Le stalinisme est la négation du communisme

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

(D'après Accion Proletaria n° 89)

Contrairement à ce que cherche à nous faire croire la bourgeoisie, le stalinisme n'a rien à voir avec le communisme. Ce sont deux mondes, deux types de sociétés complètement antagoniques. La doctrine "communiste" des partis et régimes staliniens constitue une révision et une adultération totales des principes et positions du mouvement ouvrier ainsi que de la lutte pour le communisme.

Le communisme ne peut exister qu'à l'échelle mondiale Les régimes de l'Est se sont constitués sur le nationalisme le plus féroce

Le communisme ne peut exister qu'à l'échelle mondiale. Le socialisme en un seul pays est impossible. Lorsque Staline proclama en 1926 la "construction du socialisme en Russie", les révolutionnaires de la gauche communiste dénoncèrent cette théorie comme une farce et y virent le signe de l'effondrement de la révolution en Russie et de l'intégration de ce pays dans la chaîne capitaliste mondiale.

En 1847, Engels écrivait :

  • "La révolution pourra-t-elle se produire dans un seul pays ? Non. La grande industrie, en créant le marché mondial, a déjà rapproché si étroitement les uns des autres les peuples de la terre, et notamment les plus civilisés, que chaque peuple dépend de ce qui se passe chez les autres. Elle a, en outre, uniformisé dans tous les pays civilisés le développement social à tel point que, dans tous ces pays, la bourgeoisie et le prolétariat sont devenus les deux classes décisives de la société, et que la lutte entre ces deux classes est devenue la principale lutte de notre époque. La révolution communiste, par conséquent, ne sera pas une révolution purement nationale ; elle se produira en même temps dans tous les pays civilisés, c'est-à-dire tout au moins en Angleterre, en Amérique, en France et en Allemagne (...). Elle exercera également sur tous les pays du globe une répercussion considérable, et elle transformera complètement et accélérera le cours de leur développement. Elle est une révolution universelle ; elle aura, par conséquent, un terrain universel." ("Principes du communisme".)

 

Le marché mondial impose ses lois à tous les pays. Seule la destruction du capitalisme mondial peut permettre l'ouverture d'un processus historique qui conduira au communisme. Pendant ce temps, les pays où la révolution a triomphé ne peuvent être que happés dans le réseau du marché mondial. C'est pour cela que la tâche cruciale du prolétariat de ces pays n'est pas de construire d'illusoires structures communistes, mais d'étendre la révolution au monde entier.

Le communisme est totalement incompatible avec la division du monde en nations, langues, races... Ainsi, la notion même de "nations communistes" est un non-sens total. La société communiste ne peut être que la communauté humaine mondiale.

Le communisme exige l'abolition de l'État Les régimes des pays de l'Est sont fondés sur la terreur et un État policier

Le communisme est une société sans classes et donc sans Etat.

La destruction de l'Etat bourgeois dans tous les pays ouvre le processus de transition du capitalisme au communisme. Durant cette période, dans la mesure où se maintiennent encore des classes sociales (bien que la bourgeoisie soit chassée du pouvoir, il existe cependant encore des classes non exploiteuses comme les paysans, les artisans, etc.) et la loi de la valeur, il continue de subsister un semi-Etat qui tente d'éviter l'éclatement de la société sous l'effet de persistants conflits de classe, avec le danger qu'ils contiennent de restauration du capitalisme.  

Cependant, ce semi-Etat est un instrument conservateur auquel le prolétariat ne peut s'identifier. Il doit le contrôler et, en même temps, au fur et à mesure qu'il va libérer la production des entraves de la loi de la valeur et intégrer en son sein les autres couches sociales, il doit affaiblir ce semi-Etat jusqu'à sa complète et totale extinction. Le communisme est la "substitution du gouvernement des hommes par l'administration des choses" (Engels) et, de ce fait, il n'a rien à voir avec les régimes des pays de l'Est, où domine un Etat bureaucratique et policier, ouvertement dictatorial et totalitaire. Avec le triomphe de la contre-révolution stalinienne à partir de la fin des années 20, l'Etat en Russie, loin de s'éteindre, n'a fait au contraire que s'hypertrophier de façon monstrueuse.

Cette tendance de l'Etat russe n'est pas, comme on a toujours cherché à nous le faire croire, une particularité spécifique aux régimes staliniens. C'est une caractéristique générale de tous les pays capitalistes, qu'ils soient "démocratiques" ou "dictatoriaux".

Le capitalisme décadent nécessite le renforcement extrême de l'Etat pour éviter la dislocation totale de la société et pour encadrer le prolétariat. C'est pour cela que l'Etat est un Etat totalitaire, qu'il prenne ou non une apparence "démocratique".

Le communisme est la pleine satisfaction des besoins humains Les régimes de l'Est c'est la pénurie et le rationnement

Le communisme, c'est la production massive de biens de consommation pour satisfaire pleinement les besoins matériels des hommes. Il n'a rien à voir avec les régimes fondés sur le développement de l'industrie lourde, sur la production d'armements, sur la destruction de l'environnement et le rationnement draconien qui, au cours des soixante dernières années, ont dévasté les pays de l'Est.

La possibilité de satisfaire pleinement et abondamment les besoins de tous les êtres humains, d'abolir les famines et la pénurie, n'est pas une utopie. Le capitalisme a permis le développement des forces productives à un niveau tel qu'il permet d'atteindre cet objectif, mais la nature de ce système fondé sur le travail salarié et sur la production marchande, conduit justement à son contraire : la faim, le chômage, et la destruction.

Précisément, la contradiction fondamentale du mode de production capitaliste, celle qui conduit à la crise et à l'holocauste guerrier, n'est pas la sous-production de biens de consommation mais, au contraire, leur excès, leur sur-production. En revanche, comme le signalait Engels, dans la société communiste, "au lieu de créer de la misère, la production au-delà des besoins actuels de la société assurera la satisfaction des besoins de tous et fera apparaître de nouveaux besoins en même temps que les moyens de les satisfaire. Elle sera la condition et la source de nouveaux progrès qu'elle réalisera sans jeter périodiquement, comme c'était le cas jusqu'ici, le trouble dans tout l'ordre social." ("Principes du communisme")

Les régimes des pays de l'Est sont tout le contraire du communisme : ils constituent une forme extrême et aberrante du capitalisme. Ils sont une illustration caricaturale de la nature même du capitalisme décadent : toutes les ressources, toutes les énergies, la technique, la science, sont totalement consacrées à l'armement, c'est-à-dire au gaspillage et à la destruction.

Les grands pays industrialisés d'Occident, dans la mesure où ils sont plus développés, peuvent consacrer une certaine partie de leurs forces productives à la consommation et au développement de la technologie, ce qui leur permet de dissimuler ce qui est mis à nu dans les pays de l'Est : la subordination radicale de l'économie à la production de guerre et au gaspillage.

Le communisme c'est l'abolition de l'exploitation de l'homme par l'homme

La duperie du stalinisme consiste à faire passer pour du communisme la propriété étatique des moyens de production, laquelle aurait détruit le capitalisme assimilé au capitalisme privé. Mais, comme l'ont démontré Marx et Engels, le capitalisme est avant tout un rapport social de production qui suppose la séparation de l'ouvrier de tout moyen de subsistance et sa soumission, pour pouvoir survivre, au travail salarié, c'est-à-dire au travail consistant à produire pour les propriétaires des moyens de production, qui peuvent être des capitalistes particuliers ou des Etats.

Par ailleurs, les staliniens, de même que les trotskistes, nous ont présenté pendant des décennies la planification centralisée et le monopole étatique du commerce extérieur comme du "communisme". Le capitalisme, à l'échelle nationale, admet une réglementation de l'économie. Dans les pays capitalistes d'Occident, cette planification par l'Etat de la vie économique est omniprésente et, de ce fait, plus efficace et rigoureuse que le système russe de "planification centralisée", où (comme nous l'avons démontré dans différents articles sur l'effondrement actuel du bloc de l'Est), l'Etat central ne contrôle absolument rien.

En réalité, comme l'a affirmé depuis de nombreuses années la gauche communiste, ce contrôle étatique de l'économie est une tendance universelle du capitalisme aussi bien à l'est qu'à l'ouest. La seule différence réside dans le fait qu'à l'ouest le contrôle de l'Etat coexiste avec la bourgeoisie privée et sa domination sur la société ainsi que sur la vie économique s'exerce sous une forme indirecte (manipulation du marché, du crédit, de la monnaie, des impôts, du pouvoir d'achat...), sans qu'il soit nécessaire de recourir à la propriété étatique.

La propriété sociale (et non étatique) est une caractéristique de la société de transition du capitalisme au communisme.

Elle suppose la disposition par l'ensemble de la société, et non par une classe minoritaire s'appuyant sur l'Etat (comme c'est le cas dans les pays de l'Est), de la production sociale. Cela ne peut se réaliser, en premier lieu, qu'à travers le contrôle collectif par l'ensemble de la classe ouvrière de cette production et ce contrôle ne peut s'exercer que par la médiation, non d'un parti ou d'une couche bureaucratique, mais des conseils ouvriers (voir RI n° 190). En second lieu, cet objectif ne peut être atteint que par l'orientation même de la production, qui doit viser à développer massivement les moyens de consommation et à transformer de façon consciente les conditions de vie de l'humanité. Tout cela va complètement à l'encontre du développement de l'industrie lourde, de la production d'armements et du gaspillage qui caractérisent le capitalisme à l'ouest comme à l'est. La planification est un instrument du communisme. Mais il ne s'agit pas de la même planification que celle qui consiste à développer l'économie de guerre pour les besoins du capital national. Il s'agit d'une planification visant à satisfaire les besoins de la communauté humaine entière, à utiliser de façon rationnelle les ressources mondiales et à transformer harmonieusement la nature. 

La planification, dans le communisme, est une activité conçue à l'échelle mondiale, consciente, réalisée collectivement et de façon unitaire par toute la population. La "planification", dans le capitalisme, se réalise à l'échelle nationale (et, par conséquent, de façon anarchique et contradictoire selon les différents pays), de manière aveugle dans la mesure où elle est soumise aux impératifs des lois économiques qui régissent le marché mondial. Sa seule fin réside dans la défense des intérêts de chaque bourgeoisie nationale en concurrence avec ses partenaires des autres pays et en contradiction avec les intérêts de ceux qu'elle exploite.

  • Plus que jamais l'avenir appartient au communisme.

Questions théoriques: 

Heritage de la Gauche Communiste: