE) sont encore loin des chiffres atteints au plus profond de la crise de 29 34 : 3 millions en Grande-Bretagne, 6 millions en Allemagne, 12 millions aux USA.

Le volume du commerce mondial a aujourd'hui cessé de croître, il avait diminué de 80% dans l'entre-deux guerres.

La croissance de la production industrielle mondiale s'est fortement ralentie au cours des dix dernières années jusqu'à quasiment stagner. Elle avait en 29-34 diminué de 38% pour le monde entier, de 50% aux USA et en Allemagne.

La crise actuelle est donc loin de l'effondrement connu par l'économie capitaliste mondiale dans les années 30, et son rythme est beaucoup plus lent.

Depuis 1929, les économies de tous les pays sont progres­sivement passées sous un contrôle direct plus important et plus omniprésent de leurs États. Depuis la 2ème Guerre Mon­diale, ce contrôle étatique au niveau national s'est doublé au niveau international du contrôle des deux principales puis­sances impérialistes qui ont organisé le monde en deux blocs soumis à leur autorité. Cette "organisation" de la production capitaliste a permis pendant des décennies de maîtriser beau­coup mieux qu'en 29 les contradictions du système, et elle explique aujourd'hui la lenteur de la crise. Mais pallier aux effets des contradictions ne veut pas dire les résoudre. Le capitalisme n'a pu contrôler les effets de ses contradictions qu'en repoussant le jour de leur dénouement. Il ne les a pas résolues, il les a rendues plus explosives.

La crise actuelle, en mettant en évidence l'impuissance de l'organisation et des politiques économiques mises en place depuis les années 30 et la 2ème Guerre Mondiale, s'annonce plus grave et plus définitive que toutes les crises précédentes du capitalisme.

 

LES CAUSES DE LA CRISE

Il faut distinguer, premièrement, la cause fondamentale, la contradiction principale du capitalisme telle qu'elle existe depuis les premiers temps du capitalisme et ne devient une entrave définitive qu'à partir d'un certain degré de dévelop­pement du système ; deuxièmement, la cause "immédiate" de la crise actuelle, c'est-à-dire la raison pour laquelle le capita­lisme n'est plus parvenu depuis 10 ans à pallier à sa contra­diction fondamentale.

La contradiction fondamentale du capitalisme

La théorie des crises du capitalisme a été un objet perma­nent du débat parmi les révolutionnaires depuis les analyses sur l'impérialisme dans la période de la 1ère Guerre Mondiale. On ne trouve pas chez Marx de théorie achevée de la crise, d'une part parce qu'il est mort avant d'avoir écrit les travaux sur le marché mondial dans lesquels il se proposait de traiter de façon systématique la question. D'autre part parce que les conditions historiques de l'époque où il a vécu rendaient plus difficile de percevoir tous les aspects de contradictions pas encore parvenues à un degré de développement définitive­ment critique. Cependant, ce problème traverse toute son oeuvre. Il revient à Rosa Luxemburg d'avoir systématisé la théorie ébauchée chez Marx, se servant des données four­nies par le développement même du capitalisme, et en parti­culier de l'impérialisme. Rejetées par Lénine et Boukharine, les analyses théoriques de Rosa Luxemburg n'ont depuis cessé de nourrir le débat parmi les révolutionnaires. Ainsi, dans des groupes comme la Fraction de la Gauche Italienne pendant l'entre-deux guerres (Bilan), ou dans Internationa­lisme pendant la seconde guerre, la théorie de Rosa Luxem­burg coexistait en débat au sein de la même organisation avec d'autres analyses (Lénine, Boukharine, Grossmann).

Ce débat, surtout au cours des dernières années, a eu ten­dance à se cristalliser autour de deux analyses principales : celle de Rosa Luxemburg et celle qui présente la baisse ten­dancielle du taux de profit exposée de façon complète, systé­matique, alors que la contradiction entre les lois qui régissent la sphère de la production et celles qui régissent celle de la consommation, empêchant les capitalistes de créer les débou­chés nécessaires à l'expansion de leur production se trouve souvent éparse, du Manifeste Communiste au Livre III du Capital. Marx prévoyait un exposé systématique dans des travaux qu'il n'a jamais pu réaliser. Mais rien ne serait plus absurde que d'en déduire l'exclusivité de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit comme analyse marxiste des crises.

L'analyse de la contradiction fondamentale du capita­lisme par Rosa Luxemburg -que nous partageons- n'est pas une "nouvelle" théorie par rapport à Marx, mais l'exposé systématique de l'analyse des crises dont Marx n'a pu tracer que les axes fondamentaux. C'est ainsi que l'on peut exposer "la théorie de Rosa Luxemburg'' des crises avec les formula­tions mêmes de Marx :

"Il suffit de rappeler les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l'existence de la société bourgeoise. Dans ces crises, une grande partie, non seulement des produits déjà créés, mais encore des forces productives existantes est livrée à la destruction. Une épi­démie sociale éclate qui, à toute autre époque, eut semblé absurde : l'épidémie de la surproduction. Brusquement, la société se voit rejetée dans un état de barbarie momentané ; on dirait qu'une famine, une guerre de destruction univer­selle, lui ont coupé les vivres ; l'industrie, le commerce, semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de vivres, trop d'industries, trop de commerce". (Marx, Manifeste Communiste).

Cette crise de surproduction "qui, à toute autre époque eut semblé absurde", trouve son origine fondamentale, d'après Marx (comme d'après Rosa Luxemburg) dans une trop grande production par rapport non pas aux besoins réels des hommes (ceux-ci sont en faits jetés dans une plus grande misère par la crise), mais par rapport au pouvoir d'achat des masses :

"Il n'est pas produit trop de richesses. Mais périodique­ment, il est produit trop de richesses dans les formes antago­niques du capital". (Marx, Le Capital, Livre III, Sème Sec­tion, p.104, Ed. La Pléiade).

Ces "formes antagoniques du capital" sont celles qui op­posent d'une part la production capitaliste poussée par la concurrence à s'élargir toujours plus sous peine de mort, comme si elle n'avait d'autre limite que les besoins de consommation absolus des hommes, et d'autre part le fait que le capital ne peut distribuer dans la société le revenu, le pou­voir d'achat nécessaire pour l'acheter dans sa totalité.

Les capitalistes et les ouvriers ont un pouvoir de consommation solvable qui constitue un marché pour une partie de la production : il équivaut à la masse des salaires versés aux ouvriers plus la part du profit destinée à la consommation personnelle des capitalistes. Mais reste la partie du profit destinée à être réinvestie dans la production : cette partie ne peut trouver d'acheteurs au sein des rapports capitalistes. Elle doit être vendue "à l'extérieur", aux secteurs non capitalistes (artisans, paysans, pays où dominent des formes de production archaïques). Lorsque ces marchés "ex­térieurs" font défaut, la crise apparaît, mettant en évidence le décalage entre le besoin d'expansion de la production et l'incapacité de la masse des travailleurs de s'en rendre acqué­reurs :

"Le pouvoir de consommation des travailleurs est limité en partie par les lois du salaire, en partie par le fait qu'ils ne sont employés qu'aussi longtemps que leur travail est profita­ble pour la classe capitaliste. La raison ultime de toutes les crises réelles c'est toujours la pauvreté et la consommation restreinte des masses face à la tendance de l'économie capita­liste à développer les forces productives comme si elles n'avaient pour limite que le pouvoir de consommation abso­lue de la société." (p. 1206, idem, souligne par nous)

Le capitaliste ne peut pas résoudre cette contradiction en augmentant les salaires, car il ne ferait qu'augmenter les coûts de production et donc baisser la compétitivité de ses marchandises sur le marché. Il ne peut pas plus augmenter la consommation personnelle des capitalistes, car il ne ferait alors que réduire la part du profit destinée à l'investissement et à élargir l'accumulation de son capital.

C'est pourquoi, à la recherche de débouchés nouveaux et toujours plus larges, il est contraint de vendre aux secteurs non capitalistes. Historiquement, le capitalisme a trouvé les débouchés nécessaires à son expansion d'abord chez les paysans et artisans des pays capitalistes, enfin dans les pays où dominaient des formes de production pré-capitalistes, pays qu'il a colonisés et dans lesquels il a instauré des rap­ports de production capitalistes.

"Poussée par les besoins de débouchés toujours plus lar­ges pour ses produits, la bourgeoisie envahit toute la surface du globe ; partout elle doit s'incruster, partout il lui faut bâtir, partout elle établit des relations (...). Le plus bas prix de ses marchandises est ta grosse artillerie avec laquelle elle démolit toutes les murailles de Chine et obtient la capitula­tion des barbares les plus xénophobes. Elle contraint toutes les nations, sous peine de courir à leur perte, d'adopter le mode de production bourgeois ; elle les contraint d'importer chez elle ce qu' elle appelle la civilisation, autrement dit : elle en fait des nations de bourgeois. En un mot, elle crée un monde à son image:' (souligné par nous) (Marx, Le Mani­feste Communiste)

Le capitalisme compense donc son incapacité à créer ses propres débouchés et la misère qu'il crée pour ses exploités directs, en étendant son marché au monde entier, en créant le marché mondial. Mais, au fur et à mesure qu'il étend son mode de production, il réduit d'autant les débouchés dont il a besoin pour vivre.

"(Les crises) gagnent en fréquence et en violence. C'est que la masse des produits et donc le besoin de débouchés s'accroît, alors que le marché mondial se rétrécit ; c est que chaque crise soumet au monde commercial un marché non encore conquis ou peu exploité et restreint ainsi les débouchés". (Marx, Travail salarié et capital, -Ed. la Pléiade, p. 228).

 

Telle est la "raison ultime de toutes les crises réelles" d'après Marx. Poursuivant cette analyse, Rosa Luxemburg montra comment l'impérialisme se développe à la fin du 19ème siècle et aboutit à la première guerre mondiale:

"La deuxième étape du processus historique d'expansion du capitalisme : la période de la concurrence mondiale accentuée et généralisée des États capitalistes autour des derniers restes de territoire non capitalistes du globe". (Rosa Luxemburg, Critique des Critiques, Ed. Maspero, p.229)

La loi de la baisse tendancielle du taux de profit, décou­verte par Marx, traduit la contradiction entre le fait que le capitalisme ne peut extraire son profit que du travail de l'ou­vrier, du travail "vivant", alors qu'avec le développement du capitalisme, la part de ce travail dans la production diminue systématiquement au profit de celle du "travail mort", les machines et matières premières. Cette contradiction est une réalité fondamentale du capitalisme et, contrairement à ce qu'ont pu prétendre certains défenseurs de l'idée qu'elle était la seule théorie marxiste des crises, elle n'est ni contradic­toire avec la théorie de la saturation des marchés, ni la "rai­son ultime de toutes les crises".

 

Elle n'est pas contradictoire avec la théorie de l'incapacité du capitalisme de créer ses propres marchés parce que :


- d'une part, c'est la concurrence entre capitalistes pour des marchés qui contraint en permanence le capital à accroître sa productivité, donc la composition organique du capital, c'est à dire la part de travail mort (capital constant) par rapport à celle du travail vivant (capital variable).


- d'autre part, c'est par l'extension de l'échelle de la pro­duction et donc par la conquête de nouveaux débouchés que les capitalistes 1) compensent la baisse du taux de profit par la masse du profit 2) contrecarrent cette baisse par l'accrois­sement de l'exploitation que permet une extraction plus puis­sante de plus-value relative (l'extension de l'échelle de la production permet une diminution des coûts de production des biens nécessaires à la subsistance de l'ouvrier et donc de la valeur réelle de son salaire).

La loi de la baisse tendancielle du taux de profit n'est pas non plus la "raison ultime de toutes les crises" par le fait même qu'elle peut être contrecarrée et compensée du moment que le capital peut trouver des débouchés nouveaux pour son expansion. En dernière instance, c'est parce que le capital ne trouve plus de débouchés suffisants que la baisse tendancielle du taux de profit devient baisse effective. La saturation des marchés est la raison ultime des baisses réelles du taux de profit et non l'inverse. Dans la réalité concrète de l'histoire du capitalisme, la lutte pour le maintien du taux de profit se traduit par la lutte pour des marchés nouveaux.

Les causes immédiates de la crise actuelle

Pour comprendre pourquoi depuis 10 ans, le capitalisme mondial se trouve de nouveau confronté avec sa contradiction fondamentale au point de plonger dans une nouvelle crise ouverte de surproduction, alors qu'il était parvenu depuis la guerre à s'assurer une prospérité relativement stable, il est nécessaire de replacer cette crise dans son cadre historique, celui de la décadence du capitalisme. La première guerre mondiale mit en évidence que le développement atteint par le capitalisme au début du siècle était devenu définitivement trop important par rapport aux capacités d'absorption du marché mondial. La planète entière achevait d'être partagée entre les principales puissances capitalistes. Les nouveaux venus sur le marché mondial, l'Allemagne ou le Japon, par exemple, ne pouvaient plus se développer sans mettre en question le partage existant et cette remise en question ne pouvait être faite que par le moyen de la guerre.

"Pour la première fois, le monde se trouve partagé entiè­rement, si bien qu'à l'avenir il pourra UNIQUEMENT être question de nouveaux partages, c'est à dire du passage d'un "possesseur" à un autre, et non de la "prise de possession" de territoires sans maître" (Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, Ed. de Moscou 1971, p. 716)

Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait plus, à cette époque, un seul secteur non capitaliste dans le monde. En 1914, comme encore aujourd'hui, il restait dans le monde non seu­lement des pays où les secteurs archaïques pré-capitalistes existant étaient devenus trop restreints par rapport à l'am­pleur atteinte par les besoins d'expansion du capitalisme mondial. Il n'y avait pas assez de marchés par rapport au nombre de puissances capitalistes et à leur développement, ou, dit d'une autre façon, il y avait trop de puissances trop développées par rapport aux marchés existants.

La guerre de type impérialiste et mondiale, qui, contrai­rement à la plupart des guerres du passé ne se déroule plus uniquement dans des zones peu explorées, mais étend son champ de bataille aux centres industriels et à la population civile, a deux vertus pour résoudre momentanément la crise du capitalisme : d'une part, elle élimine les pays capitalistes détruits de la compétition mondiale pour les marchés ; d'au­tre part, elle transforme momentanément les pays détruits en marchés pour les marchandises des vainqueurs qui contri­buent à leur reconstruction.

C'est ainsi que depuis 1914, le capitalisme en déclin vit suivant un cycle de crises, guerre, reconstruction. C'est dans ce cycle de barbarie permanente et généralisée que nous devons replacer la crise actuelle.

- 1914 1918 : première guerre mondiale. Durée, 4 ans, 24 millions de morts.

- 1919-1929 : reconstruction. Les USA deviennent la pre­mière puissance mondiale aux dépens des pays européens qu'ils aident à reconstruire, tout en s'emparant progressive­ment de leurs empires coloniaux sous le drapeau du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes".

- 1929-1938 : fin de la reconstruction. Crise économique sans précédent dans l'histoire du capitalisme. A partir de 34-35, le renforcement de 'État sous la pression de la déca­dence du capitalisme,  la tendance au capitalisme d'État (stalinisme en Russie, fascisme en Italie et en Allemagne, New Deal aux USA, Front Populaire en France) permet des politiques de création de marchés artificiels par l'augmenta­tion des commandes de l'État ("grands travaux", mais surtout armement intensif). Le chômage est quelque peu résorbé, mais dès 38, une nouvelle crise économique mondiale com­mence à éclater. En 1939, Hitler déclare la seconde guerre mondiale au cri de "L'Allemagne doit exporter ou périr !".

- 1939-45 : seconde Guerre Mondiale. Durée : 6 ans. 50 millions de morts. A l'exception de ceux des USA, presque tous les grands centres industriels du monde sont touchés.

- 1945-67 : reconstruction. Le monde est organisé en deux blocs hégémoniques. La guerre entre les deux puissances dominantes devient permanente au travers des conflits locaux dans les pays sous-développés sous les couleurs des "luttes de libération nationale".

Les années 65-67 marquent globalement pour le bloc oc­cidental la fin de la reconstruction qui a suivi la seconde guerre mondiale. L'achèvement des périodes de reconstruc­tion n'est pas caractérisé par le fait que les pays détruits atteignent des volumes de production analogues à ceux qu'ils réalisaient avant la guerre. Cet achèvement est plutôt marqué par le fait que l'ensemble des pays détruits sont devenus de nouveau des puissances concurrentes sur le marché mondial c'est à dire qu'ils ont atteint un degré de développement tel qu'ils peuvent et doivent exporter plus de marchandises qu'ils n'en importent.

A ce stade, non seulement ils cessent de constituer eux-mêmes un marché pour les pays "reconstructeurs", mais en outre, ils entrent inévitablement en concurrence avec eux pour les marchés existants. Ce stade fut globalement atteint autour de 1965-67 pour le bloc occidental. C'est ce que mon­tre l'évolution des taux de couverture des balances commer­ciales (pourcentage des exportations sur les importations) du Japon et de la CEE (Communauté économique européenne, "les six"). Dans le graphique ci-dessous, sont représentées les évolutions de ces taux de couverture depuis 1948 :

 

On a représenté sur le même graphique le taux de couver­ture de la balance commerciale des USA afin de mieux illus­trer le processus antagonique de la reconstruction.

Comme on le voit, en 1948 lorsque la reconstruction de l'Europe et du Japon bat son plein, les exportations des USA sont presque deux fois plus grandes que leurs importations, alors que les exportations japonaises ne couvrent que 40% de ses importations, et celles de l'ensemble des 6 pays de la CEE les couvrent de 60%. Vingt ans plus tard, la balance com­merciale américaine se dégrade jusqu'à devenir négative, alors que l'Europe et le Japon deviennent exportateurs. Telle est la cause immédiate principale de la crise actuelle du ca­pitalisme. La reconstruction, après l'holocauste de la 2ème guerre mondiale, ce palliatif auquel le capitalisme décadent a recours pour compenser l'insuffisance définitive des marchés extra-capitalistes, est achevée.

LES PERSPECTIVES DE LA CRISE

Il est difficile de prévoir exactement le rythme auquel continuera de se développer la crise. On peut cependant constater que la plupart des mesures proposées aujourd'hui, ici et là, par les économistes et les politiciens pour trouver ou créer artificiellement de nouveaux débouchés à la production ont soit déjà été tentées, en particulier depuis la fin des an­nées 60, soit constituent de pures aberrations.

- "Faire des prêts à bon marché aux pays pauvres" :

Cela a été ait par les deux blocs. Le résultat, c'est qu'au­jourd'hui, l'endettement des pays du Tiers-Monde dépasse les 250 milliards de dollars, ce qui équivaut au revenu annuel d'un milliard d'hommes, de pays comme l'Inde ou le Pakistan (dans ces pays, le revenu par tête est inférieur à 250 dollars par an), soit du quart de l'humanité. Cet endettement est tellement énorme que les propositions de faire un moratoire sur certaines dettes des pays sous-développés est devenu un des derniers gadgets de la démocratie impérialiste. Des pays comme la Grande-Bretagne ou la Suède ont même fait "des gestes" en ce sens, mais ce ne sont pas de tels "gestes" qui pourront sortir les pays sous-développés de la banqueroute totale dans laquelle ils sont plongés. Au stade actuel, de nouveaux prêts ne feraient pas de ces pays de nouveaux clients capables de relancer la production mondiale. Ils servi­raient tout au plus à payer une petite partie des dettes qu'ils ont déjà contractées.

- "Augmenter les crédits entre pays développés afin de fa­ciliter de nouveaux échanges"˚:

C'est en grande partie ce qui a été fait depuis le milieu des années 60, organisé à l'échelle des blocs. Les fameux "droits de tirage spéciaux" du FMI (Fonds Monétaire Inter­national) constituent des crédits gigantesques que les pays occidentaux se font entre eux sous la direction du chef du gang occidental, les USA. Les dettes d'un pays sont épongées par des promesses de paiement des autres pays, elles-mêmes couvertes par d'autres dettes contractées internationalement. On paie des dettes avec des dettes sur d'autres dettes. Depuis 1965, l'endettement international a progressé en spirale au point que la vie capitaliste actuelle repose sur un immense tas de papier, de reconnaissance de dettes, l'essentiel étant sous la forme de dollars. De nouveaux crédits, c'est-à-dire de nouveaux endettements, peuvent difficilement relancer une économie qui croule déjà sous les dettes.

-"Développer les relations commerciales entre les deux blocs"

Cela aussi a Été tenté. Depuis le développement de la coexistence pacifique par les pays de l'Est et les politiques d'ouverture à l'Est des pays occidentaux, les échanges entre les deux blocs ont progressi­vement augmenté. Mais non seulement ces échanges sont restés somme toute très restreints, ils ont en outre déjà abouti à un développement trop élevé des dettes des pays de l'Est. La dette de ceux-ci à l'égard de l'occident s'élève déjà à 40 milliards de dollars. En 1977, ces pays ont dû décider de réduire leurs achats pour réduire leur déficit commercial de 7,5 milliards de dollars en 1976 à 5 milliards en 1977. La crise n'a pas relancé ces échanges mais les a réduits. Mais si toutes les solutions pour créer des marchés solvables au ni­veau international échouent lamentablement, peut-être y a-t-il des solutions "nationales" telles qu'augmenter les dépenses publiques de l'État ou bien, comme le préconisent les nou­veaux "sous-consorrnnationnistes", augmenter les salaires. Ces solutions n'ont pas plus de chance d'être efficaces ou réalisables que celles envisagées au niveau international.

- "Augmenter les dépenses publiques"˚:

Le fondement de l'apport de Keynes à l'économie politique bourgeoise peut se résumer au fait d'avoir accepté de recon­naître, en plein marasme de la crise de 1929, l'ineptie de ce principe religieux de la science économique bourgeoise, inventé par l'économiste français Jean-Baptiste Say au 19ème siècle, suivant lequel le capitalisme ne peut pas connaître de véritable crise de marchés puisque "toute production est en même temps une demande". La solution keynésienne consis­terait à créer une demande artificielle par l'États. Si le capital ne parvient pas à créer une demande nationale suffisante pour absorber la production, et si en outre, les marchés inter­nationaux sont saturés, Keynes préconise que l'État se fasse acheteur des masses de produits qu'il paiera avec de la mon­naie de singe émise par lui. Comme tout le monde a besoin de cet argent, personne ne protestera sur le fait qu'il ne repré­sente que du papier. Les politiques des grands travaux d'abord, celles de production massive d'armements ensuite, permirent après 1929 de sortir de la crise pour aller ...à la deuxième guerre mondiale. Au lendemain de la guerre, c'est au niveau du bloc occidental que les principes keynésiens sont appliqués. Au début des années 70, leur utilisation est encore renforcée. En ce sens, l'actuelle crise n'est pas la ma­nifestation d'un besoin de politique keynésienne, mais au contraire de leur épuisement.

- "Augmenter les salaires"˚:

C'est la "solution" que se plaisent à préconiser certains partis qui se trouvent actuellement dans l'opposition. Mais cela est impossible dans un monde capitaliste, et ces partis le savent bien qui, une fois au gouvernement, s'empressent d'appliquer la politique contraire. Toutes conditions égales par ailleurs, un pays qui paye ses ouvriers plus cher est au­tomatiquement moins compétitif au niveau du marché mon­dial. Rêver d'un capitalisme qui se porte d'autant mieux qu'il augmente d'autant plus les salaires de ses exploités est aussi absurde que de rêver d'un capitalisme sans exploitation. La réalité est éloquente à ce sujet : face à la crise, aucun pays n'a même en­visagé d'augmenter les salaires. Au contraire, c'est l'austérité qui est la règle générale.

Le capitalisme n'a plus de politique économique à offrir autre que la guerre. Toute la récente évolution de la situation inter­nationale vérifie qu'il en est ainsi. Du point de vue de l'évo­lution de la crise, nous sommes plus proches de la situation de 1938 que de celle de 1929. La différence avec les années 30 réside actuellement essentiellement en deux points majeurs :

1) l'organisation au niveau national et international du capi­talisme lui permet d'atténuer relativement la chute dans la crise par la capacité que le totalitarisme de sa domination lui donne de "détourner" partiellement et momentanément les propres lois capitalistes ;

2) la classe ouvrière n'est ni défaite ni encadrée pour marcher vers une nouvelle guerre mondiale. De ce fait, non seulement elle retarde la marche vers l'holocauste mais elle impose "tacitement" des limites à une dégradation de la situation économique qui risquerait de la jeter dans le combat révolu­tionnaire. Cependant, ce rôle de frein, la classe ouvrière ne peut le jouer de façon "tacite" longtemps. Le capitalisme ne peut retarder ses échéances qu'en les rendant plus explosives. En s'effondrant, le capitalisme fait du prolétariat, chaque jour plus, le détenteur de l'initiative historique, mais si le proléta­riat ne parvient pas à dépasser le stade d'une résistance pas­sive, "menaçante", le capitalisme imposera dans le sang sa propre solution.

Depuis la première guerre mondiale, le capitalisme déca­dent a survécu par une série de politiques dont le caractère commun est de constituer toujours des moyens pour biaiser avec ses propres lois économiques qui se sont transformées en entraves à son propre développement. La loi de l'échange marchand, cette loi que le capitalisme a héritée du passé et qu'il a eu pour mission historique de généraliser aussi bien à tous les domaines de la vie sociale (en particulier, à celui de la force de travail qu'il a transformée en marchandise) qu'à la planète entière unifiée en un seul marché mondial, cette loi s'est transformée avec l'énorme développement de la produc­tivité du travail, en un anachronisme pour l'humanité et une condamnation à mort de son dernier et plus puissant défen­seur. L'actuel effondrement du capitalisme en marquant l'échec des dernières tentatives du capitalisme pour maintenir en vie cette loi tout en la détournant en permanence, consti­tue un appel de l'histoire à la seule force capable d'exécuter la sentence: le prolétariat mondial.

L'INTERVENTION DES RÉVOLUTIONNAIRES

Quelle que soit la vitesse avec laquelle la crise se déve­loppera, elle est dès à présent la préoccupation principale de toute la société et en premier lieu de la classe ouvrière. L'in­tervention des révolutionnaires dans leur classe doit avoir pour objectif principal de mettre en évidence comment ce nouvel effondrement de l'économie capitaliste, en même temps qu'il met plus en évidence que jamais la NÉCESSITÉ HISTORIQUE de la révolution communiste mondiale, crée la POSSIBILITÉ de sa réalisation.

Pour cela, ils doivent démontrer en termes clairs

- que la crise actuelle n'est pas un "accident" dans la vie du capita­lisme, mais la manifestation de contradictions objectives, insurmontables du système de production marchand généra­lisé à la planète entière;

- que la seule issue que le capitalisme peut offrir à sa crise actuelle est, comme en 1914, comme en 1939, une nouvelle guerre mondiale, qui cette fois-ci menace la survie même de l'humanité;

- que les solutions proposées par les "partis ouvriers" de la bourgeoisie tels : "gagner moins pour résorber le chômage" ne sont qu'un leurre : même si les travailleurs acceptaient aujourd'hui de travailler gratuitement, le capitalisme ne par­viendrait pas à surmonter sa crise;

- que la démagogie "sous-consommationniste" de certains partis d'opposition parlant d'augmentation de salaires pour relancer la demande ne sont que la préparation à de nouvel­les politiques d'austérité qu'ils se chargent eux-mêmes d'im­poser une fois au gouvernement;

- que la crise économique est une réalité INTERNATIO­NALE qui ne peut donc trouver sa solution ailleurs que sur le terrain international;

- que le seul moyen d'empêcher la marche capitaliste à une troisième boucherie impérialiste mondiale, c'est la destruc­tion du capitalisme mondial et l'instauration d'une nouvelle société, sans production marchande ni salariat, sans frontiè­res ni États, où le seul objectif de l'activité productive soit la satisfaction des besoins humains:  la SOCIÉTÉ COMMU­NISTE;

- que la seule force capable de mener à bien cette tâche, c'est la CLASSE OUVRIÈRE MONDIALE;

- enfin, que la classe ouvrière doit voir dans la misère que l'actuelle crise généralise aux travailleurs de toute la planète sans exception, non pas un simple sujet de lamentations impuissantes, mais comme le seul et puissant facteur d'unifi­cation de l'armée révolutionnaire mondiale.

C.C.I. Texte préparatoire à la III Conférence Internationale

des groupes de 1a gauche communiste (Novembre 78)